‹ La renaissanceChapitre 98 sur 189 · NAPLES · texte numérisé non relu

NAPLES

Le palais du Vice-Roi. — Une salle très ornée de peintures et de dorures. Devant une table, couverte de velours rouge à crépines d'or, et assis sur des fauteuils de brocart à dossiers sculptés, le Vice-Roi, don Gonsalve de Cordovaet don César Borgia, vis-à-vis l'un de l'autre. Ils se serrent les mains.

Je mets toute ma confiance en Votre Excellence.

DON GONSALVB.

Elle est bien placée.

Vous êtes un grand capitaine, la gloire de ce siècle. L'honneur de votre nom me garantit votre sincérité.

DON GONSALVE

Vous me rendez justice.

DON CÉSAR

Je n'ai trouvé, dans ces derniers temps, que des prc cédés infâmes. J'avais consenti à céder aux cardinaux du conclave le Vatican et le fort Saint-Ange, qui me rendaient le maître de Rome, et j'ai fait preuve ainsi d'une modération si éclatante que mes ennemis ne sauraient la nier. Oui, don Gonsalve, si je suis sorti de Rome, c'est volontairement. A la suite de cette action généreuse, les promesses qu'on m'a faites n'ont pas été tenues. Le cardinal d'Amboise s'est d'ailleurs, con-

duit comme un sot en éloignant son armée devant les belles phrases de Julien de la Rovère. Celui-ci n'a pas manqué de faire élire Piccolomini qui n'a vécu que ving-deux jours, et ensuite il a pris la tiare pour lui-même; vous et moi, nous avons l'ennemi le plus acharné dans cet ambitieux, violent, faux, perfide et rapace Jules IL Par les intrigues de cet homme, mes peuples de la Romagne se sont insurgés; les Vénitiens m'ont enlevé mes meilleures places; la fortune des armes m'a trahi; on m'a emprisonné, on m'a relâché. Les Français se sont indignement conduits à mon égard. Je les ai servis trop bien et trop longtemps. Aujourd'hui je suis à vous, au Roi votre maître, et vous devez compter sur moi comme je compte sur vous. En ai-je sujet?

DON GONSALVE

Je supplie Votre Altesse d'en être convaincue. D'ailleurs vous avez ma parole, don César.

DON CÉSAR

Cette assurance m'est bien douce et me console de tant de mécomptes. Encore une fois, je ne demande qu'à vous bien servir, et puisque vous me confiez des troupes pour agir en Toscane, en faveur des Médicis, vous ne devez pas douter que je m'y porte de tout mon pouvoir, ne tenant compte désormais que des intérêts du Roi Catholique.

DON GONSALVE

Je vous suis extrêmement obligé de tant de zèle.

DON CÉSAR

Mon intention est de m'embarquer aujourd'hui I. 17

même sur les galères de Sa Majesté qui sont dans le port, et je prends congé de vous.

DON GOFTSALVF.

Allez avec Dieu, Altesse, et que sa toute- puissance ^ous conduise?

DON OÉSAR.

Je remercie encore Votre Excellence d'avoir été pour aïloi un ami dans l'excès de mes disgrâces.

Us se lèvent»

Faites état de moi, je vous prie don Gonsalve, comme de votre plus passionné serviteur.

DON GON SALVE, l'embrassant.

C'est un honneur dont je suis profondément touché.

DON CRSAR.

Que Dieu garde Votre Excellence l

■£a salle d'attente qui précède le cabinet du Vice-Roi. Au moment où don César sort de chez don Gonsalve, les courtisans, les officiers, les solliciteurs qui remplissent l'appartement, se lèvent et se découvrent.

BON NUNBZ CAMPBIO, CAPITAINE DBS GARDES DU TlCB-ROï,

à don César.

Monseigneur, je vous arrête au nom de Sa Majesté!

DON CÉSAR, reculant de deux pas.

Que signifie?... Je suis l'ami du Vice-Roi!... J'ai sa parole l

DON NUNEZ CAMPEIO,

Voici son ordre ! Lisez !

DON CéSAR, regardant le parchemin*

C'est une infernale j>erfi.die!

DON NUNEZ CAMPEIO,

Vons devez vous y connaître. Votre épée!

DON CÉSAR, jetant les yeux autour de lui et ne voyant que des Espagnols.

On n'a jamais pratiqué infamie pareille!

DON NUNEZ CAMPEIO.

Hormis à Sinigaglia. Votre épée! vous dis^je, !A.ltesse, ou faut-il vous la prendre?

Don César jette son épée à terre avec violence; on la ramasse. Le duc est entraîné par les soldats.

UN COURTISANjà un personnage vêtu de aoir qui écrit assidûment sur son genou.

Que faites- vous là, seigneur Sannazar? Cette scène vous aurait-elle mis en verve de poésie?

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