‹ La renaissance; scènes historiquesChapitre 62 sur 210 · LUC DEGLI ALBIZZI · texte numérisé non relu

LUC DEGLI ALBIZZI

Vous voulez rire ? Vaut-il mieux y ébe massacré ? Attaquons avant qu'on nous attaque, et je vous promets que nous serorls encore lèë plus forts.

FRANÇOIS VALORI

De grâce, messire Luca, pas de folie! Contenezvous ! Les gens des Médicis ne manqueraient pas de dire que nous les provoquons. Montrons-nous généreux.

LUO DEGLI ALBIZZI.

Môntrez-voùs ineptes ! Le froid de la côùàf dise vous gagne, et vous n'êtes pas fâchés d'appeler cette maladie prudence. Allons! allons! vous êtes perdus! Moi qui n'ai nulle envie de livrer mes os à ces misérables, je quitte Florence; qu'on vienne chez moi, il y pleut des arquebusades ! Adieu ! En route ceux qui ont du sang chaud dans les veines!

Il tire son épêe et sort entouré de sas amis. VOIX NOMBREUSES.

Nous vous suivons ! nous vous suivons !

Décharge de tuousqueterie. Un homme arrive en coarant.

l'hosims.

Frère Jérôme! Où est Frère Jérôme?

FRÈRE JÉRÔME

Mé vdîcî!

l'homme.

La Seigneurie vous exile! lès Compagnacci apportent l'ordre ! Ah ! ition Dieu ! ah ! mon Dietl ! îîë ne veu

lent que vous assassiner! Ils sont plus de huit cents! plus de trois mille! Ils accourent! Ils ont à l'instant égorgé deux hommes! Les voilà! Cachez-vous! sauvez-vous !

FRÈRE JÉRÔME, anx moines.

Mes frères, à vos stalles!... S'il faut mourir, c'est là!... O Florence! Florence!

Grand tumulte; les femmes crient et Se réfugient dans les chapelles. Les Compagnacci et l«s Arrabbiati tirent des coups d'arquebuse, vocifèrent et battent les gens.

UN COMPAGNACCO.

Sauvez-vous, canailles ! La seigneurie confisque tous les biens des laïques qui resteront ici!

FRANÇOIS VALORI, à un officier.

Est-il vrai, messire?

l'officier.

Parfaitement vrai ! Les Seigneurs Huit n'ont d'autre pensée que de rétablir le bon ordre, et je vous engage à vous retirer.

FRANÇOIS VALORI

Vous voulez donc la mort de Frère Jérôme?

l'officier.

Au contraire, nous voulons la paix, et, dans ce but, nous séparons les combattants.

FRÈRE SACROMORO,

C'est une indignité!

UN COMPAGNACCO.

Tais-toi, gros moine, ou je t'éventre !

FRÈRE JÉRÔME

La foule nous écreise. Entrons dans les cloîtres.

FRÈRE SACROMORO.

Sonnons les cloches pour avertir notre monde!

FRANÇOIS VALORI

Je vous en conjure, n'en faites rien! De la modération ! du calme ! de la mesure ! Je cotirs persuader les Prieurs de mettre fin à tout ceci.

FRÈRE BUONVICINI.

Défendons-nous! Aux armes!

Les moines entraînent avec peine Frèru Jérôme dans le couvent et ferment les portes. Oo se bat dans l'église.

Une chambre délabrée et meublée à peine. — Ser Bernard Nerli, sa femme, un enfant malade endormi dans un berceau.

SER BERNARD

Huit sous pour un testament et quatre sous pour la donation : cela fait douze sous; plus sept deniers pour le vieil habit jaune que je viens de vendre, cela nous fait douze sous sept deniers.

LA FEMME

Je crois que l'enfant a moins de fièvre.

SER BERNARD

Le ciel t'entende, ma colombe!... Oui, il est moins

rouge... Je reprends!... Douze sous sept deniers! Je te dirai encore que notre voisin, le tailleur, m'a promis une mesure de blé pour le sonnet que je dois lui donner ce soir, à l'occasion des fi.ançailles de sa nièce.

LA FEMME

C'est un grand bonheur, et il nous reste encore la moitié du quartier de chevreau.

SER BERXARD.

Je crois donc que nous pouvons nous considérer comme au-dessus du besoin.

LA FEMMB.

Mais je te le disais hier; je ne suis pas autrement inquiète; ^ seulement le petit allait mieux 1

SER BERNARD

Oh! ma chérie!... Que Dieu nous le conserve!.,.

On entend des arquebusades.

Quand donc auront-ils fini leur tapage, ces brigandslà?... Le Frère Jérôme et ses adversaires, je les voudrais voir au plus brûlant de là géhenne! Tant qu'ils «.xisteront, il n'y aura pas moyen de g;agner hh. vie!

LA FEMME

Ah ! tu as bien raison ! Au lieu de tant prêcher e* tant parler, ils feraient mieux de nous laisser travailler.

SER BERNARD

Je vais écrire mon sonnet... Eit l'enfant?

LA FEMME

Il va mieux.

SER BERNARD

Embrasse-moi !

Devant la maison de François Valori. — Vincent Ridolfi, Torrabuoni, foule de Compagnacci et d'Arrabbiati ; ils frappent à coups redoublés sur la porte pour l'enfoncer.

LA FEMME DE VALORI, à une fenêtre.

Mes bons seigneurs, je vous le jure, mon mari n'est pas ici ! Il est absent ! Ah ! mon Dieu ! mon Dieu !

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