SECOND CAPITAINE
Très volontiers. J^e bon visage! Tudieu! quelle santé !
Premier capitaine.
Oui, par ma foi, nous menons bonne vie! D'où viens-tu?
SECOND capitaine.
De Lyon en droiture. Je vous amène vingt-cinq lances fournies. Il m'en a coûté bon pour les lever ! C'est fleur de gendarmes !
PREMIER capitaine.
Tu trouveras mille occasions de te rembourser. Saistu que tout marche à miracle?
SECOND capitaine.
Raconte-moi un peu vos fortunes.
PREMIER OAPITAmfe.
Ne m'entends-tu pas? Tout va à miracle! Nous avons été reçus à bras ouverts à Turin; et là, aprèa
bien des fêtes, nous avons emprunté les diamants et pierreries de madame la duchesse Blanche. Elle a rechigné un peu; mais nous avons tout mis en gage.
SECONZ» CAFITAINS.
Tu t'amuse».
PREMIER CAPITAINE
Voilà douze mille bons ducats de gagnés. A Casai, la marquise de Montferrat nous a donné le bal, la sotte, et a montré aussi ses joyaux. Même affaire qu'à Turin; nous avons fait rafle.
SECOND CAPITAINÏ.
Cest donc vrai paradis et terre promise que ce pays?
PREMIER CAPITAINE
Je te le jure. D'ailleurs, nous sommes bien établis à Gênes, où les troupes milanaises nous donnent la main. Les Suisses ont, à la vérité, mis à sac la cité de Rapallo, peut-être à la légère; ils auraient pu faire le pillage moins fort et ne pas tout tuer; mais, en somme, l'effet a été bon. Le seigneur d'Aubigny nous mande de la Romagne que les Napolitains, pris de belle peur, lâchent pied devant lui. Quand nous sommes arrivés à Asti, l'oncle du duc Galéas est venu à notre rencontre avec sa femme, la belle Béatrice, et je te dirai à l'oreille qu'il a présenté au Roi quantité de dames milanaises qui, par ma foi^ nous ont fait grande fête et grande chère.