SYSTÈME DU QUOTIENT
Il est basé sur le principe suivant : On divise le nombre des votants par celui des députés à élire ; le résultat de la division donne ce qu'on appelle le quotient électoral.
Dans l'application, le système revêt deux formes différentes. ;
La plus élémentaire est celle du quotient simple : chaque électeur ne porte qu'un nom sur son bulletin, et les candidats qui ont obtenu le quotient électoral sont proclamés élus.
Ainsi entendu, le système présente le grave inconvénient de n'accorder aucune valeur à un grand nombre de suffrages. Dès qu’un candidat à obtenu le chiffre de voix nécessaire pour être élu, c'est-àdire le quotient électoral, tous les suffrages qui lui sont attribués au-delà de ce nombre sont en pratique des voix perdues; ils ne servent ni à lui personnellement, ni à son propre parti.
Pour utiliser ces voix sans valeur, on a imaginé
(1) Ici encore les faits démontrent amplement les vices du système — Voir à ce sujet les ouvrages cités à la note précédente.
LR
le transfert des suffrages, qui constitue la seconde forme du système du quotient, et qu'on appelle souvent, du nom de ces auteurs, système Andrœæ- Häretel
L'électeur inscrit sur son bulletin plusieurs noms rangés selon l’ordre de ses préférences. Chaque bulletin compte pour un seul candidat: pour le premier inscrit d'abord, pour le second quand le premier a obtenu le quotient électoral et par là se trouve élu au moment où le bulletin arrive au dépouillement, pour le troisième lorsque le second est élu, et ainsi de suite. De la sorte, on utilise tous les suffrages qui excèdent le quotient électoral.
Si, après cette opération, tous les sièges ne sont pas pourvus, on procède immédiatement à des élections complémentaires. Le président du bureau de vote lit une seconde fois tous les bulletins, sans tenir compte des candidats élus; il appelle sur chaque bulletin, dans l'ordre où ils sont inscrits, autant de noms qu'il reste de députés à élire ; les candidats qui réunissent le plus grand nombre de suffrages sont proclamés élus.
Le système Andræ-Hare a de très grands avantages : il accorde aux partis une représentation exacte, il reconnaît aux électeurs une large liberté dans le choix des candidats.
(1) M. Andrœ est un ministre d'État danois qui découvrit et fit appliquer cette combinaison dans son pays en 1855. M. Hare est un publiciste anglais qui, sans avoir connaissance de la loi danoise, exposa le même système en 1859.
AE
Il n'est pourtant pas sans inconvénient. Le résultat
de l'élection y dépend, pour une bonne part, de la
© manière d'après laquelle les bulletins sortent de l'urne.
Supposons qu'il y ait 1.000 bulletins portant A B et 1.000 bulletins portant À C. Le quotient électoral par hypothèse est 1.000. Si les 1.000 bulletins A B sortent les premiers, B venant en seconde ligne n'aura pas une seule voix. Au contraire, quand les bulletins À C sortiront, À étant déjà élu, toutes les voix compteront pour C et assureront son élection. Le résultat serait inverse si les bulletins À C sortaient les premiers ; B serait alors élu. Donc, entre deux candidats égaux, le hasard seul fait pencher la balance. 7
Sans doute, dans la pratique, les bulletins auront été mélangés et alterneront à leur sortie de l’urne. Il reste néanmoins une certaine part laissée à la chance, une rupture d'égalité purement fortuite, qui empêche de considérer le système comme pleinement satisfaisant.