A L'ÉGARD DU PARTI SOCIALISTE
Les socialistes belges ont, depuis longtemps, la Représentation Proportionnelle à leur programme : mais il y à toujours eu chez les socialistes du Hainaut et un peu chez ceux du pays de Liége une vive opposition à cette réforme.
Il n’en faudrait pas conclure pour cela que le nouveau régime électoral sacrifiait ce parti. Cette opposition peut, en effet, s'expliquer par le concours de circonstances particulières que nous allons d’abord rappeler. Puis nous verrons que le parti socialiste avait, comme les autres, de sérieux avantages à retirer de la Représentation Proportionnelle.
Lorsque le projet de loi proportionnaliste fut proposé en 1899, il avait été précédé d’un autre projet déposé par le ministère van den Peereboom qui voulait établir la Représentation Proportionnelle seulement dans les grandes circonscriptions et maintenir le régime majoritaire dans toutes celles qui élisaient moins de six députés. Celles-ci, étant
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très nombreuses et acquises presque toutes aux catholiques, les libéraux et les socialistes le dénoncèrent comme un coup de parti; l'opinion s’émut; des troubles sérieux éclatèrent et, finalement, le ministère dut démissionner.
Pendant cette agitation les libéraux et les socialistes avaient réclamé énergiquement une consultation du pays sur la question ; lorsque le projet van den Peereboom fut abandonné et remplacé par un projet établissant la Représentation Proportionnelle dans des conditions plus loyales, les socialistes persistèrent à demander la dissolution des Chambres.
Grâce à l'influence des groupes hostiles à l’institution nouvelle, ils avaient décidé du reste de repousser toute réforme électorale qui n'eut pas consacré en même temps l’abolition du vote plural. Leurs députés ont donc combattu avec une extrême violence le projet de loi, et les cinq députés libéraux qui amenèrent par leurs votes l’adoption de la loi furent accusés de trahison, parce qu’ils avaient cessé de réclamer une consultation des électeurs préalablement au vote de la loi. Il n’y avait du reste à cette époque que douze députés libéraux à la Chambre, la plupart élus avec le concours des socialistes. Telle est la cause de lhostilité des socialistes lors de la discussion de la loi.
Quant à savoir si le parti socialiste avait intérêt à voter la Représentation Proportionnelle, cela dépend du point de vue auquel on se place. En
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effet, électoralement parlant les socialistes n’y avaient pas avantage car le nouveau régime, en empêchant la disparition complète du groupe parlementaire libéral, a arrêté les progrès que socialistes d’une part et catholiques d’autre part faisaient chaque jour au détriment des libéraux.
Mais si, se plaçant à un autre point de vue, l’on envisage la question politique, l'avantage devient tangible. Les socialistes seuls en présence des catholiques pouvaient en effet attendre cinquante ans et probablement davantage, avant de pouvoir devenir majorité. Ils avaient donc intérêt à voir ressusciter le parti libéral qui excite moins leur défiance et pourrait, en cas de perte de la majorité par les conservateurs, réaliser avec l’aide des socialistes un certain nombre de réformes politiques et sociales sur lesquelles les deux partis sont d'accord.
Actuellement, l'opinion des socialistes sur la Représentation Proportionnelle est restée la même : la plupart en admettent le principe, et les opposants, sans abandonner leur opinion, se sont inclinés devant les décisions de la majorité et ont dû renoncer à leur opposition.