CHAPITRE XIV
ABATTEMEKT DES ESPRITS. — DATÂILU: DE CÂMDO. — L QUESTION DE LX BEMi-SOLUE DES OFFICIEHS AU COSGHiS*
L'escadre française, engagée dans une entreprise dilih cilc aux Indes occidentales, ne pouvait n^ndre à la causf amt-ricaine tous les secours qu'on en espérait. Le gouw nenieni français pn'para alors une nouvelle eipédilimi composée de deu\ divisions de sa fiotti:, L*une devait eiTh porter Roclianiljeau avec 6,000 honinies de bonnes troupe^ L*autre se préparait à partir de Brest pour la mêmcde^th nation. Mais celte fois encore, l'espérance des Américaio: allait être mise à une rude épreuve. La division cpii p^rlail Rocliamhcau el sa Iroupe, à peine entrée dans la radedf Newporl, fut b[o<iuée [lar une escadre anglaise qui epl ses mouvements. D'un autre cùté, la deuxième ,divisi&û. qui était prèle à faire voile de Brest, eul le même sort, au port même d'embarquement (1) (jnillel 1780). Pour la troisième fois, le coneonrs de la France au\ Etal^y-Cni? leur faisait défaut, au grand chagrin de WasliiogioD qni comjireuait, un [jeu tard peut-èlre, que, sans c^i auxiliaire puissant, il fallait désespérer de la cause de Tin* dépendance, Rochambeau décrit asseiî bien rètatdepn^ tratioEi des esprits lorsqu'il mit pied a terre à Newpori ff A notre arrivée, écrivait-il ca France, le pavs était daD^ la consternation, le papier-moJHiaie avait subi i'éuomÈ dépréciation de 60 pour KM}. Débarqué seul avec mou èM major, sans troupe, nous ne vîmes personne dans kl rues. Ceux qui se trouvaient aux fenêtres paraissaieiil triâtes et abattus... Envoyez-moi des troupes, des vaisseâï
(1) HitDBCTH, vol. m, p. 3it-3J2,
LE COiNGRÈS ET LA. DEMI-SOLDE DES OFFICIERS. 507
le Fargeiit. Ne comptez ni sur ce peuple, ni sur ses essources (1). »
Après la reddition de la place de Charleston, Lincoln fut emplacé par Gates, qui apportait le prestige du succès ignalé qu'il avait remporté sur le général Burgoyne; nais, quoique ayant reçu des renforts composés j^rincipaement de milice, il ne tarda pas à tomber victime d'utie urprise tentée par Cornwallis. Les troupes de celui-ci, chéri inant au milieu de Tombre de la nuit, vinrent se heurter rentre les forces américaines qui se mouvaient dans nu sens contraire. Le choc fut rude. Les Anglais firent une charge précipitée à la baïonnette sur l'aile gauche de Tennemi, î'est-à-dire sur la milice qui, non aguerrie, jeta sas armes ît se débanda, en répandant la confusion dans les rangs. Quoique le choc fût bien soutenu par les troupes régulières, elles durent céder et furen tdispersées a\ec de grandes perles d'hommes, de bagages et de munitions. Ce fut une léroute complète qui fit évanouir la réputation usurpée de Gates, et valut à Greene le commandement de Tarmée ju Sud. Cette affaire est connue dans l'histoire sous le nom de bataille de Camden (août 1780) (2).
Tous les malheurs à la fois devaient frapper les Américains. Arnold, l'un des généraux qui inspiraient le plus de confiance à Washington, investi par lui d'un poste important sur THudson, fit acte de trahison en vendant aux \nglais la place qu'il était chargé de défendre (septembre 1780). Ce complot fut heureusement déjoué à temps, mais ce misérable réussit à échapper par la fuite au châtiment qui l'attendait. 11 passa à l'ennemi et reçut un com* mandement dans l'armée anglaise comme prix de son forfait. Vainement espérait-il gagner à sa défection les troupes qu'il abandonnait. La proclamation qu'il publia dans ce but tomba sous le mépris public. Pour ces hommes, couverts par le drapeau national, plutôt la misère que la trahison !
(1) Washington, Writings^ vol. VU, p. 504, 506. — (2) UiumxTH, yoL m, p. 315.
La sollicitude de Washington pour ses compagnons d'armes était toujours en éveil. Il n'ignorait rien de leur détresse ni de l'impossibilité où ils étaient de soutenir leurs familles par suite de la dépréciation rapide et incessante du papier-monnaie et de l'arriéré du payement de leur* soldes. Il recommanda celles-ci à leur tats respectifs, cl il ; sollicita pour les officiers eux-mêmes une extension de avantages qui leur avaient été assurés par l'acte do 15 mai 1778. Le Congrès ne se montra pas cette fois mow irrésolu, moins indifférent que précédemment sur le sori de ces braves. Ainsi le 11 août 1779, il accorda, aonsac^ peine, une demi-solde viagère à ceux d'entre eux qm auraient servi le pays dans l'armée jusqu'à la fin de k guerre. Mais, le 17, craignant sans doute de s*être moQtW trop libéral, et redoutant le blâme de ceux qui exagèrcM l'opinion publique, il revint sur ses pas, annula sa résolation du H et ajourna, c'est-à-dire abandonna la propc^ tion de Washington, se bornant à conseiller aux États è faire ce qu'il refusait lui-même, c'est-à-dire de récooh penser les officiers le mieux possible, notamment jâi l'attribution d'une demi-solde viagère. Un seul État, \t Pennsylvanie, déféra à ce conseil. Les autres n'en tinre^ aucun compte. Washington déplorait cette incurie et cetfe ingratitude. Il trouvait que les Etats pas plus que le Congrê» n'avaient ni conscience du péril suspendu sur le pays, a entrailles pour ses meilleurs et indispensables défenseim A l'occasion de la réorganisation de l'armée en 1780, sa langage au Congrès devint plus énergique en lappuyaiïî sur la gravité de plus en plus grande de la situation. L arracha ainsi à cette assemblée une résolution formrf> d'après laquelle les officiers, qui continueraient à sen^ jusqu'à la cessation de la guerre, auraient droit à ok pension viagère égale à leur demi-solde. Quoique cctît résolution ne fût prise qu'à la majorité de huit voix conti quatre, elle avait pour les officiers la valeur d'un conln dans les circonstances où elle avait été sollicitée et obten Ils continuèrent donc leurs services avec le même zèle et
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