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CHAPITRE IV

Siège de York-Towii. — Capitulation des Anglais. — Bravoure des troupes françaises et américaines. — Lafeyette. — Fin de la guerre. -^ Embarras de la paix. — Dangers intérieurs. — Excitation dans Tannée. — Influence heureuse de Washington.

Le dernier acte de la guerre de Tindépendance allait se jouer à York-Town en Virginie.

« Pour la première fois, » dit M. C. de Witt, « Washington (c semblait favorisé de la fortune : pour la première fois, le c< succès se présentait à lui naturel et facile. » Ces paroles sont utiles à enregistrer ; elles rappellent et résument les luttes du général en chef, les obstacles contre lesquels il eut autant à combattre que contre l'ennemi. « Animés par « l'exemple des Français, » ajoute le môme historien, « les « Américains avaient appris l'exactitude et l'obéissance, et « ces bandes d'insurgés en haillons, que Washington avait a trouvées devant Boston, ressemblaient devant York-Town, « par leur bonne tenue, aux plus vieilles troupes d'Europe. « L'émulation entre les soldats des deux armées alliées leur

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« inspirait une activité et une ardeur merveilleuses. On « voyait des hommes se refuser d'eux-mêmes le repos, pour « travailler aux tranchées... Le 10 octobre (1781) tout fut « prêt, et l'artillerie commença à foudroyer la ville. » Mais les assiégés ne demeuraient pas inactifs. Le feu de deux de leurs redoutes nuisaient considérablement aux travaux et aux efforts de l'armée indépendante. Il fallait s'en emparer. Ce soin fut confié à une colonne américaine commandée par le général Lafayette, et à une colonne française sous les ordres du baron de Viomenil. « Le feu de l'ennemi est terce rible; la mitraille les écrase; mais l'armée tout entière « les regarde : elles représentent la France et l'Amérique. « Les deux colonnes ne s'arrêtent qu'en dedans des ouvrac< ges. Les Anglais culbutés se retirèrent dans l'enceinte de « la place où ils furent faits prisonniers. » Le 17 le général Cornwallis dut capituler et le surlendemain la garnison rendit les armes. Les Américains avaient fait sept mille prisonniers, et pendant le siège, les Anglais perdirent environ six cents hommes.

a Le Congrès , » dit Jared Sparks , « adressa une note « spéciale de remercîments à chacun des commandants, « ainsi qu'aux officiers et aux soldats. On donna au général ce Washington deux faisceaux de drapeaux pris lors de la « capitulation; le comte de Rochambeau et le comte de « Grasse reçurent chacun deux pièces d'artillerie de cam- « pagne, gages de la reconnaissance nationale pour leurs « services. Le Congrès résolut en outre, de consacrer la « mémoire d'un si glorieux événement, en faisant élever à « York-Town une colonne de marbre qui serait ornée des a emblèmes de l'alliance de la France et des États-Unis, et ce porterait une inscription qui contiendrait le récit des ce principaux incidents du siège et de la reddition de la ce place. »

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Ainsi qu'on l'avait prévu, et malgré les appréhensions de Washington, la capitulation de York-Town fut le dénouement de la guerre.

« Il est grandement temps de faire la paix » disait Washington ; et quand il apprit que les préliminaires d'une paix générale avaient été signés à Paix le 20 janvier 1783, il écrivit à Hamilton alors membre du congrès : « Je me réjouis « fort de voir mettre un terme à notre état de guerre, de « voir s'ouvrir devant nous une carrière qui, si nous la parce courons avec sagesse, nous conduira à devenir un grand « peuple, aussi heureux que digne de respect. Mais il faute dra, pour que nou» avancions dans cette voie, d'autres « moyens qu'une politique locale étroite, que des jalousies <c et des préjugés insensés; sinon, il n'est pas besoin d'être « devin, pour prévoir qu'entre les mains de nos ennemis et des « puissances européennes jalouses de notre grandeur dans a l'Union, nous ne serons que des instruments pour dissoute dre la Confédération. »

Washington prévoyait juste, et ce fut sa force toujours que de ne s'être fait aucune illusion sur la situation de son pays. Pendant les rudes éî)reuves qu'il traversa, il montra une foi intraitable ; au moment des succès, il douta de l'avenir de cette œuvre à laquelle il avait travaillé avec tant d'ardeur. La vérité est que ce n'est pas sans avoir éprouvé de violentes secousses que la démocratie est parvenue à s'établir sur des bases définitives dans rAméri(|lie du ]>|prd. Ces secousses sont, d'ailleurs inhérentes à toutes les transformations sociales. Il eût été extraordinaire que ce peuple américain qui renversait un état pour en constituer un autre, fût absolument exempt de ces traverses. C'eût été un miracle; le miracle se réalisa dans la chance qu'eut ce peuple de rencontrer des chefs désintéressés et à la hauteur de leur mission, ayant à la fois l'ambition de leur propre avenir et la

conscience des faiblesses du pays. C'est un rare et magnifique exemple.

Au moment où les treize colonies anglaises qui occupaient le sol de l'Amérique du Nord se levèrent pour secouer le joug de la métropole, les six millions d'hommes qui en composaient la population avaient poussé un même cri unanime, qui était une aspiration non plus seulement vers la liberté» mais vers l'indépendance. C'était un beau spectacle à voir que celui d'un peuple tout entier, fier de ses droits, animé par l'espoir du triomphe d'une cause juste et sainte, accourir s'abriter sous un même drapeau et se confondre dans une même pensée !

Cette unanimité était logique ; les treize colonies avaient une origine commune et la même religion, parlaient la même langue, et avaient les mêmes mœurs. L'instruction populaire était également très répandue chez toutes, ou à peu près, et les mêmes grands intérêts commerciaux et politiques auxquels la métropole venait de porter atteinte, les unissaient entre elles.

Mais pour la première fois depuis leur existence, elles se voyaient soumises à une direction unicfue, et se trouvaient solidaires les unes des autres. L'habitude de se gouverner, de s'administrer isolément avait créé, nonobstant ces points de rapprochement, des usages et des intérêts particuliers qui, d'un jour à l'autre, pouvaient rompre cet accord. Il y avait là un danger réel, diflTicile à éviter.

xVussi, à peine la lutte était-elle engagée, que le froissement de quelques intérêts privés, et les difficultés du suo> ces, avaient jeté déjà au milieu de ces cœurs si ardents et si unanimes un moment, le découragement, l'inquiétude, l'indifférence.

La voie fut ouverte dès lors à la discorde et aux déchirements intérieurs.

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Le lendemain du jour où le premier coup de fusil qui fut le signal des hostilités à main armée, fut tiré àLexington, un parti opposé à la conquête de cette indépendance tant rêvée se noua dans l'ombre, puis bientôt leva la tête, et se déclara ouvertement pour la mère-patrie.

C'était secouer sur le pays le premier brandon de la guerre civile.

Le Connecticut fut obligé d'envoyer à New-York des corps de troupes pour appuyer les républicains, dont les loyalistes de cette province (nom que se donnaient les opposants) menaçaient d'entraver les opérations.

Peu de temps après, la Pennsylvanie, le New-Jersey, le New- York, les deux Carolines, la Géorgie, le Maryland, c'est à dire plus de la moitié des colonies soulevées, faisaient passer des secours d'hommes, de vivres et d'argent aux Anglais, et se divisaient en deux camps.

Chaque jour voyait éclater des complots. L'armée républicaine, indisciplinée, mal recrutée, travaillée par des émissaires, nous l'avons vu, était vacillante, et penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. Un général moins prudent que Washington eût perdu l'Amérique et la cause de la liberté. Son désintéressement fut sublime, en ce que, pressé d'accepter la couronne pour concilier les partis, il rejeta bien loin cette proposition qu'il reçut, selon sa propre expression ce avec une grande et douloureuse surprise. »

Le Congrès, pouvoir élu par l'unanimité des colons aux premiers jours du soulèvement, le Congrès, fort de son origine, se regardait avec raison comme le dépositaire responsable des principes républicains qui l'avaient constitué. Il ne dévia pas de cette route. Ce fut d'abord par des proclamations, par des mesures de conciliation qui avaient pour but de rappeler l'origine, la cause et la sainteté des droits de l'insurrection, que le Congrès s'efforça de ramener les

citoyens égarés. Des commissaires avaient été envoyés par lui dans toutes les localités dont l'esprit était douteux, pour combattre l'apathie des uns, l'opposition des autres, et pour rappeler à tous, au nom de quels principes les colonies avaient planté le drapeau de l'indépendance au front de l'Amérique.

Ces efforts conciliants ayant échoué, la guerre civile qu'on voulait éviter, dont on espérait étouffer les germes, éclata avec toutes ses horreurs. Le Congrès remplaça alors par la répression, la douceur et la tolérance qu'il avait épuisées. Les prisons s'emplirent, les confiscations de biens fUrent prononcées, la loi sévit enfin contre les coupables. La multitude déchaînée et irritée outre-passait même parfois, malheureusement, les rigueurs de la loi, en faisant justice ellemême des loyalistes, en brisant les presses des journaux qui entretenaient ou propageaient l'esprit d'opposition à la République. C'étaient là des écarts d'une autre nature que le Congrès était obligé de comprimer, et qui venaient ajouter un surcroît d'embarras à tous ceux qui s'amoncelaient autour de la République naissante.

Il faut ajouter aux sombres couleurs de ce tableau le désordre des finances, des dettes considérables, un Trésor public ruiné, l'argent retiré de la circulation, et remplacé par un papier-monnaie déprécié et décrié, le commerce annihilé, et une armée d'occupation qu'il fallait i]joins songer à vaincre qu'à détruire de lassitude.

Enfin tout compte fait, il fallut aux États-Unis près de neuf années de guerre pour conquérir définitivement leur indépendance; et ensuite dix années de luttes, d'essais, de tâtonnements, de travaux persévérants pour établir un gouvernement durable. Ce fut à travers ces embarras inouïs que nous venonsde rappeler que fut rédigé le premier acte d'association des États entre eux. Adopté par le Congrès

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en 1778, cet acte que les États mirent trois ans à voter ne répondait pas même aux besoins du moment, et ne servit qu'à alimenter les causes de désordre et de désunion.

Il semblait qu'au lendemain de la conquête de l'indépendance, tout devait être terminé , que lès discordes seraient oubliées, que les épreuves du passé devaient servir, enfin, de leçon pour le présent et pour l'avenir. Il n'en fut rien, tout le monde commit de nouvelles fautes.

Le Congrès était devenu un objet de jalousie et de crainte pour les États qui songeaient à lui retirer le pouvoir dictatorial dont il avait été investi aux heures de danger. Le Congrès subissait la peine du talion et payait le prix de la défiance qu'il témoigna à l'armée pendant la période de la guerre. L'Union se décomposait, en propres termes, comme si tous les périls étaient passés.

Ce n'était pas tout. La défiance nourrie contre l'armée se doublait d'ingratitude. Tant qu'on avait eu besoin d'elle, on pouvait la craindre, mais on la respectait; désormais elle était considérée comme inutile et bonne à licencier, même sans lui payer son salaire; car le Congrès ne paraissait pas disposé à assurer aux officiers la demi-solde à vie qui leur avait été promise par un acte de 1780, arraché plutôt qu'obtenu par Washington.

Le désordre était partout ; dans les idées, dans les pouvoirs, dans l'armée que l'on poussait à la révolte. La proclamation suivante lancée au milieu des troupes, faillit avoir les conséquences les plus graves. L'auteur alors anonyme de ce violent appel aux plus mauvais sentiments (on a su ensuite que c'était un aide de camp de Gates, le major Armstrong), s'exprimait ainsi : « La paix renaît et qui donc ce va profiter de ses bienfaits? Est-ce un peuple disposé à « redresser vos griefs, à reconnaître votre valgur, à récom- « penser vos services? Est-ce un peuple impatient de parta-

« geravec vous cette indépendance que vous avez conquise, « ces richesses que vous avez défendues au prix de votre ce sang? Non. f/cst un peuple qui foule aux pieds vos droits, « qui ferme Toreille h vos cris, qui insulte à vos souffrances! « Consentirez-vous à être les seuls martyrs de la révoluce tion , à vous retirer des camps pour vieillir dans la pau- « vreté, la misère et le mépris? Si vous y pouvez consentir, « allez, poursuivis parles railleries des tories etdeswhigs, « montrer combien vous étiez dignes de ces chaînes que « vous avez brisées ! Allez ! la pitié et la risée du monde, « allez mourir de faim et vous faire oublier. Mais si vos a cœurs se révoltent à cette pensée.... réveillez-vous.... « redressez-vous ! Faites appel, non à la justice, mais aux « terreurs du pouvoir. Posez au Congrès cette alternative : « dites-lui que si la paix s'établit, la mort seule pourra vous « séparer de vos armes; que si la guerre continue, vous (c vous retirez dans le désert, sous les auspices et la con- (c duite de votre illustre chef, pour rire à votre tour quand a la terreur fondra sur eux ! »

Washington conjura par son attitude ferme les déplorables effets de cette éloquente philippique. Il calma l'armée exaspérée, et par ses conseils ramena le Congrès à des idées plus justes et plus sages.

Washington a été appelé non sans raison le père de l'Amérique. Ses concitoyens enthousiastes ont gravé sur sa mémoire une épitaphe emphatique où il est dit qu'il fVit : «le premier dans la guerre, le premier dans la paix, le premier dans le cœur des hommes. » Si beaucoup de faits que nous avons racontés, ne justifient pas toutes les parties de cette épitaphe, à coup sûr, Washington fut « le premier dans la paix, » et nul plus que lui ne mérite d'occuper « la première place dans le cœur de ses concitoyens. »

Washington refuse la couronne. — De l'esprit militaire. — Washington mandé au Congrès pour être félicité. — Ses conseils à l'armée. — Il se sépare de ses compagnons d'armes. — Il remet sa commission de général en chef au Congrès et se retire à Mount-Vernou. — Ses préoccupations sur l'avenir des États-Unis. — Il refuse toutes les récompenses. — Sa simplicité.

J'ai dit à quels périls le peuple américain avait été exposé dès le jour où il avait conquis son indépendance. Pendant que Washington méditait sur le moyen d'effacer les dissensions et d'éteindre la discorde qui divisaient les États, l'armée avait fait un autre rêve qui ne pouvait surgir que dans le cerveau d'officiers dont la puissance allait disparaître avec la guerre. Leur rôle finissait, et la retraite leur semblait une extrémité pénible. Les méfiances du Congrès à l'endroit de l'armée se justifiaient, seulement le Congrès s'était trompé de moment. L'armée en campagne n'était pas redoutable au pouvoir civil, elle ne le devenait qu'au retour de la paix, quand sonnerait l'heure de l'inaction et pour ainsi dire de l'abdication que des soldats acceptent toujours difficilement. C'est en promettant des combats aux troupes ou en les ramenant du champ de bataille que les ambitieux peuvent accomplir des révolutions militaires. Tel était le cas de l'armée américaine à.la veille d'une paix qui allait faire rentrer dans leurs foyers des généraux et des officiers avides de gloire. En second lieu, l'esprit de hiérarchie arbitraire et de suprématie sans contrôle rend l'égalité des

conditions sociales insupportables aux officiers. C'était la perspective que la Constitution encore informe de 1778 réservait aux troupes de Washington. Elles envisageaient un gouvernement républicain sans faste et évidemment tout civil, comme une contrariété bien plus peut-être que comme une contradiction, et sans s'inquiéter si la fondation d'un royaume serait plus funeste au pays que favorable à leurs passions, un certain nombre d'officiers s'imaginèrent d'élever un trône en Amérique et de l'offrir à Washington.

L'ambition de Washington n'allait pas jusque là. Son honnêteté y répugnait, d'abord ; ensuite il avait cette admirable faculté de deviner l'envers des situations; au dessus de ses désirs il mettait le sentiment national que personne plus que lui ne savait peser. Un des éléments de sa force fut le bon sens, il y trouva toujours son salut dans les moments difficiles.

Voici la lettre qu'il adressa au colonel Lewis Nicola, chargé de lui offrir la couronne, au nom de l'armée. Ce document mérite d'être conservé comme un monument :

Ncwbourg, 22 mai 1782.

« Monsieur,

« C'est avec un mélange de grande surprise et de dou- (( loureux étonnement que j'ai lu avec attention les pensées « que vous m'avez présentées. Soyez bien sûr, monsieur, (( que dans tout le cours de la guerre aucun événement ne « m'a causé des sensations plus pénibles que d'apprendre, « comme vous me l'apprenez, qu'il existe dans l'armée des « idées telles que celles que vous m'avez exprimées, et que (( je dois envisager avec horreur et condamner avec sévérité. (c Quant à présent, cette communication restera déposée (( dans mon sein , à moins que , voyant agiter de nouveau

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« un pareil sujet, je ne trouve nécessaire de publier ce que « vous m'avez écrit.

« Je cherche en vain dans ma conduite ce qui a pu encou- « rager une proposition qui me paraît renfermer les plus a grands malheurs qui puissent tomber sur mon pays. Si je a ne me trompe pas dans la connaissance que j'ai de moi- <c même , vous n'auriez pu trouver personne à qui vos pro- « jets fussent plus désagréables qu'à moi. Je dois en même a temps ajouter, pour être juste envers mes propres sentice ments , que personne ne désire plus sincèrement que je « ne le fais de voir rendre à l'armée une ample justice , et « s'il en est besoin, j'emploierai avec le plus grand zèle tout a ce que j'ai de pouvoir et d'influence, en me conformant à a la constitution , pour atteindre ce but. Permette?i-moi ce donc de vous conjurer, si vous avez quelqu'amour pour ce votre pays, quelqu'égard pour vous-même ou pour la ce postérité, ou quelque respect pour moi, de bannir ces ce pensées de votre esprit , et de ne jamais communiquer, ce comme venant de vous ou de quelqu'autre personne , des ce sentiments de la même nature.

ce Je suis, monsieur, etc.

ce George Washington. »

Dès que la paix fut officiellement connue, Washington songea aussitôt à abandonner les pouvoirs militaires dont il avait été investi.

Tout dans la vie de cet homme illustre, glorieux mélange de grandeur et de simplicité, d'ambition et d'humilité, devait avoir un caractère solennel. Il y a plaisir à rappeler ces grandes phases de la vie d'un homme, à assister au spectacle de son élévation au pouvoir et de sa retraite. On se souvient comment il fut élu au commandement en chef.

L'armée révolutionnaire se trouvait à Cambridge sous les

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ordres du général Ward, imparfaitement organisée, et sans que le Congrès eût pris encore aucune mesure pour la constituer sur un pied régulier. Le point important était donc de nommer d'abord un général en chef. Les événements étaient devenus assez graves et assez urgents pour qu'on se décidât à prendre un parti ; on fixa un jour pour délibérer sur cette question soulevée par John Âdams. Le jour venu, Adams fit d'abord adopter qu'il y aurait une armée légalement constituée ; puis il demanda qu'on nommât à cette armée un chef. Prenant la parole, il fit du général Ward un éloge pompeux et mérité, mettant en relief ses qualités militaires, puis il termina en disant : ce Mais, nonobstant ses titres, ce n'est pas là l'homme que j'ai choisi. » Il traça, alors le portrait d'un général en chef d'armée, tel surtout qu'il en fallait un dans les circonstances où Ton se trouvait.

« Les qualités que j'exige d'un général en chef, dit-il en « terminant, sont d'une haute portée, je le sais; mais qui « oserait dire qu'on ne les rencontrera pas dans un de nos <( concitoyens? Un membre de notre assemblée les possède « toutes, et celui-là c'est George Washington, de la Vir- « ginie. »

Washington, dit un historien, se trouvait à la droite d' Adams, et avait les yeux fixés sur lui, attendant avec une \ive impatience quel nom allait tomber des lèvres de l'orateur. Quand il entendit que c'était le sien, il s'y attendait si peu qu'il s'élança dans une pièce voisine, comme lancé par une commotion électrique, et tomba tout ému sur un siège.

Le lendemain, le Congrès, à l'unanimité nomma général en chef Washington qui, on le sait, refusa toute espèce de traitement et s'engagea seulement à fournir le compte exact des dépenses que lui coûterait sa noble mission.

Mandé huit ans plus tard devant ce même Congrès, pour

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recevoir les félicitations qu'il avait méritées, il fut introduit dans la salle des délibérations par deux membres désignés à cet effet. Le président lui adressa un discours o& se trouve ce passage :

<c Chez les autres nations, bien des hommes ont rendu « d'éminents services par lesquels ils ont mérité les remer- « ciments du public. Mais vous. Monsieur, une louange parce ticulière vous est due. Vos services ont essentiellement « contribué à acquérir et à fonder la liberté et l'indépen- « dance de votre pays. Ils ont droit à toute la reconnais- « sance d'une nation libre. »

Le Congrès décerna un nouvel et grand honneur au général Washington en lui votant à l'unanimité une statue équestre à élever dans la ville où le Congrès fixerait sa résidence.

Washington rejoignit ensuite son armée , et avant de se séparer de ses compagnons d'armes, il publia une adresse d'adieu admirable pour les principes et pour les grandes vues qui y sont consignés. Il y ajouta des conseils sur leur conduite au moment où ils allaient reprendre le caractère de simples citoyens : c< Sachez bien, » disait-il, « et souve- « nez-vous toujours que la réputation des armées fédérales « est au dessus des atteintes de la malveillance ; que la cona science de leurs exploits et de leur renommée anime « encore les hommes qui ont servi dans leurs rangs à faire a des actions honorables ; qu'ils soient bien convaincus que « les vertus privées, l'économie, la prudence , et le travail « ne seront pas moins aimables dans la vie civile , que des (c qualités plus brillantes, telles que la valeur, la persévé- « rance et l'audace, dans les combats. Tout le monde peut (( regarder comme certain qu'une grande, une très grande « partie du bonheur futur des oflBciers et des soldats dépen- « dra de la conduite ferme et sage qu'ils adopteront, quand

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(c ils se mêleront avec le grand corps de la nation. Et bien ce que le général ait souvent exprimé publiquement, de la c< manière la plus explicite son opinion que si les principes « du gouvernement fédéral ne sont pas convenablement « soutenus, et les pouvoirs de TUnion fortifiés, la dignité, « la justice et l'honneur de la nation ne pourront subsister; a il ne peut pourtant s'empêcher de répéter en cette occa- (c sion, une pensée si importante, et de laisser, comme sa « dernière recommandation, à tous les ofBciers et à tous les « soldats qui considèrent ce sujet sérieusement et sous le « môme point de vue, l'exhortation de joindre leurs efforts « et ceux de leurs dignes concitoyens , pour atteindre ces c< grands et salutaires desseins dont notre existence même << comme nation dépend si essentiellement. »

Le 4 décembre 1783 , Washington se sépara de ses compagnons d'armes. Cette dernière entrevue fut solennelle; aucun historien ne l'a racontée en termes aussi émus que Jared Sparks. « A midi les principaux officiers de l'armée, » dit-il, « s'assemblèrent à la taverne de France, et, quelques <c moments après, leur cher commandant entra dans la salle, ce Son émotion était trop forte pour qu'il put la cacher. Après ce avoir rempli un verre, il se tourna de leur côté et dit : ce C'est avec un cœur plein d'affection et de reconnaissance ce que je prends maintenant congé de vous; je souhaite bien ce ardemment que vos derniers jours soient aussi prospères ce et aussi heureux que les premiers ont été glorieux et ce honorables. » Quand il eut bu il ajouta : ce Je ne puis aller ce à chacun de vous pour prendre congé, mais je serai bien ce reconnaissant si chacun de vous veut venir à moi pour ce me serrer la main. » Le général Knox qui était le plus ce près, se tourna vers lui. Washington, ne pouvant parler, ce lui serra la main et l'embrassa. Il prit ensuite congé de ce chacun des officiers d'une manière aussi affectueuse. Les

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(( larmes d'une mâle sensibilité roulaient dans tous les yeux, « et personne ne prononça un mot pour interrompre ce « silence plein de dignité et l'émotion de cette scène. En « quittant la salle, Washington traversa le corps d'infante- (c rie légère et se rendit à pied à White-Hall, où une barque (c l'attendait pour le transporter à Paulus Hook. Toute la « compagnie le suivit en formant un cortège muet et solen- « nel ; les visages étaient abattus et portaient l'empreinte ce d'une délicieuse mélancolie qu'aucun langage ne peut « décrire. Lorsqu'il fut entré dans la barque, il se tourna « vers la compagnie , et agitant son chapeau , il leur fit un a silencieux adieu. On lui répondit par le même signe « d'afiFection, et, lorsque la barque se fut éloignée, on s'en « retourna avec la même solennité au lieu de la réunion. »

Sur toute sa route jusqu'à Annapolis où il se rendait auprès du Congrès, Washington fut salué par des acclamations d'enthousiasme et de respect.

Le 23 décembre, il se présenta devant le Congrès. La salle des séances était envahie par une foule considérable. Washington s'adressant à l'assemblée dit : « Ayant maintenant « terminé l'œuvre qui m'a été assignée, je me retire du grand « théâtre d'action, et adressant un adieu affectueux à cette « auguste assemblée sous les ordres de laquelle j'ai agi si ce longtemps , je remets ici ma commission et je renonce à ce tous les emplois de la vie publique. »

Solennelles paroles! Acte plus solennel encore! C'était et c'est encore un exemple d'admirable abnégation que celui de ce général couvert de gloire, entouré de prestige, devenant un simple particulier après avoir refusé une couronne et avoir fait à son pays le plus beau des dons : la liberté dans l'affranchissement.

Washington croyait bien sincèrement que sa carrière publique était terminée. Si, comme je l'en ai loué au lieu de

lui en faire un crime, Washington fut un noble ambitieux tant qu'il occupa le pouvoir; au delà de son mandat, il iVéprouva plus aucune ambition. Et faut-il le dire? Il sentait, à ce moment de transition, son impuissance à administrer, sous un titre quelconque, cette nation qui se formait et se fondait. Washington avait à perdre une réputation sans tache, et rien à gagner dans ce conflit et dans ce choc des idées. Ses conseils, il ne les avait pas épargnés dans une admirable lettre à Hamilton où il formula toutes ses vues et toutes ses pensées sur l'organisation du peuple américain en nation. « Le souhait que je forme de voir l'union de ces États étac< blie sur des principes libéraux et solides, et mon désir d'y « contribuer, en indiquant les défauts de la constitution (c actuelle » (celle de 4778) « sont également vifs. Toutes « mes lettres particulières ont été remplies de ces sentice ments ; et toutes les fois que ce sujet a été le texte de la c< conversation, j'ai tâché de les répandre et de les accrédite ter; mais décider jusqu'à quel point toute autre tentative « de ma part produirait l'effet désiré , ou si elle ne paraî- (c trait pas plus présomptueuse qu'il ne me convient, c'est ce « que je ne saurais faire, car cela dépend de l'opinion « publique, du caractère et des dispositions du peuple. » Dans une lettre à Lafayette , il disait : a L'expérience qui (c s*achète au prix des difficultés et des malheurs nous conte vaincra seule que l'honneur, la puissance et le véritable « intérêt de ce pays doivent être pesés dans une balance « continentale, et que toute dérogation à ce principe affai- « blit l'Union et peut finir par rompre le lien qui nous unit « ensemble. Détourner ces maux, fonder une nouvelle con- « stitution, qui donne de la consistance, de la stabilité et c( de la dignité à TUnion, et des pouvoirs suffisants au grand « conseil de la nation pour les affaires générales, c'est là un (c devoir imposé à tout homme qui veut le bien de son pays;

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« j'y aiderai autant qu'on le peut faire dans la carrière de « la vie privée. »

Washington s'était contenté de semer ce germe de sa future influence politique, et il n'y avait pas insisté davantage pour le moment, laissant le soin à d'autres d'entreprendre et d'accomplir une tâche égale à celle qu'il avait accomplie pour son pays. Pour lui, modestement retiré dans sa retraite de Mount-Vernon, il s'occupait de rétablir sa fortune particulière naturellement fort négligée pendant les huit années et demie d'un commandement qui avait absorbé tous ses soins. Cette fortune était relativement considérable et suffisait au train de vie qu'il menait, non pas fastueux, mais large et où l'hospitalité et de généreuses aumônes entraient pour une grande part; et enfin il ne faut pas oublier qu'il avait refusé les émoluments attachés à ses hautes fonctions. « Je demande la permission, avait-il dit, d'assu- « rer au Congrès que, comme aucune considération pécu- (c niaire n'aurait pu m'engager à accepter ce poste difficile « aux dépens de mon repos et de mon bonheur domestique, a je ne veux en tirer aucun profit. Je tiendrai un compte <c exact de mes dépenses : je ne doute pas qu'on ne les (c acquitte , et c'est tout ce que je désire. » Ces dépenses n'atteignirent pas en moyenne la moitié de la somme que le Congrès avait songé à lui allouer.

Le soin de Washington à ménager les deniers du peuple avait un caractère d'avarice que l'on eut pu penser être un vice personnel, si tous ses amis et tous les familiers de son ^oit n'étaient d'accord pour constater l'abondance pleine de simplicité qui a toujours régné à Mount-Vernon. Nous ne résistons pas au plaisir de donner une preuve de cette parcimonie sans exemple quand il s'agit d'hommes à qui les caisses du peuple sont ouvertes. Voici une lettre adressée par lui au D' Cochran, chirurgien en chef de l'armée, et

datée du 16 août 4779 , de West-Point où était alors son quartier général :

« Cher docteur, j'ai invité M"® Cochran et M™« Livingston a à dîner demain avec moi ; mais ne suis-je pas, en honneur, « obligé de leur dire quelle chère je leur ferai faire? Comme <c je. déteste de tromper, lors même qu'il ne s'agit que de « l'imagination, je vais m'acquitter de ce devoir. II est inu- « tile d'affirmer d'abord que ma table est assez grande pour a recevoir ces dames, elles en ont eu hier la preuve oculaire. <c II est plus essentiel peut-être de leur dire de quelle « manière elle est habituellement couverte; et tel sera le « but de cette lettre.

« Depuis notre arrivée dans ce bienheureux séjour, nous « avons eu un jambon, quelquefois une épaule de cochon a salé pour garnir le haut de la table ; un morceau de bœuf ce rôti orne l'autre extrémité, et un plat de fèves ou de « légumes, presqu'imperceptible, décore le centre. Quand c( le cuisinier se met en tête de briller, et je présume que ce « sera le cas demain, nous avons en outre deux pâtés de « tranches de bœuf ou des plats de crabes ; on en met un de « chaque côté du plat du milieu , on partage l'espace et on (c réduit ainsi à six pieds la distance d'un plat à un autre, « qui sans cela se trouverait de près de douze pieds. Le « cuisinier a eu dernièrement la sagacité surprenante de « découvrir qu'avec des pommes on peut faire des gâteaux; « et il s'agit de savoir si, grâce à l'ardeur de ses efforts, a nous n'obtiendrons pas un gâteau de pommes au lieu « d'avoir deux pâtés de bœuf. Si ces dames peuvent se <c contenter d'un semblable festin et se soumettre à y pren- « dre part sur des assiettes qui étaient jadis de fer-blanc, (c mais qui sont maintenant de fer (transformation qu'elles « n'ont pas subie pour avoir été trop frottées), je serai heu- « reux de les voir, et je suis, cher docteur, tout à vous. »

A part l'enjouement qu'y ajoute peut-être un homme accablé de soucis, pour s'en affranchir un instant, et la pointe d'esprit dont il cherche évidemment à l'assaisonner, cette lettre a tout le caractère d'un monument et peint admirablement bien la médiocrité obscure où Washington avait juré de se maintenir. N'est-ce pas là, en effet, un ordinaire bien digne d'un général en chef d'armée à qui ses dépenses ne sont pas même limitées! N'est-ce pas là une vaisselle bien digne de figurer à la table d'un grand citoyen déjà couvert de gloire et entre les mains de qui reposent les destinées de tout un pays ! Il ne se fait ni trop d'honneur ni trop de vanité de ce piètre ordinaire ; il le confesse avec une simplicité et une candeur douce qui rappellent celles du pasteur de Virgile conviant son camarade à ce festin champêtre composé d'une jatte de lait et de châtaignes fraîches : Sunt mihi copia lactis et castaneœ molles.

Au plus fort des difficultés de la guerre, il écrivait à l'administrateur de ses propriétés : « Que l'hospitalité de la maison « à l'égard des pauvres soit maintenue; que personne ne « s'en éloigne ayant faim. Si quelqu'un de ces malheureux « manque de blé, subvenez à ses besoins, pourvu que cela « ne l'encourage pas à la paresse; je n'ai aucune objection à « ce que vous distribuiez mon argent en aumônes, jusqu'à « concurrence de 40 ou 80 livres sterling par an, quand vous c< les considérerez comme bien placées. En disant que je « n'y ai pas d'objection , je veux dire que je désire qu'il en « soit ainsi. Vous devez considérer que ni moi ni ma femme « ne sommes maintenant à même de nous occuper de <c ces bonnes œuvres. Sous tous les autres rapports je vous « recommande d'user de la plus stricte économie et de la « plus grande frugalité; je ne doute pas que vous le fassiez, « car vous savez que je ne gagne pas un penny pour mes

« services ici, au delà de mes dépenses. Il me devient donc a nécessaire d'économiser chez moi. »

Washington mit le comble à son désintéressement lorsque les délégués de la Pennsylvanie jugèrent à propos de lui faire offrir, par l'intermédiaire du Congrès, une récompense nationale. « Il croit être, » disait le manifeste de proposition, « amplement récompensé de tous ses travaux et de « tous ses soucis par l'amour et la prospérité de ses conci- « toyens. Il est vrai qu'aucune des récompenses qu'ils ce peuvent accorder n'égalera jamais ses mérites. Mais ils « ne doivent pas souffrir que ces mérites lui soient onéreux. « Nous sommes convaincus que le peuple de la Pennsylvanie « déplorerait un tel résultat. » On expédia une copie de ces instructions à Washington qui refusa d'une manière positive qu'on leur donnât aucune suite. Il accepta plus tard une donation que l'État de la Virginie lui fit d'un certain nombre d'actions dans des entreprises de canalisation dont il avait lui-même dressé les plans; mais par son testament il légua ce capital à des établissements d'éducation.

Nous insistons sur ce côté délicat et désintéressé du caractère privé de Washington ; car il ajoute au respect dont la postérité a entouré cette grande et illustre mémoire.

Déplorable situation du pays. — Nécessité d'un nouveau Congrès. — Vices de la première Constitution. — Washington président du Congrès. — La Constitution actuelle.

Mais le souci de ses aflTaires privées n'avait pas détourné les regards de Washington de la situation déplorable où était tombé son pays. Cette situation se peut résumer en ces quelques mots que nous trouvons sous la plume d'un historien de Washington : « La banqueroute, la misère, le a communisme, la guerre sociale au sein des États, la ce guerre civile entre eux, le mépris et les insultes de l'étran- « ger. » Ajoutez une dette publique dont l'intérêt annuel s'élevait à deux millions cinq cent mille dollars (12 millions et demi de francs) et dont il était impossible de faire rentrer le montant dans les caisses du Trésor ni par l'impôt ordinaire , ni au moyen de l'emprunt ; les États - Unis n'avaient ni ne pouvaient trouver de crédit nulle part; leur commerce était nul ; l'Angleterre fermait ses ports à leurs navires. Le Massachusets fut ensanglanté par des émeutes soulevées aux cris de : « Plus de dettes ! Plus de taxes ! Plus « de papier-monnaie! Le partage égal des biens! » C'était le communisme dans toute sa hideuse effervescence.

Une telle situation devait perdre à jamais le pays ou, par la grandeur du péril, éveiller les sentiments propres à le sauver. « Si quelqu'un m'avait dit, il y a trois ans, » écrivait

Washington, « qu'une révolte aussi redoutable menacerait « les lois et la constitution que nous nous sommes données, « j'aurais pris cet homme pour un fou digne de Bedlam... « Après ce que j'ai vu, rien ne me surprendra. Il y a dans « tous les États, des matières inflammables qu'une étincelle « pourrait allumer. Si, d'ici au printemps, on ne déploie pas « la plus grande sagesse, nous assisterons à des scènes « affîreuses. »

Le même élan qui avait soulevé l'esprit public pour entreprendre l'affranchissement des colonies, se montra dans le peuple américain pour combattre ce despotisme du mal. On en arriva, enfin, à demander la convocation d'une Convention générale avec mission de remanier la constitution. Les prévisions de Washington se réalisaient. « L'expérience, » dit Jefferson dans ses Mémoires^ « avait démontré l'insuffisance <c des premiers essais que nous avions tentés en Amérique « pour l'établissement d'un gouvernement fédératif. Durant « la guerre de l'indépendance, lorsque la présence de l'en- « nemi extérieur nous réunissait tous dans un intérêt com- « mun, lorsque les attaques nous tenaient continuellement a en alerte, l'esprit des peuples excité par le danger, servait c< de supplément à l'acte fédéral et les portait aux efforts « les plus énergiques, soit qu'ils fussent ou non réclamés « par le gouvernement en vertu de cet acte ; mais lorsque la « paix et la tranquillité eurent été rétablies et que chacun « fut retourné aux occupations utiles et profitables qui lui a étaient habituelles, on accorda moins d'attention aux « demandes du Congrès. Le défaut fondamental de la confé- (c dération était de n'avoir pas autorisé le Congrès à agir sur a le peuple immédiatement et par ses propres officiers. Il « n'avait d'autre pouvoir que celui de requérir, et ces réquîsi- « tiens étaient adressées, sans autre coercition que le prince cipe moral du devoir, aux diverses législatures qui étaient

PÉRIODE d'ÉPKEUVES. 535

« chargées de les mettre à exécution. C'était dans le fait « accorder un veto à chacune d'elles sur toutes les mesures « proposées par le Congrès, veto assez fréquemment exercé « dans la pratique pour paralyser l'action du gouvernement « fédéral et le rendre inhabile à l'accomplissement de son « objet en général, et spécialement en ce qui concernait les « finances et les relations extérieures. La pratique avait « aussi fait ressortir les inconvénients du défaut de sépara- « tion des fonctions législatives, executives et judiciaires. »

Le vice de cette constitution est nettement défini par ces observations de Jeflerson, observations d'autant plus importantes à noter que Jeflerson le défenseur le plus ardent des droits particuliers des États, y fait ressortir l'absolue nécessité d'un pouvoir central, tout au moins dans la mesure des besoins et des intérêts communs.

L'initiative de cet appel à une nouvelle convention vint de la Virginie. Cet appel fut entendu, et le 27 mai 4787, la convention se réunit à Philadelphie et le 17 septembre la constitution qui régit encore aujourd'hui les États-Unis, fut votée.

Entre l'acte d'indépendance et l'acte définitif qui ferma l'ère révolutionnaire des États-Unis douze années s'étaient écoulées, dont nous avons esquissé le tableau tour à tour sombre et glorieux.

Washington présida l'assemblée de cinquante-cinq membres qui élabora cette constitution conforme aux mœurs et aux idées du peuple qu'elle allait appeler à vivre sous son égide, et à la hauteur non seulement du présent, mais de l'avenir.

En présence du calme, de la liberté, de la prospérité qui sont les fruits de cette sage constitution, à l'abri de laquelle les États-Unis ont pris un si grand essor, on ne peut se défendre de croire à la vérité de ces paroles que l'illustre

Franklin prononça devant l'assemblée, en soutenant le projet de constitution vivement combattu au dedans et en dehors de la Convention :

(( Dès le commencement de notre lutte avec la Grandece Bretagne, dit-il, alors que nous comprenions bien tous (c la gravité du danger, dans ce même local, nous faisions ce des prières quotidiennes pour invoquer la protection ce divine. Nos prières ont été entendues, et Dieu y a répondu ce en nous comblant. Tous ceux de nous qui ont été engagés ce dans cette lutte, ont dû observer les fréquentes manifestace tiens de la Providence suprême en notre faveur. A ce point ce que c'est à cette bonne Providence que nous devons la ce chance de pouvoir nous consulter aujourd'hui sur les ce moyens d'établir notre futur bonheur national. Avonsce nous donc oublié cette puissance amie, ou bien nous imacc ginons-nous par hasard que nous n'ayons plus besoin de ce son assistance? Je compte bien des années déjà sur ma ce tête, et plus je vis, plus je constate la preuve de cette vérité ce irréfragable que Dieu gouverne les affaires des hommes. »

Nous l'avons dit plus d'une fois déjà, et nous nous plaisons à répéter que la Providence, en effet, est intervenue dans la révolution américaine et dans les événements qui l'ont suivie.

Une si grande tâche n'arrive pas au but sans un secours surhumain.

La constitution, une fois adoptée par la Convention, fut soumise à l'approbation des États.

Neuf d'entre eux seulement l'adoptèrent (la Caroline du Nord, bien que ses députés eussent voté en faveur, et le Rhode-Island la repoussèrent. Mais ce cas avait été prévu, et l'adhésion des neuf États était suffisante, aux termes mêmes de la constitution, pour que cet acte fût valide et flt loi définitive.

PÉRIODE d'épreuves. 337

Voici le texte de cette constitution. C'est un monument que tout historien de TAmérique ne doit pas hésiter à insérer dans son œuvre :

« Nous, le peuple des États-Unis, afin de former une union plus parfaite, d'établir la justice, d'assurer la tranquillité intérieure, de pourvoir à la défense commune, d'accroître le bien-être général, et de rendre durables, pour nous comme pour notre postérité, les bienfaits de la liberté, nous faisons, nous décrétons et nous établissons cette constitution pour les États-Unis d'Amérique.

« Article premier. — Section F®. — Un Congrès des États- Unis, composé d'un sénat et d'une chambre de représentants, sera investi de tous les pouvoirs législatifs déterminés par les représentants.

« Section ii. — La chambre des représentants sera composée de membres élus tous les deux ans par le peuple des divers États ; et les électeurs de chaque État devront avoir les qualifications exigées des électeurs de la branche la plus nombreuse de la législature de l'État.

oc Personne ne pourra être représentant à moins d'avoir atteint l'âge de vingt-cinq ans, d'avoir été pendant sept ans citoyen des États-Unis, et d'être, au moment de son élection, habitant dé l'État qui l'aura élu.

« Les représentants et les taxes directes seront répartis entre les divers États qui pourront faire partie de l'Union, selon le nombre respectif de leurs habitants, nombre qui sera déterminé en ajoutant au nombre total des personnes libres, y compris celles servant pour un terme limité, et non compris les Indiens non taxés, trois cinquièmes de toutes autres personnes. L'énumération pour l'époque actuelle sera faite trois ans après la première réunion du Congrès des États-Unis, et ensuite de dix ans en dix ans, d'après le mode qui sera réglé par une loi. Le nombre des représentants

n'excédera pas celui d'un par trente mille habitants ; mais chaque Ëtat aura au moins un représentant. Jusqu'à ce que rénumération ait été faite, l'État de New-Hampshire en enverra trois, Massachusets huit, Rhode-Island et les Plantations de Providence un, Connecticut cinq, New-York six, New-Jersey quatre, la Pennsylvanie huit, le Delaware un, Maryland six, la Virgiîiie dix, la CaroWie septentrionale cinq, la Caroline méridionale cinq, et la Géorgie trois.

« Quand des places viendront à vaquer dans la représentation d'un État, l'autorité executive de l'État convoquera le corps électoral pour les remplir.

« La chambre des représentants élira ses orateurs et autres officiers; elle exercera seule le pouvoir de mise en accusation pour cause politique (impeachments).

« Section m. — Le sénat des États-Unis sera composé de deux sénateurs de chaque État, élus par sa législature, et chaque sénateur aura un vote.

« Immédiatement après leur réunion, en conséquence de leur première élection, ils seront divisés, aussi également que possible, en trois classes. Les sièges des sénateurs de la première classe seront vacants au bout de la seconde année; ceux de la seconde classe, au bout de la quatrième année, et ceux de la troisième, h l'expiration de la sixième année; de manière à ce que, tous les deux ans, un tiers du sénat soit réélu. Si des places deviennent vacantes, par démission ou par toute autre cause, pendant Tintervallc entre les sessions de la législature de chaque État , le pouvoir exécutif de cet État fera une nomination provisoire, jusqu à ce que la législature puisse remplir le siège vacant.

ce Personne ne pourra être sénateur, à moins d'avoir atteint l'âge de trente ans, d'avoir été pendant neuf ans citoyen des États-Unis, et d'être, au moment de son élection, habitant de l'État qui l'aura choisi.

PÉRIODE d'épreuves. 539

« Le vice-président des États-Unis sera président du sénat; mais il n*aura point de vote, à moins que les voix ne soient partagées également.

« Le sénat nommera ses autres officiers, ainsi qu'un président ;?ro tempore, qui présidera dans l'absence du viceprésident, ou quand celui-ci exercera les fonctions de président des États-Unis.

« Le sénat aura seul le pouvoir de juger les accusations intentées par la chambre des représentants (impeachments). Quand il agira dans cette fonction, ses membres prêteront serment ou affirmation. Si c'est le président des États-Unis qui est mis en jugement, le chef de la justice présidera. Aucun accusé ne peut être déclaré coupable qu'à la majorité des deux tiers des membres présents.

<c Les jugements rendus en cas de mise en accusation, n'auront d'autre effet que de priver l'accusé de la place qu'il occupe, de le déclarer incapable de posséder quelque office d'honneur, de confiance ou de profit que ce soit dans les États-Unis, mais la partie convaincue pourra être mise en jugement, jugée et punie, selon les lois, par les tribunaux ordinaires.

« Section iv. — Le temps, le lieu et le mode de procéder aux élections des sénateurs et des représentants seront réglés dans chaque État par la législature. Mais le Congrès peut, par une loi, changer ces règlements ou en faire de nouveaux, excepté pourtant en ce qui concerne le lieu où les sénateurs doivent être élus.

« Le Congrès s'assemblera au moins une fois l'année, et cette réunion sera fixée pour le premier lundi de décembre, à moins qu'une loi ne la fixe à un autre jour.

« Section v. — Chaque chambre sera juge des élections et des droits et titres de ses membres. Une majorité de chacune suffira pour traiter les affaires; mais un nombre

340 RÉPUBLiaUE AMÉRICAINE.

moindre que la majorité peut s^ajoumer de jour en jour, et est autorisé à forcer les membres absents à se rendre aux séances, par telles pénalités que chaque chambre pourra établir.

c< Chaque chambre fera son règlement, punira ses membres pour conduite inconvenante, et pourra, à la majorité des deux tiers, exclure un membre.

« Chaque chambre tiendra un journal de ses délibérations, et le publiera d'époque en époque , à Texception dç ce qui lui paraîtra devoir rester secret; et les votes négatifs ou approbatifs des membres de chaque chambre, sur une question quelconque, sur la demande d'un cinquième des membres présents, seront consignés sur le journal.

« Aucune des deux chambres ne pourra, pendant la session du Congrès, et sans le consentement de l'autre chambre, s'ajourner à plus de trois jours, ni transférer ses séances dans un autre lieu que celui où siègent les deux chambres.

« Section vi. — Les sénateurs et les représentants recevront pour leurs services une indemnité qui sera fixée par une loi et payée par le trésor des États-Unis. Dans tous les cas, excepté ceux de trahison, de félonie et de trouble à la paix publique, ils ne pourront être arrêtés, soit pendant leur présence à la session, soit en s'y rendant ou en retournant dans leurs foyers. Dans aucun autre lieu ils ne pourront être inquiétés ni interrogés, en raison de discours ou opinions prononcés dans leurs chambres respectives.

« Aucun sénateur ou représentant ne pourra, pendant le temps pour lequel il a été élu, être nommé à une place dans l'ordre civil sous l'autorité des États-Unis, lorsque cette place aura été créée, ou que les émoluments en auront été augmentés pendant cette époque. Aucun individu occupant une place sous l'autorité des États-Unis ne pourra être

PÊRIODB d'épreuves. 341

membre d'une des deux chambres tant qu'il conservera cette place.

ce Section vu. — Tous les bills établissant des impôts doivent prendre naissance dans la chambre des représentants ; mais le sénat peut y concourir par des amendements, comme aux autres bills.

« Tout bill qui aura reçu l'approbation du sénat et de la chambre des représentants sera, avant de devenir loi, présenté au président des États-Unis. S'il l'approuve, il y apposera sa signature; sinon il le renverra, avec ses objections, à la chambre dans laquelle il aura été proposé; elle consignera les éjections intégralement dans son journal, et discutera de nouveau le bUL Si , après cette seconde discussion , deux tiers de la chambre se prononcent en faveur du bill, il sera envoyé, avec les objections du président, à l'autre chambre, qui le discutera également; et si la même major^ l'approuve, il deviendra loi. Mais, en pareil cas, les votes des chambres doivent être donnés par oui et non y et les noms des personnes votant pour ou contre seront inscrits sur le journal de leurs chambres respectives. Si dans les dix jours (les dimanches non compris) le président ne renvoie point un bill qui lui aura été présenté, ce bill aura force de loi, comme s'il l'avait signé, à moins cependant que le Congrès, en s'ajournant, ne prévienne le renvoi : alors le bill ne fera point loi.

« Tout ordre , toute résolution ou vote pour lesquels le concours des deux chambres est nécessaire (excepté pourtant pour la question d'ajournement), doit être présenté au président des États-Unis, et approuvé par lui avant de recevoir son exécution. S'il le rejette, il doit être de nouveau adopté par les deux tiers des deux chambres, suivant les règles prescriptes pour les bills.

HÉPUBLIQCB AMêRICAlNEi T. I. 22

V Section viii. — Le Congrès aura le pouvoir :

« D'établir et de faire percevoir les taxes, droits, impôts et excises ; de payer les dettes publiques, et de pourvoir à la défense commune et au bien général des États-Unis ; mais les droits , impôts et excises devront être les mêmes dans tous les États-Unis ;

« D'emprunter de l'argent pour le crédit des États-Unis;

a De régler le commerce avec les nations étrangères, entre les divers États, et avec les tribus indiennes ;

a D'établir une règle générale pour les naturalisations, et des lois générales sur les banqueroutes dans les États- Unis ; '

« De battre la monnaie, d'en régler la valeur, ainsi que celle des monnaies étrangères, et de fixer la base des poids et mesures;

« D'assurer la punition de la contrefaçon de la monnaie courante et du papier public des États-Unis ;

« D'établir des bureaux de poste *des routes de poste;

<f D'encourager les progrès des sciences et des arts utiles, en assurant, pour des périodes limitées, aux auteurs et inventeurs, le droit exclusif de leurs écrits et de leurs découvertes ;

(c De constituer des tribunaux subordonnés à la cour suprême ;

« De définir et punir les pirateries et les félonies commises en haute-mer, et les offenses contre la loi des nations;

« De déclarer la guerre, d'accorder des lettres de marque et de représailles, et de faire des règlements concernant les captures sur terre et sur mer;

« De lever et d'entretenir des années; mais aucun argent pour cet objet ne pourra être voté pour plus de deux ans;

« De créer et d'entretenir une force maritime ;

PÉRIODE d'épreuves. 343

« D'établir des règles pour l'administration et l'organisation des forces de terre et de mer ;

« De pourvoir à ce que la milice soit convoquée pour exécuter les lois de l'Union, pour réprimer les insurrections et repousser les invasions;

« De pourvoir à ce que la milice soit organisée, armée et disciplinée, et de disposer de cette partie de la milice, qui peut se trouver employée au service des États-Unis, en laissant aux États respectifs la nomination des officiers, et le soin d'établir dans la milice la discipline prescrite par le Congrès;

a D'exercer la législation exclusive dans tous les cas quelconques, sur tel district (ne dépassant pas dix milles carrés) qui pourra, par la cession des États particuliers et par l'acceptation du Congrès, devenir le siège du gouvernement des États-Unis, et d'exercer une pareille autorité sur tous les lieux acquis par achat, d'après le consentement de la législature de l'Etat où ils seront situés, et qui serviront à l'établissement de forteresses , de magasins , d'arsenaux, de chantiers et autres établissements d'utilité publique.

« Enfin, le Congrès aura le pouvoir de faire toutes les lois nécessaires ou convenables, pour mettre à exécution les pouvoirs qui lui ont été accordés, et tous les autres pouvoirs dont cette constitution a investi le gouvernement des États- Unis, ou une de ses branches.

« Section ix. — La migration ou l'importation de telles personnes dont l'admission peut paraître convenable aux États actuellement existants, ne sera point prohibée par le Congrès avant l'année 1808; mais une taxe ou droit n'excédant point dix dollars par personne peut être imposée sur cette importation ;

« Le privilège de YHabeas corpus ne sera suspendu qu'en

su RÉPUBLIQUE AMÉRICAINE.

cas de rébellion ou d'invasion, et lorsque la sûreté publique l'exigera ;

« Aucun bill d'attainderj ni loi ex post facto^ ne pourra être décrété;

ce Aucune capitation ou autre taxe directe ne sera établie, si ce n'est en proportion du dénombrement prescrit dans une section précédente;

« Aucune taxe ou droit ne sera établi sur des articles exportés d'un État quelconque. Aucune préférence ne sera donnée par des règlements commerciaux ou fiscaux, aux ports d'un État sur ceux d'un autre; les vaisseaux destinés pour un État ou sortant de ses ports, ne pourront être forcés d'entrer dans ceux d'un autre ou d'y payer des droits;

« Aucun argent ne sera tiré de la trésorerie qu'en cousequence des dispositions prises par une loi ; et de temps en temps on publiera un tableau régulier des recettes et des dépenses publiques.

« Aucun titre de noblesse ne sera accordé par les États- Unis ; et aucune personne , tenant une place de profit ou de confiance sous leur autorité, ne pourra, sans le consentement du Congrès, accepter quelque présent, émolument, place ou titre quelconque, d'un roi, prince, ou État étranger.

« Section x. — Aucun État ne pourra contracter ni traité, ni alliance, ni confédération, ni accorder des lettres de marque ou de représailles, ni battre monnaie, ni émettre des bills de crédit, ni déclarer qu'autre chose que la monnaie d'or et d'argent doive être acceptée en paiement de dettes; ni passer quelque bill à'attainderj ou loi ex poat facto, affaiblissant les obligations des contrats, ni accorder aucun titre de noblesse.

u Aucun État ne pourra, sans le consentement du Congrès, établir quelque impôt ou droit sur les importations ou exportations, à l'exception de ce qui lui sera absolument

PÉRIODE d'épreuves. 345

nécessaire pour l'exécution de ses lois d'inspection ; et le produit net de tous droits et impôts établis par quelque État sur les importations et exportations, sera à la disposition de la trésorerie des États-Unis : et toute loi pareille sera sujette à la révision et au contrôle du Congrès. Aucun État ne pourra, sans le consentement du Congrès, établir aucun droit sur le tonnage, entretenir des troupes ou des vaisseaux de guerre en temps de paix, contracter quelque traité ou union avec un autre État, ou avec une puissance étrangère, ou s'engager dans une guerre, si ce n'est dans le cas d'invasion ou d'un danger assez imminent pour n'ad^ mettre aucun délai.

« Article II. — Section r*. — Le président des États-Unis sera investi du pouvoir exécutif. Il occupera sa place pendant le terme de quatre ans ; son élection et celle du viceprésident nommé pour le même terme auront lieu ainsi qu'il suit:

« Chaque État nommera, de la manière qui sera prescrite par sa législature, un nombre d'électeurs égal au nombre total de sénateurs et de représentants que l'État envoie en congrès ; mais aucun sénateur ou représentant, ni aucune personne possédant une place de profit ou de confiance sous l'autorité des États-Unis, ne peut être nommé électeur.

« Les électeurs s'assembleront dans leurs États respectifs, et ils voteront au scrutin pour deux individus, dont un au moins ne sera point un habitant du même État qu'eux. Ils feront une liste de toutes les personnes qui ont obtenu des suffrages, et du nombre de suffrages que chacune d'elles aura obtenu ; ils signeront et certifieront cette liste, et la transmettront scellée au siège du gouvernement des États- Unis, sous radresse du président du sénat, qui, en présence du sénat et de la chambre des représentants, ouvrira tous les certificats et comptera les votes. Celui qui aura

obtenu le plus grand nombre de votes sera président, si ce nombre forme la majorité des électeurs; si plusieurs ont obtenu cette majorité, et que deux ou un plus grand nombre réunissent la méîne quantité de suffrages, alors la chambre des représentants choisira l'un d'entre eux pour président par la voie du scrutin. Si nul n'a réuni cette majorité, la chambre prendra les cinq personnes qui en ont approché davantage, se choisira parmi elles le président, de la même manière. Mais en choisissant ainsi le président, les votes seront pris par État, la représentation de chaque État ayant un vote : un membre ou des membres des deux tiers des États devront être présents, et la majorité de tous ces États sera indispensable pour que le choix soit valide. Dans tous les cas, après le choix du président, celui qui réunira le plus de voix sera vice-président. Si deux ou plusieurs candidats ont obtenu un nombre égal de voix, le sénat choisira parmi ces candidats le vice-président par voie de scrutin.

« Le Congrès peut déterminer l'époque de la réunion des électeurs et le jour auquel ils donneront leurs suffrages; lequel jour sera le même pour tous les États-Unis.

« Aucun individu, autre qu'un citoyen né dans les États- Unis, ou étant citoyen lors de l'adoption de cette constitution, ne peut être éligible à la place de président; aucune personne ne sera éligible à cette place, à moins d'avoir atteint l'âge de trente-cinq ans, et d'avoir résidé quatorze ans aux États-Unis.

« En cas que le président soit privé de sa place ou en cas de mort, de démission ou d'inhabileté à remplir les fonctions et les devoirs de cette place , elle sera confiée au vice-président, et le Congrès peut par une loi pourvoir au cas du renvoi, de la mort, de la démission ou de l'inhabileté tant du président que du vice-président, et indiquer quel fonctionnaire public remplira en pareil cas la présidence, jusqu'à ce

PÉRIODE d'épreuves. 547

que la cause de l'inhabileté n'existe plus, ou qu'un nouveau président ait été élu.

ce Le président recevra pour ses services, à des époques fixées, une indemnité qui ne pourra être augmentée ni diminuée pendant la période pour laquelle il aura été élu ; et pendant le même temps il ne pourra recevoir aucun autre émolument des États-Unis ou de l'un des États.

« Avant son entrée en fonctions, il prêtera le serment ou affirmation qui suit :

« Je jure ou j'affirme solennellement que je remplirai « fidèlement la place de président des États-Unis, et que « j'emploierai tous mes soins à conserver, protéger et « défendre la constitution des États-Unis. »

« Section ii. — Le président sera commandant en chef de l'armée et des flottes des États-Unis, et de la milice de divers États, quand elle sera appelée au service actif des États- Unis; il peut requérir l'opinion écrite du principal fonctionnaire dans chacun des départements exécutifs, sur tout objet relatif aux devoirs de leurs offices respectifs ; et il aura le pouvoir d'accorder diminution de peine et pardon pour délits envers les États-Unis, excepté en cas de mise en accusation par la chambre des représentants.

« Il aura le pouvoir de faire des traités de l'avis et du consentement du sénat, pourvu que les deux tiers des sénateurs présents y donnent leur approbation; il nommera, de l'avis et du consentement du sénat, et désignera les ambassadeurs, les autres ministres publics et les consuls les juges des cours suprêmes et tous autres fonctionnaires des États-Unis aux nominations desquels il n'aura point été pourvu d'une autre manière dans cette constitution, et qui seront institués par une loi. Mais le Congrès peut, par une loi, attribuer les nominations de ces employés subalternes au président seul, aux cours de justice ou aux chefs des départements.

« Le président aura le pouvoir de remplir toutes les places vacantes pendant Tintervalledcs sessions du sénat, en accordant clés commissions qui expireront h la fin de la session prochaine.

« Section m. — De temps en temps, le président donnera au Congrès des Informations sur Tétat de l'Union, et il recommandera à sa considération les mesures qu'il jugera nécessaires et convenables; il peut, dans des occasions extraordinaires, convoquer les deux chambres, ou Tune d'elles, et en cas de dissentiments entre elles sur le temps de leur ajournement, il peut les ajourner à telle époque qui lui paraîtra convenable ; il recevra les ambassadeurs et les autres ministres publics; il veillera à ce que les lois soient lidèlement exécutées ; et il commissionnera tous les fonctionnaires des États-Unis.

« Section iv. — Les président, vice-président et tous les fonctionnaires civils pourront être renvoyés de leurs places si, h la suite d'une accusation, ils sont convaincus de trahison, de dilapidation du trésor public, ou d'autres grands crimes et d'inconduite (misdemcanours).

« Article m. — Section r^ — Le pouvoir judiciaire des États- Unis sera confié h une cour suprême et aux autres cours inférieures que le Congrès peut de temps à autre former et établir. Les juges, tant des cours suprêmes que des cours inférieures, conserveront leurs places tant que leur conduite sera bonne, et ils recevront pour leurs services, à des époques fixées, une indemnité qui ne pourra être diminuée tant qu'ils conserveront leur place.

« SECTION II. — Le pouvoir judiciaire s'étendra à toutes les causes en matière de lois et d'équité, qui s'élèveront sous l'empire de cette constitution, des lois des États-Unis, et des traités faits ou qui seront faits sous leur autorité ; à toutes les causes concernant des ambassadeurs, d'autres

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ministres publics ou des consuls; à toutes les causes de l'amirauté ou de la juridiction maritime; aux contestations dans lesquelles les États-Unis seront partie; aux contes^ tations entre deux ou plusieurs États, entre un État et des citoyens d'un autre État, entre des citoyens d'États différents, entre des citoyens du même État réclamant des terres en vertu de concessions émanées de différents États, et entre un État ou les citoyens de cet État, et des États, citoyens ou étrangers.

« Dans tous les cas concernant les ambassadeurs, d'autres ministres publics ou des consuls, et dans les causes dans lesquelles un État sera partie, la cour suprême exercera la juridiction originelle. Dans tous les autres cas susmen* tiennes, la cour suprême aura la juridiction d'appel, tant sous le rapport de la loi que du fait, avec telles exceptions et tels règlements que le Congrès pourra faire.

<c Le jugement de tous crimes, excepté en cas de mise en accusation par la chambre des représentants, sera fait par Jury; ce jugement aura lieu dans l'État où le crime aura été commis ; mais si le crime n'a point été commis dans un des États, le jugement sera rendu dans tel ou tel lieu que le Congrès aura désigné à cet effet par une loi.

a Section m. — La trahison contre les États-Unis consistera uniquement à prendre les armes contre eux, ou à se réunir à leurs ennemis, en leur donnant aide et secours. Aucune personne ne sera convaincue de trahison, si ce n'est sur le témoignage de deux témoins déposant sur le même acte patent, ou lorsqu'elle se sera reconnue coupable devant la cour.

« Le Congrès aura le pouvoir de fixer la peine de la trahison; mais ce crime n'entraînera point la corruption du sang ni la confiscation, si ce n'est pendant la vie de la personne convaincue.

« Article IV. Section i"*. — Pleine confiance et crédit seront donnés en chaque État, aux actes publics et aux procédures judiciaires de tout autre État; et le Congrès peut, par des lois générales, déterminer quelle sera la forme probante de ces actes et procédures, et les effets qui y seront attachés.

« Section ii. — Les citoyens de chaque État auront droit à tous les privilèges et immunités attachés au titre de citoyens dans les autres États.

« Un individu accusé, dans un État, de trahison, félonie ou autre crime, qui se sauvera de la justice et qui sera trouvé dans un autre État, sera, sur la demande de l'autorité executive de TÉtat dont il s'est enfui, livré et conduit vers l'État ayant juridiction sur ce crime.

« Aucune personne tenue au service ou au travail dans un État, sous les lois de cet État, et qui se sauverait dans un autre, ne pourra, en conséquence d'une loi ou d'un règlement de l'État où elle s'est réfugiée, être dispensée de ce service ou travail, mais sera livrée sur la réclamation de la partie à laquelle ce sen^ce et ce travail seront dus.

a Section m. — Le Congrès pourra admettre de nouveaux États dans cette union; mais aucun nouvel État ne sera érigé ou formé dans la juridiction d'un autre État; aucun État ne sera formé non plus de la réunion de deux ou de plusieurs États, ni de quelques parties d'État, sans le consentement de la législature des États intéressés et sans celui du Congrès.

« Le Congrès aura le pouvoir de disposer du territoire et des autres propriétés appartenant aux États-Unis et d'adopter à ce sujet tous les règlements et mesures convenables; et rien dans cette constitution ne sera interprété dans un sens préjudiciable aux droits que peuvent faire valoir les États-Unis, ou quelques États particuliers.

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« Section iv. — Les États-Unis garantissent à tous les États de l'Union une forme de gouvernement républicain, et protégeront chacun d'eux contre toute invasion, et aussi contre toute violence intérieure, sur la demande de la législature, ou du pouvoir exécutif, si la législature ne peut être convoquée.

« Article V. — Le Congrès, toutes les fois que les deux chambres le jugeront nécessaire, proposera des amendements à cette constitution; ou sur la demande de deux tiers des législatures des divers États, il convoquera une convention pour proposer des amendements, lesquels, dans les deux cas, seront valables à toutes fins, comme partie de cette constitution, quand ils auront été ratifiés par les législatures des trois quarts des divers États, ou par les trois quarts des conventions formées dans le sein de chacun d'eux , selon que l'un ou l'autre mode de ratification aura . été prescrit par le Congrès, pourvu qu'aucun amendement fait avant l'année 1808 n'affecte d'une manière quelconque la première et la quatrième clause de la neuvième section du premier article, et qu'aucun État ne soit privé , sans son consentement, de son suffrage dans le sénat..

c< Article VL — Toutes les dettes contractées et les engagements pris avant la présente constitution, seront aussi valides à l'égard des États-Unis sous la présente constitution que sous la confédération.

« Cette constitution et les lois des États-Unis qui seront faites en conséquence, et tous les traités faits ou qui seront faits sous l'autorité desdits États-Unis , composeront la loi suprême du pays ; les juges de chaque État seront tenus de s'y conformer, nonobstant toute disposition qui, dans les lois ou la constitution d'un État quelconque, serait en opposition avec cette loi suprême.

« Les sénateurs et les représentants susmentionnés et,

les membres des législatures djes États et tous les officiers du pouvoir exécutif et judiciaire, tant des États*Unis que des divers États, seront tenus, par serment ou par affirmation, de soutenir cette constitution; mais aucun serment religieux ne sera jamais requis comme condition pour remplir une fonction ou charge publique sous l'autorité des États-Unis.

a Article VII. — La ratification donnée par les conventions de neuf États sera suffisante pour rétablissement de cette constitution entre les États qui l'auront ainsi ratifiée.

ce Fait en convention, par le consentement unanime des États présents, le 17« jour de septembre, l'an du Seigneur 1787, et de l'indépendance des États-Unis, le 12«; en témoignage de quoi, nous avons apposé ci-dessous nos noms.

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