‹ La République coopérativeChapitre 103 sur 249 · CIS · texte numérisé non relu

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Peut-on prétendre et nous le croyons, qu'une société reposant sur la souveraineté du consommateur, où lintérêt de la consommation détermine son effort, ne contient pas, par là même, le plus puissant aiguillon du progrès ? En fait, les besoins de l'humanité sont infinis, ils se multiplient chaque jour, ils naissentmême beaucoup

lus vite que les moyens de les satisfaire ; or, la Répuon coopérative est entre les mains du consommateur, c’est le besoin qui est à la base de la vie économique, c'est donc un singulier levier de progrès que de vouloir satisfaire l’infinité des besoins humains quand précisément la direction de la production el son emploi sont entre les mains du consommateur.

Certes, ce dernier sera limité dans son action par les conditions techniques de réalisation, par l'état des forces productrices et par l’état desinventions humaines applicables, mais le ressort subsiste en son entier.

Est-ce donc l'intérêt personnel, la bre concurrence qui peuvent prétendre à une supériorilé marquée ? Maïs et chaque jour, nous voyons [a bbre concurrence évoluant et faisant place à l'organisation de la concurrence puis à sa disparition, et précisément parce qu est apparue la nécessité d'assurer l’ordre et, dans l’ordre, laccomplissement et l'application des progrès techniques.

De même, l'intérêt personnel estil-vraiment instru-

ment de progrès avec la lutte pour le profit? IF aboutit

souvent à conserver des méthodes surannées de production, par exemple dans le commerce de la boulangerie ou de la boucherie: ou encore à vouloir obtenir une main-d'œuvre à bon marché plutôt que de perfeclionner l'outillage et les méthodes productives. La République coopérative peut donc entièrement remplacer la libre concurrence et l'intérêt personnel commeinstrument de progrès, à une conditionilest vrai, c'estd adopter des formes de rémunération de leffort maximum ui incitent au rendementmaximum, mais iln'y a là rien Du péosible. Nous reverrons du reste le problème au cours de ce livre.

Enfin, il faui s'entendre sur ce que l’on appelle l’ai- Lise du progrès etdans une page admirable, Charles ide a montré les deux points de vue suivant lesquels

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on peut concevoir le progrès économique et le progres moral :

« Et puis, à tout mettre au pire, quand bien même il serait démontré que l’apaisement de la concurrence sous la forme de la luite pour la vie, que l'abolition de Pardente soif du profit, dussent avoir pour effet, non pas de tarir, mais.de ralentir un peu la source des richesses qui coule aujourd'hui à gros bouillons, je ne verrais pas là, À bien considérer, un grave sujet d'inquiétude. Stuart Mill prévoyait cette éventualité d’un état futur dans lequel « le fleuve de l'industrie humaïne aboutirait, en fin

e tout, àune mer stagnante ». Maispourquoistagnante? Pourquoi ce mot qui suggère des idées lugubres de marécages ? Ne sait-on point que ce n’est point dans l'eau des torrents, ni des fleuves impétueux, toujours trouble et boueuse, mais seulement dans l'eau paisible des lacs, que se reflète la lumière du ciel ét la joie des rivages et que nous pouvons contempler notre image ? De même, un jour peut-être, le ralentissement de l’activité économique, en donnant aux hommes plus de loisir, leur don-

nera le temps de vivre, de s'intéresser à autre chose

qu'à l'argent, de se connaître eux-mêmes, de se pencher sur leur âme pour s’y regarder — ce qu’on appelle si bien la réflexion — et permettra ainsi à notre future société économique de refléter dans son cours apaisé un peu de joie, un peu de lumière du ciel et des choses d'en haut. »

c) La PARTIE socrALE. — Reste un dernier point: la Ré-

publique coopérative est-elle, par son organisation de la

répartition des richesses, plus équitable et plus juste que la société acluelle ?

La réponse est fort simple : La République coopérativé élimine les « revenus sans travail »! Elle donne donc à chacun le revenu qui correspond à son effort.

Mais en même temps, elle place au premier rang de ses préoccupations le besoin. Elle est donc, du point de vue de la partie sociale, une heureuse harmonie de ces deux aspirations : le bien-être et la rémunération de l'effort. |

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