CHAPITRE IV
Qu'est-ce donc que la Société coopérative nationale que nous appellerons, d'ores et déjà, la « République coopérative ».
À) L'évolution vers la Société nationale.
Certes, il ne suffirait pas d’en décréter Ia nécessité ou même d'en constituer l'organisme pour que 1pso facto la « République Coopérative » totale, telle qu'elle est décrite dans ce volume, se trouve réalisée.
Nous entendons par « la République coopérative »
- une Société qui absorberait dans son activité les fonctions aujourd hui remplies par les Sociétés de développement et les fonctions remplies par les Magasins de gros, tant en ce qui concerne leur tâche d'ordre com-
-mercial que leur tâche dans le domaine de la production industrielle, agricole et financière.
Ïl semble bien que la Société « République coopérative nationale », soit la fin même del’évolution du mou-
vement coopératif.
Nous avons montré comment des Sociétés locales
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particulières on aboutissait, peu à peu, aux Sociétés
régionales ; mais les mêmes raisons qui ont mihité en. faveur de la création de ces grands organismes: raisons de concurrence d'une part, raisons de fins coopératives, raisons de rendement maximum immédiat, d'autre part, sont également vraies pour Justüfier et
pour réclamer la création d'une Société nationale. Jus--
u’ici, certes, dans tous les pays du monde, il y a peu d'exemples de ce genre; toutefois, il semble bien que la Handgyar hongroise soit une Société de ce type et ïl est également vrai queen Russie, à l'heure où nous sommes, non pas par la volonté descoopérateurs, mais plutôt par les impositions du Gouvernement ou tout au moins sous sa contrainte, on aboutit à un résultat similaire. | Il est en tout cas vrai que l’un des plus grands hommes de la coopération anglaise, mort aujourd'hui, le Secrétaire général de l'Union Gray, s’est fait pendant des années le protagoniste d’une Société unique pour l'Angleterre englobant dans son sein toutes les Sociétés de détail et les Wholesale anglaises et écossaises. En tout cas, la logique même des choses, en même temps que l'évolution naturelle, doit faire naïitre Fidée et la volonté de cette réalisation, mais du jour où une Société coopérative nationale unique de détail se serait créée, on peut se demander alors pourquoi les Maga-
sins de gros ayant de leur côté, peu à peu, fourmi les Sociétés de détail de la totalité de leurs besoins, pour-
quoi ces Magasins de gros conserveraient-ils une autonomie particuhère, pourquoi auraient-ils une vie juridique à part? [est fatal que devenus propriété d’une seule Société, 1l y aurait tout Heu qu'ils se confondent avec elle, mais ceci ne peut-il se concevoir dès maintenant, alors même que toutes les Coopératives ne sont pas réunies en une seule, alors même qu'en beaucoup de cas, les Magasins de gros ne sont pas le fournisseur exclusif?
Quand nous préconisons la constitution de la Répu-
blique coopérative Société nationale unique, nous ne. voulons pas dire par là qu'il s’agit de l'imposer par la force, nous ne disons pas davantage qu'il faut attendre
que toutes les Sociétés qui en ont jugé l'utilité, sentent
- le besoin d’en réclamer la réalisation. On peut essayer
de la mettre debout entre toutes les Coopératives de bonne volonté; il nest même pas indispensable que cette Société nationale unique ait immédiatement résorbé en elle le Magasin de gros ou les Magasins de gros; On peut imaginer que la République coopérative peut vivre à côté des Magasins de gros avec l'espoir seulement un jour de voir l'unité entre ces deux organisations.
Enfin, le plus plausible peut-être serait de concevoir, dès maintenant, la République coopérative faite entre les Magasins de gros et les Sociétés de détail qui le voudraient; mais le M.D.G. n'en continuerait pas moins sa tâche pour le gros, en ce qui concerne les Sociétés de détail qui resteraient en dehors de la République coopérative.
B) Les avantages.
Les avantages de la République coopérative apparaissent à première. vue, aussi bien d’un point de vue matériel que d’un point de vue moral, comme extrêmement importants.
Et d’abord, tous les coopérateurs français se trouveraient sur un même pied d'égalité. Qu'ils habitent Lille ou Carcassonne, qu'ils soient Bretons ou qu'ils soient Lorrains, ils seraient coopérateurs de la même espèce, avec les mêmes devoirs el obtenant de Ia coopétion les mêmes avantages.
Est-on vraiment coopérateur pour le titre de sa Société? Qu'elle s'appelle, ici « Aurore » ou là « la Sentineile », on est coopérateur aussi bien pour les avantages immédiats économiques que pour le but social final, dans les mêmes conditions et pour les mêmes: raisons.
Une solidarité coopérative nationale s’établirait peu
à peu entre tous les coopérateurs; solidarité morale qui permettrait à chäacun de pores défendre, non plus d'un point de vue particulier mais en élargissant les
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esprits, les idées mêmes qui doivent être à la base du mouvement coopératif. | Plus de pertes ou de gains dus à des circonstances particulières, plus de privilèges n1 de désavantages particuliers, une œuvre commune à laquelle chacun se sentirait attaché, œuvre commune qui ferait que sans transfert d'action, sansstatuts différents, sans méthodes spéciales, tout coopérateur pourrait se Lransporter d'un bout de la France à l'autre, sentir les mêmes frères et les mêmes « camarades » coopérateurs. | Quand on songe que les principes coopéralifs sont aujourd'hui nettement établis, qu'ils ne diffèrent point d'une Société à l'autre, que seules, des modifications de détail, absolument secondaires, séparent les Sociétés les unes des autres, que souvent les différences ne sont faites que d'erreurs, de préjugés, de traditions primitives ou de maladresses, il semble bien que Ia République coopérative faite sur des bases résultant de l'expérience générale, aurait les meilleures chances d'empêcher toutes les difficultés. Elle éviterait tous
les écueils et permettrait également toutes les sug- :
œestions, toutes les réformes possibles qui, ici, pour être admises, auraient besoin d’un plus grand nombre de suffrages, mais pourraient par là même, être mieux étudiées et n'être appliquées que dans la certitude de leur réussite. | Ïl-est également une autre raison qui nous paraît légitimer la Société nationale unique, et celle-là, non plus du point de vue de l'unité des Sociétés entre elles, mais des rapports des Sociétés de détail avec leur organisme de gros. | L'existence de deux organismes séparés, l’un de détail, l’autre de gros, conduit malgré tout, à ce que,
comme tout organisme vivant, chacun songe d'abord
à sa propre défense et à sa propre vie. Il s'ensuit, par là même, que les intérêts du groupement de détail et les intérêts du groupement de gros qui devraient être en tous les cas identiques (puisque l’un est composé
des éléments de l’autre), peuvent déterminer des con- flits possibles entre des intérêts qui semblent s'opposer
à un moment donné.
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