Au lendemain des élections générales de
62 LA RÉPUBLIQBE NOUVELLE
Mais, à mesure que la République faisait de nouvelles conquêtes, à mesure que les anciens I)arlis disparaissaient, il était inévitable que chacune de ces fractions reprît peu à peu son indépendance, d'abord dans les élections, puis dans le Parlement, et essayât d'y faire prévaloir ses idées.
On avait d'abord combattu pour l'existence ; puis, à mesure que le principe était de moins en moins contesté, on luttait pour telle ou telle organisation du régime.
Tout cela est logique ; c'est la marche naturelle des choses; et quand on a parlé d'un « changement de système », quand nous avons dit : « La République est à un tournant de son histoire », nous avons simplement constaté cette situation nouvelle qui sautait aux yeux et que tout le monde aujourd'hui, ou presque tout le monde s'accorde à reconnaître.
Cela veut-il dire, comme certaines personnes ont paru le croire, que nous songions à blâmer l'emploi de cette méthode dans le passé, ou à critiquer ceux qui l'ont suivie? En aucune façon! Et qui donc pourrait méconnaître l'importance de l'œuvre accomplie depuis quinze ans : la reconstitution de notre outillage militaire, scolaire,
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économique, la création d'un vaste empire colonial, le rétablissement de l'équilibre européen? (Applaudissements.)
C'est justement parce que les hommes qui ont accompli cette œuvre ont fait progresser la République dans le cœur de la France et dans l'estime de l'Europe à tel point qu'elle se confond désormais avec la nation, c'est parce que nous sommes ici, non plus 363, mais 488 députés républicains, c'est pour cela que nous voyons tomber et disparaître de lui-même, par la force des choses, l'expédient nécessairement provisoire qui correspondait à la période des origines, de la lutte pour la vie, mais qui ne pouvait évidemment demeurer le régime normal et définitif du gouvernement parlementaire en France. (Très bien ! très bien! au centre.)
Car, si l'on ne peut contester l'importance de l'œuvre accomplie depuis quinze ans, on ne peut contester non plus les inconvénients, sous d'autres rapports, de la méthode que nous avons été obligés de suivre : ces ministres choisis, non parce qu'ils représentaient les mêmes idées, mais au contraire parce qu'ils représentaient des groupes différents ; ces ministères qui n'étaient que des images en raccourci des divisions de la majorité, qui avaient plusieurs politiques, ou qui n'en avaient pas, ce
qui revient au même; ces ministres, renversés par un vote de la Chambre, restant presque tous à leur poste sous la conduite d'un nouveau président du Conseil ; par suite, ces tiraillements, ces conflits, dont le contre-coup se faisait sentir dans toutes les administrations, dans tous les services publics, ces crises répétées, cet affaiblissement et cette instabilité du pouvoir qui a été, pendant cette période, le vice capital de notre politique (Très bien! très bien! au centre) et qui a failli, à certaines heures, nous devenir si funeste; enfin, ce qui peut-être est pire que tout, ces compromis où les hommes publics sacrifiaient à une ombre de pouvoir leurs idées, leurs programmes, tout ce qui était leur raison d'être et leur principe de vie (Très bien ! très bien !), cet étrange spectacle, d'hommes politiques faisant au pouvoir le contraire de ce qu'ils avaient demandé dans l'opposition, pratiquant comme ministres la politique qu'ils n'avaient cessé de combattre comme députés, puis, une fois tombés, réclamant de leurs successeurs ce qu'eux-mêmes n'avaient pu faire. (Applaudissements et rires sur un grand nombre de bancs.) De telle sorte que, à ceux qui, par exemple, viendront nous demander, soit la suppression du budget des cultes, soit celle des
évechés non concordataires, nous n'aurons qu'à relire les discours, les arguments apportés à celte tribune, en 1888, par le ministère Floquet (l'honorable M. Lockroy en faisait partie, je crois) ; à ceux qui viendront nous demander la suppression de l'ambassade au Vatican, nous n'aurons qu'à relire le discours prononcé à la môme époque par l'honorable M. Goblet, alors ministre des affaires étrangères... (Applaudissements et rires.)
M. RENÉ GOBLET. — Je demande la permission de dire que j'ai toujours soutenu les mêmes opinions comme député et comme ministre.
M. PAUL DESCHANEL... discours daus lequel l'honorable M. Goblet nous priait — j'ai retenu très exactement ses paroles — « de ne pas ajouter une amertume nouvelle à toutes les amertumes qui déjà accablaient le Saint-Père. » (On rit.)
M. RENÉ GOBLET. — Parfaitement!
M. LOUIS JOURDAN. — M. Goblct a converti le pape à la République. Voilà la conséquence. C'est un échange de bons procédés.
M. PAUL DES CHANEL. — Je ne leur en fais pas un reproche : ils portaient, comme nous tous, le poids de la situation générale ; mais, sans doute, le souvenir des nécessités cruelles qu'ils ont dû subir n'est pas pour peu de chose dans la netteté
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de leur atlilude présente, et nous ne pouvons qu'applaudir à leur désir bien légitime de ne plus retomber désormais dans ces compromis où s'usent l'autorité des caractères, le nerf des partis, et qui finiraient par ruiner le crédit même des institutions libres. (Très bien! très bien! au centre.)
Là-dessus, nous sommes absolument d'accord avec l'honorable M. Lockroy. Voici maintenant oii nous ne le sommes plus :
Il disait tout à l'heure : « Il y a deux conceptions très différentes de la République » ; et il indiquait — comme M. Chaulemps après lui — la formation de deux grands partis : un parti qu'ils appellent le parti progressiste, composé de tous les éléments socialistes et plus ou moins radicaux, et un autre parti — M. Chautemps l'a dit en propres termes — composé du Centre et de la Droite.
Cette vue, pour être exacte, supposerait deux choses : la première, c'est qu'un accord, en vue de conquérir et d'exercer le pouvoir, pourrait intervenir entre les divers groupes socialistes et radicaux ; et la seconde, c'est qu'un accord de même nature et de môme portée pourrait intervenir entre le Centre et la Droite.
Eh bien, ni riine ni l'autre de ces conditions ne me paraissent réalisables, et voici pourquoi :
Si nous nous tournons vers la Gaucho, nous voyons des divergences d'opinion profondes, d'abord entre les socialistes eux-mêmes.
El ici je tiens à m'expliquer sur une interruption que, dans la passion de la discussion, j'ai prononcée tout à l'heure : je sais très bien qu'il y a dans le parti socialiste des hommes qui ont porté le sac et le fusil, je leur rends hommage ; je ne les confonds pas avec d'autres, comme nous en avons vu dans cette enceinte, qui disaient qu'il faudrait, au besoin, « trouer de balles les pantalons rouges ». (Exclamations.) Oui ! ces exécrables paroles ont été portées à celte tribune ! (Applaudissements au centre et à droite.)
Je dis qu'il y a des divergences d'opinions profondes entre les socialistes. C'est ainsi, par exemple, que M. Goblet a repoussé à différentes reprises les idées internationalistes et les théories du collectivisme. Et, de son côté, M. Jules Guesde a repoussé avec dédain , et en des termes que je n'oserais pas citer ici, le programme de ceux qu'on pourrait appeler les opportunistes du socialisme, c'est-à-dire la nationalisation des
mines, des chemins de fer et de la Banque de France. Les différentes sectes socialistes sont très divisées, et parfois il y a des contradictions sur des points fondamentaux dans les écrits d'un mcme chef d'école.
Ainsi, M. Jules Guesde a deux langages tout différents, et même opposés, suivant qu'il s'adresse aux ouvriers des villes, de l'industrie, ou aux populations des campagnes. Voici une brochure signée de lui, intitulée Collectivisme et Révolution. La campagne socialiste agricole n'avait pas encore commencé. L'auteur demande l'expropriation de tous les propriétaires ; il repousse le rachat et l'indemnité, et ajoute :
« L'expropriation avec indemnité est donc une chimère, autant, sinon plus, que le rachat. Et, quelque regret qu'on en puisse éprouver, quelque pénible que paraisse aux natures paciliques ce troisième et dernier moyen, nous n'avons plus devant nous que la reprise violente sur quelques-uns de ce qui appartient à tous, disons le mot : la révolution. > (Mouvements divers.)
Puis, il montre qu'il ne s'agit pas seulement de l'expropriation des propriétaires de mines, des compagnies de transport, des propriétaires
do valeurs mobilières ; que ce sont aussi les propriétaires de la terre qu'il s'agit d'exproprier par la révolution et la violence, sans indemnité d'aucune sorte.
A ce propos, une parenthèse :
On a discuté tout à l'heure sur des chiffres, et je n'ai pas été moins étonné que mon ami Barthou du chiffre de 1 500 000 propriétaires fonciers donné par M. Jaurès. M. Jules Guesde, lui, dans le Programme agricole du parti ouvrier, daté de 1893, donne des chiffres absolument différents; il dit, page 7 :
« Les petits propriétaires (de 1 à 5 hectares) sont au nombre de 7 300 000... » sans compter les autres. (Rires.)
M. LEYDF.T. — Combien possèdent-ils d'hectares en tout, monsieur Deschanel ?
AU CENTRE. — Continuez I
M. PAUL DESCHANEL. — YOUS le VOJCZ, sl l'on
n'est pas d'accord sur les idées, on ne l'est pas davantage sur les faits. Et il est bon de rappeler ici en passant qu'il y a en France autant de propriétaires de valeurs mobilières que de propriétaires de terres, et que c'est le seul pays du monde où l'on voie ce phénomène.
M. AYNARD. — G'cst vrai ! très bien !
M. PAUL DESCHANKL. — Je continuG la citation de M. Jules Guesde. Cela était écrit en 1890.
Jl. JULES GUESDE. — En 1878!
M. PAUL DESCiiANEL. — Pcu ioiporte ! J'ai ici sous les j-eux une réédition de 1890, trois ans avant l'apparition de votre programme agricole :
Vous disiez : <■' Des capitaux qu'il s'agit de reprendre à quelques-uns pour les restituer à tous, les uns, comme la terre, ne sont pas de création humaine, sont antérieurs à l'homme, pour lequel ils sont une condition sine qua non d'existence. Ils ne sauraient, par suite, appartenir aux uns à l'exclusion des autres, sans que ces autres soient volés. Et faire rendre gorge à des voleurs, les obliger à restituer, a toujours et partout été considéré, je ne dis pas comme un droit, mais comme un devoir, le plus sacré des devoirs. »
Et maintenant, en 1893, on s'adresse aux paysans, on commence la campagne socialiste auprès des populations rurales, et voici le langage qu'on leur tient :
« Travailleurs des campagnes I
» Parce que les socialistes du parti ouvrier entendent restituer à la nation ouvrière mines, chemins de fer, usines, accaparés par les oisifs
LA RÉPUBLIQUE NOUVELLE 7l
de la finance, on vous dit que nous voulons enlever au petit cultivateur ce qu'il possède. Les gens ({ui débitent ces mensonges sont les mêmes qui, pendant qu'ils vous excitent contre vos frères, les travailleurs des villes, vous volent vos économies. »
Ces mensonges, c'est ce que vous venez d'entendre ! (Très bien .')
On a donc deux langages : un pour l'industrie, et un pour l'agriculture. C'est tout à fait, vous le voyez, le personnage de la comédie de Molière : « N'est-ce pas vous qui vous appelez Sganarelle ? — Oui et non, selon ce que vous lui voulez! » (On rit.)
M. LEYDET. — Il u'j a pas besoin de recourir à Molière 1
M. PAUL DESCHANKL. — On parlait tout à l'heure de la solidarité des socialistes français avec les socialistes allemands. Assurément, il y a des socialistes qui proclament cette solidarité et qui n'en sont pas moins des patriotes. Pourtant, je leur demanderai s'ils ne voient pas un certain danger dans ces tendances.
On a parlé de Liebknecht. Eh bien, Liebknecht a dit à Halle que « les buts internationaux ne leur faisaient pas oublier leurs devoirs d'Allemands »
Plusieurs membres à r extrême gauche. — Pas plus qu'à nous nos devoirs de Français !
M. PAUL DESCHA>EL. — Je nc VOUS dis pas le contraire ; je signale seulement le danger de certaines tendances. Et tenez ! Voici un moi charmant de ce même Liebknecht, en réponse à M. Vaillant, au moment de l'Exposition universelle de 1889. M. Vaillant, en présentant Liebknecht au président du conseil municipal de Paris, lui disait : « Vous voyez devant vous l'Allemagne et la France se donnant le bras. » Et Liebknecht de répondre : «. L'Allemagne et la France... de l'avenir ! » (Mouvements divers.)
M. JAURÈS et plusieurs de ses collèfjues. — Eh bien ? C'est évident 1
M. ROUANET. — C'cst la péponsc à toutes vos calomnies.
M. PAUL DESciiANEL. — De Tavcnir , oui; mais en attendant!...
Messieurs , s'il y a des divergences d'opinion profondes entre les socialistes, je crois que les divergences ne sont pas moindres entre les socialistes et les radicaux. Il n'est pas, j'en suis sûr, un seul député radical qui n'ait lu avec autant de tristesse que nous les articles de la presse socialiste — y compris la Petite Pépublique fran-
çaise — soit sur Ten tente franco-russe, soit sur le lâche et hideux forfait de Barcelone! (Vifs applaudissements. )
Donc, là où vous voyez un parti et même un gouvernement éventuel, nous voyons, nous, des éléments forts disparates.
Mais supposons que je me trompe ; voyons maintenant l'autre côté :
M. Chautemps nous a parlé d'un parti à cheval sur le Centre et la Droite, c'est-à-dire la résurrection de cette vieillerie qu'on appelait, il y a vingt ans, à l'Assemblée nationale de Versailles, la conjonction des Centres. Mais, messieurs, pour faire la conjonction des Centres, il faut des Centres ! Or, il n\ a presque plus de « Centre droit », puisqu'il n'y a plus qu'une trentaine de ralliés; et quant au « Centre gauche », en vérité, mes cliers collègues, ce n'est plus là qu'un mot, une formule de polémique. (Très bien! très bien! au centre.)
M. LAVY. — Les Centres se sont fondus ensemble.
M. PAUL DESCHANEL. — Nou : Ics élèctions ont tué la politique de la conjonction des Centres, comme elles ont tué la politique de concentration. Ce sont là deux politiques mortes. (Très bien! très bien !)
74 LA RÉPLBLIQUE NOUVELLE
lm: voix. — Qu'est-ce qui reste?
M. PAUL DESCHANEL. — Je vais VOUS le dire. Si l'axe de la majorité et du gouvernement ne peut être ni dans l'un ni dans l'autre de ces deux groupements, où est-il ?
M. jouRDAN (Lozère). — Il faut le chercher.
M. PAUL DESCHANEL. — Oui , et pOUr Ic
trouver, il faut nous compter: or, pour bien savoir sur quoi nous sommes d'accord, il faut bien savoir aussi sur quoi nous ne le sommes pas. Pour arrêter un programme commun, nous sommes bien obligés de procéder par élimination. (Marques d'approbation.)
Eh bien, quelles sont les questions essentielles, décisives, les points aigus sur lesquels nous sommes séparés, non par des nuances, mais par des divergences irréductibles , sur lesquelles il faut absolument se prononcer par oui ou par non, les questions qu'on pourrait appeler les pierres de touche de la majorité future? C'est évidemment, dans l'ordre politique, la revision, la suppression du budget des cultes, l'impôt général sur le revenu; et, dans l'ordre social, la nationalisation des mines, des chemins de fer et de la Banque. Là-^Jessus, nul biais possible ; on est pour, ou l'on est contre. Une fois que nous
LA RIÎPUIÎLIQUK NOUVELLE 7o
serons départagés sur le principe de ces questions vitales, la situation sera singulièrement dégagée et éclaircie; assurément, nous i)Ourrons encore différer d'opinion sur des points secondaires, tels que, par exemple, le mode d'élection des sénateurs; mais les partis, du moins, auront leurs limites et leurs cadres ; on sera moins exposé à voir ce désordre fâcheux, d'hommes politiques a3^ant tout à la fois un pied dans la majorité, — voire même dans le gouvernement, — et un pied dans l'opposition ; de ministres chargés de faire les affaires de la minorité qui vote contre le gouvernement. (Rires approhatifs.)
M. Lockroy et M. Chautemps s'attribuent et veulent confisquer à leur profit et au profit de leurs amis l'épithète de « progressistes », et ils nous estampillent, nous, du nom de « conservateurs » ; ils nous représentent uniquement comme une force de résistance.
Eh bien, non 1 ce rôle, nous ne l'acceptons pas. Nous ne nous opposons qu'à des mesures qui, au contraire, vont à rebours du progrès politique et social. (Très bien! très bien! au centre.)
Ainsi, par exemple, lorsque, en cherchant à affaiblir, à mutiler la Présidence de la République et le Sénat, vous tendez à vous rap-
I)roclier de voire idéal constitutionnel, rAssemblée unique... (C'est cela! au centre.)
M. LEYDET. — La souveraineté du suffrage universel !
M. PAUL DESCHANEL. — ...nous ne pouvons plus vous suivre ; pourquoi ? Parce que les progrès de la science politique, rexpériencc de tous les grands peuples civilisés, républiques ou monarchies, montrent qu'il n'y a pas de liberté sans contrôle, et point de contrôle sans division du pouvoir législatif; que les droits des minorités, l'indépendance et la stabilité du pouvoir exécutif, et cette souveraineté nationale elle-même dont on vient de parler, ne peuvent être garantis que par l'équilibre de pouvoirs se limitant les uns les autres. A nos yeux, l'omnipotence d'une assemblée est pire encore que celle d'un homme, parce qu'elle est anonyme et irresponsable. (Applaudissements au centre et sur divers bancs à gauche.) L'une, d'ailleurs, mène à l'autre. (Très bien! très bien! sur les mêmes bancs.)
Par conséquent, là oiî vous voyez un progrès, nous voyons un recul ; l.i où vous voyez une idée d'avenir, nous voyons une idée morte. (Très bien! très bien! ) Et nous sommes surpris que les grands services rendus par la Présidence de la Repu-
blique et par le Sénat dans la crise boulangiste n'aient pas modifié votre opinion. (Applaudissements au centre et à gauche.)
M. LEYDET. — A^oiis voulcz nous Ics faire payer cher !
M. LAVY. — San? le Sénat, il n'y eût pas eu de crise boulangiste.
M. PAUL DESCHANEL. — NoUS aUSSi, UOUS SOU-
haitons des modifications profondes dans Tordre gouvernemental et parlementaire; mais il n'est pas besoin pour cela de faire mouvoir le lourd appareil du Congrès et de nous jeter dans Tinconnu.
Ah ! si les règles essentielles du gouvernement parlementaire et l'esprit de la Constitution étaient fidèlement observés ; si nous discutions le budget clans la grande session, afin de permettre au Sénat de le discuter sérieusement à son tour (Interruptions à l'extrême gauche) ; si nous améliorions notre règlement intérieur, notre mode de travail, notamment en ce qui concerne le rôle des commissions d'initiative et la discussion du budget (Très bien! très bien!); si, comme le Parlement anglais, nous avions la sagesse de ne plus démantibuler les budgets que nous apporte le gouvernement par des dépenses d'initiative indi-
78 LA RKPUDMQUE NOUVELLE
viduelle sans ressources correspondantes,.. (Applaudissements à gauche et au centre.)
A l'extrême gauche. — Supprimez la Cliambre 1
M. PAUL DESGHANEL. — Comment !« Supprimez la Chambre ? « Je suis surpris d'entendre celte interruption au moment môme où je parle du Parlement le plus jaloux de ses droits, de ses prérogatives, et du peuple qui, le premier, a fondé la liberté politique dans le monde!
Sur les mêmes bancs. — La Chambre s'est toujours inclinée devant le Sénat.
M. PAUL DESCHANEL. — Vous laisscz huit jours au Sénat, chaque année, pour discuter le budget, et vous vous plaignez encore qu'il n'aille pas assez vite !
M. CAMILLE PELLETAN. — La (Chambre des lords ne l'examine même pas : il n'y a pas de contrôle !
M. PAUL DESCHANEL. — Je dis quc, si nous accomplissions ces réformes, la situation gagnerait singulièrement, au plus grand avantage de tous ; et cola sans revision, sans ajouter à l'instabilité ministérielle l'instabilité constitutionnelle.
Et quant aux attributions financières des deux Chambres...
LA RÉPinLIQUE NOrVELLE 79
A rextrème (jauche. — Oui, parlons-en !
M. PAUL DKSCHANKL. — Parfaitement!
. . . pourquoi donc aller justement prendre modèle sur un État monarchique et aristocratique, où les lords sont héréditaires ou nommés par la Couronne, au lieu de prendre modèle sur des démocraties, des républiques, comme les États-Unis et la Suisse, où les Chambres hautes sont élues, ce qui nous permettrait de régler également cette question sans reviser les lois constitutionnelles? (Très bien! très bien !)
Il en est de même de l'impôt. Nous aussi, nous voulons égaliser les charges entre la propriété immobilière et la fortune mobilière. Nous aussi, nous voulons atteindre les revenus. Mais il n'est point du tout nécessaire pour cela de recourir à ce système inquisitorial et vexatoire (Bi^it à rextrème gauche) que la Révolution française a eu la sagesse d'écarter, qui blesserait à la fois nos mœurs et la justice, et qui, partout où il a été essayé, a été loin de donner les résultats qu'on s'en était promis. (Ccst cela .' — Très bien ! au centre.)
Nous voulons organiser un système d'impôts assis sur les diverses natures de revenus, et non pas un impôt sur le revenu total, qui provoque-
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rait la dissimulation ou la délation, qui exciterait la jalousie des uns et la vanité des autres.
C'est justement une des conquêtes de la civilisation, de donner à l'impôt des bases fixes, certaines, pouvant être constatées sans inquisition ni violence et, autant que possible, sans débat. De sorte que, quand vous voulez substituer des taxes personnelles aux taxes réelles établies par la Révolution, ce n'est pas un progrès que vous nous proposez, c'est un recul, et c'est parce que nous sommes des progressistes que nous n'en voulons pas. (Applaudissements au centre et à gauche.)
De même pour la réforme judiciaire. Nous déplorons, comme vous, qu'au bout de près d'un siècle nous en soyons encore à l'organisation du Consulat, et que la République française ne jouisse d'aucune des garanties libérales dont jouissent, depuis tant d'années, même les monarchies constitutionnelles qui l'entourent ; mais nous repoussons l'élection des juges par le peuple, c'est-à-dire le juge dans la main du justiciable et la politique dans le prétoire. Nous voulons une magistrature indépendante à la fois du justiciable et du gouvernement. (Applaudissements au centre et à gauche. — Interruptions à l'extrême gauche.)
M. CAMILLE PELLETAN. — AlOFS l'exemplc dcS
États-Unis n'est plus à suivre?
M. PAUL DESCiiANEL. — De même encore pour la question des rapports de l'Église et de l'État. Nous pensons, comme vous, que le clergé ne doit pas s'ingérer dans les affaires politiques et municipales. (Ah! ah! à re.vtrcine gauche.)
Oui, nous sommes aussi soucieux que vous de faire respecter les droits et la suprématie de l'État. Mais, avant de faire un pas en avant, nous voulons être bien sûrs de n'être pas obligés d'en faire deux en arrière. Eh bien, le jour où le gouvernement de la République n'aurait plus le droit de nommer les archevêques et les évêques, où les chefs de l'Eglise française seraient nommés directement par Rome, et où, d'autre part, le paysan pourrait être gcné dans ses habitudes séculaires et ne plus trouver près de lui, si cela lui plaît, le prêtre pour faire baptiser son enfant, pour se faire marier ou enterrer, n'est-il pas évident que la République aurait une redoutable épreuve à traverser ?
Eh bien, nous croyons la mieux servir en allant de préférence aux réformes qui sont de nature à unir et à rapprocher les citoyens, plutôt que de courir justement tout droit aux questions
82 LA RÉIMBLIQUE NOUVELLE
qui les divisent le plus. (Applaudissements au centre.)
Et enfin, lorsque vous nous proposez de déposséder les Compagnies de transports et les Compagnies minières au profit de l'État, — certes, je suis loin de trouver, pour ma part, que tout soit pour le mieux dans le régime des Compagnies de chemins de fer , — mais lorsque vous parlez de les exproprier, nous devons naturellement nous demander avec quoi vous les indemniseriez : car vous ne songez pas, je pense, à les exproprier sans indemnité, comme le voudnuent faire un certain nombre de socialistes qui siègent ici?...
M. CAMILLE PELLETAN. YOUS u'aVCZ doUC
jamais lu les conventions avec les Compagnies de chemins de fer?
.M. PAUL DESCiiANEL. — Je vicus (le VOUS dire que je suis loin de trouver que tout soit pour le mieux dans le régime des chemins de fer; mais je vous demande avec quoi vous les indemniseriez ? Avec le budget de l'État, avec l'argent des contribuables, avec l'épargne des travailleurs. Ce sont eux qui payeraient les frais de vos expériences. (Interruptions à V extrême (jauche.)
Quant aux ouvriers, nous attendons qu'on nous démontre ce qu'ils y gagneraient. Ils seraient
dirigés par des agents de TÉtat, par des fonctionnaires, au lieu de l'être par les patrons. Voilà tout.
Et c'est bien pour cela que M. Jules Guesde repousse ce programme — je n'ose pas dire le mot qu'il emploie, je l'adoucirai — comme une « fantasmagorie bourgeoise », bonne « à endormir le peuple », et qui « ne profiterait en rien aux ouvriers ». Voilà le jugement de M. Jules Guesde sur ce qu'on appelle le programme minimum.
M. CAMILLE PKLLETAN. — Si VOUS VOUS ralHcZ
à lui, dites-le! (Rires à r extrême gauche.)
M. PAUL DF.scnANEL. — Oui, sur cc poiut-là !
Par conséquent, ici encore, lorsque nous refusons de vous suivre, ce n'est pas par crainte du progrès, c'est au contraire parce que nous voulons consolider et poursuivre les progrès que nous avons réalisés avec tant de peine, depuis six ou sept ans, dans notre situation financière.
Oui ! voilà les changements auxquels nous nous opposons; et voilà pourquoi nous nous y[opposons: c'est parce que nous voulons continuer de marcher de l'avant, comme vous dites, et non marcher à reculons.
Messieurs, ce n'est pas tout, de dire ce que nous
ne voulons pas ; il faut dire aussi ce que nous voulons. (Très bien! très bien!)
On prétend que notre politique est purement négative. Non ! A une conception des intérêts nationaux qui nous paraît funeste nous en opposons une autre qui nous paraît bienfaisante et qui est toute positive.
Je sais qu'il y a peut-être ici quelques personnes, — oh! pas toujours sur les bancs oîi on le croit, car c'est une chose curieuse, de voir combien on se méprend souvent, au dehors, sur nos intentions, sur nos opinions véritables, combien, à travers les polémiques des partis et les commentaires de la presse, nous sommes défigurés, au point de ne plus pouvoir nous reconnaître nous-mêmes ! — il y a peut-être ici certaines personnes qui disent tout bas : a Que la Chambre donne au pays, chaque année, un bon budget, et vote, pendant les quatre ans de la législature, trois ou quatre bonnes lois d'affaires, cela suffit ! »
Eh bien, j'avoue que j'ai des ambitions plus hautes pour la démocratie réi)ublicaine et pour ses représentants. (Très bien! très bien ! au centre et à gauche.) A mon sens, le meilleur moyen d'éparpargner à la France les périls du socialisme révo-
LA RÉPUBLIQUE NOUVELLE 8o
lutionnaire, c'est une politique nettement, hardiment progressiste. (Très bien ! très bien au centre et à gauche.)
Je viens d'indiquer déjà quelques-unes des réformes qui nous paraissent les plus urgentes, dans l'ordre parlementaire, financier, fiscal, judiciaire. Mais combien d'autres grandes questions nous pressent de toutes parts !
Je n'ai pas à revenir sur ce qu'a si bien dit mon honorable ami M. Barthou, ni sur le texte de la^ déclaration ministérielle ; mais vous me permettrez d'y ajouter quelques mots.
Nous avons d'abord à affermir notre puissance financière, car c'est maintenant, entre les grands États do l'Europe, une guerre, non à coups de canon, mais à coups d'argent. C'est à qui tiendra le plus longtemps. Il faut que la France soit en mesure de résister plus longtemps que les autres. Notre organisation militaire elle-même est subordonnée à notre prospérité financière. Il nous faut donc achever l'unification budgétaire et, s'il se peut, reconstituer l'amortissement, afin de commencer à éteindre notre énorme dette de trente milliards. Voilà la clef des réformes fiscales et sociales. (Très bien! très bien! à gauche et au centre.)
Notre système d'impôt date du commencement
86 LA RKPrBI.IQl'E NOUVELLE
du siècle; il a été fait à une époque où l'on ne connaissait guère d'autre signe de la richesse que la terre, où l'on ne pouvait prévoir ni l'énorme développement de la fortune mobilière et du crédit, ni les progrès nouveaux de la science. 11 nous faut donc alléger les charges qui pèsent sur la propriété immobilière, soit par la transformation de rimpùt foncier, soit par la réduction des droits de mutation entre vifs ; déduire les dettes du calcul des successions ; dégrever les petites successions ; réviser la contribution personnelle et mobilière et supprimer celle des portes et fenêtres ; accomftlir enfin la réforme de l'impôt des boissons et aborder celle des octrois .. (Très bien! très bien! à gauche et au centre.)
M. CRÉMiEux. — Et c'est ainsi que vous amortirez ?
M. PAUL DKSCHANF.L. — Puis, n OU S de VOUS réorganiser notre système hj^pothécaire ; organiser les assurancesetlecréditagricoles. f 7V('.s bien ! très bien !)
J\'est-il pas possible aussi de simplifier ce s}'slème administratif, le plus lourd de l'Europe, et de réaliser toute la somme de décentralisation compatible avec l'unité politique de la France et l'autorité nécessaire du pouvoir central? (Très bien! très bien! au centre et à gauche.)
LA RÉPunLiorr: nouvelle S7
Nous devons élaborer une législation nouvelle sur les associations ; achever la refonte de notre code d'instruction criminelle et de notre code pénal ; corriger nos institutions pénitentiaires, et y faire cesser l'émiettement des responsabilités et des pouvoirs; reviser notre procédure civile, qui n'est aujourd'hui encore , après plus de deux siècles, qu'une nouvelle édition des traditions de Pussort et de l'ordonnance de 1GG7 ; rendre la justice moins lente et moins coûteuse; améliorer notre organisation consulaire, afin de transformer nos consuls, de diplomates, qu'ils sont trop souvent, en agents commerciaux, qu'ils devraient être; créer des institutions ayant pour objet d'encourager les jeunes gens à aller à l'étranger et aux colonies pour ouvrir des débouchés à l'industrie française; développer l'enseignement professionnel et technique; enfin, voter les lois depuis longtemps à l'étude sur les caisses d'épargne, les habitations ouvrières, la santé publique; développer les sociétés de secours mutuels ; réorganiser nos caisses de retraites et notre système d'assistance, afin de garantir de plus en plus les travailleurs contre le chômage, les accidents, la maladie, les misères de la vieillesse. ^Trh bien ! très bien! à gauche et au centre.)
Enfin, on a parlé de la loi des syndicats. Oui, certes, le principe de cette loi est excellent ; on ne pouvait priver l'ouvrier français de cette liberté d'association dont jouissaient d('^jà depuis près d'un siècle l'ouvrier anglais et l'ouvrier américain. Mais, prenez garde ! si vous ne leur donnez pas en même temps le droit d'acquérir et de posséder, comme en Angleterre et aux États-Unis, de façon que les ouvriers puissent se créer à euxmêmes leurs caisses de secours sans intervention de l'État, ne craignez-vous pas que ces syndicats ne deviennent des foyers d'agitation révolutionnaire au lieu de devenir des corps conservateurs dans le véritable sens du terme, c'est-à-dire propriétaires ? (Tns bien .' très bien !)
Voilà, quant à moi, l'amendement que je demanderais à ajouter à cette loi. (Très bien! très bien .' au centre et à gauche.)
Tel est, messieurs, notre programme de réformes.
Et c'est là ce qu'on appelle une politique négative, une politique de statu quo, d'inertie, de sommeil? C'est là ce qu'on appelle « piétiner sur place? »
N'y a-t-il pas là un plan de travail à la fois très large et très pratique, non seulement pour une,
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mais pour plusieurs législatures? (Bruit et interruptions à r extrême gauche.) Est-ce que vraiment ceux-là seuls méritent le nom de progressistes, qui voudraient nous ramener à cette vieillerie de l'Assemblée unique, à des formes d'impôt détestables et impopulaires, ou qui veulent mettre sur tout la lourde main de l'Etat et augmenter encore la bureaucratie et le fonctionnarisme?
Il y a un fait qui devrait, ce me semble, vous faire réfléchir : c'est l'attitude de vos collègues du parti radical, toutes les fois qu'ils siègent au banc des ministres.
Est-ce que ce n'est pas un fait considérable, de nature à produire une vive impression sur l'opinion publique, que les hommes du parti radical, toutes'les fois qu'ils arrivent aux affaires, suivent précisément la politique que nous n'avons cessé de défendre, eux qui la combattaient la veille, et que leur programme tombe en poudre au contact des réalités du pouvoir? Nous sommes heureux d'accueillir ces brillantes recrues, et nous sommes convaincus que leur conversion est définitive ! (Trh bien ! très bien ! et rires au centre et à gauche.)
M. MiLLERAND. — Vous ètes dur I
M. GAMARD. — H J a longtemps que l'on sait
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qu'un radical ministre n'est pas un ministre radical.
M. PAUL DESCHANEL. — Enfin, d'oij vient donc celte accusation de modérantisme à outrance qu'on nous jette sans cesse à la tète? Il me semble pourtant que nos amis ont une assez belle part dans Thistoire de ces quinze dernières années ! Et quand les a-t-on vus moins fermes que les autres dans les crises? Comment se fait-il donc qu'on se plaise à nous représenter comme une sorte d'arrière-garde de l'armée républicaine, comme des traînards que le moindre progrès effarouche et qu'on est toujours obligé de remorquer ?
Messieurs, il faut rappeler ces choses ; il est bon de les rappeler surtout devant nos nouveaux collègues, devant ceux qui siègent pour la première fois sur ces bancs :
Il y a eu dans la dernière législature quelques républicains qui ont eu la témérité grande de s'élever, non contre des vues d'avenir, non contre des réformes utiles, mais contre ce dilettantisme funeste qui consistait à culbuter tous les ministères et à user tous les meilleurs serviteurs de la République et de la patrie. (Très bien! ires bien ' au centre et à gauche. )
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Et alors, qii'esl-il nrrivé? C'est qu'on a employé contre nous la vieille tactique qui fait toujours des dupes, celle-là même avec laquelle on a combattu dans le Var notre honorable collègue M. Jourdan ; il n'est pas suspect, lui, puisqu'il siège sur les bancs des socialistes... (Vives exclamations sur quelques bancs à Vextrème gauche.)
M. ROUANET. — Gardcz-lc pour vous! (Bruit.)
M. JOURDAN (Var). — Jamais le parti socialiste n'aura l'occasion de me répudier. (Mouvements divers.)
M. PAUL DES CHANEL. — Pourtant, quand il arrivait dans les réunions publiques, ses adversaires agitaient devant lui des chapelets, des scapulaires, des bénitiers; on l'appelait « le candidat des curés ». Eh bien, c'est exactement la môme tactique qu'on a employée contre nous. On nous a dit : « Ah ! vous ne voulez pas de la politique de l'extrême gauche : c'est donc que vous voulez aller à droite ! Ah ! vous ne voulez pas de la politique radicale : c'est donc que vous voulez une politique cléricale ! Ah ! vous dites que la concentration républicaine n'a plus de raison d'être : c'est donc que vous voulez y substituer la conjonction des Centres! » Autant de mots, autant de sophismes ! C'est ainsi que, d'une part, on
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travestit nos opinions, on dénature nos intentions, on essaye de nous rendre suspects à la démocratie, et que, d'autre part, on fait appel, chez tous les esprits indécis, à ce respect humain, h ce faux point d'honneur, qui mène à toutes les faiblesses et à toutes les capitulations : la peur de ne pas paraître assez avancé! (Vifs applaudissements au centre et sw divers bancs à gauche.)
Voilà, messieurs, les deux politiques, voilà les deux programmes en présence. Eh bien, s'il m'est permis, au moment de descendre de cette tribune, d'exprimer un vœu, c'est que nous puissions le plus tôt possible nous compter loyalement, non sur des mots, mais sur des choses, non sur quelque ordre du jour plus ou moins vague, plus ou moins équivoque, qui laisserait tout en suspens, mais sur le principe des questions maîtresses qui nous divisent ; et que, là oii sera la majorité, soit dans un sens, soit dans l'autre, là soit réellement le pouvoir ! (Applaudissements répétés au centre et à (jauche. — Vorateur, en retournant à son banc, reçoit Us félicitations d\m grand nombre de ses collègues.)