II = DEGRADATION DE LA RESERVE ENERGETIQUE DU MYOCARDE
A - Contraction musculaire et contraction cardiaque.
Des réserves énergétiques dont disposent le muscle squelettique et le muscle cardiaque sont fondamentalement constituées par les mêmes composés et s'y trouvent dans des proportions analogues, le glycogène constituant l'élément principal de cette réserve. La question qui se pose, maintenant, est celle des mécanismes d'utilisation.
On admet qu'en ce qui concerne le muscle squelettique, l'utilisation du glycogène se fait par deux groupes de réactions dont le second, seulement, comporte l'intervention de l'oxygène. La première phase de ces réactions, anaérobie, comprendrait les phénomènes de libération d'énergie qui permettent la contraction et aboutirait à la formation d'acide lactique ; la seconde phase serait celle de l'oxydation partielle de l'acide lactique couplée avec la reconstitution des 4/5 de glycogène primitivement dégradé (Réaction de Pasteur-lleyerhof ). La | tion supplémentaire d'oxygène est évidemment proportionnelle à la quantité d'acide lactique à oxyder et constitue, donc, une mesure de l'activité mé tabolique du muscle. Dans la contraction tétanique, les deux séries de réactions se dérouleraient simultanément et la reconstitution partielle du glycogène utilisé aurait
pour effet de ralentir l'épuisement de la réserve. Cependant, le retour à l'état de repos n'est pas suivi d'un rétablissement immédiat d'une consommation réduite d'oxygène par le muscle : une consommation plus élevée se maintient aussi longtemps qu'il est nécessaire pour assurer l'oxydation complète de tout l'acide lactique qui s'est accumulé pendant le travail. C'est la libération de la dette d'oxygène.
En fait, les très nombreux travaux qui ont été consacrés à l'inventaire des réactions qui peuvent se dérouler en présence de broyats ou d'extraits de muscle pour amener le glycogène au stade de l'acide lactique n'ont pas permis d'établir définitivement quelles sont celles de ces réactions qui se déroulent dans la fibre musculaire "in Situ". S'il est certain que dans la contraction du muscle isolé en l'absence d'oxygène, la disparition du glycogène s'accompasne de lactacidogénèse, on tend actuellement à ne plus considérer l'acide lactique comme un échelon normal du catabolisme glycogénique dans le cas du fonctionnement en présence d'oxygène (MILLIKAN -4), (SACKS -85).
Le métabolisme glucidique du myocarde pose, évidemment, les mêmes problèmes avec des difficultés supplémentaires résultant du fonctionnement rythmique et continu de l'organe. Y a -t-il, durant chaque révolution cardiaque, une phase anaérobie génératrice d'acide lactique, suivie d'une phase aérobie de reconstitution de la réserve de glycogène ? Les données de MILLIKAN (4) sur la cinétique de la contraction du muscle squelettique, ne faisant plus intervenir la formation d'acide lactique comme étape essentielle du métabolisme, ont conduit certains auteurs à penser que le glycogène doit être considéré, pour le fonctionnement du myocarde comme une substance de secours n'entrant en jeu que si l'apport d'autres substances hydrocarbonées est soit insuffisant, soit inutilisable (BOGUE, CHANG & GREGORY -86), (EVANS, DE GRAFF, KOSAKA, MAC- KENSIE, MURPHY, VACEK, WILLIAMS & YOUNG -87), (RUHL & THADDEA -88).
Cependant, même si le glycogène n'est normalement pas utilisé par le coeur comme source d'énergie, on a pu montrer que, dans certaines circonstances particulières, il est susceptible de l'être ; les expérimentateurs ont également apporté un certain nombre d'informations sur la nature des autres sources glucidiques normalement utilisables par 1e myocarde (glucose, métabolites intermédiaires, acide lactique). Enfin, on a pu se demander si la consommation d'oxygène du myocarde présente, comme celle du muscle strié, des variations susceptibles d'être utilisées comme mesure de l'intensité du métabolisme cardiaque. Telles sont les questions que nous allons successivement examiner .
Les premières investigations sur le métabolisme énergétique du myocarde des mammifères ont été guidées par les résultats antérieurement acquis sur le muscle squelettique, d'une part, et sur le coeur des polkolothermes, de l'autre. On sait, en effet, que dans le premier cas, il y a lieu de distinguer entre un métabolisme de repos, caractérisé par un Q.R. voisin de 0.90 et ne dépassant pas 0.96 (MEYERHOF & SCHMITT -89) , (HIMWICH & CASTLE -90) et un mtabolisme de travail égal à 1 , aussi longtemps que le muscle peut utiliser des hydrates de carbone comm source d'énergie (MEYERHOF & SCHMITT -89) (HIMWICH & ROSE -91), D'autre part, les travaux de CLARK, GADDIE & STEWART (92,93,94,95) ont montré que le coeur de grenouille, perfusé avec du liquide de Ringer, utilise ses hydrates de carbone dans une proportion d'environ 20% du métabolisme total et que l'addition, au liquide de perfusion, de glucose, élève cette fraction à environ 45%, sans que soit modifiée la quantité d'hydrates de carbone, provenant des réserves myocardiques qui est utilisée dans la contraction.
En résumé, les travaux de CLARK et de ses collaborateurs montrent qu'il y a une relation de proportionnalité entre l'intensité du travail cardiaque et celle
du métabolisme total du coeur de la grenouille (CLARK & WHITE -96). L'addition de sucre au liquide de perfusion du coeur isolé a, ici, pour effet de modifier le type du métabolisme cardiaque en augmentant la part relative des hydrates
de carbone dans le métabolisme global jusqu'à une proportion -qui ne semble d'ailleurs pouvoir être dépassée- de 45%. Selon EISMAYER & QUINCKE (97), l'utilisation du glucose, dans le coeur de grenouille porterait toujours, à la fois, sur le glucose apporté par le liquide de perfusion et sur les réserves hydrocarbonées du myocarde. Le Q.R. atteint, alors, une valeur de 0.87. Cette utilisation des glucides s'accompagne, comme dans le muscle squelettique, d'une production d'acide lactique sur l'existence de laquelle les auteurs s'accordent géné - ralemænt,bien qu'ils soient d'avis divergents quant à la grandeur de cette production, ces divergences pouvant, d'ailleurs, être expliquées par les différences des méthodes utilisées, qu'il s'agisse de la perfusion de coeurs entiers (NAGAYA -98), (EISMAYER & QUINCKE -99) (CLARK, GADDIE & STWART-95), (CLARK EGGLETON & EGGLETON -67), ou de lambeaux ventriculaires (WERTHEIMER -100), Nous aurons à revenir sur ce point lors de l'étude de l'utilisation du glucose par le coeur isolé et des effets de l'anoxie sur le métabolisme du myocarde.
Lorsqu'il s'agit du coeur de mammifères nous nous trouvons certainement en présence d'un type de fonctionnement très différent. On sait, en effet, qu'il n'est pas possible de réaliser, ici, comme pour le coeur de grenouille, des perfusions de longue durée avec un liquide privé de glucose et d'oxygène et, d'autre part, nombreux sont les auteurs qui ont observé -dans certaines conditions- un Q.R. égal à l'unité, ce qui indique, pour ces expériences, la possibilité d'une utilisation exclusive des glucides comme aliment énergétique. Or, il est évident que si le muscle cardiaque -tout comme le muscle squelettique- est capable d'accomplir du travail exclusivement au moyen de l'oxydation de réserves hydrocarbonées, il doit alors présenter un Q.R. égal à l'unité (MAC LEOD -101).
Une difficulté importante a surgi lorsqu'il a été question du coeur de mammifère ; l'impossibilité pratique de distinguer entre métabolisme de repos et métabolisme de travail. 11 est certain que tous les procédés mécaniques ou pharmacodynamiques qui ont pu être proposés pour suspendre l'activité mécanique du coeur et déterminer par là, son métabolisme de repos, présentent trop de risques de perturbation du métabolisme pour qu'on puisse utiliser les indications qu'on a prétendu en tirer sur ce sujet. Ces observations sont d'ailleurs également valables pour les polkilothermes . CLARK & WHITE, par exemple (96, 102), estiment que, pour le coeur de grenouille, 1/4 du métabolisme total, estimé d'après la consommation d'oxygène, représente le métabolisme de repos, tandis que les 3/4 restants justifient la dépense énergétique supplémentaire nécessitée par la contraction, les processus métaboliques du repos et de l'activité étant, par ailleurs, selon ces mêmes auteurs (103) , de nature différente .
Les premières déterminations ont été faites sur des préparations du type "coeur-poumons" ou ‘coeur isolé" et ont consisté en des mesures de la consommation d'oxygène associées à l'observation de la disparition du glucose dans le liquide de perfusion, sans que des estimations parallèles du stock d'hydrates de carbone du myocarde et de la formation d'acide lactique dans le liquide perfusant, aient été, systématiquement, opérées. Les procédés utilisés, tant pour l'expérimentation que pour les calculs, varient considérablement d'un auteur à l'autre.
Nous aurons donc à examiner, successivement : l'utilisation, par le coeur, du glycogène du myocarde, l'utilisation du glucose contenu dans les solutions perfusantes, l'utilisation éventuelle de sucres autres que le glucose et, enfin, l'utilisation des mtabolites intermédiaires du catabolisme glucidique .
Nous devrons, auparavant, indiquer quelles sont les conditions de concentration en produits hydrocarbonés qui caractérisent le système "milieu circulant - tissu cardiaque ". En ce qui concerne le sang, la nature et la concentration de ces produits est connue depuis longtemps ; ce sont essentiellement du glucose et de l'acile lactique. La glycémie a, comme on sait, une valeur relativement fixe, comprise, dans les conditions normles chez la plupart des mammifères, entre 90 et 120 mg par 100 cc. de sang. La lactacidémie, normalement comprise, chez le chien, entre 15 et 35 me pour 100 cc, est susceptible de variations plus considérables. Dans le tissu cardiaque, on trouve, de façon constante, de petites quantités de glucose et des divers métabolites intermédiaires du catabolisme glucidique et une quantité assez importante de glycogène .
B - L'utilisation des glucides par le cœur .
1°/- Glycogène
La démonstration de l'utilisation du glycogène cardiaque résulte du fait que des préparations de coeurs isolés réputées normales montrent une diminution régulière et continue du taux de la réserve glycogénique du myocarde. Nous avons dit, en effet, qu'il est actuellement admis que cette réserve présente un niveau assez remarquablement constant. Le fait que cette réserve diminue, au cours des expériences de perfusion, doit donc être interprêté comme un indice du caractère non-physiologique de telles préparations et sera discuté à propos de la validité de ces méthodes .
Une tentative intéressante de mesure directe du métabolisme glycogénique du coeur de mammifère a été faite par FERDMANN & DVORNIKOVA (104). Ces auteurs ont déterminé la quantité du glycogène présent dans le coeur de la marmotte d'Asie (Arctomys bobac), en état de veille et en état d'hibernation. Dans ce dernier cas, le rythme cardiaque est extrêmement ralenti puisqu'il n'est plus qæ de 15 à 20 pulsations par heure au lieu de 2 à 300 pulsations par minute, chez les sujets en état de veille ; les dosages du glycogène cardiaque ont montré que le coeur "d'hiver" est trois fois plus riche en glycogène que le coeur "d'été", Parallèlement, on note une forte diminution de la lactacidémie. Les auteurs voient là une preuve directe de l'utilisation du glycogène dans la contraction cardiaque. Ces conclusions nous paraissent contestables : FERDMANN & DVORNIKOVA ont voulu, dans leur expérimentation, échapper aux critiques selon lesquelles un coeur isolé et perfusé ne saurait être identifié à l'organe fonctionnant dans les conditions physiologiques . Le coeur "hibernant'" nous parait, à priori, tout aussi éloigné des comlitions de fonctionnement qui peuvent être considérées comme normales, Le taux élevé du glycogène traduit plutôt, à notre sens -comme nous le verrons ultérieurement- une prédominance de la glycogénogénèse en relation avec le rythme respiratoire ralenti et le taux élevé du CO2 sanguin -phénomènes connus depuis longtemps chez les hibernants-, cet excès d'anhydride carbonique étant, normalement accompagné d'une diminution de la lactacidémie (CORDIER -105). Cette méthode avait, d'ailleurs, été antérieurement | appliquée aux poïkilothermes par WERTHEIMER (106) qui, étudiant systématiquement . mois par mois, le métabolisme hydrocarboné du coeur de grenouille, constate, mal-. gré les différences considérables de l'activité cardiaque aux diverses époques | de l'année, que le taux du glycogène est constant dans le myocarde et il en con- | clue que c'est aux dépens du sucre sanguin -et non du glycogène cardiaque- que se.
fait le travail du coeur, le glycogène représentant une réserve stable, utilisable seulement dans les comitions d'un fonctionnement anorml.
a) = La réserve "statique" et le problème du ‘'turnover" du glycogène.
Il résulte donc des données précédentes, d'une part, que le niveau du glycogène cardiaque est approximativement constant, d'autre part, qu'il constitue, vraisemblablement, une des sources importantes de l'énergie nécessaire à la contraction cardiaque. Cependant, si on compare la dépense énergétique du my O= carde et la valeur de sa réserve glycogénique, on est frappé par la disproportion de ces deux grandeurs. SCHUMANN, se référant aux travaux de GRUMELS (10%), GOLLWITZER-MELER, KRAMER & KRUGER (108) et GOLLWITZER-MEIER, HAENSSEL & KRUGER (109), a calculé que la réserve glycogénique du coeur, d'un chien, par exemple -représente la couverture d'environ 2 minutes de fonctionnement de l'organe.
Ces remarques ne concernent pas seulement le myocarde, mais s'appliquent à l'ensemble de la musculature. Les réserves de glycogène des tissus - le foie, excepté- sont relativement faibles si on les compare aux besoins énergétiques de l'organisme. Il y a donc lieu de penser que le glycogène entreposé dans les muscles est l'objet d'une utilisation et d'un remplacement rapides. On sait peu de choses, actuellement, sur les vitesses de ce "turnover" du glycogène. La plupart des conclusions concernant la régulation des processus qui y sont mis en jeu sont dédui tes des changements observés dans la quantité du glycogène qui peut être trouvée dans les tissus, en diverses circonstances. Or, il apparait que la quantité de glycogène présente, à un instant donné dans un tissu, est la résultante de plusieurs processus évoluant à des vitesses différentes :
1).- Absorption du glucose par les cellules ; 2).- Phosphorylation du glucose ; 3).- Catabolisme et oxydation des glucides .
On sait que les vitesses de ces processus sont en relations plus ou moins étroites avec d'autres aspects du métabolisme, en particulier avec les concentrations "effectives" des composés intermédiaires tels que les phosphates ou l'ATP. On sait, d'autre part, qu'un certain nombre de facteurs hormonaux agissent comme modificateurs du taux du glycogène dans un certain nombre de tissus.
Que connait-on de ce ‘"turnover" du glycogène dans l'organisme ? Il faut distinguer, ici, entre le comportement du glycogène hépatique et celui du glycogène musculaire. En ce qui concerne le foie, cet organe représente la principale réserve de glycogène de l'organisme. On sait, aussi, que le niveau de cette réserve est extrêmement variable, qu'il est étroitement lié à l'état de nutrition du sujet et qu'il dépend essentiellement des quantités de substances glycogénogénétiques mises à la disposition de l'organisme par l'alimentation, qu'il s'agisse de glucides ou d'autres substances telles que les acides aminés ou les lactates. On sait, enfin, que le niveau de la réserve glycogénique du foie est réglé par un certain nombre de mécanismes hormonaux. En ce qui concerne la réserve glycogéniqu musculaire, nos connaissances sont plus fragmntaires encore. Nous n'avons, à peu près, aucun renseignement sur les muscles lisses, à l'exception de l'utérus
USUELLI -110) (WALAAS & WALAAS -111), (CSAPO -112), et de l'estomac de tortwæ te -113), nos connaissances sur le muscle cardiaque et le muscle squelettique sont encore très limitées. On admet, actuellement, que la seule source du glycogene musculaire est le glucose sanguin et on sait que, tant pour le muscle squele ttique que pour le muscle cardiaque, les variations du taux du glycogène musculaire sont beaucoup moins étroitement liées au cycle alimentaire que celles du
À | 20 | | glycogène hépatique. En fait, on ne sait rien sur le "turn-over" du glycogène musculaire. Aucune des questions suivantes, en particulier, n'a encore reçu de réponse définitive.
La réserve glycogénique du muscle représente-t-elle un dépôt inerte ou, au contraire, relativement mobile ? Cette réserve est-elle, constamment catabolisée et anabolisée à un rythme plus ou moins indépendant du niveau de la glycémie ? Pourquoi le taux du glycogène, relativement constant pour un muscle domé, présente-t-il des différences considérables pour les divers muscles striés ? Pourquoi le muscle squelettique et le muscle cardiaque se comportent-ils différemment dans l'édification et la mobilisation de leur réserve glycogénique ?
| La notion de mobilité du glycogène apparaît donc comme fondamentale
pour la solution de ces problèmes. Or, on sait, depuis déjà longtemps, que le | glycogène peut être plus ou moins profondément engagé dans les structures cellulaires et qu'à côté d'un glycogène libre -et, en quelque sorte, immédiatement disponible- il peut exister des formes dans lesquelles le glycogène est, plus | ou moins, solidement fixé aux éléments proteiques du protoplasm. |
Dès 1886, KULZ (114), donnant une des premières méthodes de dosage du glycogène, distinguait une forme facilement et une forme difficilement extractibles et émettait l'hypothèse qu'une partie du glycogène devait être entrainée avec les proteines lors de la défacation. La notion du "“lyo'" et de "desmo-" gly- | cogène a été définitivement établie par WILLSTAETTER & RHODEWALD (115), le desmo-. glycogène ou glycogène lié représentant, suivant la terminologie des auteurs, un symplexe "glycogène-proteine" (WILLSTATTER & RHODEWALD-116). Cette notion a été systématisée par PRZYLECKI (117-118) et appliquée au tissu musculaire par MYS- KOWSKI (119), WAJZER (120), et BLOOM, LEWIS, SCHUMPERT & CHEN (121), et au myons de quelques vertébrés par DAVIES, FRANCIS & STONER (122) et par GENKIN |
Dans l'état actuel de nos connaissances, on peut se demander si les dif- | férences de structure chimique ne correspondraient pas à une différence dans la participation de l'une ou l'autre form comm source énergétique. Il y aurait, évidemment, intérêt à connaître les variations de la répartition entre les deux formes en rapport avec les actions hormonales, l'état de nutrition, le type d'a- « limentation, l'état de fatigue du muscle, etC...Les quelques informations que nous possédons, à ce sujet, tendent à montrer que le jeûne qui diminue considérablement, comm on sait, le niveau de la réserve glycogénique hépatique, amenuise surtout l'élément libre de cette réserve (BLOOM, LEWIS, SCHUMPERT & CHEN-121), que l'utilisation de la réserve glycogénique musculaire, dans la tétanisation faradique, se ferait surtout aux dépens de la forme liée (WAJZER -120). Cependant, si ces auteurs sont d'accord pour considérer que la resynthèse oxydative de la réserve, après épuisement porterait -tant pour le foie que pour le muscle- en | premier lieu, sur la fraction desmo-glycogène, ils sont d'avis diamétralement Op- | posé sur l'action de l'adrénaline à l'égard des composantes de cette réserve ; | tandis que, pour WAJZLR, cette action s'exerce uniquement sur le desmo-glycogène | qu'elle libère de ses attaches proteiques, pour BLOOM et ses collaborateurs -comme, d'ailleurs, pour GENKIN (123), au contraire, elle n'agit que sur la frac- | tion lyo-glycogène. LINDBERG enfin (124), étudiant le métabolisme hydrocarboné | de l'oeuf d'ourain, -c'est à dire d'un tissu doué d'un métabolisme très actifarrive à la conclusion qu'avant de s'engager dans la voie des phosphorylations | oxydatives, le glycogène doit contracter, d'abord, une liaison protidique. Il émet, enfin, l'hypothèse que les formes d'association glycogène-proteine puissent être extrêmement variées, la "réactivité" plus ou moins grande de la réserve glycogénique pouvant, ainsi, être un reflet de la structure propre du
glycogène lui-même. WAJZER (125) est arrivé à des conclusions analogues en ce qui concerne la mise en réserve du glycogène par le foie et PRZYLECKI & WOJCIK (126) pensent aussi que le premier stade de la glycogénolyse hépatique consiste en une "libération" de la réserve stabilisée sous forme de glycogène lié.
b) - Les notions actuelles sur la structure du glycogène sont-elles applicables au glycogène cardiaque ?
Après les recherches concernant le nombre des unités glucosiques engagées dans la molécule de glycogène (HAWORTH, HIRST & SMITH -127), (POLGLASE, SMITH & TYLER-128) et les caractéristiques des liaisons qui unissent ces diverses unités (SWANSON & CORI -129), de nombreux travaux ont été consacrés -en particulier par l'école de CORI- à l'étude du mode d'action des enzymes qui assurent la dégradation ou la reconstitution de la réserve glycogénique. Ces auteurs ont pu montrer que les processus glycogénolytiques résultent initialement de l'action de deux enzymes : une phosphorylase (GREEN & CORI -130), (CORI & GREEN -131), (CORI, CORI & GREEN -132), (SWANSON -133), et une amylo -1,6glucosidase (CORI & LARNER -134), (HOBSON, WHELAN & PEAT -135), (MARUO & KO- BAYASHI-156). Le mécanisme enzymtique de la dégradation comprendrait donc deux phases successives, réalisant par étapes la fragmentation de la molécule ramifiée de glycogène. La phosphorylase conduirait à la formation d'amylopectine ou de dextrines portant des ramifications constituées par une seule molécule de glucose, qui pourrait, ensuite, être détachée par l'action de l'amylo-l,6-glucosidase. Les différences d'activité de ces enzymes sur les glycogènes de diverses origines, s'expliqueraient par les différences de ramification entre les divers types de glycogène (SWANSON & CORI -137), (ILLINGWORTH, LARNER & CORI -158), (LARNER, ILLINGWORTH, CORI & CORI -139), et certaines anomalies du métabolisme glycogénique -maladie de Gierke - ont pu être justifiées, par ces mêmes auteurs, par des insuffisances d'activité enzymatique de la glucose-6-phosphatase (IL- LINGWORTH & CORI -140), (CORI & CORI-141).Les mêmes enzymes interviennent, également, dans l'anabolisme glycogénique pour constituer, par étapes, une molécule de plus en plus ramifiée. CORI & CORI (142) ont montré que la synthèse du glycogène ne pouvait être réalisée par la phosphorylase seule qui, dans le muscle, ne conduit jamais - à partir du glycose-l-phosphate- qu'à des composés en chaine ouverte du type amyfose, mais que si on fait agir, simultanément, un second enzyme, enzyme de branchement, présent dans le foie comme dans le myocarde, on obtient un polysaccharide du type de l'amidon. HOBSON, WHELON & PEAT (143) ont attribué à un enzyme spécial, le Q-enzyme, le pouvoir de réaliser la synthèse, par soudure de ramifications en -1,6, de polysaccharides du type glycogène à partir de glucose-l-phosphate. L'ensemble des transformations s'écrirait,
alors :
Glucose-l-phosphate ——# Amylose —# Anylopectine (Phosphorylase) (Q-Enzyme)
L'action isolée du Q-enzyme sur l'amylose conduit, comme l'ont vérifié NUSSEN- BAUM & HASSID(144), à un corps dont les propriétés sont très voisines de celles de l'amylopectine. La structure du glycogène synthétisé dépendrait, à la fois, de l'espèce considérée et des conditions physiologiques (SCHLAMOWITZ -145). Ces résultats ne concernent, cependant, que le glycogène hépatique du lapin : nous n'avons aucun renseignement de cet ordre sur la structure du glycogène cardiaque or, nous risquons de nous trouver,ici, en présence de différences importantes
car nous savons, par un travail de HERS & DE DUVE (146) que le mécanisme enzymatique principal qui fait passer le glucose à l'état de glycogène -et réciproquement- dans le foie, (glucose-6-phosphatase), n'existe, pratiquement, ni dans le
muscle squelettique, ni dans le muscle cardiaque .
c) - Synthèse et dégradation enzymatique du glycogène cardiaque.
La phosphorylase du myocarde a été étudiée par SCHUMANN (147) qui a montré que l'activité de cet enzyme était fortement diminuée par la surrénélectomie. Quant aux autres enzymes susceptibles d'intervenir directement dans la dégradation et la synthèse du glycogène (amylo-l,6-glucosidase, enzyme de branchement), ils n'ont jusqu'ici -comme nous l'avons vu- été étudiés qu'à partir du foie ou du muscle squelettique.
Ces enzymes existent-ils dans le muscle cardiaque ? La dégradation et la synthèse de la molécule de glycogène se font-elles, dans le myocarde, par étapes comme dans le foie et le muscle squelettique ? Ces problèmes ne sont pas résolus. SUTHERLAND & CORI (148) ont montré -toujours sur le foie- que l'adrénaline agit en augmentant la quantité de phosphorylase active. Ces recherches n'ont été étendues, jusqu'ici, ni au muscle squelettique, ni au muscle cardiaque. Il semble cependant possible que la phosphorylase, elle-même, puisse être l'objet d'un véritable "turn-over'" dont les étapes restent à établir.
2°/- La consommation du glucose par le coeur isolé.
Les déterminations du Q.R. du coeur isolé de mammifères ont donné des valeurs variant de 0.60 à 1.0, une même préparation présentant, parfois, au cours d'expériences d'une durée de 4 à 5 heures, des valeurs régulièrement décroissantes (C.L. EVANS -149-150), (STARLING & EVANS -151). Ces résultats tendraient donc à établir que, comme pour le coeur de grenouille, l'aliment normal du myocarde est un mélange comportant une certaine proportion de glucides qui -dans certains cas- pourrait atteindre 100%. CORKILL, DALE & MARKS (152), reprenant une observation de BORNSTEIN (153), ont montré que pour obtenir un Q.R. égal à l'unité, chez le chien ou le chat éviscérés, il était nécessaire de maintenir la glycémie à son taux normal et de réduire à son minimum la ventilation pulmonaire. CRUICKSHANK (154) a montré que ces cmditions étaient aussi celles qui devaient être réalisées dans la préparation coeur-poumons lorsqu'on veut obtenir ce même résultat,
Les premiers travaux concernant l'utilisation du glucose par le coeur isolé ont été réalisés dès 1912, PATTERSON & STARLING (56), utilisant la préparation coeur-poumons de STARLING, sur le chien, fixent à une valeur comprise entre 0.8 et 5.8 mg. par g. de coeur et par heure la perte de glucose du liquide perfusant. KNOWLTON & STARLING (155) arrivent à des résultats du même ordre de grandeur tandis que GAYDA (39), opérant par perfusion du coeur isolé de lapin, trouvent une consommation de glucose comprise entre 3.88 et 10.2 mg/g.h., MC LEAN & SMEDLEY (156) entre 0.5 et 1.0 mg./g./h., MANSFELD (157), entre 2. 2 et 5.4 et UNDÉRHILL & PRICE (158) entre 1.0 et 2.2 mg./g./h., cette consommation étant -selon ces auteurs- d'autant plus élevée que les animaux ont subi, préalablement un jeûne de plus longue durée. Chez le chat, RHODE (159), a trouvé que cette consommation variant entre 1.2 et 3.3 mg./g./h., et MANSFELD & GHIGER (160) entre 0.5 et 5.3 mg./g./h.
D'autre part, CRUICKSHANK & STARTUP (161), reprenant les déterminations de PATTERSON & STARLING (56), ont trouvé, pour le La une consommation de 4 à © m. de glucose par gramme de coeur et par heure, avec une moyenne de 5.28 mg. g./h, soit environ le double des valeurs obtenues par leurs prédécesseurs. Ces mêmes auteurs ont indiqué qu'il y a lieu de tenir compte, dans ces déterminations de la consommation propre de glucose des poumons et ont estimé celle-ci à 0.7 à 0.8 mg. par gramme de coeur et par heure. Sur le même type de préparations BURN & DALE (162) ont trouvé des consommations de glucose comprises entre 1.9
et 5.7 mg./g./h. pour le coeur du chat et entre 1.60 et 2,48 mg./g./h. pour celui du lapin et constaté que, dans de telles conditions d'expérience, le Q.R. est toujours égal à l'unité ; HEPBURN & LATCHFORD (49) , essayant de mettre en parallèle le taux de la réserve de glycogène du coeur du lapin et sa consommation de glucose, trouvent que celle-ci s'établit, dans les conditions du fmctionnement normal à 0.87 mg./g./h.
De nombreux auteurs, cependant, admettent que le coeur n'utilise normalement que des quantités de glucose très faibles ou nulles (KLEWITZ -163) (MC GINTY & MILLER -164), (RUHL -165), (EVANS, GRANDE & HSU -166), la consommation observée dans les préparations de cœurs isolés étant due soit à une modification du métabolisme -qui ne correspond plus, alors, au type physiologique-, soit à une glycolyse sanguine, soit à une glycolyse pulmonaire (dans le cas de la préparation coeur-poumons) exclusive ou prépondérante. C'est ainsi que la consommation du glucose par le tissu pulmonaire correspondant à l gramme de coeur est fixée à 0.7 - 0.8 mg./g. par CRUICKSHANK & STARTUP (167), à 0.84 mg. h, par HEMINGWAY & PHELPS (168) et à 1.13 mg./h. par EVANS, HSU & KOSAKA (169). Dans ces conditions, c'est à dire en tenant compte de la consommation propre des poumons, EVANS, GRANDE & HSU (166) fixent à 0.70 mg./g./h. la consommation du glucose du coeur, dans la préparation coeur-poumons et CRUICKSHANK (70) estime que, sous réserve des corrections nécessitées par cette consommation pulmonaire et par la glycolyse spontanée, l'accord est assez satisfaisant entre les résultats qu'il a obtenus en collaboration avec STARTUP (CRUICKSHANK & STARTUP -161) et ceux des autres auteurs .
CHANG (170) a montré, en 1937, que l'adrénaline augmente le métabolisme du myocarde et conduit celui-ci à épuiser sa réserve glycogénique, il en résulte, rapidement, un état d'insuffisance myocardique qui conduit à l'arrêt du coeur. Cependant, l'activité de l'organe peut être rétablie par une administration de glucose et on assiste, alors, à une reconstitution de la réserve de glycogène,
Ainsi donc, il semblerait, que dans les conditions qui ont été définies par les auteurs précédents, le coeur de mammifère soit susceptible d'utiliser du glucose. Cependant cette utilisation ne pourrait être augmentée lorsqu'on élève le taux du sucre dans le liquide perfusant, bien que, apparemment, l'hyperglycémie entraine une accélération de la consommation du glucose du liquide.
Taux du glucose dans le liquide Consommation 0.184 % 2.24 mg./g./h.