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« Au lieu de me ressaisir, ie cherchais dans les stupéfiants à m’évader de la vie réelle. Parce que ma complexion psychique est plus analytique que synthétique, je préférais l’euphorie convergente et subjective de l’opium et de la morphine à celle divergente et objective du chanvre indien et du hatschich.
« Je n’ai eu qu’une période de rémission, la guerre, et les quelques années qui ont suivi... Par malchance, à ce moment, une occasion s’est présentée pour moi de disposer de morphine à volonté. Je suis retombé peu à peu à mon vice. Puis, hélas, j’ai fait des efforts désespérés pour m'en arracher. Mais, les res-
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di
sources que j'avais tirées de ma période de travail s’épuisaient, tout s’effritait sous moi... Un appel déchirant à ma mère, au mois d’août dernier, resta sans écho de sa part. Aïnsi, je m’enlisais toujours davantage, j’eus l’impression que je devenais odieux aux miens. J’ai gravi ainsi un atroce calvaire, il a abouti à la résolution de me tuer... Je cherchais alors une solution qui put être fructueuse aux miens. Je me répétais « un gentleman doit payer ». J’ai songé à une assurance sur la vie, mais ç’eut été une escroquerie.... Dans mon cerveau oblitéré, je crus résoudre le problème en décidant d’aller me tuer chez ma mère. Pourtant, je ne voulais pas me tuer sous les yeux mêmes de maman. Il me semblait que ceci eut
« constitué une sorte d’injure à son égard. Ainsi, je « fus amené au projet de me tuer chez elle, mais de-
vant ma sœur seule. Peut-être que si j’avais retrouvé le sursaut d’énergie nécessaire pour sortir de l'emprise du poison, pour mourir avec dignité, à jeun, pour employer le mot brutal, l’abominable chose n’aurait pas eu lieu ? Vous savez le reste.
« Quelle conclusion puis-je tirer de ma tragique aventure ?
« Pendant ces jours d'emprisonnement, la suppression de l’opium m'a privé totalement de sommeil.
Pourtant j’ai à peine songé à ce détail. Mais, pas un
< instant je n’ai pu distraire mon esprit de cette han- « tise : ma pauvre sœur blessée jadis, car il me sem-
ble que c’est très vieux.
« Lorsqu'un scrupule me venait avant de me dro-
« guer, je me répétais cette morne excuse : bah, je ne
fais du mal qu’à moi. Habeas corpus. Maintenant, il me semble que la drogue est irrévocablement liée à l’abominable vision qui me ronge, celle de ma sœur meurtrie et que j'essaie sans cesse de reconstituer, car je ne l’ai pas revue. Il me semble maïnte-
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nant que l’opium en intensifiant mes sensations, ne
€ pourrait qu'exacerber ma souffrance, sans m’appor-
ter aucun soulagement. Il me fait peur.
« J'ajoute que je souffre ici comme un damné de l’enfer du Dante. Si je souffre, dis-je, ce n’est pas
« de la dureté des minces paillasses à même le sol, de « la saleté repoussante; ce sont des contingences.
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« Non, la souffrance est surtout morale. Elle est de ne pas voir les miens. Je ne communique avec ma femme que par des lettres que lisent qui ? Je la vois à travers des carreaux et des grillages comme une bête fauve. Mon fils aîné, mon beau-fils, mais je l’ai élevé et le tiens pour mien, va repartir en Extrême-Orient pour trois ans. Je préfère ne pas le voir que de le voir ici. Pourtant, il me sera cruel de le laisser partir sans un mot.