‹ La retouche du cliché: retouches chimiques, physiques & artistiquesChapitre 12 sur 15 · CIEL DANS LE PAYSAGE · texte numérisé non relu

CIEL DANS LE PAYSAGE

Le carton étant éloigné du papier sensible de

l'épaisseur du verre du cliché, de la glace forte

et du cadre du châssis, de plus, le bord du carton

étant relevé ; ces diverses dispositions font

que le nuage vient en dégradé, la jonction ne

j peut donc être marquée mais il faut pour cela

S placer le carton de façon à ce qu'il n'y ait pas

I de solution de continuité. On devra donc

surveiller la venue de cette seconde impression

afin de Tarrèter juste au moment où elle sera en

harmonie avec la première.

S'il se trouvait sur Thorizon du paysage, soit des arbres, soit un clocher, il ne faudrait pas craindre que ces détails fussent affectés par la superposition de nuages, au contraire, Teffet serait plus naturel sans que ces parties eussent à en souffrir.

Lorsqu'un cliché de paysage est bien venu, que les relations d'ensemble sont harmo- I nieuses, on doit se féliciter d'avoir un ciel

I transparent; il est vrai qu'une telle façon d'être

i donne sur le papier un ciel lourd, d'un très

: mauvais effet; c'est là ce qui fait le désespoir

I de beaucoup d'amateurs et cependant c'est le

l ' seul état qui permette de créer sur le cliché

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même, des nuages en harmonie avec le sujet.

Nous avons obtenu des ciels faits de celte façon qui avaient un grand accent de vérité et un cachet très artistique. Avec un peu de soins, l'amateur qui a du goût ne tardera pas à obtenir aussi d'excellents résultats et des effets tout à fait inattendus.

On se procurera pour cela de la plombagine ou ce que l'on appelle de la sauce, à défaut, on frottera un crayon un peu tendre sur du papier émeri fin. A l'aide du médius de la main droite, faisant Toflice d'estompé, on prendra de cette poudre que Ton étendra sur toute la ligne d'horizon et jusqu'à une certaine hauteur du ciel, puis, un peu plus haut, soit à droite, soit à gauche, selon les détails du paysage qui se découpent sur le ciel, on créera quelques nuages qui feront Teffet de vrais cumulus, si l'on a le soin de frotter en rond et d'étendre ensuite en adoucissant les contours, à l'aide d'un doigt propre ou d'une estompe.

Ce petit travail se fait directement sur la gélatine mais il peut être pratiqué, sans rien compromettre, du côté brillant du verre, si Ton

CLICHÉS DU PORTBAIT 47

étend préalablement à sa surface du vernis dépoli mat. Dans ce cas la plombagine prend très bien et Ton peut, au besoin, renforcer ainsi rintensité de certains détails qui auraient été créés du côté de la gélatine.

Lorsque le ciel du cliché manque un peu de transparence, il arrive qu'une fois l'impression terminée, les détails du ciel qu'on a créé, ne sont pas assez accusés, ils sont sur l'épreuve trop légers, trop timides; on peut remédier à ce défaut et accentuer le ciel en cachant le paysage dès qu'on le trouve suffisamment venu, et en continuant l'impression du ciel jusqu'à ce qu'on ait obtenu, ou l'harmonie ou les oppositions que Ton veut avoir.

Retouche des clichés de portrait

C'est bien là la vraie retouche, la plus délicate, celle qui demande le plus de soins, le plus d'expérience. Chaque atelier a son ou ses retoucheurs qui sont loin d'être tous des artistes et qui, malheureusement, sont rarement photographes. Certains sont d'une grande habileté, ils ont une légèreté de main qui leur permet de

faire sur le cliché un travail très important sans que l'œil, et même la loupe, puissent déceler leur intervention.

Mais cette habileté, est-elle toujours employée pour la bonne cause ? Rarement !

Ces messieurs ne respectent pas assez les détails essentiels, ceux qui sont absolument indispensables; ils effacent beaucoup trop de demi-teintes, et la pénombre, dont la profondeur les effraie, est par eux impitoyablement masquée par un maquillage inconscient.

- Ils prétendent cependant être des artistes! Ils nous font à nous Teffet de certains ouvriers que Ton emploie aux réparations de nos monuments archéologiques dont, presque toujours, la caractère disparaît sous un badigeon irraisonné.

Nous connaissons cependant de ces retoucheurs qui reçoivent, pour abîmer les clichés qui leur sont conliés, de gros émoluments.

Il y a à Paris des cours de photographie qui sont, paraît-il, très suivis; pourquoi ne fonderait-on pas un peu partout des écoles de retouche, afin que ceux qui ont Tintention d'occuper ces emplois, certes bien rétribués, apprennent à connaître les principes qui s'imposent.

non-seulement pour ne pas amoindrir les qualités du cliché mais au contraire pour les faire valoir.

La retouche du cliché ne doit porter que sur les tavelures de la peau el sur les jeux de lumière faux, ou dont l'aspect désagréable peut nuire à l'effet d'ensemble. La plupart du temps une atténuation de ces légers défauts serait suffisante.

Celui qui est vraiment photographe, aussi bien au point de vue technique^qu'artistique, après avoir combiné une attitude et un éclairage qui, pour lui, feront valoir et rendront le modèle dans les conditions les plus favorables à tous les points de vue, celui-là, dis-je, en regardant le cliché obtenu, voit de suite quels sont les détails qui sont nuisibles, quels sont aussi ceux qui sont indispensables pour reproduire le sentiment qui l'animait quand il a mis son modèle en place, sous un axe de lumière raisonné. S'il est retoucheur, tant mieux, il

«il

continuera son œuvre et^iremenl sa main ne détruira pas ce que son imagination a si laborieusement édifié, mais s'il ne Test pas et qu'il confie cette partie du travail à un auxiliaire.

qu'il tremble d'abandonner le complémenl de son œuvre à des mains mercenaires.

Passons maintenant à la partie pratique, afin de guider ceux qui veulent, par la retouche, améliorer leurs clichés et non les amoindrir.

Ce qui, à notre point de vue, facilite beaucoup la relouche du cliché, ce que nous jugeons indispensable môme, c'est sa « lecture » ; c'està-dire juger à première vue de sa valeur, voir par ses relations les rapports qui existent entre les lumières et les ombres, enfin, traduire par la pensée ce cliché négatif en épreuve positive sur p:ipier, de même qu'un musicien se rend compte, en parcourant de l'œil ces petits points plus ou moins crochus, des intentions de l'auteur et des effets du morceau, aussi complètement que s'il l'entendait.

On comprendra que- cette aptitude permet à celui qui en est doué de voir les défauts qui se traduiront à Timpressionet, par suite, de pouvoir les atténuer ou les faire disparaître, tandis que celui qui lit mal le cliché ou qui ne le lit pas du tout, est susceptible de détruire des qualités essentielles, croyant avoir affaire à des défauts.

Donc à tous ceux qui ont Tintention d'ap-

prendre à retoucher les clichés, nous conseillerons d'en imprimer d'abord une épreuve au point voulu; puis, lorsque cette épreuve sera complètement terminée, collée même, ils devront l'étudier attentivement et rechercher quels sont les détails ou les effets qui laissent à désirer ou qui peuvent être choquants.

Ceci constaté, on devra rechercher sur le cliché comment sont figurés les défauts qu'on veut faire disparaître.

Les points transparents seront retouchés en dernier lieu, de même que les modifications de relations et les tamponnages qu'on aura à effectuer; mais ici, c'est-à-dire pour le portrait, il faudra être très sobre de ces maquillages, car les demi-teintes du visage sont autrement délicates que les détails d'un paysage.

En principe, tout ce que Tobjectif a enregistré est exact, donc rien ne doit complètement disparaître, tout doit être conservé si nous voulons être respectueux de la vérité, mais nous devons cependant reconnaître que quelle que soit la valeur du cliché, malgré tous les soins donnés à l'éclairage, il y a chez certains modèles des endroits où la lumière ne tourne pas

assez harmonieusement; on a voulu obtenir dos effets un peu vigoureux, aussi est-il presque fatal que certaines parties présentent des ombres trop tranchées, ces parties-là demandent à être atténuées; il faut marier, lier les lumières et les ombres.

Souvent aussi l'expression du modèle est un peu dure, et telle bouche qui sourit, un peu par force, est en désaccord complet avec le front qui, lui, témoigne de Tanxiété du modèle pendant la pose.

Ce sont là des défauts capitaux qu'on doit essayer de faire disparaître, ce sont les seules retouches permises, indispensables même, dans certains cas, et le portrait ne peut que gagner si elles sont faites habilement et dans une juste mesure.

Le Front. — La retouche du front, pour les causes que nous venons d'énumérer, demande un certain travail, mais il n'y a pas dans cette partie du visage à craindre de modifier la ressemblance, comme cela pourrait arriver pour la bouche et les parties avoisinantes, siège de l'expression.

Le sommet du front est généralement un peu saillant, puis au-dessous se trouve une légère dépression et enfin au-dessus de l'arcade sourcilière et de chacun des yeux, on remarque communément une petite proéminence, puis encore de chaque côté du front, souvent, une petite cavité nommée « la tempe ».

Chez les jeunes gens, cette façon d'être est juste esquissée, pourrions-nous dire, mais à mesuré que nous avançons en âge, c'est là que le temps enregistre son passage et pour mieux nous atteindre il a le soin barbare de nous dépouiller du feuillage qui pourrait dissimuler ses coups.

Pour cela il faut bien se résigner, mais ce qu'on est obligé de subir du temps on ne veut pas que le photographe ait l'indiscrétion ou plutôt la franchise de le reproduirctrop brutalement ; aussi, certains se sentant atteints ou fortement menacés, nous obligent-ils à détruire non-seulement les défauts et les ravages causés par le temps, mais encore des choses indispensables à l'anatomie, au caractère du modèle et à la vérité.

Satisfaction platonique sans doute qui montre

bien notre faiblesse, notre manque de résignation, notre indépendance, la révolte de la créature contre... le temps !

Eh bien, ce défaut est tellement inhérent à rhomme que certains artistes peintres de talent, de notre avis sur tous ces points, lorsqu'il s'agit des autres, oublient les règles quand ils sont en présence de leur image brutale, et nous obligent à des tricheries anti-artistiques à Texcès.

On nous pardonnera cette longue digression mais nous n'avons pu y résister, ce sera peutêtre aussi une excuse pour certains de nos collègues qui se laissent trop aller à ces tendances impardonnables.

Ceci dit, revenons au front. A l'aide du crayon, on atténuera dans la mesure nécessaire et raisonnable, la dépression du milieu du front, de même que les rides trop profondes. Ces retouches au crayon se font par des points rapprochés ou des hachures, et dans bien des cas ces deux moyens sont employés, mais dès qu'on se rapprochera des deux parties saillantes situées au-dessus de Tarcade soucilière, il ne faudrait pas combler entièrement la dépression qui est au-dessus, elles ont besoin d'être précé-

jim^9..'w iwÉn

dées d*une légère demi-teinte pour ne pas donner l'impression de deux monticules au milieu d'un désert.

Nous avons parlé aussi de deux petites cavités qui se trouvent de chaque côté du front : ce sont les tempes; celle qui se trouve du côté d'où vient la lumière est généralement peu marquée ; de l'autre, la tête étant souvent de trois quarts, elle paraît peu, mais cependant comme tout ce côté est ombré il se traduit souvent en noir, il faudra donc, pour ces deux cas, employer le crayon et au besoin le tamponnage pour le côté ombré.

Entre les deux yeux il y a souvent une contraction désagréable qu'il faudra effacer le plus possible, elle se traduit par des lignes qui partent du dessus du nez et montent parfois directement sur le front tandis que certaines vont à droite ou à gauche.

Les sourcils. — Les sourcils souvent se rejoignent, il sera bon de les séparer un peu afin d'atténuer la dureté du regard. Pour cela on fera disparaître de chaque côté un peu de la transparence qu'ont ces détails, l'expression en

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sera sensiblement améliorée; du reste, avant de retoucher, cachez un peu sur l'épreuve, à l'aide d'un petit objet quelconque, ces parties défectueuses, et vous verrez de suite combien l'expression du visage sera préférable, il suffit ensuite d'attaquer résolument ces imperfections pour donner au modèle plus de calme, plus de sérénité.

L'arcade sourcilière est parfois profonde, les yeux, quand ils sont enfoncés, se trouvent très ombrés ; la retouche au crayon, pour dissimuler ce défaut, est presque toujours impuissante. Le meilleur moyen pour l'atténuer est d'employer de la laque carminée que Ton applique au dos du cliché. Mais quand ce défaut est trop marqué, on prend, à l'aide d'une petite estompe très fine, un peu de plombagine que l'on passe sur la gélatine, partout où le besoin s'en fait sentir, mais il est bien entendu qu'il ne faut pas empiéter sur l'œil ni toucher les endroits qui sont éclairés, de même qu'il ne faut pas que l'application de plombagine détruise complètement la transparence des parties sur lesquelles on rapplique. Elle ne doit que la diminuer un peu.

Les yeux sont une partie du visage très délicate à retoucher, on a dit qu'ils étaient « le miroir de Tâme », nous le croyons volontiers, car le modèle, au moment de la pose, a sans doute Tàme tellement inquiète, que son regard témoigne le plus souvent une grande appréhension, au lieu du calme d'esprit, qui à ce moment serait si nécessaire !

Dans répreuve qui doit donner la mesure des retouches à exécuter, on remarque que le regard manque bien souvent de vivacité.

Ce défaut peut provenir de plusieurs causes que nous allons énumérer :

Certains modèles ont le regard morne par nature, il est donc difficile de leur demander plus qu'ils ne peuvent donner, mais chez d'autres le regard est terne parce qu'au moment de la pose ils ont voulu se donner un petit air intéressant et ils ne sont parvenus qu'à avoir l'air de s'endormir.

Il peut se faire aussi que le regard soit défectueux, parce que le parti-pris de l'éclairage fait que les yeux sont trop dans Tombre, ou que l'arcade sourcilière est profonde, ce qui empêche la lumière d'arriver jusqu'à eux. Enfin, lorsque

les yeux sont bleus, il arrive presque toujours que le regard est terne, mais avec certains sujets dont l'expression de la bouche est animée, cette sorte de langueur du regard est un charme de plus qu'il faut bien se garder de détruire.

Dans ces divers cas, Taccentuation ou l'adoucissement du rayon visuel et le renforcement raisonné du blanc des yeux, amèneront de meilleurs effets. Ainsi, dans les yeux bleus, par exemple, comme ils ne présentent pas de teintes foncées qui viennent trancher sur le reste du visage, en renforçant à Taide du crayon le blanc des yeux, ils deviendront plus nets, plus définis et partant plus expressifs.

Cette retouche est très facile à faire, mais il ne faudrait pas donner partout, aux blancs de la prunelle, une intensité égale, le résultat serait horrible et les yeux auraient Tair artificiels, mais en raisonnant un peu, il est facile de faire cette retouche judicieusement et dans une mesure rationnelle.

Le modèle est toujours plus vivement éclairé d'un côté; si la lumière vient de droite, par exemple, la partie gauche du visage est ombrée ; mais entre les blancs qui traduisent les lumières

CLICHES DU PORTRAIT 59

et les teintes foncées qui indiquent les ombres, se trouve la demi-teinte.

Uœil droit est, du côté de l'oreille, vivement éclairé, mais comme le globe de Toeil est sphérique, le blanc qui se trouve du côté du nez doit être moins clair que celui qui reçoit la lumière directement, à cause de Tombre portée que produit la saillie de Toeil.

Quant à Fœil gauche, étant plus loin de la lumière que rœil droit, il doit être moins éclairé, même sur la partie qui se trouve proche du nez; la partie qui fuit doit être presque entièrement dans Tombre.

Donc, pour renforcer le blanc des yeux dans une gamme naturelle, qui ne donne pas d'effets insolites, il faut, à Taide du crayon, le retoucher, en tenant compte de la position qu'il occupe par rapport à la lumière.

Le blanc de Tœil droit, du côté de l'oreille, sera renforcé résolument, celui qui se trouve du côté du nez le sera beaucoup moins. Pour l'œil gauche, la partie qui se trouve près du nez sera renforcée très légèrement et entin le blanc de Tceil qui se trouve dans la pénombre doit être à peine touché.

Ces divers degrés d'opacité à donner s'obtiennentenappuyantavecplusoumoins d'insistance pour faire prendre le crayon.

Certains yeux bleus, qui semblent noyés, brouillés, seront, par les moyens que nous venons de donner, bien définis.

Le rayon visuel. — Ce point lumineux de l'œil est parfois trop vif; dans ce cas on se servira d'un grattoir spécial ou de la pointe d'un canif soigneusement aiguisé, mais non pour l'enlever tout à fait (c'est lui qui donne l'animation au regard) mais pour en réduire Topacité, et diminuer ainsi trop de fixité.

Parfois, lorsque la direction de la lumière est défectueuse, il y a deux rayons visuels au lieu d'un, ou bien celui qui existe est trop large. Dans ce cas, il faudra employer le même moyen, à l'aide du grattoir et n'en laisser que juste ce qu'il en faut.

Ces diverses modifications, habilement faites et à propos, amélioreront sensiblement l'expression du regard.

Dessous des yeux. — Au-dessous de la paupière inférieure, il existe une petite dépression qui résulte de la sphéricité du globe de l'œil, puis immédiatement plus bas une ligne plus ou moins longue et profonde qui part du coin de rœil, près du nez, et descend sur la joue. Cette seconde ligne n'est pas toujours la conséquence de Tâge, elle témoigne le plus souvent de fatigue, de surmenage et aussi, parfois, d'excès.

Le modèle est sans pitié lorsque son portrait indique ces lignes, il ne veut pas les voir. Aussi, pour lui complaire, sont-elles complaisamment enlevées par les photographes dociles ou indifférents. Nous nous sommes nous-méme bien souvent soumis à cette exigence, mais ce que nous n'avons jamais consenti à détruire, c'est la petite dépression du dessous de l'œil, dont l'enlèvement complet est impardonnable et que beaucoup de retoucheurs efTacent cependant.

Le nez. — Cette partie du visage réclame parfois certaines retouches assez délicates à effectuer, car n'étant pas tous d'origine grecque, nos nez n'ont pas toujours la forme classique. Il est donc indispensable de ne pas trop en modi-

lier les lignes, sous peine de créer des nez de Carnaval qui nous rendraient méconnaissables.

Du côté d'où vient la lumière, il y a généralement peu à faire, si ce n'est à marquer d'un trait, partant du haut du nez, une ligne qui doit s'arrêter un peu avant son extrémité; là on fera un petit point lumineux d'une forme appropriée, car si le nez était pointu, une lumière large ne serait pas à sa place, elle en changerait la forme.

On rehaussera légèrement la lumière sur la narine éclairée et un peu moins celle qui est dans Tombre.

L'ombre portée du nez sur la joue a parfois besoin d'être atténuée, mais il faudra le faire sobrement, car c'est elle qui, par opposition avec les lumières du nez, lui donne le relief nécessaire.

Il faut bien se garder d'efiiicer la petite ligne arrondie qui se trouve au-dessus de la narine et qui la délimite.

Nous touchons maintenant aux endroits où gisent la ressemblance et Tcxpression, ce sont les joues et la bouche.

Les veux et la bouche, l'un aidant Tautre,

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sont les parties du visage qui traduisent les sentiments qui nous animent ou que nous voulons exprimer. Les amoureux et les acteurs le savent bien .

Les joues. — Surtout si le sujet est maigre, on comprendra qu'il est essentiel de ne pas trop charger les joues de retouche, sous peine de le rendre méconnaissable, de le bouffir. Pour cette partie du visage surtout, chacun a sa façon d'être, elle présente des détails qu'on ne peut décrire tellement ils varient avec chaque sujet. Certaines personnes, dont les pommettes sont saillantes, présentent des ombres portées en forme de croissant qui sont toujours d'un effet très désagréable : la maigreur est alors trop accentuée, elle dépasse même souvent la mesure de la vérité; il faut atténuer et ramener ces effets à des proportions raisonnables. On y arrive par des hachures et des points, et parfois même un léger tamponnage au dos de la plaque est nécessaire.

Il faut reconnaître que dans le cas que nous venons de décrire, de même que pour les ombres exagérées des yeux, du nez et du cou,

c'est réclairage venant de haut et trop d'aplomb qui les accentue, puis aussi, parfois, un manque de pose.

A ce sujet, nous croyons bon de poser ici un principe immuable, que beaucoup d'amateurs ignorent, ou dont ils ne se souviennent pas dans la pratique. C'est la possibilité, par le temps de pose donné à la plaque, de modifier les effets de lumière, afln d'obtenir plus d'oppositions ou plus d'harmonie.

Le sujet étant éclairé d'une façon donnée, présente des lumières, des demi-teintes et des ombres plus 6\i moins marquées. Si la pose est juste ce qu'elle doit être pour ce parti-pris, le modèle sera reproduit exactement coi^ime on le voit au moment de l'opération, mais si la pose est courte, ces effets seront plus ou moins exagérés; si au contraire, elle est dépassée, ils seront adoucis parfois jusqu'à l'uniformité.

On peut donc, par ce moyen, après avoir éclairé le modèle comme il convient pour sa façon d'être, atténuer ou mettre en évidence, en posant judicieusement, certains effets défavorables ou heureux.

Le dessous du nez. — Quand la lumière est trop perpendiculaire, cette partie du visage est souvent un peu foncée; la modification à y apporter s'obtient par les mêmes moyens que ceux employés pour les pommettes trop saillantes et les ombres trop fortes.

Directement sous le nez, il existe le plus souvent deux petites lignes saillantes descendant vers la bouche et séparées par une petite cavité qu'on appelle, croyons-nous, la « fontaine du nez». Eh bien cette fontaine ne doit pas être comblée, tout au plus, dans certains cas, pourra-t-on en rehausser le niveau.

Le menton est parfois orné d*une fossette; comme ce détail est caractéristique, il est essentiel de le conserver; si sa forme n'était pas ronde, si elle affectait celle d'une virgule, ce qui pourrait donner à la lèvre inférieure une expression dédaigneuse, on Tarrondirait un peu, et dans le cas ou ce détail viendrait en noir sur Tépreuve, il faudrait Téclaircir légèrement par les divers moyens que nous avons déjà donnés.

La bouche. — Nous avons dit que l'exprèssion du sujet avait son siège dans les yeux et vers la bouche, mais plus encore que les yeux, la bouche, par sa mobilité, exprime nos sentiments; ces expressions diverses causent aux lèvres et aux commissures de la bouche, ainsi qu'aux parties avoisinantes, des contractions qui donnent à tous ces détails des formes variables.

Si le crayon tranche, coupe tous ces petits riens, faisant disparaître toutes les demi-teintes, l'expression du modèle en sera tout à fait changée. Si l'expression est mauvaise, allez-y sans crainte, mais, dans le cas contraire, c'est avec beaucoup de ménagements qu'il faudra retoucher ces parties-là. Tous ces détails doivent être rigoureusement ménagés.

Il existe souvent de chaque côté de la bouche, une petite ligne qui Tarrête. Il faut bien se garder de Tec lever car elle est très caractéristique; dans certains cas, on pourra bienv.en réduire les dimensions ou en modifier un peu la forme, mais ce sera toujours au détriment de la vérité.

CLICHES DU PORTRAIT

Le cou. — Le cou est souvent mal éclairé; la photographie de certains sujets dont le menton, ou plutôt la mâchoire inférieure, présente trop de saillie, produit sur le cou une ombre portée désagréable ; dans ce cas un tamponnage modéré pourra atténuer ce défaut.

Sur cette partie du modèle il y a parfois des rides légères ou profondes. Si le sujet est relativement jeune, accordez-lui la satisfaction de les faire disparaître; sous le rapport artistique rien n'en souffrira, mais s'il est âgé et que vous teniez à conserver à votre œuvr(3 tout son caractère, ne consentez à la profaner qu'après en avoir imprimé des épreuves où elle sera reproduite avec tout votre sentiment, c'est-àdire sans les sacrifices que l'ignorance ou l'amour-propre des gens vous imposent. Ne discutez pas avec les intéressés mais arrangezvous pour leur donner satisfaction, sans compromettre, au point de vue artistique, le résultat définitif.

Nous allons bientôt parler de la retouche artistique, quoique nous ne sachions guère en quoi elle consiste ; nous avons pendant trente ans usé nos yeux sur des clichés et des

épreuves, ce n'est pas à nous à dire si nous l'avons fait avec ou sans art, mais toutes nos tentatives ont été guidées par le sentiment et les prévoyances que nous venons de décrire.

Il y a longtemps que l'on discute sur Tart en photographie, nous avons lu sur ce sujet bien des idées émises, tant par les vrais artistes dont le talent est consacré que par ceux qui ne sont artistes qu'en théorie. Eh bien, nous ne sommes guère plus avancés. Il faudrait, croyons-nous, pour juger la question avec indépendance, une école particulière, qui puisse apprécier exactement le résultat en tenant compte de l'effort, car si, dans Tart vrai, incontesté, rinspiration vient presque entièrement du cerveau, l'auteur peut, dans l'exécution, donner à ses modèles la vie, Tanimation qui leur manquent bien souvent; il peut aussi supprimer ou ajouter des matériaux gênants ou qu'il croit utiles.

En photographie il n'en est pas du tout ainsi. Nous devons créer nos sujets de toutes pièces et les avoir devant nous complets et vibrants dans tous leurs détails; ce n*est pas la retouche.

aussi habile soit-elle, qui nous permettra de les compléter en modifiant' l'éclairage, Tattitude ou Texpression. Du reste, plus on emploiera la main, moins on sentira la vie. C'est de là que vient notre impuissance relative, mais quand nous produisons des choses qui donnent l'impression de l'art, nous pouvons en être fiers.

Mais nous nous consolons en voyant certains tableaux, assez bien cotés, où les personnages ont parfois l'air aussi salés que la femme deLoth ; à tel point que nous nous sommes souvent demandé si tel sujet était bien là pour jouer un rôle, ou s'il attendait l'omnibus!

Nous venons de revoir ce que nous avons dit sur la retouche physique des clichés de portrait et nous avons constaté l'omission de certains détails pratiques, qui s'imposent pour la bonne exécution de ce travail.

Si nous ne réparions cet oubli, certains de nos lecteurs, peu initiés, seraient presque aussi embarrassés de leur crayon que nous le sommes

parfois de notre plume pour traduire notre pensée.

Nous dirons donc que si certains clichés peuvent se retoucher sans préparation d'aucunes sortes, il en est d'autres, et c'est le plus grand nombre, sur lesquels le crayon ne peut prendre s'ils ne sont enduits préalablement d'un vernis spécial qu'on nomme « mattolin ». Voici sa composition :

Essence de Térébenthine 100 grammes

Gomme Damar 20 —

OU bien :

Essence de Térébenthine iOO grammes

Baume du Canada 50 —

On fait un petit tampon de flanelle sur lequel on met une ou deux gouttes de vernis que Ton étend doucement sur les parties à retoucher. A Taide d'un autre morceau deflanellenon imbibé, on fond, on égalise l'excès de vernis qui ne tarde pas à sécher.

Si les surfaces à atténuer sont de peu d'étendue, un pointillé rapproché suffira, surtout si la tache est ronde; mais si elle affecte une forme

allongée, des hachures un peu serrées seront préférables.

Dans tous les cas on devra attaquer toutes les taches avec beaucoup de légèreté, quitte à insister ensuite en appuyant davantage si Ton juge que le résultat est insulfisant.

Dans la plupart des cas, un crayon un peu dur est préférable à un autre trop mou. On recommande les graphites de Sibérie, de Faber, sans doute parce qu'ils sont chers. Nous nous sommes toujours bien trouvé du modeste crayon Gilbert, marqué d'un B, « dur pour bureau ».

Il est probable que ceux qui n'ont jamais fait de retouche, feront d'abord des points opaques qui se traduiront en blanc sur répreuve, mais il ne faudra pas pour cela se décourager; une couche de vernis passée à nouveau, en insistant sur ce barbouillage, suffira pour le faire disparaître et, après une nouvelle dessication, on pourra recommencer.

Pour débuter il sera bon de ne pas prendre des clichés trop couverts par un excès de pose ou de développement, mais, au contraire, on recherchera ceux de densité moyenne qui sont

bien transparents, c'est-à-dire où les détails sont bien déflnis.

Bien se souvenir que c'est avec les parties environnant le défaut, qu'il faut assortir Topacité du crayon ou de la couleur, et qu'avec de la volonté, de Tobservation et de la persévérance, on triomphe presque toujours des plus grandes difficultés.

Si nous nous plaçons au point de vue artistique comme nous Tentendons, nous sommes obligé de constater que le cliché est bien difficile à retoucher. L'habileté plus ou moins grande de Topérateur, lorsqu'il applique avec goût les diverses modifications dont nous venons de parler, nous semble seule pouvoir être considérée comme de Tart en retouche. Et encore n'est-ce pas plutôt le complément de Tart photographique, de Thabileté professionnelle?

Puisque Tart n'a pas de limite, il est bien difficile de savoir au juste où il commence.

Dans tous les cas, pour retoucher un cliché artistiquement, il est indispensable que celui qui a cette prétention connaisse et apprécie parfaitement les effets qui le caractérisent, sans cela il ne pourrait prétendre perfectionner ce que nous appellerons une œuvre de la nature.

VoYPns d'abord quels sont, au point de vue matériel, les moyens d'action du retoucheur de cliché, artiste ou non. Que peut-il faire soit au crayon, soit au pinceau?

Des opacités plus ou moins' grandes et rien de plus.

Peut-être obtiendra-t-il par ce moyen quelques notes à effet. Mais après! lui est-il possible de ménager le reste de la gamme du blanc au noir, sans solutions de continuité?

Nous trouvons la chose bien difficile, car il ne peut faire ni grattage pour avoir des demiteintes et des ombres, ni créer des détails qui se lient avec Tensemble.

Il ne peut donc, en dehors des retouches de détail, qu'établir des réserves par dés tamponnages ou des enduits et créer des grandes lumières.

Nous jugeons que ce modeste bagage est tout

au plus bon pour tirer parti de certains clichés médiocres ou ratés.

Peut-on dire que la retouche obtenue dans ces conditions soit de l'art? Non.

Nous ne voyons guère que le ciel de paysage sur lequel un dessinateur habile peut bien créer des nuages et obtenir des effets s'harmonisant si bien avec le sujet, qu'ils lui communiquent assurément une valeur qu'il n'aurait pas eue sans l'intervention de l'artiste. Mais les ciels rapportés sont tout aussi harmonieux et, souvent, l'effet est plus vrai.

Nous avons vu certains portraits dont les clichés étaient très légers d'ensemble et sur lesquels l'artiste retoucheur avait presque tout créé. G'était-là assurément un travail très méritant, très habilement exécuté. Ces clichés avaient acquis des valeurs que le photographe n'avait pas obtenues, ni rêvées peut-être. Cette retouche était bien de la retouche artistique. Mais pourquoi tout ce travail?

C'était bon au temps où l'obtention d'un cliché complet était difficile; mais aujourd'hui que nous avons grandi, que nous savons éclairer le modèle avec tous les effets de lumière qui

nETOUCHE ARTISTIQUE 75

peuvent être rêvés, que nous avons à notre disposition maints moyens de développer nos clichés à notre gré, afin d'obtenir telle ou telle réaction favorable au but que nous poursuivons, la retouche créatrice est devenue presque inutile. Nous obtenons mieux et surtout plus vrai avec nos seuls moyens.

L'Art. . . voilà un mot bien élastique.

Nous jugeons, nous, qu'un ouvrier quelconque est un artiste si son œuvre sort sensiblement de Tordinaire et témoigne d'un certain effort d'imagination.

Mais bien autrement artiste est celui dont les productions provoquent Tadmiration d'une certaine classe d'initiés.

En photographie, Tart s'aflirme surtout dans l'arrangement d'un sujet quelconque, d'un paysage par exemple, dans lequel les règles de la composition et du dessin ont été judicieument observées.

Celui qui, après cela, a su choisir Téclairage qui donnera à son œuvre le souffle qui doit l'animer, en traduisant l'impression qu'il a ressentie en la composant, celui-là, dis-je, se résoudra rarement à la laisser profaner par un

retoucheur dont les tentatives pourraient la i

compromettre; il n'y a que lui qui puisse, par \

la retouche, apporter à cette œuvre le complé- ^ \

ment qu'il croira nécessaire. }

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