II. La voie des conseils
Aux âmes généreuses, je propose davan-
XXXY^ MEDITATION. ÔO i
tage. Je leur montre une voie plus élevée qu'elles peuvent suivre, à laquelle elles peuvent même se vouer par des engagements particuliers. C'est la voie des conseils.
Ces âmes se dégagent autant qu'il est possible des choses de la terre et se rapprochent de la vie des anges. La voie qu'elles embrassent est plus élevée et plus sûre que la voie commune. Ces âmes me sont pai^ticulièrement agréables. Elles me dédommagent par leur générosité de tant d'infidélités qui se commettent dans le monde. Par la chasteté et le détachement des choses de la terre, ces âmes se rendent semblables aux anges.
Elles deviennent mes épouses. A la vérité, toutes les âmes chrétiennes sont mes épouses, mais particulièrement celles qui gardent la virginité. Je l'ai bien marqué dans la parabole des vierges. Je veux être appelé lem-
époux. — Exierunt obviant sponso , in-
troierunt cum eo ad nupiias.
Méditez toutes les conséquences de ce choix. Ces âmes sont chères à mon Cœur. Elles me sont particulièrement familières déjà sur la terre, comme elles le seront au ciel : Seqinintur agnum quocumque ierit.
(Apoc. li.) Ce sont pour moi des fleui's choisies et les prémices de la terre : Dilectus pascîtur inter lilia. ^Cant.)
Elles ont droit aux épanchements de ma tendresse et à mes grâces de choix. Elles trouvent dans cette voie mille avantages et particulièrement la joie et la sécurité dans la vie présente et une grande facilité pour tendre à la perfection.
Cette vie diffère du monde comme le champ fertile diffère du désert. (Is. 35.) Dans le monde régnent le respect humain, les mauvais exemples, les occasions dangereuses, les sollicitudes absorbantes. Le monde est livré tout entier à la convoitise, au plaisir et à l'ambition. Dans le monde, on fait sa volonté propre plutôt que celle de Dieu.
Dans le monde, on n'est pas averti de ses chutes, on ne rencontre pas d'obstacles à faire le mal, on ne trouve pas facilement de conseils et de direction. L'àme qui se donne à son Dieu dans la pratique des conseils est protégée comme une ville fortifiée. Elle est aidée par la règle, par les exercices quotidiens, par les exemples, par les avertissements qu'elle reçoit. Elle ne fait pas sa vo-
loiité propre, mais celle de Dieu marquée par l'obéissance.
Elle a, il est vrai, des sacrifices à faire, mais ces sacrifices lui sont chers, parce qu'elle en connaît les merveilleux effets. Elle pratique l'abnégation, la pauvreté, l'obéissance, la chasteté. Mais elle sait qu'elle rachète par là toutes ses fautes. Ces sacrifices sont la rançon des abus qu'elle a pu faire de sa volonté propre, de ses sens, de ses biens, de son cœur.
Par ces sacrifices, l'âme religieuse exerce un sacerdoce. Le monde est tout entier livré à l'orgueil, à la convoitise, à la concupiscence. Entre la vie sensuelle et coupable du monde et la justice de Dieu, il faut des intercesseurs, il faut des sacrifices réparatem^s.