‹ La retraite spirituelle de BourdaloueChapitre 4 sur 76 · VJ AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

VJ AVERTISSEMENT

qu'au milieu même du monde il y a un grand nombre d'âmes vertueuses, qui, plus régulières et plus ferventes que le commun des chrétiens, pratiquent la plupart des exercices de la profession religieuse, et se proposent d'en acquérir, autant qu'il leur est possible, ou d'en imiter la perfection.

Mais malgré les avantages de la retraite, on est du reste obligé de reconnoître qu'elle devient quelquefois assez infructueuse, et qu'on n'en voit pas tous les bons effets qu'elle est capable de produire. La raison est que nous n'y apportons pas toute la préparation nécessaire, ou de l'esprit, ou du cœur. Car suivant les règles ordinaires, Dieu n'agit en nous qu'autant que le cœur et l'esprit sont bien disposés ; et c'est pour cela que l'Ecriture nous avertit, avant que d'aller à l'oraison, de rentrer en nous-mêmes et de préparer notre âme.

Le point le plus essentiel de cette préparation, et celui qui renferme tous les autres ou dont ils dépendent, est une intention droite et une vraie volonté d'apprendre à se bien connoîlre, et de travailler de bonne foi à se renouveler selon Dieu, et à se perfectionner. Sans cela il y a peu à compter sur une retraite ; et hors quelques sentimens de piété qui passent et qui ne vont à rien, on en sort tel qu'on y est entré. Si vous cherchez le Seigneur, cherchez-le. Cette expression du Prophète nous donne assez à entendre

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combien nous devons nous défier de nos prétendues bonnes volontés, et que rien n'est plus sujet à l'illusion. Souvent on cherche Dieu, ou l'on se flatte de le chercher, quoiqu'on ne le cherche pas véritablement ; et souvent on pense vouloir être à lui, lorsqu'en effet on ne le veut pas.

Cet avis est général ; mais il ne faut pas craindre de dire que là-dessus on est encore plus exposé à se tromper soi-même dans les maisons religieuses, que parmi les gens du monde, car, quand un homme, une femme du monde se dérobent à leurs affaires temporelles, et viennent à certains temps se retirer dans la solitude, il n'y a fruère lieu de croire qu'ils n'y soient pas conduits par l'esprit de Dieu et par la seule vue de leur salut, puisqu'ils n'ont ni règle, ni devoir indispensable, ni aucune considération humaine qui les y obligent. Mais il n'en est pas de même à l'égard d'une communauté religieuse, où l'usage de la retraite est établi. C'est une observance dont on n'est pas maître de s'exempter ; ou c'est au moins une coutume, à laquelle on ne sauroit manquer sans une espèce de scandale. D'où il arrive plus aisément, que le motif des retraites qu'on fait soit autant la nécessité, la bienséance, l'exemple, qu'un désir sincère de changer et de se réformer.

On ne peut donc trop s'éprouver avant la retraite, ni trop s'exciter à ce désir solide d'un saint renouvellement de soi-même. Assez de

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réflexions se présentent, dont chacune est capable de l'allumer. Le peu de bien rju'on a fait, celui qu'il y a dans la suite à faire, l'excellence de sa vocation, le danger d'une vie toujours lâche et imparfaite, un âge peut-être avancé et où il faut songer à mourir : toutes ces pensées et d'autres que Dieu inspire, sont de puissantes raisons pour se réveiller de l'assoupissement où l'on est, et pour entreprendre les exercices spirituels dans un ferme dessein de se les rendre aussi salutaires qu'ils le peuvent être.

C'est de cette première disposition que suivront toutes les autres. Touché de ce sentiment on n'omettra aucune des pratiques, ni aucun des réglemens qui sont marqués. On gardera un silence exact. On éloignera de son esprit tous les objets qui le pourraient dissiper, et l'on en détournera ses sens. On donnera à chaque exercice, son heure, sa place, tout le soin et toute l'application qu'il requiert. On s'abandonnera à la grâce, et l'on ne refusera rien à Dieu, quoi que ce puisse être, et quelque effort qu'il en doive coûter.

Ce ne sera pas en vain. Dieu cherche même ceux qui le fuient : que fera-t-il pour une âme qui le désire et qui vient à lui ? Il pourra peut-être la faire passer d'abord par quelque épreuve, et la laisser pour quelque temps dans une sécheresse de cœur, où elle demeurera sans goût et sans onction. Rien ne l'attachera ni ne l'affectionnera. Au contraire, elle tombera dans l'abattement et dans un ennui

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