‹ La revanche de ProudhonChapitre 134 sur 140 · I . Le Capital, chap. XIII, p. i · texte numérisé non relu

I . Le Capital, chap. XIII, p. i

Lagarde 33

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tend-il, par le seul effet de l'évolution, ce qui vient d'être reconnu faux, puisque d'après les faits impossibles à démentir, les germes de la phase annoncée sont inexistants. Il serait donc puéril d'établir sur un artifice dialectique, sur une perversion de signification d'un mot : travail social^ la socialisation de la production qui n'est que coopé rative. Si actuellement le travail était véritablement social, c'est-àdire s'exerçant sur une matière première appartenant en commun aux ouvriers — ce qui n'est pas — on n'aurait point besoin d'attendre une phase nouvelle pour voir se réaliser la socialisation de production déjà effectuée dans l'association mutuelliste.

Que dire iinaintenant après cette accumulation de preuves et la découverte de contradictions ou d'équivoques successives. Des prédictions marxistes rien n'est en voie de réalisation. Les signes d'un âge nouveau sont faux ou controuvés et les germes supposés sont tués par la froide réalité. Puisque la prolétarisation des masses est démentie par les faits, tandis que par surplus la conscience de classe est inutile aux émeutes et aux luttes politiques, et que la socialisation delà production n'est qu'une équivoque, une confusion sur la coopération dont s'occupe pour la solutionner directement, le seul Mutuellisme, « le mt>uvement spontané de l'immense majorité dans l'intérêt de l'inmiense majorité » prolétarienne, ne peut aboutir, quoique prédit par Marx, puisque cette majorité n'existe pas; et le Marxisme capitule.

Nous pourrions nous arrêter là. Mais comme il a été démontré que le socialisme mutuelliste ne ]peut vivre que de la mort des doctrines marxiennes ou collectivistes, il faut leur donner le coup" de grâce.

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Car les Marxistes pourraient dire — nous leur indiquons généreusement un argument, mais nous le prévenons. — « Soit ! Nous admettons que le prolétariat n'est pas en majorité dans le monde. Mais le manifeste communiste n'a-t-il pas dit qu'autrefois « tous les mouvements sociaux étaient accomplis par des minorités ou au profit de minorités » ? Pourquoi, sans cesser un seul instant d'être fidèles à la doctrine, n'admettrions-nous pas que le mouvement futur doit s'accomplir au profit de la minorité prolétarienne ? »

Nous devons leur ôter cette dernière ressource en deux mots :

Puisque la classe dite dominante est actuellement d'après la statistique celle du plus grand nombre, c'est, contrairement à l'assertion marxiste, au profit d'une majorité que les révolutions antérieures se sont produites. Le passé historique n'offre donc pas de point d'appui.

— C'est admissible, peuvent reprendre les Marxis-

tes, mais comme le prolétariat est composé d'hommes déterminés, il peut, d'un effort violent (i), s'emparer du pouvoir politique et renverser la domination bourgeoise quoique en infériorité numérique. Et en faisant intervenir la violence comme un facteur économique historique, nous restons toujours d'accord avec Marx proclamant que « le règne de la force brutale l'a toujours emporté » (2).

r. C'est ce qu'on appelle la thèse catastrophique due k Engels qui s'amenda pins tard sur cette question.

a. Le Capital, chap. XXVI, p. 3i5 : « La force brutale l'a toujours emporté... » Sur quoi ? Sur une autre force brutale ? Ce serait absurde. Sur le facteur idéologique ? Marx se tait. Et Yidée transparaît irrésistiblement même dans son silence.

— Sia —

C'est déjà une grosse contradiction dans une théorie évolutionniste où toute phase surgit automatiquement déterminée par les précédentes, où les facteurs matériels sont causes exclusives et Tidéologie un zéro déterminatif de faire intervenir la violence des hommes pour aider à une évolution que Ton avoue de ce chef être impuissante :

Le déterminisme marxiste tombe dès lors de luimême. Mais pour rester, malgré tout, d'accord avec le principe évolutif, si Ton veut considérer TefTort violent dégagé de toute idée comme une animale brutalité, un véritable déterminant matériel, nous opposerons encore que Marx commet une erreur historique et que « la force brutale » ne Ta pas « toujours emporté » ; c'est le facteur idéologique, que le marxisme essaie de chasser, qui l'a réduite à l'impuissance.

En effet, reportons-nous à la phase préhistorique ou mythologique. Qu'y voyons-nous ? Des hommes, des primitifs^ tous semblables, sauf en un point, le degré de force physique. Certains d'entre eux, doués d'une vigueur peu commune et qui paraît surnaturelle, sont supposés dans une tradition naïve, être issus d'un accouplement de mystérieuses divinités. Ce sont les demi-Dieux ou Héros.

De ces derniers, les uns défendent les faibles, c'est Hercule, c'est Persée, c'est Bellérophon ; les autres les oppriment, c'est Antée, Gacus ou Briarée. Et ces géants sont toujours victorieux parce que leur force brutale est à celle de leur adversaire comme trois ou deux est à un. Mais un jour, par une première expérience d'où la première lueur d'intelligence a surgi, quelques hommes de vigueur normale s aper-

çoivent que, réunis, la somme de leurs efforts combinés a réduit à Pimpuissance les brutalités de leur redoutable ennemi. Le règne de la force brutale tombait, Tépoque héroïque devenait une préhistoire. Par Fentente des faibles contre le fort, la coopération des intelligences se manifestait, c'était le premier pas de la civilisation mise en marche par un déterminant nouveau, par le facteur idéologique.

De la sociabilité des hommes, du groupement des races, des peuples, des nations et des classes, élargissement progressif et répercuté de cette primitive coalition. Vidée seule fut la génératrice et est encore le fil conducteur par la défaite de la force brutale.

Cessez donc, ô Marxistes, de prêcher Tappel à la violence (i), seule arme des primitifs et des faibles et de maintenir par cette déplorable illusion le prolétariat dans une perpétuelle minorité. Faites abandon de vos théories désormais ruinées et laissez au

I . K. Marx et F. Engels éclairés par l'expérience Journées de juin 1848 et Commune de 1871) ont abandonné pour la forme seulement la théorie catastrophique de la violence « en reconnaissant que la classe ouvrière n'est pas en état de simplement s'emparer du mécanisme politique existant » (Préface du manifeste communiste (24 juin 1872) et Guerre civUe en France, p. 19, édit. allemande), mais non dans le fond puisque dans le Programme minimum rédigé par eux et adopté par le Congrès régional de Paris de 1880 (Léon de Seilhac. Les congrès ouvriers en France, p. 59), ils demandent V armement général du peuple. Comme, d'autre part, les marxistes demandent la suppression des armées permanentes et que le prétendu abandon de la théorie catastrophique se réduit à une simple appréciation de capacité dans le maniement des fusils où les soldats sont toujours supérieurs à des miliciens, supériorité que l'on veut supprimer pour rendre l'émeute victorieuse, la violence doit donc toujours être considérée comme un article essentiel du marxisme.

mutuellisme le soin d'élever en bien-être et en moralité l'ouvrier par l'énergie grandissante du travail développée par l'assoeiation indépendante et récîprocitaire.

En admettant même — concession reconnue pratiquement impossible — qu'en usant de la force brutale, vous parveniez à conquérir le pouvoir politique — nouvelle inconséquence à ajouter à une interminable série, puisque le matérialisme marxiste est purement économique et que « si le mode de production de la vie matérielle détermine tout d'abord le processus social, politique et spirituel » on n'a, avant toute chose, qu'à transformer ce déterminant, sans se préoccuper de ces déterminés qui tomberont d'eux-mêmes par le fait même de cette transformation — que ferez-vous, Marxistes ! quand le gouvernement sera tombé entre vos mains?

Vous l'avez dit: vous supprimerez la propriété privée et vous centraliserez entré les mains de TEtat les capitaux et les instruments de production.

Ainsi donc, contre la volonté d'une majorité d'hommes — puisque le prolétariat est minorité — nous nous en tenons toujours à nos précieuses statistiques — vous courberiez, par la force brutale, rhumanité entière, puisque l'effort prolétarien doit être international, sous une autorité écrasante dont les représentants, que vous ne désignez pas, régneraient sans conteste sur un monde d'esclaves ! Les différences des classes disparaîtraient. Certes, nous le croyons et nul besoin n'est de nous l'apprendre. L'humanité ne serait plus qu'un vaste troupeau de têtes anonymes d'autant plus annihilées et avilies que la puissance de l'Etat s'étendrait sur un plus

grand nombre d^individus. Les ouvriers n'ont pas de patrie!

Et vous la supprimez. C'est une contradiction de plus avec l'Histoire : d'abord parce que le patriotisme est toujours né dans les couches inférieures de la nation, secondement parce que, par suite de l'établissement du suffrage universel, chaque citoyen coopère de plus en plus à la représentation du principe national, part d'influence qui le surélevant en conscience, en dignité, en capacité, tomberait dans le néant le jour où toutes frontières supprimées, l'être humain serait perdu dans l'humanité comme un grain de sable dans le désert. Etablir une autorité une : l'Etat, sur un groupement un : l'humanité : véritable messianisme (i) économique, c'est nier le progrès en supprimant toute différenciation, c'est aboutir au meurtre de la mentalité humaine.

Mais ce n'est pas tout de détruire, il faut organiser. Quelle sera votre organisation ?

— L'Evolution y pourvoira. On peut tout au plus prévoir qu'il y aura « possession commune de tous les moyens de production y compris le sol » et que le monde sera une vaste « association où le libre

I. K. Marx, Israélite, qui pose le mouvement de la matière comme facteur exclusif de révolution, semble dans cette attente d'un Ëtat un sur une humanité une, avoir subi, sans s'en douter, TinAuence d'un facteur idéologique d'une puissance irrésistible et la tradition plus que millénaire de sa religion. C'est la thèse juive dénommée Messianisme qu'un certain jour l'humanité se trouvera réunie sous un seul sceptre, cette autorité considérable étant exercée par Dieu ou un représentant de Dieu dénommé Messie, que Marx semble avoir transposée dans ses prévisions du système futur économique.

développement de chacun sera la condition du libre développement de tous. »

— Quoi! c'est tout ce que vous trouvez à dire !Au moment d'organiser, vous vous désistez, vous n'étal)lissez aucun système d'avance !

— La volonté des hommes n'est rien. La fatalité matérielle est tout.

— Mais alors pourquoi prêchez-vous Témeute et la violence puisque vous ne savez pas ce que Ton doit réaliser ? Pourquoi lancer les ouvriers à Tassant du pouvoir si vous les abandonnez au moment décisif ? Vous exposez dès lors pieds et poings liés le prolétariat au flot montant de l'irrésistible loi de réaction, vous le rejetez dans Tabime d'où il commençait à sortir.

Non, le Marxisme ou collectivisme n'est que duperie et décevantes illusions. La théorie, sous forme de plus-value et de matérialisme historique n'est qu'un tissu de contradictions. Les faits d'expérience : Diminution du nombre des capitalistes, disparition des classes moyennes, augmentation du prolétariat, phénomènes extérieurs engendrés par la concentration des moyens de production et l'accumulation des capitaux sont détaentis par les statistiques détruisant toutes déductions ultérieures. Les prévisions d'un âge nouveau sont controuvées, la solution du problème social évitée.

Prolétaires, abandonnez une théorie qui vous abandonne !

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