PASTEURS ET ANCIENS
Au moment de fouler aux pieds l'Édit qu'il avait solennellement juré d'observer, ainsi que son père et son aïeul, Louis XIV avait le choix entre une violation ouverte, effectuée en vertu de son bon plaisir, supérieur à toutes les lois, et une violation dissimulée, mensongère et honteuse d'elle-même. Ce fut la dernière qui prévalut. Selon le préambule de l'édit révocatoire, Henri IV n'avait donné l'Edit de Nantes que «pour maintenir la tranquillité dans son royaume, afin d'être plus en état de travailler, comme il avait résolu de faire, pour réunir à l'Eglise ceux qui s'en étaient si facilement éloignés». D'Henri IV, assassiné par les jésuites à cause de son Édit «perpétuel et irrévocable», le préambule fait un jésuite jaloux de détruire ce même Édit promulgué uniquement pour l'apparence; ainsi de son fils et de son petit-fils. Le dessein de la réunion n'ayant pu être réalisé par notre aïeul ni par notre père, nous y « sommes entré dès notre avènement à la couronne » •. Aujourd'hui que l'Edit est devenu inutile par la conversion du plus grand nombre de nos sujets de la R. P. R., nous l'abrogeons pour effacer le souvenir des troubles que le progrès de cette fausse religion a causés dans notre royaume.
• «D'où vient, demande avec raison est engagé par sa parole royale, et par
Bayle, que le roi a dit tout le contraire la reconnaissance qu'il a des preuves
à la tête de ses arrêts, pendant près de qu'ils lui ont données de leur fidélité
quarante ans, et surtout dans une lettre pendant les derniers mouvements? D'où
écrite à M. l'électeur de Brandebourg en vient enfin qu'en l'année i632, ,il leur
l'année 1666, où il dit ç«'i7 prend soin accorda une Déclaration si favorable r»
qu'on maintienne ses sujets de la R. P. R. (La France toute callwliq., dans le Com-
dans tous les privilèges qui leur ont été ment, philosophiq., Rotterd., 1713, in-12,
concédés, et qu'on les fasse vivre dans I, 42). Mue égalité avec ses autres sujets. Qu'il s'y
2 Révocation de rEdit de Nantes à Paris.
En conséquence, Sa Majesté défend aux protestants de s'assembler pour l'exercice de leur religion ; elle bannit les pasteurs qui ne voudront pas se convertir, leur ordonne de vider le royaume dans la quinzaine et leur interdit d'y prêcher sous peine des galères; elle ofifre à ceux d'entre eux qui abjureront une pension d'un tiers plus forte que leurs émoluments, et des facilités pour se faire recevoir avocats; elle supprime les écoles protestantes, décrète que les enfants seront baptisés par les curés, elle interdit de quitter le royaume sous peine des galères, et invite les autorités à veiller à l'exécution de la loi contre les relaps. Jusqu'ici tout s'enchaîne logiquement; la fin seule est en contradiction avec ce qui précède. Comme effrayé de l'acte qu'il vient d'accomplir, et du retentissement que ce multiple crime aura dans les cours étrangères, le rédacteur du nouvel édit essaie d'en atténuer la portée à l'aide d'une disposition, qui semble ajoutée après coup et dictée par les scrupules de quelque légiste, Harlay, par exemple: «Pourront au surplus lesdits de la R. P. R., en attendant qu'il plaise à Dieu de les éclairer comme les autres, demeurer dans les villes et lieux de notre royaume... et y continuer leur commerce et jouir de leurs biens sans pouvoir être troublés ni empêchés sous prétexte de ladite religion à condition, comme dit est de ne point faire d'exercice». Au reste, cet article fut violé aussitôt que signé i, si bien que plusieurs historiens n'y ont vu, à tort croyons-nous, qu'un raffinement d'hypocrisie. — Tel est le contenu de l'édit révocatoire, qui a fait à la France une incurable blessure.
Comme s'il eût tardé au roi de voir la réalisation de l'antique oracle : Epée, frappe le berger et les brebis seront dispersées'^, l'article
' Dès le 8 novembre, Louvois écrivait niàtres, et mettiez plus de gens de guerre
à l'intendant De Gourgues: «Quelques- chez eux pour les mieux détromper de la
uns de ceux qui ne sont pas convertis, fausse idée qu'ils ont prise de cet édit».
croient qu'ils n'ont plus à appréhender Louvois recommande ensuite de punir
d'être pressés de changer de religion de- ceux qui se moquent de leurs coreligion-
puis que l'édit portant révocation de celui naires trop pressés de se conveitir, en
de Nantes a été enregistré, dont ils croient leur disant que, s'ils eussent été plus
que la dernière clause les doit mettre à fermes, ils jouiraient de la liberté, (Ms.
couvert de ce qui a été pratiqué jusqucs Gourgues, Biblioth. du prot.) Kn outre,
à présent [euphémisme) pour porter les Seignelay, écrivait à Harlay le 25 no-
religionnaires à se convertir. Sur quoi vembre: 11 faut attendre avant de publier
Sa Majesté m'a commandé de vous faire la déclaration sur l'éducation des enfants
savoir que rien no doit vous empêcher et sur l'article I2 du dernier édit (Fr.
de continuer à presser les religionnaires, 17421, f° 124). Cette nouvelle déclaration
tajit nobles que roturiers, de se faire ins- qui ôtait leurs enfants aux protestants
truire et de changer de religion, et pour les faire élever par des parents ca-
qu'elle juge à propos que, dans ces com- iholiques, ne parut qu'un janvier iG>iG. mencenienta, vous ayez plus de sévérité '' Zacharie, Xlll, 7.
contre ceux qui vous paraîtraient opi-
Pasteurs et Anciens. 3
relatif aux pasteurs fut agravé pour ceux de Charenton : Allix, Mesnard, Gilbert, caché depuis le commencement de février à l'ambassade de Hollande, et Daillé fils, que la maladie empêchait depuis longtemps de faire aucune fonction *, n'eurent que quarantehuit heures pour sortir de Paris. En vertu d'une autre exception qui l'honore, en montrant qu'il tenait le premier rang dans le ressentiment du clergé, Claude fut contraint de partir dans les vingtquatre heures.
La bibliothèque du protestantisme possède de lui deux portraits gravés d'après Laurent 2. Le premier, où les traits sont très accentués, les yeux énormes, la moustache absente, donne à sa physionomie une apparence de rudesse. Dans le second, où les plis du menton indiquent un âge plus avancé, règne un air de douceur et de bonté qui attire le regard ; la lèvre inférieure y est moins forte et la moustache apparaît, mais à peine perceptible. Claude ne voyait que d'un œil (le mauvais devait être l'œil gauche) et avait un défaut de prononciation ou un organe désagréable qui fit dire à Morus, lorsqu'il fut question d'appeler à Charenton le ministre de Montauban : Il aura toutes les voix pour lui, hormis la sienne. «C'était, dit Wylie^, un homme fort simple, négligé dans sa mise et rendu d'un accès difficile par la multitude de ses occupations. Bien qu'il ne payât pas de mine, il prêchait avec puissance, étant plein de son sujet et parlant d'une manière très grave et posée». «Claude a partout, dit Vinet^ l'éloquence de la raison, mais celle de l'âme émue, de l'onction, lui manque presque entièrement ». A notre point de vue moderne, il ne s'est montré orateur qu'une fois en sa vie, non pas dans le discours d'adieu qui lui est faussement attribué, mais dans le sermon prêché à La Haye pour le jeûne du 21 novembre i685. Prédicateur habituellement froid et compassé, il a trouvé ce jour-là dans son cœur brisé, des accents pathétiques et une puissance d'émotion qui manquent à ses autres discours. Daillé excepté, il fut le plus grand de nos controversistes ; son vrai titre de gloire est d'avoir soutenu contre Rome la cause
' Le nom de Bertheau ne figurant ni avait épousé en premières noces Louise
au procès-verbal du 28 septembre dans Elle. I! n'a pas d'article dans la France
lequel Delamare a noté les livres saisis prot. — Il existe dans la sacristie de
chez les pasteurs, ni dans les papiers Penthemont un très beau portrait à
relatifs au dépait de ceux-ci, il y a lieu l'huile, de Claude.
de présumer que, interdit par l'arrtt du ^ Agnew, French protestant exiles, in-
Conseil du 3 août i68J, le suffragant de f», II, 328.
Daillé gagna Londres avant la Révocation. * Hist. de ta prédicat., p. 319. Jean Laurent, peintre huguenot, qui
4 Révocation de fÉdit de Nantes à Paris.
du libre examen, bien que sa réponse à Bossuet et sa conduite envers le pajonisme attestent une regrettable défaillance. En revanche, il fut sans reproche comme sans égal dans les nombreuses suppliques et mémoires où il défend, avec autant de mesure que d'énergie, les droits des Eglises. Ses Plaintes, publiées peu après son arrivée en Hollande, resteront l'immortelle protestation du droit contre une tyrannie dont l'histoire offre peu d'exemples aussi complets 1.
«Son collègue Allix était, selon Wylie^, franc, ouvert, très versé dans la science rabbinique, et aisément accessible. Il tenait chez lui des conférences hebdomadaires auxquelles assistaient plusieurs docteurs de Sorbonne. En chaire il se montrait vif et hardi; après avoir lu son texte, il mettait son chapeau d'une façon cavalière, tandis que Claude enfonçait le sien des deux mains. Il y avait entre eux quelques différends; Allix disait qu'il aurait pu vivre quarante ans à côté de M. Claude sans les porter en chaire, et se plaignait que M. Claude n'usât pas de la même réserve ». Cette note caractéristique vaut un portrait. L'abbé de Longuerue mettait Allix au-dessus de Claude et l'appelait le plus savant des ministres de Charenton. Vinet ne s'est point occupé d' Allix, que Sayous^ qualifie de «prédicateur sobre, clair et de grand savoir». Ostervald, son disciple et son ancien commensal, l'appréciait de la manière suivante ' :
M. Allix est celui qui a fait les meilleurs sermons que nous ayons, i» Il explique l'Écriture comme il faut, 2" il presse fortement la réformation des mœurs. Son sermon des malheurs de l'impémlence est une des meilleures pièces que nous ayons. 3° Il ne s'amuse pas à la bagatelle, aux pensées ingénieuses, etc.
Sa prédication toujours grave et édifiante insistait plus qu'aucune autre sur la nécessité de l'examen personnel ^ qu'il démontra
' I-'ouvrage fut brûlé à Londres par le père de famille eût la loi, qu'il l'étudiai et
bourreau. (BuUet., 3» série, X, 617). <!"''' l'enscign.'U ù sa famille... II ne sulTisait
« Agnew, Frcucli protestant exiles, in- P-'^^ ''<^ rechercher l'antiquiK-; elle peut sou-
f" M ^iS vent Ctre jointe avec l'erreur;... mais il fal-
' .'...7 ',-„., ,, ., '^it chercher dans l'antiquiti; celle qui est
3 Littéral, fr. a l'étranger. II, gS. ^.^j^ ,^ b„„ chemin...
* De l exercice du ministère sacre, „ Vous êtes tOmoins que nous sommes inli-
Bâle, I/Sg, p. 32. nimcnt Cloigm^s de vous prescrire un acquics-
'■'" EnquOrcz-vous, dit le prophète. Ce terme cernent aveugle aux dogmes de la religion,
n'exprime pas seulement une recherche que et d'cmpCcher que vous n'entriez dans l'exa-
l'on fait par une espèce de bienséance, sans mcn de la crOancc que vous professez. Com-
y être obligé; ce n'est pas un conseil qu'on bien de fois vous avons-nous sommés de
soit libre de suivre ou de négliger. Il près- consulter la règle divine que Dieu vous a
crit un devoir que Dieu avait imposé d'une laissée? Combien de fois vous avons-nous
manière très expresse, en voulant que chaque marqué que c'est de cet examen que dépend
Pasietirs et Anciens. 5
dans une dissertation latine ' non moins remarquable par l'étendue des recherches que son traité sur Bertram. Pajoniste résolu, il était en mésintelligence avec Claude ; de là sans doute l'accusation d'arminianisme « et peut-être de quelque chose de pis », que celui-ci formulait contre lui dans une lettre adressée à Isaac Claude, son fils.
Un court séjour à la Bastille, suivi d'un exil de huit mois (1683-1684), n'avait point affaibli en Mesnard le sentiment du devoir; à peine de retour à Paris, au lieu de suivre l'exemple de son collègue De Langle, passé en Angleterre avant le temps, il refusa, en mai 1684, les offres de l'Église française de Londres qui voulait lui adresser vocation. D'après les informations de la police, au contraire, la perspective d'être bientôt contraint de s'éloigner sans avoir pu vendre une maison qu'il possédait dans le quartier des Lavandières (Fr. 7081 f° 19) et une autre qu'il avait fait construire sur la montagne Sainte-Geneviève, proche la fontaine, et qui lui coûtait 25,000 livres^, l'aurait plongé dans un abattement voisin de la défection. Delamare écrivait à La Reynie, au mois de février i685:
Dans une conversation tenue le i5 chez la veuve Drelincourt, cette veuve dit que tous leurs ministres étaient consternés de l'obligation dans laquelle on les engageait de quitter Paris au bout de trois ans [ordonnance du mois d'août 1684], et que l'on appréhendait fort que plusieurs ne quittassent leur religion; que dès à présent on avait remarqué beaucoup de refroidissement dans le sieur Mesnard, qui abandonnait presque tous ses exercices; qu'il avait refusé d'aller consoler les malades; que c'était un homme qu'ils croyaient à demi-perdu pour eux, et qu'ils n'avaient plus de confiance en lui. . . L'on a su de leur servante que, quand iVIesnard et sa femme parlent de quitter Paris, ils sont l'un et l'autre dans un grand chagrin, et qu'en effet il est moins assidu à ses exercices (Fr. 7052, f» 33i).
Il résulte de la correspondance intime de Claude, que la police était ici, comme en mainte autre circonstance, induite en erreur par ses espions, obligés de fournir des renseignements quelconques pour gagner leur argent. Écrivant chaque semaine à son fils, et lui dépeignant avec une exagération empreinte de pessimisme, le triste
votre consolation et le repos de votre cons- i Dissevtatio de concilionim quorumvis
cience, aussi bien que votre affermissement definitionibus ad examen revocandis.
dans la piété " {Douze sermons de P. A., Rottcrd., , , , ...
1685, p. 16 et 48). " ^"^ troisième, située dans la rue Ga-
Noiis avons 'le regret de n'avoir pu |ande, figure, en 1688 sur les comptes de
nous procurer ses Réflexions cntigues et ^^ ''^"^ '''^^ '"""^. ''^ ^"S't.fs comme
théologigues sur la controverse de rÉplise, ^y^^"' .^PPf".î""/ ^'""^■"'* "=' =" ^°"
1(386, qui doivent être relatives au Pajo- beau-pere (1 1 14). nisme.
6 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
état de l'Eglise de Paris, comment aurait-il pu ne pas lui confier ses craintes à l'égard de son collègue, si la conduite de celui-ci eût été de nature à agraver encore la situation? Or il n'y a pas dans ses lettres un seul mot qui permette de supposer que Mesnard, qui a donné des preuves éclatantes de son dévouement et de sa fidélité, ait négligé ses fonctions à l'approche de la Révocation, et perdu la confiance du troupeau'. Bien au contraire, le confesseur Théodore de Béringhen parle ^ d'une « belle prière de M. Mesnard, qui courut manuscrite quelque temps avant la désolation de l'Église », et qu'on lisait habituellement dans les familles le vendredi saint, avec le sermon si touchant de Claude, prononcé un jour de jeûne à La Haye, et dont on avait fait tant de copies en France. Mesnard n'a laissé, semble-t-il, qu'un ouvrage traitant de la doctrine de l'âme d'après l'Écriture.
Gilbert n'a rien écrit. On ne possède de Daillé fils que la revision du Nouveau-Testament qu'il a faite avec Conrart; et de Bertheau, prédicateur éloquent, en dépit de son extérieur défavorable^, que deux volumes de sermons et un de discours sur le catéchisme.
La date des trois pièces suivantes montre que ce n'est point, comme l'a cru Benoit (V 906^, parce que Claude avait déjoué le complot du 21 octobre, qu'on l'obligea de partir avant les autres ; mais bien parce que ce « séditieux », comme l'appelait M""= de Maintenon, méritait un châtiment particulier.
Fontainebleau 21 octobre i685.
A M. de La Reynie.
Le roi ne voulant pas que les ministres de Charcnton restent à Paris après la publication de l'édit qui défend l'exercice de la R. P. R. dans le royaume, je remettrai entre les mains d'un valet de pied de Sa Majesté un ordre pour obliger le ministre Claude à en sortir vingt-quatre heures après la publication de l'cdit, et le valet de pied le conduira jusque sur la frontière, du côté qu'il voudra sortir du royaume; et Sa Majesté m'ordonne de vous dire de déclarer de sa part aux autres ministres de Charenton, le jour de la publication de
' Il est regrettable que Haag ait rcpro- la R. P. R. qui peuvent ctre mandes dans
duit cette accusation sans la contrôler. les bureaux de la police, mémoire qui
On craignit, dit La France prot., que l'ut dressé après le 23 octobre et avant le
Mesnard «ne finît par abjurer à l'exemple 28 décembre i683 (Fr. 70?!, {" 41.).
de son beau-pijre». Or, loin d'avoir ab- 2 Cinquante lettres d'exhortation, p. 2y'i.
juré avant la Révocation, Alexandre Ma- ' Agnew, in-f». II, 229. riettc figure sur un Mémoire de ceux de
Pasteurs et Anciens.
l'édit, que son intention est qu'ils sortent de Paris dans deux fois vingt-quatre heures, et que vous teniez la main à ce que cela s'exécute ponctuellement...
Au même.
De Seignelay Du même jour.
Monsieur, je vous envoie le valet de pied qui doit conduire le ministre Claude hors du royaume, afin que vous lui remettiez demain l'ordre du roi à l'heure que vous jugerez à propos.
De Seignelay
De par le roi, il est ordonné à La Guerre, valet de pied de Sa Majesté, de se transporter incessamment dans la maison du sieur Claude, ministre de la R. P. R. à Charenton, et de lui faire commandement de la part de Sa Majesté de sortir de la ville de Paris dans vingt-quatre heures au plus tard, pour se retirer incessamment hors du royaume. A l'eftet de quoi le sieur La Guerre l'accompagnera jusque sur la frontière par laquelle il désirera de sortir. Fait à Fontainebleau le 21 octobre i685, Signé Louis, et plus bas Colbert, et scellé du cachet de Sa Majesté.
Claude reçut cet ordre le 22 à dix heures du matin. Il partit le lendemain avec sa femme, sans prendre de certificat, la présence du valet porteur de la lettre de cachet, suffisant pour lui ouvrir la frontière. Il se dirigea vers Bruxelles, en passant par Cambray, où il coucha et fut régalé, dit-on, de quelques rafraîchissements par la politesse des jésuites. Chemin faisant il rédigea la demande suivante :
A M. le lieutenant-général de police.
Supphe humblement Jean Claude, ci-devant ministre de la R. P. R., disant qu'en exécution des ordres du roi, il est sorti de cette ville de Paris le vingttroisième de ce mois, pour se rendre en Hollande. Et comme il n'a emporté avec lui qu'un coffre et une petite cassette dans lesquelles il y a seulement leur linge et habits à lui nécessaires, et à la demoiselle sa femme, qui ont été vus et plombés à la douane en présence du commissaire Gazon, suivant l'ordre par vous donné. Sont restés en sa maison ses meubles et hardes, qui peuvent composer douze à treize ballots, y compris ses livres * et linge qu'il désirerait faire venir en Hollande... Ce considéré, il vous plaise, sous le bon plaisir de Sa Majesté, lui permettre de faire mener lesdits ballots à la douane de cette ville de Paris, pour y être plombés et ensuite les faire parvenir en Hollande où il va faire son séjour (Fr. 7080, f" 21).
' 11 s'agissait sans doute d'ouvrages le reste de mes livres pour les sauver de non protestants; car Claude avait écrit le l'arrêt de la suppression». 7 septembre à son fils: uOn vous envoie
8 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
Avant de se retirer à Saint-Denis pour y attendre un passeport 1, AUix avait adressé à La Reynie un placet analogue :
Monsieur le lieutenant-général de police.
Supplie humblement Pierre Allix, ci-devant ministre de la R. P. R à Charenton, disant que, suivant l'ordre que vous lui avez donné de la part de Sa Majesté, il est obligé de sortir incessamment de cette ville de Paris et dans quinzaine du royaume, en conséquence de la déclaration vérifiée le 22 du présent mois d'octobre, et afin qu'il puisse exécuter ledit ordre verbal et déclaration sans aucune opposition ni empêchement dans les lieux où il passera, il lui est nécessaire d'avoir une attestation ou certification qu'il était ministre audit Charenton, et que damoiselle Marguerite Roger^ est sa femme, et qu'il a trois enfants mâles, savoir Pierre Allix, âge d'environ six ans; Jacques Allix, âgé de trois ans et demi, et Thomas Allix, âgé de proche d'un an et qui est encore à la mamelle. Ce considéré. Monsieur, il vous plaise lui donner acte et certificat (et lui permettre emporter ses livres et ses meubles) de ce que dessus et vous ferez bien. Pierre Allix
La supplique de Mesnard était ainsi conçue :
La famille de Jean Mesnard, ci-devant ministre à Charenton, est composée de sa femme, de cinq enfants, dont le dernier est à la mamelle [et dont le plus âgé n'a que sept ans], d'une nourrice et d'une servante. Il a quelques meubles et livres. Il sortira de Paris mardi au soir [28] ou mercredi matin [24] avec sa famille. M. le lieutenant de police est supplié très humblement d'envoyer chez le sieur Delpit, rue Pavée, les ordres du roi dont ledit ministre a besoin •pour sortir sûrement du royaume avec sa famille. Ils vont en Hollande par la route de Bruxelles (Fr. 7o5o, f" 204 et 7052, f 36o).
En partant pour l'exil, les ministres conservaient donc une dernière illusion: ils croyaient la majesté royale incompatible avec le rôle de voleur de grand chemin, et incapable d'attenter par voie indirecte à la vie de leurs plus jeunes enfants. Ils furent bientôt détrompés. Leurs meubles et leurs livres, on les confisqua; les nourrices, on les leur refusa.
Pierre Allix, écrivait De Ménars à Seignelay le 24 octobre, m'a demandé un certificat pour passer en Angleterre avec sa femme et trois garçons, l'un âgé de six ans, l'autre de trois ans, et le troisième de onze mois, qui a une nourrice; il demande qu'elle soit comprise dans le certificat avec des ballots
> Voici la formule envoyée à tous les sent mois d'octobre, lequel ministre avec
intendants: a Nous.... certifions que... ci- sa femme et ses enfants de l'âge de ... et
devant ministre de la R. P. R. à ..., qui de ... s'en va à ... sortant du royaume
est de notre département, a pris la réso- par. . . et passant par tel et tel heu»
lution de se retirer aux pays étrangers, (O' 2g). , , .
en conséquence de la permission qui lui » Fille de Jean Roger, marchand de
en a été donnée par l'édit du roi du pré- Paris, fort riche et fort intéresse.
Pasteurs et Anciens. 9
de hardes et de livres; je lui ai donné pour lui, sa femme et ses enfants, et je lui ai refusé le reste, cela passant mon pouvoir. Je vous supplie, Monsieur, de demander sur cela l'intention de Sa Majesté (Fr. 7044, i" 176).
En agissant ainsi De Ménars ne faisait que se conformer à l'ordre formel qu'il avait reçu le 21 de Seignelay:
Dans les certificats que vous expédierez aux ministres qui voudront se retirer, vous devez ne comprendre que leurs personnes, celles de leurs femmes et de leurs enfants de l'âge de sept ans et au-dessous, l'intention de Sa Majesté étant que leurs enfants qui auront plus de sept ans restent dans le royaume, et qu'ils ne disposent pas de leurs immeubles (Corresp. ad/ii., IV, 377).
Les conséquences furent horribles. Privés d'allaitement au commencement de la mauvaise saison et pendant les fatigues d'un long voyage, Thomas Allix et Henriette Mesnard, qui n'avait que huit mois, ayant été baptisée le 18 février (née le 16 ou le 17), succombèrent. M™^ Allix eut toutes les peines du monde à franchir la frontière; comme elle était plus jeune que son mari, on prétendait la retenir sous prétexte qu'elle était sa fîUe ou sa sœur (Benoit, V, 906).
On ne permit aux ministres, dit Claude {Les Plaintes, p. gS), ni de disposer de leurs biens, ni d'emporter aucuns de leurs meubles et de leurs effets. On leur contesta même leurs livres et les papiers de leur cabinet, sous prétexte, disait-on, qu'ils devaient justifier que ces livres et ces papiers n'avaient pas appartenu aux consistoires. D'ailleurs on ne leur voulut accorder ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni aucun de leurs parents, quoiqu'il s'en trouvât plusieurs d'imbéciles, de caducs, de pauvres, qui ne pouvaient subsister que par leur secours. On alla jusqu'à leur refuser ceux de leurs propres enfants qui étaient de l'âge de sept ans et au-dessus; on leur en ôta même qui étaient au-dessous de sept ans, et qui pendaient encore aux mamelles de leurs mères. On leur refusa des nourrices pour des enfants nouveaux-nés, que les mères ne pouvaient nourrir.
La lettre de Ménars du 24 octobre contient sur un autre ministre de Charenton les renseignements suivants :
Abraham Gilbert,... qui est fort goutteux et qui ne peut marcher sans secours, demande permission d'emmener en Suisse avec lui son valet et sa servante. Je la lui ai donnée pour lui et pour Marie Thomasset, sa femme, seulement. Il va en Suisse. Si le roi trouve bon que je lui donne un certificat pour son valet et sa servante, un de ses amis lui a promis de le retirer et de le lui envoyer. Il a un fils ministre en Poitou, et une fille mariée qui demeure à Paris.
Muette sur le départ de Daillé et sur celui de Bertheau, la même lettre mentionne plusieurs autres ministres qui avaient aussi demandé des certificats:
lo Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
«J'ai envoyé (Jean) Icart, ministre à Millau, à M. de La Berchère, intendant de Montauban. Comme il n'a pas le temps d'aller à Montauban et de sortir du royaume dans la quinzaine, je lui donnerai un certificat si Sa Majesté le veut ' ».
Philippe de Chenevix, ministre de Limay, proche Mantes, dont un fils était garde du roi d'Angleterre, et dont une fille était dans la tour de Londres avec la duchesse de Montmouth. Un autre de ses enfants restait à Paris chez son cousin Monginot.
Etienne Girard, ci-devant ministre à Corbigny, près Nevers.
Jérôme Satur, ci-devant ministre à Mortcerf, bailliage de Meaux (réfugié à Paris depuis l'interdiction de son temple, en avril ou mai).
François Mutel, ministre de Coucy-la- Ville, venu à Paris, avec sa femme, son fils âgé de dix-sept ans, sa fille âgée de seize ans, et une servante, pour se mettre en mesure d'obéir à l'édit, tomba malade, et étant à l'extrémité, demanda du temps pour se rétablir (O' 29). La Reynie lui accorda huit jours (Fr. 7o53 f° 848) et garda les enfants ainsi que la domestique. La fille fut mise aux Nouvelles- Catholiques^.
Nous avons aussi trouvé dans les papiers de La Reynie le placet que voici :
Daniel Dutens, ci-devant ministre de la R. P. R. à Sorgcs, près d'Angers, supplie très humblement Sa Majesté de lui accorder la permission de se retirer en Angleterre avec sa femme et ses trois enfants, savoir une fille ainée, de dix-neuf ans et deux garçons: l'un, âgé de dix, et l'autre, de huit ans, et le suppliant priera Dieu, etc. (Fr. 7o53, f» 400).
On garda certainement les enfants. Selon La France protestante, Dutens se retira en Hollande ; cependant son nom ne figure pas sur la liste si exacte dressée par M. Gagnebin. Il ne figure pas davantage dans l'ouvrage d'Agnew.
Bien que Grostéte, pasteur à Lizy-sur-Ourcq eût obtenu au
« La défense formelle d'accorder de '^ Mutel avait e'té arrCté le iS janvier
semblables certificats fut adressée à La précédent et conduit à Saint-Lazare, sans
Reynie, le 29 octobre: «A l'égard des mi- doute pour avoir continué à prêcher aprcs
nistres auxquels on a donné des actes do la démolition de son temple et l'inter-
notoriété, Sa Majesté veut que vous em- diction de celui de Roucy (O'zq). Le
péchiez que la même chose arrive à Vaycr, intendant de la généralité de Sois-
l'avcnir, parce que son intention est, en sons, avait reçu, le 5 mars, l'ordre de
cas qu'il reste des ministres passé la surveiller la conduite de M"'" Mutel. II
quinzaine portée par l'Édit, de faire exe- résulte d'une lettre adressée de Versailles,
cutcr contre quelques-uns d'eux la peine le ib juillet, à Bossuet, successeur de Le
qui y est portée, pour obliger les autres Vayer, que Mutel était alors de retour
à se convertir» (O' 29). dans son Église (O' 29).
Pasteurs et Anciens. ii
commencement d'octobre la permission de vendre ses biens avant de quitter la France ', la douane fit main basse sur ses livres (Fr. 7o53 f° 347). D'autres autorisations semblables accordées à Pierre Augier, pasteur à Chàlons-sur-Marne, Superville, pasteur à Loudun, Du Moustier, pasteur à Bélesme-, et Cotin, pasteur à Houdan, ne furent pas mieux respectées. On les mit tous en prison à Ciiarleville, puis on les relâcha en gardant leurs femmes et leurs enfants. Augier eut la faiblesse d'abjurer, tandis que ses collègues franchissaient seuls la frontière ■'. Louvois écrivait à La Reynie le 3 décembre : « On a donné avis au roi qu'il y a encore trois ministres à Paris, et que les commissaires ne font pas leur devoir à l'égard des P. R. » {Ballet., XIII 234).
Claude n'arriva près de son fils qu'à demi-mort de fatigue. Il reçut une pension de 2000 livres: 5oo du prince d'Orange et i5oo comme historiographe des États-Généraux. Vainement l'électeur de Brandebourg essaya de l'attirer en lui offrant une place de professeur de théologie, Claude refusa de quitter La Haye et y mourut le i3 janvier 1687, âgé de soixante-huit ans.
Réfugié à Londres, AUix y ouvrit une Eglise française du rite anglican, et devint, grâce à son ami l'évèque Burnet, chanoine et trésorier de la cathédrale de Salisbury. Les universités d'Oxford et de Cambridge lui conférèrent le titre de docteur en théologie, et rendant hommage à sa prodigieuse érudition, l'assemblée du clergé le chargea d'écrire une histoire des conciles, qui n'a point vu le jour. De son côté, Louis XIV mit tout en œuvre pour l'engager au retour; par son ordre, Seignelay écrivait à Bonrepaus, le 9 février 1686 '* :
' Ils n'en furent pas moins confisqués ^ Voir Benoit IV, g34 et Fr. prot., 2'
et donnés à son père, ancien de Cha- édit., I, D72.
renton, converti, au mois de septembre t ch. Weiss, Hist. des rcfug., I, 3+. —
i688 (O' 32). Plus tard, ambassadeur en Hollande,
2 Seignelay écrivait à La Reynie le 3o Bonrepaus fit de grands efforts pour ren-
novembre i685: «Je vous envoie une voycr en France des fugitifs. 11 a dressé
lettre que le nommé Du Moustier, ci-de- la liste de ceux que, du i" janvier au
vant ministre de Bélesme, m'écrit de 23 octobre i6g8, il put décider au retour.
Charleville, et un brevet de permission Elle ne comprend que 3g hommes, 14
de sortir du royaume, qui lui avait été femmes et 14 enfants, en tout 67 per-
expédié peu de jours avant la publica- sonnes, auxquelles il avait distribué 980
tion du dernier édit, sans que personne livres et remis des passeports. Nous y
se fût présenté alors pour le retirer, afin relevons les noms des Parisiens: Bou-
que, si vous le jugez à propos, vous lui logne (Marguerite), Brion (Philippe), Du
fassiez remettre ce brevet» cO'29). Ce Moulin (Jacques), fils du ministre, Fili-
brevet, daté du 7 octobre, autorisait Du bert (Jean), Grimot (Etienne), Haunelin
Moustier à vendre ses biens (O' 29). (Louis), passementier, Hersan (David),
12 Révocation de l'Edit de Nantes a Paris.
La famille du ministre Allix, qui est à Londres, s'est convertie de bonne foi à Paris '. Si vous pouvez approcher ce ministre et le déterminer à repasser en France avec l'intention de se convertir, vous pourriez sans difficulté lui offrir jusqu'à 3 ou 4000 livres de pension; et s'il fallait aller plus loin, je ne doute point que, sur l'avis que vous m'en donneriez, le roi ne consentit à lui faire des grâces encore plus considérables, auquel cas vous pourriez vous assurer que vous auriez fait une chose très agréable à Sa Majesté.
Allix a publié en anglais de nombreux ouvrages, dont un, relatif à la Trinité et à la divinité de Jésus-Christ, lui valut de violentes attaques de quelques docteurs auxquels il avait attribué des opinions anti-trinitaires. Ainsi que Jurieu, Brousson et une multitude d'autres, dont la conscience indignée ne pouvait admettre que le triomphe de l'iniquité, c'est-à-dire la Révocation, fût durable, Allix croyait au prochain retour du Christ, et loin de se laisser désillusionner par l'insuccès de la prédiction de Jurieu, il assigna la date de 1720, ou au plus tard celle de 1736, comme devant être celle du second avènement.
A son arrivée en Hollande, Mesnard devint chapelain du prince d'Orange, qu'il accompagna en Angleterre. Il y fut fait chanoine de Windsor, docteur et professeur en théologie, et y mourut en 1727 à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. Ses biens meubles et immeubles, donnés en 1695 à un maréchal des logis des mousquetaires (ainsi que ceux de son frère Philippe, ceux de son beau-frère Guérin et ceux de deux autres ministres, Le Sueur et Aubertin) lui furent restitués cinq ans plus tard. On lit dans le Mercure historique de février 1700, p. 196, les lignes suivantes dont les Registres du Secrétariat confirment l'exactitude: «On assure que l'ambassadeur d'Angleterre a obtenu du roi un brevet en faveur de M. Mesnard, ci-devant ministre de Charenton et maintenant chapelain de Sa Majesté britannique, par lequel Sa Majesté très chrétienne lui permet Jde vendre les biens immeubles qu'il a dans le royaume, et que ce brevet a été enregistré au parlement de Paris».
Bertheau mourut à Londres en 1782, âgé de soixante- treize ans, après avoir édifié durant quarante-quatre ans l'Eglise française dont il était pasteur. Une demoiselle Girardot écrivait au
tireur d'or, Hulot (Michel), Paurès (Marie), ' Jean, frcrc d'Allix, sollicitait, en 1688,
Paurès-Bromellc (Marianne) et ses deux le don des biens de son beau-frère Jean
enfants, Ursc (Elisabeth) et Armand (Jo- Croyer, dit U Barre, sorti du royaume
scph), de Saint-Denis (Arch. du min. des (TT 25i). Pour l'abjuration de leur mère,
afl'. étr. — Hollande 177. Note commu- voir Dragonnade. niquée par .M. N. Weiss).
Pasteurs et Anciens. i3
mois de mars 1686: «M. Bertheau se fait ici admirer de tout le monde ... Il prêche beaucoup mieux qu'à Paris. Tous les ministres se surpassent, et font des prédications les plus belles et les plus touchantes du monde» (Fr. 7o55 f° 218).
On ne sait rien de Gilbert, sauf qu'il se retira en Suisse avec sa femme.
Nous lisons dans l'Apologie des réfugiés par A. R. D. L. •, La Haye, 1688, in- 12, p. 98: «Je ne connais qu'un ministre réfugié à Zurich; mais il porte un si grand nom et il en soutient si bien le lustre, qu'il vaut bien lui seul ce que le nombre aurait de la peine à faire ailleurs. C'est de M. Daillé, ministre de Paris, que je veux parler». En même temps qu'il essayait d'acheter AUix, Seignelay pratiquait envers un autre pasteur une méthode tout opposée; il écrivait à la Reynie le 3o janvier 1686 :
On a donné avis au roi que le sieur Daillé, ci-devant ministre de Charenton, est assez tenté de revenir, qu'il a beaucoup de biens en fonds et particulièrement une maison rue Montmartre, où loge le sieur Havart, receveur des tailles, qui la tient à loyer pour dix ou douze ans, et qu'il faudrait défendre audit Havart de lui faire tenir les loyers... Sa Majesté désire que vous voyiez à prendre sur cela quelque expédient, afin d'empêcher le paiement desdits loyers (O 1 3o).
Daillé s'éteignit, à l'âge de soixante-deux ans, entre les bras de sa fille aînée, Anne, et ceux de sa belle-mère M""" Falaiseau (1690). Ses biens confisqués et ceux de sa fille furent donnés par Louis XV à des nouveaux catholiques «sincèrement convertis».
Si les pasteurs de Charenton se montrèrent dignes du titre qu'ils portaient, il en fut autrement d'André Forestier, qui avait été nommé, en 1680, aumônier de l'ambassade de Hollande; il abjura et, pour justifier son apostasie, publia Les justes raisons que tes protestants de France ont eues de se retirer à l'Eglise romaine sous le règne de Louis-le-Grand, Paris, 1687, in-12. Voici quelques lignes de cet opuscule:
Je ne dis rien de la manière dont le roi en a agi pour procurer à l'Église cette grande et salutaire réunion, qui le rend sans contredit, le digne sujet de l'admiration de tous les peuples. On sait qu'il a surpassé de beaucoup les Constantin et les Théodose, et on est persuadé que les moyens dont cet incomparable monarque a bien voulu se servir afin de réussir dans une si glorieuse entreprise, ont été en usage dès le siècle très pur de saint Augustin, et que ce père les a lui-même approuvés à l'égard de ceux qui de son temps s'étaient
' Rodolphe de La Devèze?
14 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
séparés de la communion des fidèles sous les empereurs chrétiens... On peut appliquer ici cette sentence qui nomme heureuse la contrainte quand elle est pour le bien et à l'avantage de ceux envers qui elle s'exerce : Félix ncccssilas quce ad meliora compellit (Avertissement).
Forestier paraît avoir abjuré devant le roi à Fontainebleau, en novembre i685.
Il y eut quelques faiblesses, mais moins d'impudeur, parmi les anciens de Charenton. Avant le décret de i852 qui attribue au suffrage universel l'élection des anciens, ces représentants de l'Église, nommés à l'origine par la communauté tout entière, pourvoyaient eux-mêmes avec les pasteurs au remplacement de leurs collègues décédés ou arrivés au terme de leurs fonctions. Toutefois les noms des nouveaux élus étaient proclamés à plusieurs reprises du haut de la chaire, et le peuple avait droit d'opposition et de protestation. En cas de conflit entre l'Église et le consistoire, l'affaire était portée devant le colloque ou devant le synode provincial.
Au XVP siècle, Morelli ', Ramus, Bergeron, Sureau Du Rozier et Ch. Du Moulin, avaient protesté contre ce mode d'élection trop peu démocratique, et réclamé le suffrage universel. Bien qu'anathématisée par Calvin et Bèze, la revendication conserva des adeptes à Orléans et dans l'Ile-de-France. Une Église de cette province (qui, ecclésiastiquement parlant comprenait l'Ile-de-France, la Brie, la Champagne, la Picardie, le Boulonais, l'Artois et le pays chartrain) ayant, à cause des murmures, décidé de « laisser l'élection du nouveau consistoire à la voix du peuple », le synode national de Verteuil (iSôy), lui ordonna «de se conformer aux autres dans l'exercice de la discipline'^». Le synode national de La Rochelle (1571) lui intima de nouveau cet ordre dont elle n'avait pas tenu compte, et condamna l'usage établi en quelques autres Églises d'envoyer les ministres prendre les voix de maison en maison.
Les pasteurs étaient élus par le consistoire et confirmés par le colloque ou par le synode provincial ; mais leur élection ne devenait définitive que si le troupeau y acquiesçait par son silence après trois prédications d'essai •'. Malgré l'inexplicable silence gardé à ce sujet par la discipline, il est permis d'affirmer que, si la nouvelle doctrine ecclésiastique ne parvint pas à triompher sur ce point, elle
' Pour les détails, voir notre art. '■' D'Huisscau, La Discipline, 1O75, p.
MORKI.I.I dans VEncyclop. des sciences 121. relig. '■> Ibid., p. i.j.
Pasteurs et Anciens. i5
obligea cependant à un compromis les partisans de l'autocratie consistoriale. Il était admis, au moins dans la province de l'Ile-de- France, que le consistoire ne pouvait adresser vocation à un pasteur sans que celui-ci fût agréé par l'assemblée des chefs de famille. Pellisson, chez qui l'ancien Parignon s'était rendu pour le consulter sur l'élection de Daillé fils, lui écrivait en i658 ' : « La difficulté d'assembler les chefs de famille en cette Eglise nous réduit à une forme extraordinaire pour la vocation des pasteurs, qui est l'envoi des anciens dans les maisons pour prendre et rapporter les avis». Dans l'affaire de Morus, le consistoire de Charenton fut censuré par divers synodes de la province, pour avoir ainsi fait recueillir les voix au lieu de réunir l'assemblée. Le synode national de Loudun (lôSg) semble avoir ratifié ces censures, en ordonnant que «les canons de la discipline» fussent «observés à l'avenir avec plus d'exactitude que l'Église de Paris n'avait fait lorsqu'elle avait appelé et reçu Morus^». Nonobstant ce blâme réitéré, le même procédé était encore usité en 1684 dans une circonstance analogue, ainsi qu'on le voit par la lettre de Claude à Tessereau du 5 janvier-' :
Notre Église se brouille sur la vocation de M. Janiçon. On l'avait appelé par provision pour un an, afin d'éprouver sa voix, que plusieurs disaient n'être pas capable de remplir notre auditoire. Cette vocation provisionnelle n'a pas agréé à ses parents et à ses amis; ils ont fait une espèce de parti dans le consistoire pour la faire changer en définitive. Tout est allé bien jusque-là ; mais quand il a fallu faire une assemblée publique dans le temple, les chefs de famille s'y sont opposés, et la chose se passa, il y eut hier huit jours, avec cohue.
Les articles de la Discipline sont également muets sur la durée des fonctions d'ancien, limitées à deux années par la loi de Germinal an X. On pourrait être tenté de supposer que cette loi n'a fait que consacrer l'usage, et que la moitié des anciens était renouvelée chaque année ; les Mémoires politiques sur l'état présent de France, dressés vers i65o, sembleraient confirmer cette hypothèse: «Les ministres sont perpétuels, y est-il dit'*, et ont des gages pour s'entretenir. Les anciens sont changés et renouvelés tous les ans et pris du peuple de toute condition et de tout métier, afin que tous aient part à leur régime républicain ochlocratique et s'y intéressent». Toutefois, en réalité et malgré une certaine latitude laissée
' Bullet., VIT, i3i. J Bibl. de Leide.
^ Aymon, II, 762 et Bii/Zê/., VIII, iS'i. * Bullet., 2' série, V et VI, 167.
Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
aux usages locaux, la durée des fonctions était généralement de trois ans. En effet, le synode national de La Rochelle (1607) décida que dans une Eglise où régnait la discorde, un tiers des anciens serait renouvelé la première année, et les deux autres tiers dans la seconde et dans la troisième année '. Les partisans de Morus protestaient en i663 contre les anciens de Charenton, qu'ils accusaient de «s'être rendus perpétuels; contrairement à la discipline qui en exigeait le renouvellement tous les trois ans^». En 1667, le synode provincial de l'Ile-de-France obligeait les anciens de Châlons qui voulaient se perpétuer dans le consistoire, à demander leur congé de trois en trois ans '.
L'élection des diacres chargés du soin des pauvres se faisait comme celle des anciens. Etant considérés par la Discipline comme «exerçant aussi la charge d'ancien», les diacres assistaient au consistoire au même titre que les anciens et pouvaient être députés aux synodes. Entre les uns et les autres la démarcation était donc anciennement moins tranchée que de nos jours*; circonstance qui explique en partie pourquoi, après avoir parlé une seule fois des diacres et des anciens de Charenton, la police de i685 finit par les confondre et les ranger indistinctement dans la catégorie des anciens. Privé des précieux renseignements contenus dans les Registres du consistoire qu'il nous a été impossible de retrouver, nous sommes obligé de suivre aussi la même classification.
D'après les papiers de La Reynie, il y aurait eu vingt-quatre anciens de Charenton. Les diacres sont assurément compris dans ce nombre, dont ils formaient au moins la moitié. Voici les noms, les adresses et professions des vingt-quatre:
Amonnet (Matthieu),
5; ans,
marchJ de dentelles.
rue des Déchargeurs etduPlat-d'Étain.
Aufrère (Antoine), marquis
de Corville,
procureur au Parle-
ment,
rue de la Poterie.
Beauchamp (Samuel de).
73 ans,
avocat au Parlement,
rue de la Bûcherie.
Béringhen (Jean de),
73 ans,
secrétaire du roi.
place royale.
Bezard (Noël)
08 ans,
marchand de bois.
faub. St-Antoine.
Bouilly ° (Philippe Bernard,
sieur de),
73 ans.
avocat au Parlement,
rue du Jardinet.
Conrart (Jacques) sieur tie
Rabodingcn,
42 ans,
avocat au Parlement,
rueBeaubourgau2'.
' D'Huisseau, p. i32.
- Collection Conrart.
' Ms. de la bibliolh. tlu prot.
* Le diaconat n'a pas aujourd'hui d'existence légale.
■"' Dans sa réimpression des Plaintes de Claude (p. Oij), \4. Franck Puaux l'appelle à tort De Heaulieu.
Pasteurs et Anciens.
Falaiseau (Samuel),
banquier,
rue des Deux - Boules.
Gaucher,
férandinier,
rue de Lourcine.
Gervaise (Louis),
70 ans environ.
marcliand linger,
rue de Seine.
Girard (Jean),
70 ans environ,
joaillier et marcliand
de tableaux.
rue de Seine.
Girardot (André),
52 ans,
marchand de bois,
quai de la Tournelle.
Janiçon (François), sieur de
Marsin,
3i ans.
avocat au Parlement,
rue Saint-Thomas du Louvre.
La Bastide (Marc-Antoine
Crozat, sieur de).
Ci ans.
diplomate et contro-
versiste.
rue de la Jussienne.
La Buffière (Jacques Gros-
tête, sieur de),
avocat au Parlement,
rue de Bracque.
Lardeau (Samuel),
40 ans environ,
procureur au Parle-
ment,
rue Guénégaud au 2«étage de la maison de Robethon.
Le Coq (François), sieur de
Saint-Léger,
50 ans,
militaire issu d'une illustre famille de
robe,
rue des Marais Saint- Germain.
Marchais(TliomasdeLorme,
sieur des).
65 ans.
rue de Cléry.
Masclari (Gaspard),
60 ans,
conseiller au Parle-
ment,
rue de Cléry.
Massanes (Antoine de).
72 ans,
secrétaire du roi.
16, rue des Marais Saint-Germain.
Papillon (David),
68 ou 70 ans.
avocat au Parlement,
rue Saint-Jean de Beauvais.
Robetlion (Jean),
avocat au Parlement,
rue Thibaut-aux- Dez.
Rozemont (Jacques de), sieur
de Boncœur,
secrétaire du duc de
La Trémoille,
ruedes Marais Saint- Germain et rue Guénégaudàlafin deseptembrei685.
Tassin (Ewerte),
avocat au Parlement,
rue du Battoir.
Ainsi point de médecins et un seul militaire parmi les vingtquatre; mais sept commerçants, quinze hommes de robe, conseillers, avocats, procureurs, et un de profession inconnue. Tous, il va sans dire, comptaient parmi les protestants les plus honorables et les plus zélés; toutefois nous ne croyons pas nous tromper en pensant que les anciens appartenaient aux familles les plus considérables par leur illustration, leur noblesse, leur fortune ou leur situation, comme celles des Béringhen, des Massanes, des Le Coq, des
i8 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
Conrart, des La Bastide, des Masclari, des Amonnet ; tandis que les diacres étaient généralement pris dans une situation plus modeste, et parfois même dans la petite bourgeoisie, comme Gaucher, Gervaise et Girard. — Beauchamp, Bezard, La Bastide, La Buffière, Des Marchais, Massanes et Papillon, avaient assisté à maints synodes. Quelques-uns vieillis au service de l'Église, lui consacraient, avec leur expérience consommée, les derniers 'restes d'une vie prête à s'éteindre; sans parler des sexagénaires Gervaise, Girard, Papillon, on a vu que Massanes comptait soixante-douze ans, Béringhen soixante-treize et Bouilly et Beauchamp, soixante-quinze. Avec ses soixante-huit ans Bezard était le doyen du consistoire, y étant entré plus jeune que ses collègues, et depuis au moins trentesix années.
Les anciens tenaient la bourse aux portes du temple. Ils recevaient et complimentaient les personnages étrangers et considérables qui allaient au prêche à Charenton •. Afin de pouvoir communier, les fidèles allaient prendre un méreau chez l'ancien de leur quartier, et lui remettaient en même temps leur contribution pour les frais du culte. Le tableau des taxes était dressé par le consistoire avec l'aide d'un juge royal, dont la présence rendait ces taxes obligatoires nonobstant oppositions ou appellations quelconques^, et recouvrables au besoin par le ministère des gens de loi.
L'édit révocatoire qui bannissait les pasteurs, ne mentionnait pas les anciens. Cet oubli fut bientôt réparé. Seignelay écrivait au procureur-général le 27 octobre i685 :
Sa Majesté m'a ordonné d'expédier un arrêt pour défendre aux diacres et anciens de la R. P. R. de faire aucune fonction de leur ministère, ni d'assembler aucunes aumônes pour les pauvres de ladite R., sous les peines portées contre les ministres qui contreviendront au dernier édit [c'est-à-dire la peine des galères]. Elle m'ordonne d'écrire à M. de La Reynie de donner ordre à tous les commissaires des quartiers dans lesquels lesdits diacres et anciens de ladite religion sont logés, d'observer leur conduite afin de pouvoir punir ceux qui contreviendront aux intentions de Sa Majesté (Fr. 17,420, f» 149)-
On comprit bientôt qu'il ne suffisait pas de supprimer leurs réunions secrètes chez Ruvigny, ni même de les empêcher de remplir leur charge: le seul exemple de leur persévérance et de leur
' Le jeune comte de Northumberland, sanes et un de ses collègues (Mcm. de
(ils naturel du roi d'Angleterre, et con- Rou, I, 143).
(luit à Charenton dans un carrosse à six * Art. 43 des art. secrets de l'iMlit de
chevaux, fut complimenté (1679) par Mas- Nantes.
Pasteurs et Anciens. 19
fermeté eût été un sérieux obstacle, si le despotisme n'y eût pourvu par des mesures d'une rigueur exceptionnelle.
En attendant, La Reynie, qui possédait depuis le 3o septembre la liste des vingt-quatre dressée par le concierge de Charenton ', fut invité, le 4 novembre, à s'enquérir de la fortune, des qualités personnelles et des emplois de onze d'entre eux (Amonnet, Béringhen, Bezard, Bouill}-, Gervaise, Girard, La Bastide, La Buffïère, Lardeau, Massanes, Papillon) et de porter principalement son attention sur les lettres de change qu'ils pouvaient avoir dans le commerce ou chez les banquiers (O' 29). Le lieutenant de police mit aussitôt ses agents en campagne, et rédigea, le 8, un rapport dont les lignes suivantes expliquent la préoccupation de Seignelay:
Il est à observer que tous les gens de la R. qui se mêlaient de commerce, se trouvent assidûment sur la place tous les jours; mais qu'ils n'y font aucune affaire. Les négociants qui croient entendre le fond du commerce, prétendent qu'on en a retiré, par estimation, environ quatorze millions de la seule place de Paris (Fr. 7080, f» i38).
La Reynie ajoute qu'ils tiennent sur la place des conférences qui peuvent être dangereuses.
Nul ne doutait plus qu'afîn de multiplier les abjurations on userait de violence à Paris, comme on avait fait dans le reste du royaume. Il fallait donc s'armer de constance; dans le deuil universel tous les regards étaient fixés sur les conducteurs de l'Église. Ils sentaient leur responsabilité, s'exhortaient mutuellement à souffrir sans faiblesse, à tout préférer à la défection. Tel était le danger entrevu par La Reynie, le prétendu péril dont la capitale était menacée par les meilleurs de ses fils, par des vieillards en cheveux blancs auxquels il ne restait, pour ainsi dire, d'autre force que la prière et le sentiment du devoir. On ne crut pouvoir les dompter qu'en les éloignant de Paris et en les reléguant dans des bourgades catholiques où ils seraient soumis à tous les moyens de conversion, jusques et y compris la dragonnade. Louvois écrivait, en effet, à Seignelay le 20 décembre :
Le roi m'a commandé de vous demander un état des lieux où les religionnaires de Paris ont été relégués en vertu des lettres de cachet que vous avez contresignées, afin que je puisse pourvoir à les obliger à se convertir en logeant des troupes chez eux (Arch. Guerre).
' Le commissaire Delamare lui écrivait qu'elle m'a été donnée par le concierge à cette date: oje vous envoie une nou- du temple n (Fr. yoSo, i° gC). velle liste des anciens de Charenton telle
20 Révocation de VÉdit de Nantes à Paris.
Le 5 janvier 1686, le même secrétaire d'État enragé écrivait à d'Artagnan :
Le roi veut que l'on loge chez les exilés comme chez les autres, à la réserve du sieur La Bastide, auquel Sa Majesté veut bien donner ce mois-ci * {Ibici.).
Ainsi dragonnes en personne dans l'exil, les anciens de Charenton et les autres exilés virent en outre leurs maisons et leurs propriétés pillées et dévastées par une seconde dragonnade.
Des lettres de cachet du 10 novembre exilèrent Amonnet à Mayenne (Mayenne), Béringhen à Limoges (Haute- Vienne), Bezard à Château-Gontier (Mayenne), Bouilly à Guise (Aisne), Gervaise à Gannat (Allier), Girard à Auray (Morbihan), La Bastide à Saint- Pierre-le-Moustier (Nièvre), La Buffière à Guéret (Creuse), Lardeau à Montrichard (Loir-et-Cher), Massanes au Blanc (Indre) et Papillon à Avranches (Manche). Il leur fut défendu d'emmener leurs familles (O' 29). Voici les termes de la formule, identique pour tous:
De par le Roi,
Il est ordonné au sieur de se retirer incessamment en la
ville de et d'y demeurer jusques a nouvel ordre, a peine de désobéissance.
Fait à Fontainebleau le dixième jour de novembre. 1 68 j.
Signé : Louis, et plus bas, Colbert (de Croissy).
Le 12, les commissaires Gazon, Labbé, Gorillon, Poiret, Dyeure, Picard et Fleury, recevaient de La Reynie un billet ainsi conçu :
Je vous envoie les ordres du roi pour les sieurs..., que vous leur remettrez incessamment entre les mains, et leur enjoindrez à chacun d'eux en particulier d'y obéir, et, pour cet effet, de partir au plus tard dans vingt-quatre heures. Vous leur ferez aussi savoir que j'ai ordre de leur expliquer plus amplement l'intention de Sa Majesté, et vous ferez du tout procès-verbal sur lequel ils reconnaîtront que vous leur aurez remis les ordres qui sont adresses à chacun d'eux. Faites sur ce sujet toute la diligence nécessaire et m'informez sur-le-champ de ce que vous aurez fait (Fr. 7o5o, f" i63).
Les onze diacres et anciens allèrent donc, rue du Bouloy, recueillir de nouvelles instructions de la propre bouche de La Reynie
' Ordre ré'pùtù le 7 en ces termes: que vous ne devez point avoir égard aux u L'intention du roi est que vous logiez ventes ni aux délaissements qui sont chez les exilés comme chez les autres, et faits depuis deux mois» (Arch. Guerre).
après quoi ils partirent pour l'exil. Grâce à ses soixante-quinze ans, Bouilly obtint la permission de se faire accompagner de sa femme. M. de Béringhen, alors à la campagne, reçut tardivement la lettre de cachet et parlementa au nom de ses infirmités ; par ordre du 22, il lui fut permis de se retirer à Beaugency au lieu de Limoges et d'y conduire sa femme et sa fille. Tous les exilés comparurent devant le magistrat du lieu de leur internement, et se firent donner acte de leur obéissance aux ordres du roi '.
Leurs treize collègues visités par les commissaires, furent à leur tour interrogés, sollicités, menacés et mandés chez La Reynie. Deux d'entre eux, Falaiseau et Rozemont (celui-ci entraîné sans doute par ses fils ministres apostats) faiblirent et promirent d'abjurer. Ce sont les seuls auxquels on ne fit pas l'honneur d'envoyer une lettre de cachet. Tous les autres furent exilés le 20 novembre: Aufrère à Château-Chinon (Nièvre), Beauchamp à Bar-sur-Aube (Aube), Conrart à Lisieux (Calvados), Gaucher à Avallon (Yonne), Girardot à Corbigny (Nièvre), Janiçon à Vierzon (Cher), Le Coq à Mamers (Sarthe), Des Marchais à Château-Renault (Indre-et-Loire), Masclari à Ballon (Sarthe), Robethon à Hiesmes en Normandie et Tassin à Semur en Bourgogne. Masclari obtint l'autorisation d'emmener ses deux derniers enfants, une fille de quatorze ans, et un fils de dix-sept.
A la pensée d'abandonner leurs familles, et d'entreprendre en plein hiver un long et périlleux voyage, par des chemins affreux et sans moyen de communication réguliers, pour aller se mettre à la merci des prêtres et des dragons, quelques-uns se sentaient défaillir et perdaient courage, ne voyant de repos possible, et quel repos ! que dans l'abjuration. Dès qu'on leur eut exhibé la lettre de cachet. Gaucher, Janiçon et Tassin se déclarèrent prêts à signer. Mais bientôt Janiçon, se relevant, rentra dans le droit chemin, et fut envoyé à Vierzon. — Quatre seulement des vingt-quatre, ne quittèrent point Paris. Encore Falaiseau fut-il le seul d'entre eux qui signa le 14 décembre chez Seignelay, tandis que Rozemont n'abjurait que plus tard, pressé par la dragonnade, et n'en continua pas moins de présider de petites réunions, où les malheureux lapst prenaient l'engagement de fuir la messe et l'idolâtrie. Menacé plus tard des galères, pour avoir refusé les sacrements à l'article de la mort, il retomba dans l'infidélité en recouvrant la santé.
Les souffrances de l'exil et la dragonnade portèrent à treize
' Voir un de ces procès-verbaux à l'article Bezard.
Révocation de FEdit de Nantes à Parts.
le nombre des abjurations : Aufrère, Bouilly, Bezart, Conrart, Gervaise, Girardot, Janiçon, La Buffière et Lardeau, succombèrent à leur tour, au bout de plusieurs mois. Nous ignorons comment Le Coq et Robethon supportèrent la cruelle et dangereuse épreuve. Quant aux neuf autres, Amonnet, Beauchamp, Béringhen, Girard, La Bastide, Des Marchais, Masclari, Massanes et Papillon, supérieurs aux événements et possédant leur âme par la patience, rien ne put les ployer ni les contraindre (cependant, durant cinquante jours et cinquante nuits, seize dragons avaient entouré M. de Béringhen); il fallut les expulser du royaume, louant Dieu d'être restés debout et heureux d'avoir souffert pour l'Evangile et pour la liberté '. Neuf sur vingt-quatre, c'était déjà beaucoup, et la preuve que les anciens et les diacres de Charenton étaient véritablement une élite. Mais en outre, Gervaise rétracta son abjuration et fut aussi expulsé. Le Coq s'enfuit à l'étranger, peut-être sans avoir fléchi le genou devant l'idole; après avoir faibli, Aufrère et Janiçon s'enfuirent également. Conrart et Lardeau, restés en France, se firent mettre plus tard, le premier, à Vincennes, et le second, à la Bastille. Nous le répétons : dans de telles circonstances, rencontrer quinze hommes sur vingt-quatre, c'est un spectacle réjouissant, et de quoi ne jamais désespérer de la nature humaine. Ajoutons que, en dehors des anciens, nombre de personnes se montrèrent vraiment dignes de l'être, et quelques-unes même plus dignes que ceux de leur famille qui en avaient le titre.
AMONNET
On lit dans V Histoire des réfugiés protestants de France :
Lorsqu'en 1681 les missionnaires armés de Louvois se répandirent dans le Poitou, une terreur inexprimable s'empara de tous les esprits, et des milliers de fugitifs se dirigèrent vers cette terre sacrée de la liberté protestante, qui depuis un siècle avait reçu tant de persécutés. Le sieur Amonnet se rendit de
1 Relativement à trois la certitude n'est dans un couvent de Meaux en janvier
pas absolue: Des Marchais, continuant it'Sy, et Massanes dtait encore détenu à
de résister aux dragons, fut emprisonné Paris chez le chirurgien Collot à la fin
au mois de janvier iGSti; après quoi nous de mars 1688. perdons sa trace. Girard était envoyé
Pasteurs et Anciens. 23
Paris à La Haye pour faciliter leur établissement dans leur future patrie. Il s'adressa d'abord à Scion, ministre protestant, qui recevait une pension en récompense des services qu'il avait rendus à l'État. Ces deux hommes animés d'une foi ardente, unirent leurs efforts en faveur de leurs concitoyens malheureux. Dans un mémoire qu'ils rédigèrent en commun et qu'ils adressèrent aux magistrats des villes, ils firent valoir les raisons puissantes qui devaient déterminer la république à bien accueillir les fugitifs, à les soutenir dans les premières années, à leur accorder quelques privilèges, à les aider surtout à créer des manufactures qui contribueraient un jour à la richesse du pays. Ces considérations frappèrent vivement le premier bourgmestre d'Amsterdam van Beunigen et les échevins Hudde, Korver et Opmeer. Ils comprirent tout le parti qu'ils pourraient tirer de la politique funeste qui prévalait dans les conseils de Louis XIV. Bientôt une déclaration rendue publique annonça aux réfugiés que la ville d'Amsterdam donnerait à ceux qui lui demanderaient un asile" le droit de bourgeoisie, la maîtrise franche, c'est-à-dire la faculté d'exercer librement leurs métiers, et l'exemption des impôts et des autres charges ordinaires de la ville pendant trois ans... Les États de la Hollande suivirent l'exemple d'Amsterdam, etc.
Le personnage qui rendit ce grand service à ses coreligionnaires était évidemment François Amonnet, gentilhomme de la chambre, frère de Matthieu, et fils d'un conseiller du roi. Après une démarche si compromettante il ne pouvait revenir en France; aussi n'y songea-t-il point. Au rôle des patentes anglaises, à la date du 29 juillet 1682, figurent François Amonnet, Claude Hayes et Daniel Du Thais, pour leur invention d'une fabrique de bas de drap (Agnew, in-f II, 257). François avait épousé en 1671 Jeanne Crommelin, de Saint-Quentin, qui lui donna six enfants : Susanne (1672), qui, en 1687, présentait au baptême, avec Bertheau, ancien pasteur de Charenton, une fille du ministre Pouchet; Jeanne (1674), Marthe (1675), François (1676), Adrien (1679) (Reg. de Char.). Il obtint en 1682 des lettres de naturalisation pour toute sa famille et pour six domestiques, dont l'un s'appelait Matthieu Amonnet». En i683 il était membre du consistoire de l'Église française de Londres 2. Le 7 janvier de la même année, il avait obtenu de Louis XIV l'autorisation de demeurer en Angleterre K — Ainsi que plusieurs autres protestants zélés, à qui leur fortune permettait ce luxe, François Amonnet avait possédé une maison de campagne à Charenton. Lorsque les assemblées consistoriales eurent été interdites, les
1 Elisabeth Parrey, femme de celui-ci, '' Bullet., V, 42. Threadneedle Street,
accoucha en i683 d'un fils nomme Fran- d'après M. de Schickler. Égl. du refuge,
çois, dont Amonnet fut le parrain, et II, 320.
Marie Crommelin, femme de Jean Pigou, '' Arch. des Aff. étr. France, 966, fo 20.
la marraine. Note communiquée par M. N. Weiss.
24 Révocation de l'Edit de Nantes à Paris.
pasteurs et les anciens s'y réunissaient « presque tous les jeudis à l'issue du prêche ». Au mois de septembre i685, la police dénonçait cette grave contravention aux ordonnances. « Peut-être, disait le dénonciateur, que comme ils sont moins surveillés ce jour que le dimanche, ils le choisissent pour parler de leurs affaires » (Fr. 7082 f° 3i3, 352). Le 5 janvier 1684, Claude remerciait Tessereau de lui avoir fait part de la mort de François Amonnet, leur commun et bon ami, et il écrivait à la veuve pour la consoler de cette mort pleine de piété. — Jacques Dufay, second mari de Jeanne Crommelin, dissipa dans l'exil la fortune considérable que le premier avait acquise {Btdlet., VII 494).
Matthieu, frère de François, âgé d'environ cinquante-huit ans en 1686, était l'un des anciens de Charenton et avait épousé vers i665, Rachel Houssaye, sans doute fille de Claude, bourgeois de Tours, laquelle lui donna six enfants: François (1668), Marthe (1669), Rachel, Marie (1672), Marguerite et un sixième, décédé en 1676. Le dimanche 21 octobre i685, la police enleva Marie et Marguerite et les conduisit aux Nouvelles-Catholiques. Dans la crainte d'un nouvel enlèvement, les parents consternés cachèrent leur fils chez des amis, ainsi que le jeune Pierre Chardon ' qui demeurait avec eux, puis la mère s'enfuit avec ses deux filles aînées. Un mémoire de police transmis à Seignelay le 8 novembre nous apprend que les fugitives ne réussirent pas à franchir la frontière ^ :
Amonnet, marchand de points de dentelles à Paris, est natif de Loudun. Il n'a aucuns immeubles qui paraissent. Il est en réputation d'un homme très riche, et on prétend que ses effets excèdent 200,000 écus. Son frère, qui était aussi marchand à Paris et dans le même commerce, fut s'établir à Londres il y a trois ou quatre ans; il y est décédé . On prétend qu'il emporta avec lui et sa famille en Angleterre pour 400,000 livres d'effets, qui y sont demeurés après sa mort. — La femme d'Amonnet, ci-devant ancien, a été arrêtée ces jours passés à Valenciennes avec deux de ses enfants. Il y a une information contre elle, à la requête de M. le procureur du roi, et dans laquelle le mari se trouvera assez impliqué pour décréter contre lui, et on prétend avoir la preuve qu'il a retiré ses elfets de la main de ses débiteurs, qu'il les a mis sous des noms empruntes, et qu'il a pris ses mesures pour sortir du royaume dans le temps que sa femme s'est retirée. [Des catholiques le favorisent et il parait que M"" la comtesse de Roye y a quelque part ^]. Il serait à désirer que la procédure qui se fait à Paris à cet égard pût être mesurée à celle qui se fait contre les prisonniers arrêtés à la frontière. On est dans le même cas à l'égard de
' Voir aux N'ii^-Catholiques. duite par le guide Lepère, avait été plus
» Leur servante Madelaine Conin, con- heureuse (Fr. 7052, f" 36).
' Extrait d'un autre rapport de police.
Pasteurs et Anciens. 25
plusieurs autres qui se sont absentés de Paris et qui ont aussi été arrêtés, à l'égard desquels et de leur famille on pourrait faire quelque chose pour les attirer, s'il plaisait au roi qu'on se servît de ces conjonctures pour les disposer par les procédures et par la crainte de la peine de la loi ou par l'espérance de la grâce de Sa Majesté.
On a parlé plusieurs fois au sieur Amonnet, sans avoir fait beaucoup de progrès auprès de lui. C'est un bon homme qui a peu de lumières en dehors de son commerce, entêté de sa religion et qu'il sera peut-être difficile de ramener, à moins que l'embarras où il s'est mis lui-même en contrevenant aux défenses, ne serve à le réduire, et encore s'il se réduit, sera-t-il nécessaire de prendre des précautions avec lui, et comme il est tombé dans une véritable faute, peut-être qu'en décrétant contre lui, s'il y a lieu de le faire, changera-t-il de disposition (Fr. 7o5o, P i86).
Ainsi sans se laisser arrêter par la crainte de l'émigration des négociants et des capitaux, la police entreprend de changer les dispositions des huguenots par des procédures, et par l'application de lois faites à dessein; au moins ne se flatte-t-elle pas que ce changement pourra être sincère. On décréta donc contre Amonnet, en même temps que contre dix autres anciens de Charenton plus connus que le reste. Il fut exilé à Mayenne par une lettre de cachet du lo novembre, qui ne lui donnait que vingt-quatre heures pour faire ses préparatifs et se mettre en route. Mais il obtint un sursis; car il n'avait pas encore quitté Paris le 14 (Fr. yoSi f° 145).
Cependant les fugitives furent ramenées de Valenciennes et enfermées au Chàtelet, d'oia l'on transféra Marthe et Rachel aux Nouvelles-Catholiques, le 21 novembre. Un ordre du i3 décembre portait que la mère y serait aussi conduite. Peut-être y eut-il un retard dans l'exécution; car, le 5 janvier 1686, le roi approuvait qu'on envoyât de temps en temps à la dame Amonnet ses filles avec une sœur des Nouvelles-Catholiques (O' 3o). Elle recouvra promptement la liberté, sans doute au prix d'une abjuration, et reçut avant le 14 janvier, dans sa maison de la rue des Déchargeurs et du Plat d'Étain, une visite de son fils, qu'on ne revit plus ensuite. Rachel et Marthe lui furent rendues, le 21 février, en vertu du billet suivant, adressé l'avant- veille à La Reynie :
Sa Majesté veut bien que vous renvoyiez chez la dame Amonnet les deux filles que la mère Garnier juge pouvoir lui être rendues (O ' 3o).
Ces lignes disent assez que les deux aînées, qu'on jugeait assez instruites et assez converties au bout de trois mois, n'avaient point la même force de résistance que les deux plus jeunes, arrivées les premières aux Nouvelles-Catholiques.
20 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
A Mayenne, ville fanatique où, dit Benoit, un huguenot courait risque d'être mis en morceaux, Amonnet avait cependant rencontré un ami catholique, peut-être M. de La Maignanière (alias Mainanière) chez lequel il demeurait. Le 2 décembre 1625, il écrivit à sa femme :
Que te puis-je dire, ma chère compagne, pour adoucir tes ennuis? Je fonds continuellement en larmes et mes yeux n'ont point de relâche; à tous moments je te vois, et à tous moments je te perds; mes chers enfants sont continuellement devant moi, et tout aussitôt ils disparaissent. Mille songes pendant la nuit et mille moyens pour les ravoir, et aussitôt autant d'obstacles qui nous en empêchent. Nous avons bien raison, ma chère compagne, d'attribuer la grandeur de notre misère à la grandeur de nos péchés, et de nous humilier sans cesse sous la puissante main de Dieu, pour obtenir sa grâce et le pardon de nos offenses... Mon fils m'inquiète, je voudrais avoir continuellement de ses lettres. Combattons, ma chère compagne, le bon combat, et Dieu nous fera la grâce de vaincre (Arsenal, Fonds Bastille).
Une note du 5 janvier 1686 atteste sa persévérance dans « le bon combat»: «Comme le nommé Amonnet n'est pas converti, Sa Majesté n'a pas estimé devoir accorder l'exemption de troupes à la maison qu'il a près de Tours » (O^ 3o). La dragonnade à distance, c'est-à-dire le pillage de ses meubles et la dévastation de sa propriété, n'ébranlant point sa résolution, on mit autour de sa personne une autre garnison qui ne fut pas plus heureuse. Touchée de compassion, M'"'= de La Mainanière écrivit le 7 avril à M'"'^ Amonnet, l'invitant à supplier son mari d'abjurer et de lui faire adresser la même supplication par ses filles. Le 17, Anjubaut, supérieur du collège de Mayenne, adressait une lettre analogue à M""= Amonnet (Ibid.). Cependant, poussé à bout et menacé d'avoir bientôt une compagnie entière sur les bras ', Amonnet s'enfuit dans la nuit du 17, tentant de gagner les Pays-Bas par la voie de terre. Averti de sa fuite, Seignelay en informa La Reynie le 25 :
M. de Nointel m'ayant donne avis que le sieur Amonnet, qui était relégué à Mayenne, en est sorti, et que sa femme peut être coupable de sa retraite, je vous envoie des ordres du roi pour la faire mettre à la Bastille et y demeurer jusqu'à ce qu'elle ait fait revenir son mari, et comme on mande que ledit Amonnet a pris la route de Paris, je vous envoie aussi des ordres pour le faire arrêter, si on peut le trouver (O * 3o).
En conséquence La Reynie fit conduire M"'<= Amonnet à la Bastille, et un exempt parti en poste, rattrapa Matthieu, en
Interrogatoire du 3 juillet. (Ms. de l'Arsenal, Fonds Bastille).
Pasteurs et Anciens. 27
compagnie de six ou sept personnes, notamment le guide François Fleury, les capitaines Delaborde et Louis de Villeneuve, à Warwick, entre Ypres et Courtray; il arrêta toute la troupe et la conduisit dans les prisons de Tournay, tandis que le juge de Mayenne envoyait à Paris ses procédures et les nommés Jacques Dibon, Jean-Michel Crâner et Ervier Desbois, accusés d'avoir favorisé l'évasion. Ils furent écroués au For-l'Évèque, le 6 mai. Le 26, M"^ Amonnet fut mise au secret le plus absolu : l'ordre portait qu'elle ne devait communiquer avec personne, pas même avec ses filles. Ramené de Tournay, en vertu d'un ordre du 10 juin, son mari entra à la Bastille le 3 juillet et y subit le même jour un premier interrogatoire par devant La Reynie ; un second eut lieu le 5 août. Également soumis au régime du complet isolement, Amonnet n'eut l'autorisation de voir que son cousin Chardon, avocat nouveau converti, qui lui avait déjà rendu visite à Mayenne, et auquel il avait confié le soin de ses affaires, il adressait à La Reynie la touchante supplique que voici :
Monseigneur,
J'ai vu M. Chardon par la permission que vous lui en avez donnée, qui m'a dit les supplications qu'il avait eu l'honneur de vous faire pour une pauvre désolée famille. Ce n'est pas moi qui vous demande ma liberté, Monseigneur ; puisque je suis si coupable, il est juste que je souffre pour la punition de mes crimes; mais ayez compassion d'une pauvre femme infirme et malade depuis plus de deux ans, et qui depuis onze mois en a déjà été plus de huit renfermée dans les prisons, et de quatre pauvres orphelines qui soupirent sans cesse après leur mère, dont la mère et les enfants n'ont en ceci d'autre péché que l'imprudence d'un père et d'un époux, qui seul en doit être la victime. Dieu sera le rémunérateur de votre charité, qui ne peut pas s'étendre sur de plus tristes objets. Et pardonnez à la liberté que je prends, Monseigneur, etc.
De la Bastille (Arsenal, Fonds Bast.).
Un autre placet du 14 novembre par lequel le prisonnier demandait communication de ses registres, afin de pouvoir presser le remboursement de ses effets de commerce, et de ses marchandises qu'on avait confiées au négociant Antoine Beraud (il y avait à Paris une famille protestante de ce nom), reçut un meilleur accueil. Les registres lui furent remis le 18, avec le consentement du procureur du roi {Ibid.).
Le procès du fugitif, dura longtemps. Buisset, l'un de ses domestiques, était encore détenu au mois de juin 1687, à titre de témoin. La peine encourue pour crime d'évasion était celle des galères ; mais par un reste de pudeur le roi fit sans doute défendre
28 Révocation de fEdit de Nantes a Parts.
secrètement au Parlement de l'appliquer à l'ancien de Charenton, qui était digne de la subir en compagnie des Isaac Lefèvre et des Louis de MaroUes. Il ne fut probablement condamné qu'à la détention perpétuelle. Pour essayer si une claustration moins rigoureuse, si des entretiens avec ses filles et avec le plus insinuant des convertisseurs, ne détermineraient pas M""" Amonnet, accusée aussi de complicité dans l'évasion des Forment à commettre un nouvel acte de faiblesse, on la mit aux Nouvelles-Catholiques (elle figure sur une liste du i" février 1687). Ce fut en vain ; il fallut la transférer comme inconvertissable à la citadelle d'Amiens, en vertu d'un ordre du 4 août. Le même jour, comme si Seignelay eût pris à tâche de bien constater le triomphe de ces deux âmes éprises de sincérité, il ordonnait d'envoyer le mari au château de Loches^ et de l'y nourrir à ses propres frais sur le pied de 5oo livres par an.
Les exhortations, les séductions, les sévérités même de Fénelon, ne réussirent pas mieux auprès des deux demoiselles Amonnet, qu'on sépara pour en venir à bout plus aisément. La cadette, Marguerite, fut envoyée de la maison de la rue Sainte- Anne à Charenton, dans la maison consistoriale, devenue annexe du principal établissement. Au mois de décembre 1686, on la disait bonne catholique, sans toutefois la relâcher encore, tandis que sa sœur Marie, restée à Paris et classée parmi les endurcies, méritait cette note glorieuse, écrite de la propre main de La Reynie:
L'aînée de celles qui sont restées paraît tout à fait déraisonnable; elle n'a que quatorze ans, et il est cependant très dangereux de lui laisser la liberté de voir ceux qui ne sont pas encore convertis ou qui sont mauvais catlioliqucs. Ses sœurs se sont chargées de chercher une maison religieuse pour la mettre en pension et la faire sortir des Nouvelles-Catholiques (Fr. 7o5i, f" 246).
Un peu confuses de n'avoir pu surmonter l'antipathie de cette enfant pour leur religion, les religieuses de la rue Sainte-Anne attribuaient charitablement leur insuccès à son peu d'intelligence : « L'aînée, disaient-elles, ayant fort peu de raison, ne peut goûter le catholicisme» {Ibid., f" 248). Marguerite qu'on avait crue convertie, ne l'était pas du tout. De sorte que la mère Garnier demanda qu'on la débarrassât de ces deux opiniâtres. Elle obtint, le 16 juin 1687, un ordre pour les faire mettre dans un autre couvent (O* 3i). En revanche, le 27 août, Marthe, succombant aux obsessions des convertisseurs, annonçait à La Reynie sa résolution de prendre l'habit des Hospitalières de la Place royale. La supérieure, Béatrice de Chauvirey, avait demandé la veille 5oo livres pour les frais de vêture.
On s'empressa d'envoyer la nouvelle religieuse à son père (fin septembre ou commencement d'octobre) et peut-être aussi à sa mère. Qu'on juge de l'émotion du malheureux prisonnier, quand, sous l'habit monastique détesté, il reconnut, non sans peine, la fille bien-aimée qui venait lui offrir la liberté au prix de l'abjuration. Amonnet étant sorti victorieux de cette dernière épreuve, on l'expulsa de France, ainsi que sa femme, en 1688. Amonnet, Théodore de Béringhen, MM. de Cagny, de Cahanel, de Saint-Jean, de Sainte-Gemme, et M"'' de Marconnay, furent tirés ensemble du château de Loches et dirigés sur La Rochelle. Les prétendus nouveaux convertis du Poitou couraient partout au-devant d'eux, les saluaient avec des larmes d'attendrissement et de repentance ; on leur fit à La Rochelle une véritable entrée triomphale. Le pilote qui les conduisait à l'île de Rhé les ayant fait monter précipitamment sur le premier vaisseau anglais qu'il rencontra, Amonnet, dont une partie de la fortune était passée en Hollande, offrit de payer la place de ceux de ses compagnons qui n'avaient pas d'argent; mais l'offre se trouva inutile quand on eut découvert le Christian State chargé d'emmener les expulsés ». M. et M"<= Amonnet n'avaient pas encore épuisé le calice des douleurs; pendant qu'on les arrachait à leur famille et à leur patrie, leur fille Marie, qui s'était montrée la plus affectionnée à suivre leur exemple, leur portait le dernier coup en abjurant sans retour.
Dieu ne les laissa pourtant point sans consolation. Au bout de quelques années, quand Marthe eut pu comparer la conduite des religieuses à celle de ses parents, ses illusions se dissipèrent. Elle délaissa la foi persécutrice pour embrasser avec plus d'ardeur que jamais la foi persécutée. Après avoir vainement essayé de lutter, les Hospitalières de la Place royale renoncèrent à la garder plus longtemps, et lui firent donner (i3 janvier lôgS) l'autorisation de passer en Hollande avec Anne Grillart (O^ 87). Enfin, au mois d'octobre 1694, les registres du Secrétariat mentionnent la fuite de deux demoiselles Amonnet, qui ne peuvent être sans doute que Rachel et Marguerite. L'un de leurs guides, Leroy, fait prisonnier à Paris, au mois d'août, déclara que, moyennant trente louis d'or, elles s'étaient tirées des mains de deux gardes de feu M. le maréchal d'Humières '^, qui les laissèrent aller après les avoir arrêtées. Leur frère, François, étant aussi passé à l'étranger avec son ami
• Voir les détails au chapitre Béringhen. deux furent arrêtés par ordre du lo oc- " L'un d'eux s'appelait Dubois. Tous tobre (O' 38).
3o Révocation de l'Edit de Nantes à Pans.
Pierre Chardon, Marie demeura seule en France et en possession des biens de la famille, en vertu d'un brevet du 3o août 1688 (O* 34). Un autre brevet, du 27 juillet 1700, l'autorisait à recevoir 800 livres à elle dues par Dubuisson, et le restant du prix d'un héritage situé près de Tours et appelé le Pressoir, qu'elle avait vendu à IVIandroux de Tours, le 8 avril 1697. Le même brevet l'autorisait à vendre les autres héritages à elle appartenant et situés aux villages de Ponthion et d'Estrevy, près Vitry-le-François. — Par une ironie du sort, la seule des demoiselles Amonnet qui resta catholique, fut celle-là même à qui la mère Garnier avait trouvé « trop peu de raison pour goûter le catholicisme ».
C'est sans doute d'un parent de Matthieu Amonnet, domestique de François, qu'il est question dans la pièce suivante, extraite du Registre des décès de l'Église Saint-Eustache, communiquée par M. Read: « Le mercredi 28 décembre 1698, deffunct... Amonnet, commis aux aides à la barrière de la Voirie proche la croix Cadet, décédé le jour d'hier, a été inhumé au cimetière Saint- Joseph ». On a biffé cet acte et écrit en marge : « Le convoi dudit sieur Amonnet n'a pas été fait, attendu qu'il a été refusant de recevoir les sacrements et qu'il est mort huguenot. — Signé : Gaignet, commis de M. le curé ». Marie Hamonnet reçue à la repentance à La Haye en 1694 appartenait sans doute à la même famille.
Mentionnons encore qu'un nommé Amonnet logeait, à l'approche de la Révocation, chez Bertrand sculpteur de la rue Monsieur-le-Comte. Ils se brouillèrent, et Amonnet finit par appeler son hôte apostat, bien que celui-ci renvoyât tous ses locataires catholiques pour en prendre de protestants.
AUFRERE
Antoine Aufrère, marquis de Corville, procureur au Parlement, appartenait à une famille riche et considérée qui possédait la seigneurie du petit village de Corville en Normandie, et dans laquelle les fonctions de procureur semblaient héréditaires. Il avait épousé le II novembre 1644 (?) Antoinette Gervaise (Agnew, II, 218), dont il eut deux fils: Israël- Antoine (1667) et Noël-Daniel. Aufrère, veuf et retiré des affaires au moment de la Révocation (Fr. 7o5i
Pasteurs et Anciens. 3i
f° i36), habitait la rue de la Poterie, quartier de la Tixeranderie'. Il fut exilé à Château-Chinon (Nièvre) le 20 novembre, après avoir, en prévision des maux qui allaient fondre sur l'Eglise, fait passer en Hollande 225,000 livres, composant la presque totalité de sa fortune. Ses fîls, auxquels les papiers de La Reynie donnent un âge trop élevé, « apprenaient les sciences » et fréquentaient encore, au milieu de novembre, l'académie du sieur Bernardi, située près de l'hôtel de Condé, dans la rue de Condé actuelle. Le 16 janvier 1686, le commissaire Hémon informait La Reynie que les deux jeunes gens et leur servante s'étaient enfuis à l'étranger sans avoir voulu ni signer ni faire abjuration, et qu'on n'avait pu que mettre le scellé sur la maison abandonnée (Fr. 7o5i f° 102). Cette évasion, évidemment ordonnée par l'exilé, lui valut un redoublement de rigueurs, c'est-à-dire la dragonnade, dont il se plaignit à La Reynie avec une grande modération, en essayant de faire passer la fuite de ses fils pour un enlèvement auquel il n'aurait eu aucune part:
De Château-Chinon, 6 mars i636.
Monseigneur,
Vous savez qu'il y a trois mois entiers que je suis dans cette ville, oij il a plu au roi de m'envoyer. Le respect que j'ai pour les ordres de Sa Majesté m'empêche de me plaindre de mon exil. Mais je ne puis plus me taire à l'égard de la rigueur qui s'exerce sur ma personne, ne pouvant me persuader que ce soit par les ordres de Sa Majesté, qui est trop juste pour souffrir qu'on veuille exiger de moi des choses impossibles. Vous savez, Monseigneur, qu'un scellé a été apposé dans ma maison à Paris depuis que j'en suis sorti, ce qui, joint à l'absence de la personne à qui j'avais, en partant, confié la garde de mes enfants, de ma maison et de tout mon bien, qui est présentement à l'abandon, me met hors d'état de subsister ici, où je n'ai aucune habitude. Cependant on veut que j'entretienne dans un cabaret de cette ville des cavahers, et on m'expose à leurs insultes, faute de payer leur dépense, ce que je ne saurais faire qu'en faisant vendre mes meubles, qui sont les effets les plus clairs de mon bien.
J'ai pris la liberté de dresser une requête qui vous sera présentée, et je prends celle de vous supplier. Monseigneur, d'en vouloir prendre la lecture, et en attendant que la vente ait été faite par vos ordres, de vouloir bien me faire obtenir de Sa Majesté ceux que vous jugerez nécessaires pour faire cesser les violences qui s'exécutent contre moi par les cavaliers, sur le prétexte du manque de paiement de leur solde, dont je ne suis pas tenu, n'étant point habitant de ce lieu, comme j'ai déclaré aux échevins qui m'ont livré à eux, après m'avoir contraint à sortir de la maison d'un particulier où je m'étais mis
■ La rue de la Poterie est représentée place de l'HôteI-de-Vil!e, et par la partie aujourd'hui par l'angle NorJ-Ouest de la méridionale de la rue du Renard.
32 Révocation de l'Edit de Nantes à Parts.
en pension. Les magistrats de cette ville voient les maux que je souffre; mais ils n'osent rien entreprendre pour mon soulagement, ni même écouter mes plaintes. Je n'entreprendrai pas aussi, Monseigneur, de vous en faire ici le détail, ni même de vous marquer, outre la peine de mon exil, le préjudice que je souffre par la fuite de mes enfants, procédée de celle de la demoiselle qui les avait avec tout mon bien et ma procuration en sa garde, ou plutôt parleur enlèvement, qui sans doute achève ma ruine et la leur. C'est assez et je confesse même que c'est trop d'avoir osé vous écrire la présente, et de l'avoir d'ailleurs rendue si peu abrégée. Je suis avec un respect inviolable. Monseigneur, votre, etc. (Fr. 7o53, f» 94).
Cette lettre si forte, à la fois naïve et dissimulée, puisqu'elle invoque le droit individuel et ne dit qu'une partie de la vérité, ne produisit naturellement aucun effet. Trompant alors la surveillance des autorités et celle des dragons, aidé sans doute dans sa tentative d'évasion par les Girardot de Château-Chinon, parents de son collègue au consistoire, Aufrère s'enfuit à son tour et essaya de rejoindre ses fils; mais à peine avait-il fait une trentaine de lieues, qu'il fut arrêté à La Bussière (arrond. de Gien, Loiret) et transféré à la Bastille, par ordre du 6 avril. Au bout d'une quinzaine de jours, il eut la faiblesse d'abjurer pour recouvrer la liberté ; mais la crainte de retourner à la Bastille ne l'empêcha point de favoriser la fuite de ses coreligionnaires, en attendant qu'il pût lui-même se remettre en route. Un avis sans date remis au roi portait ce qui suit:
M. Aufrère, un des vingt-quatre anciens de Charenton, qui a été exilé, doit venir et on a envoyé pour l'aller quérir. II a donné sa maison où il demeure à Paris à un ancien catholique, qui, sous prétexte d'avoir des malades chez lui, retire des gens de la religion, et quand on vient visiter chez lui, il dit que ce sont des filles de joie qui ont du mal. Ces gens-là lui donnent une pistole par jour. Il y a une fille qui y est restée dix jours, et qui lui a donné dix pistoles. Les guides les vont prendre dans cette maison (Fr. 7050, f" 246).
Aufrère essaya une seconde fois de s'évader; il quitta Paris dans l'équipage d'une dame, qui, en arrivant près de la frontière, l'obligea de revenir. Il alla ensuite loger au second étage, chez le sieur de Lione, marchand, rue des Cinq- Diamants (aujourd'hui partie sud de la rue Quincampoix) à la première porte cochère en entrant du côté delà rue des Lombards (Fr. 7o53 fr. 144). Ses deux échecs ne l'avaient point découragé, son désir de se retrouver près de ses fils grandissait par la prolongation de l'absence. Mais persuadé qu'une nouvelle arrestation l'exposerait à la peine des galères perpétuelles, il voulait faire le voyage en toute sécurité : il
Pasteurs et Anciens. 33
eut donc recours à la ruse pour tromper la police elle-même, s'il était possible. Le 24 juin 1687, Seignelay écrivit à La Reynie:
Le nommé Aufrère, ci-devant procureur au Châtelet, qui a fait sa réunion après avoir été relégué longtemps à Château-Chinon, demande permission d'aller en Hollande pour tâcher d'obliger ses enfants, qu'il y avait envoyés avant sa conversion, à repasser en France, et il offre pour sûreté de son retour des biens qu'il fait monter à 40,000 livres (O ' 3i).
La Reynie donna dans le piège: il accorda, le 3o juillet, un passeport à Aufrère allant en Hollande. Une fois à l'étranger, le fugitif n'eut garde de revenir. Un rapport du commissaire Camuset, du 22 janvier 1688, constate qu' Aufrère s'est absenté du royaume au commencement du mois de septembre précédent, laissant des meubles dont la valeur ne dépassait guère les vingt-six écus de loyer qu'il devait à M. de Lione. « On dit, ajoutait Camuset, qu'il a hérité une maison de la femme du sieur Bezard, ancien de Charenton, qui est morte l'année dernière dans la rue des Ours, sans avoir reçu aucun sacrement'» (Fr. 7o5i f° 210).
D'après la seconde édition de La France protestante, Antoine Aufrère se serait enfui en Hollande avec sa femme, puis en Angleterre oij il aurait été naturalisé en 1700. On a vu qu'il était veuf en i685 ; en outre ce n'est pas lui, mais son fils Israël-Antoine, qui fut naturalisé en 1700 (Agnew, II 213-217, ^^ III 192), comme son autre fils l'avait été en 1697 (III 60). Une grave maladie qui atteignit en Hollande l'ex-ancien de Charenton réconcilié avec l'Église, l'obligea de faire son testament, le 3o avril 1688, afin de se trouver prêt «lorsqu'il plairait à Dieu de le retirer de ce monde et de l'introduire dans la vie éternelle, qu'il espérait obtenir par l'unique mérite de Jésus-Christ, son Sauveur et Rédempteur ». II léguait 1000 florins «aux pauvres de Jésus-Christ persécutés en France pour la foi, et à qui Dieu avait fait la grâce de venir le glorifier dans les Provinces-Unies». Il confirma ce testament le i^'' juillet 1690, en réduisant toutefois à 5oo florins le legs des pauvres.
Cependant Israël-Antoine, qui s'était d'abord destiné à une autre carrière, étudiait la théologie à Leide(i69o)et se fit consacrer en Hollande. Après son mariage avec Sara Amesincq (1700), dont la famille était alliée aux De Langle et aux Basnage, il fut appelé à Londres par l'Église française de la Savoie, qu'il quitta ensuite pour la chapelle royale de Saint- James. Son père le suivit à
' Bezard avait épousé en secondes noces docteur en médecine, frère ou parent de Suzanne Lesobre, veuve d'Israël Gervaise, la femme d'Aufrère.
34 Révocation de l'Édit de Nantes à Paris.
Londres, en 1700, et mourut à une date inconnue. Israël- Antoine s'éteignit à quatre-vingt-dix ans, en 1758.