RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
une' ET INDIVISIBLE
Au quartier général à Toulon, le 29 prairial, l'an iii^ de la République française, une, indivisible et démocratique.
Il est ordonné à un détachement de cinquante hommes de troupes de la garnison, commandé par un capitaine, deux lieutenants, deux sous-lieutenants et les sous- officiers nécessaires, de partir demain, 3o floréal, pour conduire sous bonne et sûre garde onze particuliers, prévenus d'émigra-
tion, au tribunal criminel du département, séant à Grasse, et de les remettre audit tribunal. Le commandant de ce détachera ent, qui sera le plus ancien capitaine, en retirera un reçu qui me sera remis à son retour.
Les vivres et tentes seront fournis conformément à la loi. Le commandant de ce détachement fera vivre sa troupe en bonne police et discipline militaire; il ne sou£frira pas qu'on porte aucune atteinte à la sûreté de ces particuliers, et emploiera toutes les mesures qui sont en son pouvoir pour l'exécution de l'arrêté des représentants du peuple qui est confié à sa responsabilité personnelle.
Le général de division commandant la place de Toulon en état de siège et Tarrondissement,
Signé CoLLAUD.
Ce jourd'hui i^' prairial an m de la République, une et indivisible, dans la maison commune de Toulon et par-devant la commission municipale sont comparus les citoyens Nicolas Bouquet, gendarme, et Pierre Albert, volontaire maritime dans la compagnie des chasseurs nationaux, lesquels nous ont dit qu'ils sont partis ce matin, à huit heures, du Beausset, où leurs corps respectifs sont en garnison, à cause que le commandant temporaire au Beausset a donné ordre hier, à midi, aux troupes qui sont sous ses ordres, de faire de fréquentes patrouilles autour du Beausset et de faire feu sur toutes les troupes qu'ils pourraient voir venant de Toulon qui ne répondraient pas au mot de ralliement. Les déclarants ont ajouté qu'ayant demandé pourquoi on leur donnait ordre de tirer sur les troupes venant
de Toulon, qui étaient composées de républicains, sur quoi il leur a été répondu par l'adjudant-majordes chasseurs nationaux que les troupes feraient ce qu*on leur ordonnerait; au surplus qu'elles devaient exécuter les ordres du commandant de la place de Marseille, non pas ceux du commandant de Toulon; et qu'eux déclarants lui ont de suite dit que, d'après cela, ils allaient se rendre à Toulon, et sont partis. Les susdits ont ajouté qu41s sont partis au nombre de vingt-neuf militaires, compris un tambour,^ avec leurs armes et bagages, qu'ils ont été poursuivis jusques à une colline par un grand nombre de chasseurs à cheval; que là, s'étant arrêtés, les chasseurs les ont engagés à retourner en leur disant qu'ils allaient se perdre en se rendant à" Toulon. Sur quoi les déclarés ont été sourds et leur ont dit que^ s'ils continuaient à avancer, ils faisaient feu sur eux. Alors les chasseurs se sont retirés et le détachement a continué tranquillement sa route jusques en cette place. Le citoyen Bouquet a de plus dit que le nommé Saint-Albin, son capitaine, a dit plusieurs fois qu'il y avait des Montagnards dans sa compagnie, mais quUl les rangerait. Effectivement, il les a fait mettre en prison. Plus nous ont dit et ont signé.
(Signé) Bouquet, brigadier.
Albert, sergent.
Fort Marguerite, 5 prairial an iii« de la République, une, indivisible et démocratique.
Paul y commandant du fort Marguerite, au général Bi^annet, commandant la place en état de siège
et arrondissement,
La plus grande insubordination vient d'éclater dans une partie du détachement de volontaires qui sert dans ce fort.
Toutes les injures accompagnées des menaces les plus terribles viennent d'être lancées contre moi. Le tout pour avoir fait punir de salle de police un volontaire qui, se trouvant pris de vin, s'était permis, hier au soir, d'insulter à quelques personnes, et un caporal, pour ne Tavoir pas empêché, et mis à la police, comme je lui avais ordonné, mais qui, par après, m*avait manqué à moi très-grossièrement. Enfin, si, d'un côté, j'ai eu le bonheur de me voir dans ma chambre à couvert de leur brutalité, de l'autre, je n'ai pas eu moins de douleur de permettre la sortie des prisonniers, que je n*ai cependant accordée que lorsqu'on est venu me dire que la porte de la prison était tombée par terre, et pour éviter de plus grands malheurs.
Je t'invite donc, citoyen général, à me tracer la conduite que je dois tenir à l'égard de ces subordonnés, et à m'envoyer un détachement assez fort pour conduire les plus coupables dans la prison de Toulon. Comme ce détachement s'est tout entier révolté et qu'il n'y aurait pas de sûreté pour moi dans le fort, je t'inviterai aussi à donner tes ordres pour qu'il soit promptement relevé.
Salut et fraternité.
Paul.
Armée des Alpes LIBERTÉ — ÉGALITÉ
et d'Italie.
— Au quartier général, à Roccabiglina, le lo prairial de
l'an iii^ de la République française, une et indivisible.
Le général d'armée des Alpes et d^ Italie, au général de division Collaudj commandant à Toulon,
J'ai reçu, général, avec beaucoup de plaisir, votre lettre du 8, où vous m'annonciez le retour à l'ordre et la tranquillité rétablis dans la ville de Toulon. J'ai reçu également
la proclamation des représentants. Je vous ai écrit, il y a plusieurs jours, que la commission m'avait instruit que vous étiez nommé au commandement de la 17^ division. En conséquence, je vous ai donné ordre de partir et de laisser le commandement au général Bizannet. — Je regrette infiniment, général , que cette disposition du Comité de Salut public me prive d'un officier général dont j'espérais mettre à profit le zèle et les talents.
Salut et fraternité.
Kellermann.