INTRODUCTION
Comme l'indique son titre, ce travail ne consiste qu'en une « publication de textes. »
// pourra paraître singulier de voir ici reproduire des affiches se rapportant à notre histoire contemporaine, comme s'il s'agissait de chartes médiœvales. Cest que, à cause de la fragilité de ce genre de documents, les affiches n'ont qu'une existence des plus éphémères et, pour ce motif, deviennent bientôt excessivement rares.
J'ai donc cru que la publication des proclamations, des avis, des ordres du jour, relatifs à notre révolution de iS3o pouvait présenter qiielqu intérêt, au moins comme « source » à utiliser pour l'histoire de cette époque.
Toutefois, pourfaciliter au lecteur l'interprétation desajfiches, pour lui permettre de les relier les unes aux autres de manière à former un ensemble, j'ai accompagné la publication des textes d'un commentaire explicatif.
Ainsi, « laissant parler le dociinuiit >^,j'ai retracé l'histoire de notre Révolution Belge.
Est-ce à dire que cette histoire ainsi racontée soit complète ? Certes non, quantité de questions qui n'ont pas été traitées publiquement, les questions diplomatiques par exemple, nous échappent forcément. Par contre, l'affiche nous fait admirablement connaître le sentiment public, elle fait revivre l' âme de la foule, nous fait partager les émotions populaires, mieux que ne pourrait le faire n'importe quel autre document. Mais l'opinion pubhque n'est pas toujours conforme ni à la vérité ni à la justice, ici encore mon commentaire pourra présenter, je l'espère, quelqu utilité, en apportant le correctif nécessaire à certaines allégations mensongères ou erronées que l'on rencontre dans quelques proclamations patriotiques.
L'original des affiches qui font l'objet de la présente publication est en ma possession.
Mon grand-père, feu le lieutenant-général Eenens, vétéran de notre indépendance, avait passé une grande partie de sa vie à réunir le plus de documents possible relatifs à l' histoire des événements de la révolution ; parmi ceux-ci figure la précieuse collection que f ai l'honneur de présenter au public.
Grâce aux journaux et aux brochures de l'époque, fat pu constater que cette collection était à peu près complète jusqu'à la fin du mois de septembre iSSo (i).
( i) Deux brochures, devenues peu communes, donnent la suite des pièces publiées à Bruxelles, pendant la première période de la révolution, ("e sont : « Le précis des évènemens de Bruxelles », paru au jour le jour, par feuilles jusqu'au 5 septembre, et les « Esquisses historiques de la Révolution en Belgique » par de Waigriy, publiées en 1830, à petit nombre d'exemplaires.
A partir de cette date la vérification devient plus difficile et je soupçonne quelques lacunes ; toutefois, les documents que je possède ni ont permis d'exposer d'une nian.ière asserj complète l'organisation de notre jeune indépendance.
Il faut remarquer cependant que, depuis l'entrée en vigueur du gouvernement provisoire, l'importance des affiches allait diminuer, car par la création d'un journal officiel elles allaient cesser d'être le seul moyen de communication entre le pouvoir nouvellement constitué et la population.
J'ai arrêté mon travail ci la date de l'élection du prince Léopold de Saxe-Cobourg au trône de Belgique, on peut dire qu'à partir de ce moment la révolution est terminée, l'avènement du nouveau souverain compléta la grande œuvre de notre congrès national .
racontée par les Affiches
Le royaume des Pays-Bas, œuvre purement politique des grandes puissances signataires des traités de Vienne, existait depuis plus de quinze ans. Et malgré les avantages incontestables que notre pays avait recueillis au point de vue du bien-être matériel, la conciliation n'avait jamais pu se faire entre les Belges et les Hollandais, si divisés de caractères, de mœurs de tendances et d'intérêts, La loi fondamentale de i8i5 instituait une monarchie représentative, mais en lui donnant pour base un gouvernement essentiellement royal. Le souverain décidait seul de toutes les questions administratives et de toutes les propositions de loi à soumettre aux chambres, mode de gouvernement qui excluait la responsabilité ministérielle et tuait l'initiative parlementaire.
Les États généraux étaient divisés en deux chambres; la première, composée de 40 à 60 membres, nomimés à vie par le roi, parmi ses créatures; la seconde, de iio membres, nommés par les Etats provinciaux, lesquels étaient
formés eux-mêmes de citoyens élus par les trois ordres : la noblesse ou corps équestre, les villes et les campagnes. Par ce système d'élection à deux degrés, on était parvenu à donner un nombre égal de députés aux deux millions de Hollandais et aux trois millions de Belges.
Les Etats généraux, ainsi recrutés, jouissaient de la liberté de la tribune et avaient la faculté de censurer et de rejeter les lois et les budgets.
La liberté de presse était reconnue, de même c]ue le droit de pétitionnement, la liberté individuelle, l'inviolabilité du domicile et l'inamovibilité des juges. Enfin, une protection égale était accordée à toutes les comtt|!Btions religieuses existant dans le ro3^aume et tous les habitants étaient admissibles aux emplois et aux dignités. Il avait été statué que l'instruction publique serait un objet constant des soins du gouvernement et ainsi le roi se trouvait in\'esti de la direction absolue de l'enseignement.
Toutefois, succédant au régime absolutiste et despotique de l'empire français, cette loi fondamentale, quelcjua partiale, quelqu'imparfaite qu'elle fut, n'en constituait pas moins un progrès sensible vers la liberté, malheureusement elle ne tarda pas à être dénaturée par l'arbitraire royal.
La persécution contre le clergé catholique éclata bientôt (affaire de Mgr de Broglie); la tyrannie en matière d'enseignement fut rendue plus sensible par la suppression des séminaires et la création du collège philosophique de Louvain, résurrection du séminaire central de Joseph II ; enfin l'adoption de l'usage exclusif de la langue néerlandaise (1822) ferma les carrières politiques et administratives à un grand nombre de Belges.
A ces causes de mécontentement s'ajoutaient des
griefs relatifs à l'organisation défectueuse de la justice, à la partialité du souverain envers ses sujets du Nord, aux multiples violations de la liberté de la presse, enfin aux impôts écrasants et odieux qui accablaient les classes laborieuses. Aussi, après de longs pourparlers, en 1828, oubliant leurs querelles, les catholiques et les libéraux s'entendirent pour obtenir le redressement de ces griefs de plus en plus nombreux et considérables.
Le terrain était préparé lorsqu'en juillet i83o éclata révolution qui renversa la légitimité en France. Le contre-coup fut immense en Belgique; à la première occasion une insurrection pouvait éclater.
Le 24 août était le jour anniversaire de S. M. le roi des Pays-Bas, d'immenses préparatifs avaient été faits peur célébrer cette fête, un feu d'artifice devait être tiré porte de Namur et le parc tout entier devait être illuminé.
La population bruxelloise n'avait pris aucune part à ces préparatifs officiels, qui avaient coûté plus de 7000 florins. Une sourde fermentation régnait, le peuple se récriait au sujet de ces fêtes, de ces dépenses si ruineuses faites par une municipalité, cjui, pour équilibrer son budget, avait du maintenir l'odieux impôt sur le pain, dit droit de mouture.
Des menaces avaient été proférées publiquement et on pouvait lire, tracées au charbon, sur les murs du palais des Etats généraux, ces lignes menaçantes :
c( Lundi, feu d'artifice Mardi, illumination Mercredi, révolution ! ».
Par une inconcevable incurie, les autorités civiles et
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militaires n'avaient pris aucune mesure, la Régence avait bien décommandé les fêtes sous prétexte de mauvais temps, mais rien n'avait été fait pour conjurer l'orage qui s'annonçait menaçant.
Après bien des hésitations, la municipalité avait par crainte de désordres autorisé la représentation de la Muette de Porîici, le nouvel opéra d'Auber.
Le roi Guillaume ne se doutait pas que c'était d'une salle d'opéra qu'allait partir le signal d'une révolution qui devait lui coûter le trône de Belgique.
La Muette de Portici avait été jouée pour la première fois à Bruxelles le 12 février 1829, et non au mois d'août i83o, comme on le croit volontiers. La famille royale, tout entière, avait assisté à cette première représentation et avait à plusieurs reprises donné le signal des applaudissements. Le succès s'était maintenu et ce fut par le même opéra, que le 20 avril se clôtura la saison théâtrale 1828-1829.
Après plusieurs représentations au cours de la saison suivante, la Muette de Portici avait été reprise par « ordre royal », le 29 juin i83o. Nous venons de voir que la Régence de Bruxelles n'avait pas osé maintenir son arrêté d'interdiction pris le 24 août.
Longtemps avant l'heure hxée pour le commencement du spectacle, un grand nombre de personnes avaient rempli la salle. Cet empressement de la foule était déjà une menace; un frémissement d'impatience parcourait cette assemblée et se communiciuait à la multitude de ceux qui, ne pouvant trouver place, attendaient devant le péristyle.
Le spectacle avait été annoncé au pul)lic par l'affiche que nous reproduisons ci-contre.
LES COMÉDIENS ORDINAIRES DU ROI donneront aujourd'hui Mercredi 25 Août 1830,