La révolution danoise de 1848
MM. Droysen et Samwer, professeurs à l'université de Kiel, viennent de publier un ouvrage intitulé Die Herzogthùmet Schleswig-Holstein und das Kœnigreich Daenemark ; Hamburg, 1850 (les Duchés de Schleswig-Holstein et le Royaume de Danemark). Cet écrit a fait la plus grande sensation en Allemagne et en Danemark , par suite des révélations diplomatiques qui s'y trouvent consignées sur la politique danoise depuis 1806, et parla manière dont sont dévoilées et réfutées les erreurs , les faussetés récemment répandues , par l'historiographe danois Wegener , sur la prétendue insurrection des duchés de Schleswig-Holstein et les prétendues menées séditieuses du duc d'Augustenbourg. Aucune traduction française de ce livre remarquable n'ayant encore paru, nous avons cru être utile au public français en traduisant la partie qui contient l'histoire circonstanciée de la révolution danoise de 1848. C'est sans doute ce qu'il y a de plus
curieux dans tout l'ouvrage, même pour ceux qui s'intéressent peu à la lutte engagée en ce moment sur les rives de la mer Baltique : car tous les mouvements des peuples vers la liberté offrent des scènes pleines de vie, quand bien même il ne s'y rencontre ni combats sanglants , ni barricades , ni trônes renversés. La révolution danoise a, en outre, un caractère tout à fait particulier : elle présente l'exemple, unique peutêtre dans l'histoire , d'un peuple qui, en fondant sa liberté , commence par forcer son souverain à être injuste envers une grande partie de ses sujets, à violer les anciens traités que lui-même avait reconnus plus d'une fois, et essaye ensuite la conquête sur des voisins avec lesquels, depuis des siècles, il était réuni sous le même prince.
Si le roi de Danemark avait abdiqué comme roi en mars 1848, ainsi qu'il avait l'intention de le faire lors de la révolution de Copenhague, et s'il s'était retiré dans ses duchés en reconnaissant de nouveau leurs anciens droits il y aurait été accueilli par tous les partis avec le plus grand respect et le plus vif empressement. Le duc d'Augustenbourg, que les Danois se plaisent à représenter comme le chef de la prétendue révolution du Schleswig-Holstehij serait allé le premier
à la rencontre du monarque, pour lui rendre hommage. Alors, à Copenhague, M. le maître ès arts Monrad aurait pu mettre à exécution sa menace de déployer l'étendard de la république ; menace qui ne l'empêcha pas de faire partie du ministère révolutionnaire de mars, et de quitter ce ministère plus tard, en sa qualité d'évêque. Nous désirerions bien savoirsi la république danoise, entreprenant alors une guerre de conquête contre les duchés , aurait eu en France , pour cette même guerre, les sympathies qu'a rencontrées, depuis deux ans , le ministère royal du Danemark ? Nous en doutons fort, car l'injustice de la cause danoise eût alors été évidente pour tout le monde; tandis qu'aujourd'hui le gouvernement révolutionnaire du Danemark a su couvrir sa faute du nom du roi , du roi qu'on avait forcé de retirer sa parole donnée aux duchés, en le menaçant de suivre les conseils du désespoir, et de s'aider soi-même.
Nous n'entrerons pas ici dans les détails de la question du Schleswig-Holstein : elle vient d'être traitée i avec la plus scrupuleuse véracité et la plus grande clarté, dans un petit ouvrage intitulé V Intérêt de la France dans la question du Schleswig~Holstein ; Paris, Firmin Didot frères, 1850 5 ouvrage que nous re-
commandons à l'impartialité du public français. Nous ajouterons seulement que l'exactitude de tous les faits curieux contenus dans V Histoire de la révolution danoise de 1848, dont nous publions aujourd'hui la traduction , vient d'être confirmée par un Danois , M. Ghristiansen , qui lui-même a publié une traduction danoise de cette même Histoire, augmentée d'une préface et de notes qui annoncent un adversaire acharné des duchés. Une brochure récemment publiée à Copenhague, et écrite dans l'intérêt danois, où l'auteur essaye en vain d'affaiblir l'impression produite par le livre de MM. Droysen et Samwer, n'a pu réussir à montrer des inexactitudes dans cette exposition remarquable de la révolution danoise. La France peut donc se fier à cette Histoire , et juger elle-même de la manière dont on fait des révolutions à Copenhague et en Schleswig-Holstein. Elle s'étonnera peutêtre de voir la démocratie la plus exagérée assise à côté du roi de Danemark, tandis que la loyauté la plus grande et un esprit tout conservateur n'ont cessé de se maintenir dans les duchés.