‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 158 sur 396 · Les résultats en octobre · texte numérisé non relu

Les résultats en octobre

B) L'Eglise constitutionnelle et l’opinion

1. Troubles provoqués par la promulgation de la Constitution civile et les prestations de serment. Partisans et adversaires font appel à l'opinion populaire.

2. Retards successifs apportés par le département et les districts au remplacement des réfractaires. Les assemblées électorales de juin et septembre 1791 et novembre 1792. La rép ugnance des électeurs à appliquer la loi.

3. Installation des intrus. La mauvaise volonté des municipalités et l’opposition des fidèles. Refus des réfractaires d'abandonner leurs paroisses. Découragement de la plupart des intrus. Retour à la pratique de la nomination des curés par l'évêque. Echec de la réduction des paroisses.

4. Les éléments de l'Eglise constitutionnelle. L'évêque. Son attitude à l'égard des réfractaires. Ses exagérations. Les vicaires épiscopaux. Les assermentés. Les intrus. Situation lamentable de la plupart d’entre eux.

5. Tentative d'organisation d’une Eglise libre. Son échec. Maintien du culte réfractaire. Les conflits. Clandestinité du culte dans les villes. Conséquences relisieuses et politiques.

A) Le Serment

Tout en restant assez indifférentaux questions d'ordre politique et administratif,le clergé a suivi jusqu’à présent avec sympathie les travaux de l'Assemblée nationale et favorisé de son mieux l’application de ses décrets. Préoccupé avant tout de l'amélioration matérielle de son sort, il est hypnotisé par ia promesse d’un traitement plus rémunérateur et plus assuré que sa maigre congrue.

La suppression de la dime !, bien loin de troubler la quiétude et la confiance du petit curé de campagne, lui apparaît comme la première étape vers la réalisation de ses espérances. Il ne songe même pas à se demander si toutes les exigences de la justice sont bien satisfaites ; il ne veut voir que les avantages qui en résulteront pour luiet ses paroissiens. II y a bien les chapitres d'Annonay, de Tournon, de Viviers et les diverses communautés religieuses, ainsi que les hôpitaux et les collèges, qui pourraient se croire sacrifiés, mais les premiers se sentent trop peu populaires pour oser élever la voix et l'offre d’une pension équitable suffit à étouffer toute vélléité de protestation. Quant aux autres, l'Etat leur assurera d'appréciables compensations, en prenant à sa charge les frais d'enseignement et d’assistance,aussi bien que ceux du eulte. Le profitest donc certain pour le plus grand nombre etle dommage ne frappe en réalité qu'une petite minorité de décimateurs, peu sympathiques à la masse du clergé.

Quant au décret du 2 novembre 1789 sur la nationalisation des. biens ecclésiastiques, s’il fait des mécontents dans le haut clergé et le clergé régulier, il est accueilli avec indifférence, lorsque ce n'est pas avec une secrète satisfaction, par le bas clergé. En tout cas, il ne soulève aucune récrimination. Les nécessités financières du moment et aussile consentement des prélats et des curés de l'Assemblée nationale semblent légitimer une mesure,que son universalité seule faisait apparaître comme une nouveauté. Ces changements de destination des biens d’Eglise n'étaient pas rares sous l’ancien régime 2. En ce moment même, dans le Vivarais, se poursuivait lentement l'attribution à des œuvres paroissiales, hospitalières ou enseignantes, des propriétés des Célestins ? et des religieux de St-Ruf #. Cet exem-

1. Arrêtés du 4-11 août 1789. Duvergier, Collection des lois T. 1.

2. Les cahiers du clergé demandent, en cas de suppression de maisons religieuses, que leurs biens soient {conservés dans les diocèses où ils sont situés »et laissés à la disposition du clergé. cf) cahier de doléances du clergé de Villeneuvede-Berg. « Bénéfices et biens ecclésiastiques ». Arch. Ard. B 142.

3. Le monastère des Célestins du Colombier fut supprimé en 1773. Filhol. Histoire d’'Añnonay T. 2 p. 522-523.

4. cf) Archives de l’hospice d'Annonay. Décret de l'archevêque de Vienne et lettres patentes du roi, du mois de mai 1780, au sujet des biens de l’ordre de St- Ruf, concernant l’église d'Annonay. Extrait cité par Filhol. Histoire d'Annonay, pièces justificatives n° XV T. 2 p. 673-681. cf) aussi arch. Ard. C 375. Réunion, en 1778, au séminaire de Vienne des biens provenant de l’ordre de St-Ruf, possédés. jusqu'alors par le chapitre collégial d’Annonay.

ple, d'ailleurs, était de nature à rassurer les usufruitiers qui pouvaientescompler les lenteurs de la liquidation pour conserver longtemps encore la jouissance de ces biens. Aussi le clergé mit-il plus de bonne volonté à faire les déclarations prescrites et à produire les baux qui luiétaient réclamés que les municipalités à envoyer l'état des biens ecclésiastiques de leur ressort !.

La Suppression des ordres religieux, le 13 février 1790 ?, et la facilité donnée aux moines de quitter leurs cloitres, pour rentrer dans le monde, n'inquiéta que quelques rares individualités, plus attentives à la logique des évènements. Elle passa presque inaperçue de la grande masse du clergé et des fidèles. Les religieux, euxmêmes, S'ils ne montrent pas beaucoup d’empressement à profiter d'une liberté qu'ils n'ont pas sollicitée et si même le plus grand nombre optent pour le maintien de la vie commune #, sont au moins tranquillisés, pour leur avenir, par la perspective d'une pension de 700 à 1200 livres f. Le refus de la motion de Dom Gerle * eut plus de ietentissement. Les âmes les plus délicates y voient une atleinte grave aux prérogatives traditionnelles du catholicisme, et les protestations de respect et de déférence de l’Assemblée nationale à l'égara de la religion n'arrivent pas à effacer cette impression fâcheuse, surtout dans les cantons de religion mixte.

Mais ces préoccupations et ces réserves ne franchissent guère le cercle d’une élite restreinte et, dans l’ensemble,au mois de juillet 1790, le clergé est encore plein de confiance dans les promesses de la Révolution. Presque partout, à la fête de la fédération, il prend

1. Le 18 septembre 1790, le district de Tournon se plaint que les municipalités n'ont encore fourni aucun des états réclamés. cf), Arch. Ard. Opérations du directoire du distriet de Tournon 5 juillet-28 novembre 1790, liasse non cotée. L'année suivante, le district du Mézenc signalera des oppositions très vives surtout au Cheylard, à Marriac. cf) arch, Ard. L 977. Délibérations du directoire du Mézenc les 22 et 29 janvier 1791.

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