L'affaire de Saillans
Les préparatifs. L'activité de Claude Allier. Les rapports avec Coblentz.
Saillans en Vivarais. Mésintelligence entre les conjurés du Vivarais et ceux de l’ex--
térieur. Le désaveu des princes. | L'insurrection. La découverte du complot. Capitulation de Bannes. Organisation de la résistance. Situation désespérée des insurgés. = La répression. La fuite de Saillans. Sa mort. Massacres odieux. Arrestation. et fin des conjurés. Répression administrative.
Les difficultés croissantes qu'entraine l'application de la Constitution civile du clergé n'ont en rien diminué là foi des patriotes en la Révolution. Mais, dès le mois de juin 1791, leur dépit est grand de constater que, malgré l’activité de leur . propagande et le concours des autorités constituées, ils sont impuissants à arrêter le mouvement de désaffection et de défiance de la masse populaire à l'égard du nouveau régime. Cette attitude des paysans, étroitement liéeau réveil des espérances contre-révolutionnaires, est grosse de menaces pour l'avenir. Les élections approchent. L'Assemblée nationale envisage le terme prochain de son mandat et, déjà, la convocation des assemblées primaires est décidée. La désagrégation du parti réformateur, en un instant aussi critique, risquerait de remettre en question les conquêtes de la Révolution. C'est pour con-
jurer ce grave danger et pour compenser, par l'intensité et la profondeur de leur action, les pertes qu'ils enregistrent que les. patriotes,
à l'exemple de l'extérieur, s'efforcent de ressusciter, en les transfor-
mant, les Comités permanents de 1789, sous le nom de sociétés des
Amis de la Constitution.
Leur but immédiat sera « d'instruire les citoyens de la sagesse des décrets de la nation », de les convaincre «de la nécessité de leur exécution ponctuelle et littérale »,! mais elles seront surtout un centre de groupement pour les patriotes, un foyer d'expansion pour leur propagande et un instrument de lutte contre les émigrés, les aristocrates et les contre-révolutionnaires. ?
La première société du pays fut fondée à Tournon, à la fin de 1790, et l'exemple fut suivi par Annonay, le 24 mars 1791. Au début du mois de mai, ce sontencore les deux seules du département qui soient affiliées aux Jacobins de Paris. * Quelques semaines plus tard, Aubenas et Viviers pourront se prévaloir du même privilège, # Durant l'été, l'essaimage sera rapide. Dans les premiers jours de juillet, Bourg-St-Andéol, malgré l'opposition sournoise de la municipalité, * profitera des encouragements du directoire du département pour créer un club qui deviendra l'un des plus actifs de la région. D'autre bourgs comme St Péray, Lamastre, Privas, Vernoux, Villeneuve-de-Berg,Antraigues, Joyeuse Largentière,tiendront, eux aussi, à honneur d’avoir leur société des Amis de la Constitution, mais ce ne sera que par exception que ces clubs émigreront dansles paroisses rurales, et jamais ils n'y pousseront de racines bien profondes.
A l'origine, ces sociétés sont de tendances peu démocratiques et n’admettent guère que des bourgeois patriotes, hommes de loi, notaires, procureurs, Commerçants et industriels, qui ont donné des gages à la Révolution. Des officiers de troupes de ligne ou de gardes nationales, des étrangers y voisinent avec quelques paysans enrichis qui consacrent leurs économies à l'achat des biens nationaux et dont la fortune se trouve liée au sort du nouveau régime. Les cotisations élevées du début arrêtent les ouvriers et les artisans. À An-
1. Procès-verbal de la première séance de la société populaire d’Annonay le 24 mars 1791. Le registre des délibérations de la société comprend 195 procèsverbaux et forme un volume in-f° de 470 pages. Archives de Rostaing. Léon Rostaing a publié des extraits de ces délibérations dans son ouvrage : (« Les anciennes loges maçonniques d'Annonay et les clubs. 1766-1815. » Lyon 1903.
2. Adresse de la société aux Jacobins de Paris citée par Rostaing, pièces jusüficatives n° IV p. 365-366.