CF) Le Pacificateur n° 16 du 18 septembre
A Lavoulte, le 7 juin 1793, ils saccagent, de fond en comble, la belle et vieille chapelle du château des Ventadour. Ils lacèrent les tableaux à coups de sabre et de baïonnette, détériorent une ravissante corniche corinthienne, brisent des sculptures de grande valeur, s’acharnent contre les bas-reliefs et les armoiries et mutilent deux grandes statues de marbre et d'ivoire de Lévy Ventadour et de sa femme. Le 20 juin, ils déchireront même les bulletins de la Convention affichés par la municipalité, sous prétexte € qu'il yavait des choses désavantageuses à la république » !. Leur exaltation ré— volutionnaire, d’ailleurs, ne s'en prend pas seulement aux prêtres. et aux monuments qui rappellent la féodalité, elle s'attaque encore plus volontiers à la population paisible des campagnes. Ils mettent en coupe réglée les propriétés privées, renversentles clôtures, pillent les maisons, saccagent les récoltes, volent les raisins et prétendent même interdire aux paysans l'accès de leurs vignes. Les discussions, les rixes, les voies de fait se multiplient.
Toutes les communautés réclament leur éloignement immédiat, si l'on veut éviter «la vindicte du peuple indigné. » Villeneuvede-Berg, Les Vans, Largentière, Gravières, Bannes, Chambonas, à tout instant, en août et septembre, viennent sommer le département de les débarrasser de ces indésirables ?. C’est une avalanche de plaintes et de pétitions menaçantes. Le département ne peut que transmeltre ces doléances à l'autorité militaire et supplier le ministre de: la guerre et les généraux de retirer, au plus tôt, ces garnisons propagatrices d'agitation et de désordre.
Telle est la situation quand, dans les premiers jours de mars, paraissent les décrets du 24 février 1793 *, prescrivant la levée immédiate de 300.000 hommes. Le département voit son contingent fixéà 3.500 *. Tout le mondeest en état de réquisition, paysans aussi bien que bourgeois, pauvres comme riches, eultivateurs au même titre qu'artisans et ouvriers. Sans doule, le remplacement est
{. Archives de Lavoulte,citées par Mazon : revue du Vivarais du 15 août 1900.
2. Arch. Ard. L 108. Plaintes de Joyeuse, le 21 août ; de Gravières, le 2? ; de Villeneuve-de-Berg, le 31 août et le 4 septembre ; des Vans, de Chambonas, . de Jeyeuse, le 7 septembre. Plaintes générales de tout le midi, le 11 septembre. Mêmes réclamations en octobre et novembre. Les Vans, Bannes, Chambonas,.…. reviennent à la charge, en décembre, auprès de l’Assemblée administrative du département.
3. Réimpression du Moniteur. Loi qui met les gardes nationales en état de
réquisition permanente T.15 p, 549. Loi sur la levée des 300.000 hommes T. 15
4, Arch. Ard. L 126. Peocas verbal du directoire du 6 mars 1793.
æncore autorisé etla bourgeoisie des villes saura'en profiter, mais, dans les campagnes, outre qu'il est difficile de trouver des hommes «de bonne volonté, cette facilité devient absolument illusoire pour les petites gens. Jamais le paysan et l'artisan ne pourront faire face aux exigences considérablement accrues des rares volontaires qui se présentent.
Le département, qui prévoit les graves répercussions de cette mesure sur l'état d'esprit du pays, se lamente. Plus de 5000 jeunes gens, déclare-til,sont déjà sur les frontières !, Quatre bataillons ont été fournis, depuis quelques mois, parle Vivarais, sans compter des gendarmes et les nombreuses recrues faites par le 3$%° régiment. Tous ceux qui élaient susceptibles de partir sont sous les armes. L'agriculture manque déjà de bras, au moment où les travaux des champs deviennent plus urgents. Les terres vont rester en friches, alors que la disette apparaît menaçante. Les administrateurs soulignent discrètement leurs inquiétudes, mais, si incontestés sont encore le prestige de la Convention et la majesté de Ja loi, qu'aucun corps constitué n'ose élever la moindre protestation.
Par souci de justice et d'équité et pour écarter tout soupçon de favoritisme ?, les administrateurs,dans la répartition du contingent, tiennent compte à la fois du chiffre de la population et du nombre des soldats déjà fournis par chaque district aux quatre premiers bataillons. Leur arrêté du 6 mars fixe l'effectif demandé au Coiron à 604 hommes, celui du Mézenc à 1216 et celui du Tanargue à 1680. Chaque directoire de district, assisté d’un ou de deux délégués du
1. L’exagération est manifeste, puisque le tableau des volontaires fournis par les divers districts, en 1792 et 1793, inséré au procès-verbal du 6 mars 1793 ne comprend que 2.762 hommes. Même en y ajoutant les engagés de 1791,les gendarmes et les rerryes faites par les divers bataillons en garnison dans l'Ardèche, on He loin de l'évaluation du département.
. Les municipalités sont très susceptibles sur ce point. Dès le 10 mars, La- Re rappelle qu'elle a déjà levé 41 volontaires.Cf) Arch. de Lavoulte citées par Mazon, Revue du Vivarais, 15 août 1900.
3. Arch. Ard, L 126. Procès-verbal du directoire du 6 mars 1793. En ajoutant aux 2.762 gardes nationaux des quatre premiers bataillons les 3.500 qui lui sont réclamés par la loi du 24 février, le contingent du département s’élève à ‘6.262 Comme la population du Coiron est évaluée à 75.236, celle du Mézenc à 78.698 et celle du Tanargue 96.066, le Coiron doit fournir en tout 1885 hommes, le Mézenc 1971 et le Tanargue 2 406. Si on défalque de ces chiffres 1280 volontaires déjà recrutés dans le Coiron, 755 dans le Mézenc et 726 dans le Tanargue, il reste bien à lever 604 soldats dans le Coiron, 1216 dans le Mézenc et 1680 dans de Tanargue. Ce dernier district se trouvait surchargé, parce que les états de poæulation avaient été fortement exagérés pour grossir son influence.
département fait la répartition par canton et commune, d'après les mêmes principes.
Les citoyens sont libres, pour former leur contingent, d'employer « le mode qu'ils trouveront le plus convenable à la pluralité des voix ». Quelques centres comme Lavoulte !, Aubenas *, Vals, Bourg- St-Montant #, grâce à d'abondantes collectes, peuvent «acheter » des hommes de bonne volonté. La plupart des municipalités, devant la pénurie des volontaires, adoptent ie tirage au sort #. Quelquesunes, pour échapper aux surprises du hasard, préfèrent la voie du scrutin qui leur permet de rejeter la charge sur des adversaires politiques 5. C’est äinsi que, le 17 mars, Joyeuse, constatant qu'aucune recrue ne S’est présentée, désigne pour partir aux frontières huit citoyens appartenant tous à des familles réputées contre-révolutionnaires 5, Mais l'arme du serutin était à deux tranchants et, dans les campagnes, les paysans s’en servent plus d'une fois au détriment des patriotes. Cette partialité ne pouvait qu'entretenir les rancunes, exciter les colères et fomenter des haines entre les divers: éléments de la population.
La Convention semblait avoir prévu ces oppositions et ces difficultés. Ce fut pour les surmonter et pour hâter des opérations qu'elle jugeait indispensables au salut de la nation qu'elle envoie dans tous les départements des commissaires revêtus de son autorilé dictatoriale. Ils avaient mission, dit le décret du 9 mars 7, d'é-clairer « les citoyens sur les nouveaux dangers qui menacaient la patrie. » Ils pouvaient (exiger de toutes les administrations constituées les comptes de leur administration, … » « suspendre provisoirement de leurs fonctions et remplacer tous les administrateurs suspects ou défaillants, » Pour assurer le recrutement, rétablir l'or