Cf) aussi Arch.nat., registre Fit
6. Arch. Ard. L 1052. Procès-verbaux du 18 avril et du 16 septembre 1793. 7. Arch. nat. D xc 18. Procès-verbal de formation du 20 floréal. 8. Fonds Mazon F 12. Séance de la société de Joyeuse du 10 messidor.
on voit, dans les rares procès-verbaux d'Annonay, &e Largentière, de Villeneuve-de-Berg et de Joyeuse qui nous ont été conservés,que, presque toujours, les mêmes individus sont réélus à des intervalles très rapprochés.
Pour subvenir aux dépenses diverses : journaux, frais d'impression, correspondance, exprès, chaque nouvel adhérent verse une COR UOn variable avec les localités. Elle est de 3 livres à Annonay !, de 5 à Largentière. ? Souvent aussi, une redevance mensuelle de 5 à 10 sols ? est exigée de tout sociétaire. Les amendes pourraient être encore une source de revenus, mais, pas plus que les cotisations, elles ne sont payées avec exactitude. Presque partout, les trésoriers se lamentent devant leur caisse vide et se plaignent de ne pouvoir boucler leur budget. 4 Aussi lésine-t-on sur le papier et l'éclairage, On faitappel à la générosité des riches et même des aristocrates qui, par crainte d’être déclarés suspects, s'exécutent de mauvaise grâce. Largentière, le 7 septembre, décide que, désormais, «les citoyens fortunés participeront seuls aux charges de la société. » Annonay consacre à l'aménagement de son local 3.000 kvres * souscrites par les industriels et les commerçants. C’est une forme de l'emprunt forcé sur les riches,si en faveur à ce moment-là.
Le recrutement est presque aussi large que celui des anciens clubs. Sans doute, une sélection se fait naturellement au cours des évènements. Beaucoup, qui désapprouvent les excès de la Révolution, se désaffectionnent peu à peu de la société et cessent de paraitre aux séances. À ces épurations spontanées, il faut ajouter les épurations légales qui, en principe, écartent les nobleset les prêtres, les fédéralistes et les bourgeois égoïstes, Mais, malgré le zèle intéressé de quelques patriotes soupconneux, la majorité, en général, n'est guère exigeante etun certain nombre de gentilshommes et d'aristocrates,qui voient dans leur inscription à la société populaire la garantie de leur repos et l'assurance de leur tranquillité, réussis-
1e Registres de la société d'Annonay, cités par Rostaing. Les anciennes loges maçonniques d'Annonay et les Clubs, p. 127.
2. Arch. Ard. L 1052. Délibération it 1e" novembre 1792. Elle est portée à 10 livres à la fin décembre.
3. À Largentière, la redevance de 10 sols est établie le 30 décembre 1792 ; elle est réduite à 5 sols, le 1* septembre 1793. Arch. Ard. L 1052. A Joyeuse, elle est réclamée le 16 floréal. Fonds Mazon EF 12.
4. C{) Délibérations de Largentière, 7 février, 14 mars, 23 juin 1793.
5. CF) Rostaing p.283 Pétition de la société populaire du 9 pluviôse.
sent à s'y infiltrer et à s'y maintenir, surtout s'ils savent à propos dénouer les cordons de leur bourse.
Annonay, le 5 pluviôse, pour accueillir la candidature du cidevant Morlas, découvre cet argument d'une logique subtile : «il résulte de divers actes qu'il n'a pas pris la qualité de noble ». n'est pas question, non plus, d'enquête, le 26 pluviôse, pour ouvrir les portes de la société à Laroque qui accompagne sa demande d’un don de chemises aux « braves sans-culottes. » ! On n'est guère plus strict à Tournon, à Aubenas et à Privas. Aussi, au grand scandale des administrateurs du département et des Jacobins, les modérés gardent-ils le contrôle et la direction de la plupart de ces sociétés. 2C'est ce qui explique qu'avec tant de gros mots et de menaces ilyait, en Somme, si peu de mal. L'exagération de langage et de style, les métaphores ampoulées tiennent lieu de principes et de convictions et dispensent d'agir.
Un peu partout, d'ailleurs, les membres les plus violents sont des étrangers * qui, sans attaches dans le pays, ne sont pas retenus par les liens toujours si puissants de famille, de relations et de services rendus.
Dans beaucoup de sociétés, les femmes sont admises. A Privas, elles prennent même une part active aux délibérations, abordent la tribune et prononcent des harangues enflammées. Mais,il est à croire que leur éloquence et leur patriotisme ne durent désarmer ni les critiques, ni les mauvais plaisants, puisque nous voyons la société déclarer suspect quiconque oserait blâmer leur attitude et les tourner en ridicule #, A Annonay *, on leur réserve une estrade spéciale et elles participent à toutes les fêtes civiques organisées par la société. À Largentière °, à Joyeuse, à Villeneuve-de-Berg, les femmes et
1. Morlas, capitaine de chasseurs corses, avait besoinde passeport pour revenir en Corse ; sa demande avait été refusée, le 2 pluviôse, parce que noble. Procès-verbaux de la société populaire, cités par Rostaing p. 250, 251, 252.
2. No nbreuses dénonciations, provenant surtout des sociétés de Bourg-sur- Rhône, Villeneuve-de-Berg et Joyeuse. Cf) Fonds Mazon chr. 20 et 21 et F. 12.
3. À Largentière, les membres les plus actifs sont Puaux de Vallon et Bouchard d'Aubenas, à Annonay, Kœnig, pasteur protestant, et Offand.…
4. Arch. Ard. L 129. Procès-verbal de l'administration du département du 25 nivôse. Délibérations et arrêtés de la société populaire de Privas des 30 nivôse et 1er pluviôse. Fonds Mazon chr. 20.
5. Rostaing p. 284. Séance du 27 pluviôse. Seuls sont exclus les enfants au dessous de sep: ans. à
6. Délibération du 10 mars. Réception le 15 octobre de la citoyenne Am-
blard.
les filles des aristocrates sont les plus assidues ! aux réunions. C'est une recommandation précieuse auprès des représentants et, parfois, le seul moyen d'éviter le danger de suspicion. En tout cas, ce témoignage de civisme est un argument que, dans leurs pétitions, ne manquent jamais de faire valoir les détenues qui réclament leur libération ?.
À partir d'octobre 1793, dans la plupart des sociétés, le tutoiement égalitaire est de règle ?, ainsi que le port du bonnet phrygien {. Largentière, cependant, autorise les femmes à remplacer cet attribut patriotique par la cocarde tricolore, à condition de la porter «€ à l'endroit le plus sensible qui est celui du cœur». Joyeuse menace de la prison celles qui négligeraient d'arborer cet emblême de la liberté 6.
Les assemblées ont lieu plusieurs fois par semaine, sauf dans les communes rurales où elles sont presque toujours fixées au décadi, mais l’enthousiasme faiblit, le zèle devient languissant et l’assistance décroît rapidement. Les patriotes s'efforcent vainement de combattre cette indifférence criminelle. Au mois de mars 1794, le comité de surveillance de Largentière menace de déclarer suspect tout membre qui n’assistera pas, au moins une fois par décade, aux réunions, s'il est simple citoyen, et deux fois, s’il est fonctionnaire public 7. Joyeuse, le 24 floréal, inflige 10 sols d'amende aux absents mais, le 10 messidor, le bureau constate encore que la plupart des sociétaires sont plus assidus au cabaret que réguliers aux séan- CES.
Dans les campagnes, la plupart des sociétés ne tiennent pas registre de leurs délibérations. Elles ne semblent prendre vie que dans certaines circonstances très rares, comme le passage du représentant en mission, la visite d’un commissaire du département ou du district, la plantation d'un arbre dela liberté et, aussitôt après, elles relombent en sommeil. En somme, on ne compte guère dans l’Ar-