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Procès-verbal du Mézenc, 21 ventôse. L

A S:-Julien-La-Brousse, un détachement armé escorte le curé jusqu’au lieu du rassemblement où il doit dire la messe !.

Les pénitents, eux-mêmes,reprennent leurs costumes traditionnels et chantent leur otfice non-seulement dans les campagnes reculées, mais même dans les villes et jusque dans les chefs-lieux de district. À Aubenas ? et à Jaujac *, de véritables confréries de béates et de « sœurs du chapelet » se forment spontanément par protestation contre l'impiété officielle *. Les femmes et les jeunes filles affectent de porter ostensiblement à leur cou ou ser la poitrine des croix, médailles et autres insignes religieux *. Un peu partout, on persiste à utiliser la cloche conservée pour sonner l’angélus ou pour appeler les fidèles à des réunions de piété. Les officiers municipaux, quitremblent à la pensée d’être accusés de complicité, en sont réduits à couper la corde et à l'envoyer au-district 6.

Les administrateurs et Îles représentants en mission ont beau fulminer contre « le fanatisme qui relève la tête » et mettre les comités de surveillance en demeure de dénoncer les meneurs et les organisateurs, la plupart font la sourde oreille ou plaident les circonstances atténaantes 7.

La tentative de substituer au catholicisme le culte de la Raison, de l’Etre Suprême ou des saints laïques ne connaît pas un succès plus brillant et plus durable. Si, dans les villes, quelques patriotes, jaloux de se distinguer, s'empressent d'organiser la religion nouvelle, les autorités locales, plus pondérées, se résignent d'assez mauvaise grâce à la corvée imposée et le peuple, qui a le sens du ridicule, reste froid et goguenard devant ces mascarades.

Le cérémonial ne varie guère d'une ville à l'autre. La municipalité, la société populaire, le comité de surveillance, les divers fonc-

1. Rostaing p. 280. Procès-verbal du 10 mars 1794 de la société populaire

d’ PArouee

Lettre d'Enjolras à Gleizal, le 16 frétider. Fonds Mazon T 21. Délibéra- HORS di comité de GUESS d'Aubenas, 25 nivôse, 8 et 16 pluviôse. Arch. L 1074.

. Prcocès-verbaux du Tanargue, 18 et 19 nivôse. Arch. Ard. L 862.

d Rapport de Chabal du 23 au 29 Brumaire. Fonds Mazon chr. 19.

5. Comité d'Aubenas, le 26 germinal. Arch. Ard. L 1077. Arrêté du Tanargue du 27 floréal. L 836. Comité de Lavoulte, 30 messidor. L 1186. Comité de Joyeuse, 12 fructidor. Fonds Mazen F 12.

6. Lettre du Mézenc au Comité de Salut public, du 4 germinal. Arch. Ard. L 301. Comité de Lavoulte, 9 thermidor. L 1186.

7. Procès-verbal du comité de St-Pierreville, 19 au 30 ventôse. Arch. Ard L 1153.

tionnaires, arborant des emblêmes révolutionnaires, précèdent la déesse qui s'avance majestueusement, escortée d’une longue théorie de femmes et jeunes filles vêtues de blanc avec rubans tricolores.Le cortège, encadré par la garde nationale qui forme la haie, se rend au temple de la Raison, à la Montagne, à l'arbre de la liberté, où de nombreux orateurs pulvérisent, une fois de plus, le fanatisme et célèbrent les mérites des grands hommes de la révolution : Marat,Chalier, Lepelletiert.

Annonay, le 12 frimaire et le 30 nivôse ?, se contente d’une seule déesse, mais le midi, plus exubérant, veut une mythologie plus riche et un Olympe plus habité. Privas, le 20 nivôse, confie à trois citoyennes du chef-lieu l'honneur de personnifier la Raison, la Liberté et l'Egalité 3. Le 20 pluviôse, les Vans, pour manifester avee plus d'originalité leur zèle patriotique, adjoindront à cette trinité démocratique une quatrième divinité : la Vietoire #. Un banquet, un bal et une illumination générale ferment ordinairement le cycle des réjouissances. Les intéressés, d'ailleurs, jouent leur rôle sans enthousiasme, sous l’œil narquois de la population, et Delichères, qui a dû prononcer par ordre, le 29 frimaire 5, le panégyrique de Marat, sera le premier, un an plus tard, à applaudir à la radiation de son discours sur les registres de la société populaire.

Les municipalités de campagne ne prennent aucune initiative. Elles se bornent à décorer leur église du nom de temple de la Raiïson, vocable qu’elles effaceront, quelques mois plus tard, pour inscrire au frontispice de l'édifice : «le peuple français reconnaît l'existence d’un Etre Suprême et l’immortalité de l'âme. »

Ce culte de l’'Etre Suprême qui, à partir de prairial, * supplaute celui de la Raison est inauguré avec une liturgie plus discrète à Pri-

1. Cf) Le compte rendu de ces fêtes, pour Annonay : Filhol T. IT p. 157 et 479 et Rostaing p. 237-247 ; pour les Vans : Tallon T. III p. 310-311; pour Privas : Fonds Mazon ch.. 20 ; pour Aubenas : Fonds Mazon chr. 18.

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