Les assemblées primaires et les élections de l’an IV
L’agitation électorale. Acceptation de l’acte constitutionnel. Les décrets des 5 et 13 fructidor. Echec des Jacobins. Tous les élus sont des modérés ou des victimes de la Révolution. La situation politique au début de l'an IV.
La révolution du 9 thermidor ne fait qu’accentuer l'opposition et la haine des divers partis. Elle ranime les modérés, qui reprennent la lutte avec une vigueur nouvelle. Non contents de chasser les Montagnards de l'administration et de les déconsidérer dans l'opinion publique, ils réussissent par leurs intrigues auprès des représentants en mission à provoquer le désarmement, l'arrestation ou au moins l'expulsion et la mise en surveillance des plus compromis. Mais, leur victoire ne ramène pas plus la paix et la tranquillité entre les citoyens qu'elle ne résoud les graves difficultés qui agitent le pays. La question des subsistances est toujours aussi aiguë, la désertion devient une véritable épidémie et le sentiment religieux, que la Terreur avait comprimé momentanément, éclate avec plus de force que jamais, sans souci de la législation en vigueur.
514 LA RÉVOI UTION DANS L'ARDÈCHE 1788 1795
La nouvelle des évènements de thermidor se propage assez lentement. Alors que la fuite et l'arrestation du roi, en 1791, avaient été divulguées en moins de trois jours dans tout le département, la chute de Robespierre, qui allait transformer la mentalité du pays etimprimer une direction nouvelle à la Révolution, ne parvient que le 15 ou le 16 thermidor à la connaissance du Vivarais. Les premiers. renseignements n'ont rien d'officiel. Ce sont des léttres privées ou des journaux qui dénoncent l’heureuse issue de la nouvelle « conspiration des triumwvirs ». L'agent national d'Annonay, recoit, le 2 août, une longue lettre de Gleizal, datée des 9 et 10 thermidor, qu'il communique aussitôt à la société populaire !. Privas ? estinformé, le 3 au soir ou le 4, Aubenas 5, le 4, Joyeuse et Largentière, le 5 !.
Personne, au début, ne semble prévoir les conséquences de ce coup d'Etat, Les corps constitués, habitués à s'incliner devant toutes lés initiatives de la Convention, rédigent automatiquement les mêmes adresses, vagues et banales *, que tout accident politique impose à leur loyalisme. Ils ne voient dans le drame du 9 thermidor qu'un changement de personnel gouvernemental, comme il s’en est produit si souvent depuis quelques années. C'est, pour eux, l'occasion de jurer une fois de plus, « en masse et avec enthousiasme, haine à la tyrannie et mort aux tyrans » 5; mais le gouvernement révolutionnaire leur paraît au-dessus de -ces contingences. La Terreur reste si bien à l'ordre du jour que, dès le 5 août, Privas jette à l'échafaud 5 prêtres et3 religieuses. Et cette sanglante holocauste, qui eût été impossible quelques jours plus tard, ne suscite ni trouble, ni protestation.
Pendant plusieurs semaines encore, districts et département si-
1. Société populaire d’Annonay. Séance du 15 thermidor (2 août). Rostaingp. 289. :
2. Procès verbal de l'administration certrale du 17 thermidor. Arch. Ard. L 131.
3. « Le 4 août, on reçoit la nouvelle que Robespierre avait été guillotiné. » Maauscrit de Delichères, p. 155. |
4. Arch. Ard. L 1152. Société populaire de Largentière. Réponse, le 6 août, à une lettre de Dumonts reçue la veille. Joyeuse. Fonds Mazon F 12.
9. Adresse du département du 17 thermidor. Lettres d'adhésion de Lespinasse: et Durepaire, 20 et 21 thermidor. Arch. Ard. f, 131. Adresses des sociétés d'Aubenas, 8 août, Delichères p. 155 ; de Largentière, 5 août, Arch. Ard. L 1152 : de: Joyeuse, 6 août, Fonds Mazon F 12.