DISCUSSIONS ENTRE LA CHAMBRE ET LE MINISTÈRE. BRUITS DE DISSOLUTION
« 11 parait que toutlemondeest inquiet delà tran- «quillitéque nous ont faite messieurs les chevaliers « de Tordre public. Depuis long-temps la Chambre <c marchait comme si le peuple n'eût plus été là : « les légitimistes se sont avisés d'en faire autant; le « peuple ennuyé a fait acte de présence. La Cham- « bre désappointée a tourné son dépit contre le mi- «nistère. Vous êtes bien faible, lui a-t-elle crié.^— a Je suis plus fort que vous. — Nous verrons. — « Vous verrez. — Essayez. — J'essaierai. Après ce « dialogue est venu un chœur général: « Nous som- « mes bien malades. Quel remède ? » Puis, de nou- «veau, dialogue : — Le remède , c'est que le mi- « nistère sache être impopulaire à notre exemple. « — Le remède , c'est que les ministres marchent «avec la nation et fassent marcher la Chambre. — «De toutes parts: Impossible! Dissolution ! disso- « lution !
«Voilà à peu près le résumé de trois séances. «Celle d'aujourd'hui a cependant fait faire un «pas de plus à la discussion. Après avoir réfuté
l'insurrection a édaté dimmrha damant. H rait qu'elle s'est opérée sans obstacle à Bcggjb ainsi qu'à Bologne. A Modène, les troupes da due ont opposé de la résistance, cale doc même a été tué (i). Sons craignons et ce n'est pas la première fois que mona cette pensée, nous craignons qoe le pbn de ces mouvemens n'ait été conçu sur une fausse idée. Au lieu de les feure éclater sur plusieurs «points importans à la fois, on a dit : Laissons « tranquilles tous les lieux soumis à la domination autrichienne. Alors l'Autriche ne pourra nous attaquer sans violer ouvertement le principe de la non-intervention , et dans ce cas le France nous soutiendra. C'est toujours le même système qui a déjà frit avorter tant de révolutions. Comment ne «ait-on pas depuis vingt ans qu'aucun ménagement n'adoucit ni ne retarde la vengeance des autocrates? Comment ne sait-on pas depuis six mens que la France de M. Mole et de M. Sébastiani ne veut faire la guerre qu'an moment où il conviendra à la coalition réunie et prête sur tous les points, de marcher d'ensemble sur Paris, sur Lyon et sur Toulouse ? Nous serions bien agréablement surpris si les Autrichiens n'entraient pas à l'instant daps le duché de Modène et dans les
(i) Ce dernier brait était, comme on sait, inexact.
«légations, et si notre ministère n'en recevait pas «la nouvelle avec sa résignation accoutumée.
« D'ailleurs , où est notre armée des Alpes ? Au « mois d'août, nous pouvions entrer en Italie avec «quelques régimens et la population levée en « masse dans trois ou quatre départemens fronce tières : il n'en est plus de même aujourd'hui. »
17 Février 1831.
ÉVÉNEMENS DE SAINT-GERMAIN-l'aUXERROIS. INFLUENCE DE CES ÉVÉNEMENS. — INVENTION ABSURDE D'UNE ALLIANCE ENTRE LES RÉPUBLICAINS ET LES LÉGITIMISTES.
«La camarilla doctrinaire, héritière, au moins «en usufruit, de la camarilla jésuitique, a voulu «pousser une reconnaissance, se rendre compte «des dispositions du peuple, et savoir quelle ré- « sistance il opposerait lorsqu'elle croirait le mo- «ment venu de démasquer ses batteries. On a « commencé par condamner le drapeau tricolore « à la flétrissure des fleurs de lis. Avant l'exécution «de la sentence, le peuple s'est indigné, l'armée « a murmuré, la garde nationale, que la doctrine se « vantait d'avoir inféodée pour toujours à la quasi- « légitimité quand même, et, si celle-ci défaillait 9 « à la légitimité toute entière , la garde nationale a
«déclaré que ses tambours la rappelleraient en «vain sous des drapeaux fleurdelisés. La cama- « rilla , éclairée sur ce point, s'est repliée en toute « bâte , et le drapeau d'Arcole n'a pas été marqué « du .signe de la servitude.
«Une autre démonstration avait lieu sur un «autre front d'attaque. A deux pas du Palais- «Royal, on couronnait en effigie S. M. Henri Y. « Quel heureux présage pour la camarilla si cette « répétition s'était passée sans sifflets ! Il n'en a point «été ainsi. Le peuple est intelligent; il a vu où «tendait la comédie. Comme ce peuple est en « même temps , malgré ses calomniateurs , la meil- « leure pâte d'homme , il s'est dit : Le jour de la a représentation solennelle, il faudrait me fâcher « tout de bon; j'aime mieux leur montrer d'avance « que ce spectacle ne serait pas de mon goût. Là- « dessus , il est sorti paisiblement et sans armes. « Mais le peuple sans armes fait reculer les baïon- « nettes , sans levier il brise les portes , sans mar- « teau il démolit les murs. Il a démoli le théâtre, « dispersé les décorations , et comme ces drapeaux «fleurdelisés lui pesaient sur le cœur, il a brisé « les milliers de fleurs de lis en pierre, en fer, en « bronze , en or , dont on avait hérissé tout Paris. «Puis, il s'est retiré en disant à ses débiteurs : Je « compte sur votre loyauté; il vous suffira sans «doute de ce petit avertissement sans frais.