DBS HOMMES DO MOUVEMENT
Le libéralisme , qui ne peut plus se dissimuler combien peu il a répondu depuis son triomphe à l'attente de la France , s'en va répétant que tout le mal vient de ce qu'on n'a pas encore employé les hommes de la gauche , les hommes à principes , et de ce qu'on ne s'est pas mis franchement dans le mouvement:
Nous pouvions comprendre cette illusion quand
les doctrinaires étaient an pouvoir, mais maintenant nous demanderons qui on prétend abuser avec un pareil langage ?
Qu'est-ce donc que MM. Laffitte, Barthe, Mérithou, Sébastinni , etc., sinon des hommes de la gauche, des hommes du principe révolutionnaire ? Et qu'6nt+ils s refusé jusqu'ici au mouvement , si ce n'est la république et la guerre contre l'Europe ?
Est-ce la guerre, est-ce la république que veulent ceux qu'on appelle les hommes à principes ? Qu'on y prenne garde , on pourrait trouver dans ces deux faits la ruine de la révolution et des principes quelle à proclamés.
«Les hommes du mouvement, qu'on appellerait a avec plus de raison les amis de la défense natîo* «nale, n'ont jamais demandé aux ministres ni la t république ni la guerre. On ne demande pas la « république aux ministres d'un roi, et on ne de- « mande pas la guerre quand vingt rois se sont li- « gués pour attaquer.
«Mais nous avons fait beaucoup de demandes, «et chacune nous a valu un refus du ministère.
«Nous avons demandé qu'on autorisât la fbr- « mation de bataillons volontaires. — Refusé,
* Qu'on daignât consulter le vœu national • gaiement émis. ~~ Refusé.
«Qu'on rendît l'élection des officiers munici- « paux aux communes. — - Refusé.
«Nous avons demandé une bonne organisation « de la garde nationale. — Refusé.
«L'élection à deux degrés d'après les lois de 91. « — Réfusé.
« L'abolition des entraves qui pèlsent sur l'in- «dustrie, et qui, par contre-coup, détruisent le « commerce. — Refusé.
« Des mesures qui rendissent au commerce et à « l'agriculture les capitaux engloutis par l'agiotage. «. — Refusé.
«Nous avons demandé qu'on cessât de solder « avec l'argent des contribuables les infâmes qui , «par paroles ou par écrits, faisaient métier de se- « mer la division parmi les citoyens, et de disposer «à la guerre civile, en répandant de lâches calomnies contre les écrivains et les orateurs qui «n'avaient pas voulu devenir, comme eux, les « stipendiés du pouvoir. — Refusé.
«Qu'on plaçât dans les régimens les. officiers « qui s'étaient battus avec le peuple dans les trois «journées, de préférence à ceux qui s'étaient « battus, contre lui. — Refusé.
«Qu'on. ne laissât point quelques députés, ri- « dicules tyrans d'un ministère plus ridicule en- «core, remplir toutes les administrations des 4&»
( Ml )
« partemens du midi, des fauteurs de TrestaiJlonS « et de Pointu. — Refusé.
« Qu'on eût le bon sens de secourir les Belges. « — Refusé.
«De secourir les Polonais. — Refusé.
« De secourir les Espagnols. — Refusé.
«De secourir les Italiens. — Refusé. .
« D'alléger le fardeau de la liste civile. — Refusé.
«De se contenter du nombre assez honnête de « mouchards dont se contentait Charles X , et de « ne pas le doubler , le tripler, le décupler peut- « être. — Refusé.
«De ne pas se faire les pourvoyeurs des bour- « reaux de la troisième ou quatrième restauration, «en jetant dans les cachots une foule des vain- «queurs de juillet, qui y seront peut-être retenus «jusqu'à ce qu'on les conduise au supplice sou» « l'escorte des Cosaques et des Hulans. — Refusé.
«Si je voulais continuer cette énumération, dix «colonnes ne suffiraient pas. Jamais projet décati pitulation offert par une garnison aux abois n'a « été si outrageusement rejeté que les -demandes « des patriotes au moment même de leur triom- « phe. »
8 Mars 1831.