‹ La révolution de 1830: et le véritable parti républicain, exposé du plan de ce parti en juilletChapitre 24 sur 50 · LA POLOGNE. — MI51STERE PERIER. — MINISTÈRE LAFFITTE · texte numérisé non relu

LA POLOGNE. — MI51STERE PERIER. — MINISTÈRE LAFFITTE

« La dépèche qui avait annoncé au gouvernement la chute de Varsovie était datée de Berlin, le 3 mars. Nous recevons aujourd'hui la Gazette d'État du 4 : elle donne des extraits # des journaux de Varsovie du 28 février, et il n'y est nullement question de la capitulation de cette ville. La Gazette d'État est le journal officiel de la cour de Berlin. 11 semblerait bien étonnant qu'une nouvelle aussi importante et aussi agréable au cabinet prussien que celle de la soumis-' sion de Varsovie, n'eut pas été communiquée à la Gazette d'État, si elle était déjà parvenue à Berlin; le rapprochement des dates laisserait donc quelque espoir; mais comme les journaux polonais conviennent qu'une partie de l'armée des patriotes a repassé la Vistule , il est évident que la bataille du a5 a été perdue , et que des

a renforts arrivant aux Russes, la Pologne n'aura

« pu soutenir une lutte trop inégale. Dans deux ou

«trois jours tout sera é(3airci.

«En attendant, la sympathie de la France pour

uses malheureux alliés se prononce à chaque ins-

ii tant avec une nouvelle énergie. Hier au soir , ont « eu lieu devant l'hôtel de l'ambassade russe des « démonstrations fâcheuses ; car , quelle que soit « la conduite d'un gouvernement , son ambassa- « deur doit toujours être environné d'égards. Aujourd'hui, sur plusieurs points de la capitale, t des groupes de citoyens ont manifesté quelquetfois, dit-on, avec un peu de tumulte, leurs re- «grets pour la Pologne et pour la France. Des « cris de guerre et de vengeance ont retenti de « toutes parts.

« Ces nouveaux symptômes d'un désaccord com- «plet entre la marche de l'administration et les • vœux du peuple, devraient faire sentir enfin « combien il serait urgent de ramener Tordre en «ramenant la sécurité par un changement de •« système. Eh bien ! que fait-on ? On balance en- «core, comme il y a huit jours, entre un ministère recomposé par MM. Laffitte et Soult, et un « ministère que M. Casimir Périer formerait pour «le présider. On dit même que la cour penche « vers cette dernière combinaison , et ce qui scm- « blerait le prouver, c'est la destitution de M. Comte, « c'est l'arrestation d'un grand nombre de patrio- «tes de juillet. Un instant de réflexion suffirait « cependant pour apercevoir les conséquences d'un «pareil choix.

«Un ministère Casimir Périer, cest-k-dire un

« ministère appuyé sur les centres et composé ou «dirigé par des doctrinaires, serait, dans les cir- « constances présentes, la ruine de la patrie. Ce se- « rait une déclaration de guerre formelle à la ré* «volution de juillet et à tous les hommes qfti y « ont pris part, soit à Paris, soit dans les province ces : or, quand les ennemis s'avancent sur toutes «nos frontières, de quel nom appeler une telle a déclaration ? il n'y en a que deux , on peut choi- «sir: folie ou trahison.

« Un ministère Laffitte et Soult pourrait au cou* « traire affermir le gouvernement. Si ces deux mi- «nistres, rompant hautement et à toujours avec aies idées du cabinet actuel, s'associaient de vrais « patriotes ; si cette nouvelle administration prou* « vait à l'instant par des actes quelle s'associe au « vœu national, et en prépare le triomphe; si dans* a ses relations avec les cours étrangères le gouver- « nement brûlait ses vaisseaux et ne se laissait plus, a comme Cortez, d'autre ressource que la vie* « toire, la confiance renaîtrait , et avec la confiance « le calme ; les divisions qu'ont semées les doctrinaires, au lieu de produire la guerre civile, a s'effaceraient tous les jours; et alors, tous réu* « nis pour la défense d'une révolution dont on a sentirait enfin-quelque bienfait , nous pourrions a encore repousser l'Europe et ne pas voir* une « troisième fois les Russes à Paris.

. «Qu'on y songe! Cela, ce me semble, en vaut « la peine. »

11 Mars 1831.

DISPOSITIONS DE l' AUTRICHE.

« Voici comment s'exprime, sur les disposition* «de l'Autriche, le Messager des Chambres, que, « certes , pn n'accusera pas d'être alarmiste ou en- « nemi du ministère ;

Au sujet des dispositions de l'Autriche, nous pouvons dire pour notre part que nous avons vu un voyageur arrivant de Constantinople pftr terre, et qui a traversé toute la monarchie autrichienne, où il a vu un très grand développement de préparatifs militaires contre la France , d'après l'opinion universelle des officiers et des bourgeois»

La landwehr est réunie et continuellement exercée, infanterie, cavalerie et artillerie. L'eSprit dés peuples est travaillé contre la nation française avec beaucoup d'énergie et de sucées. On nous représente comme livrés à toutes les horreurs de 93 , pillant les églises , abattant le* croix , incarcérant les prêtres , voulant , non £hl8 seulement comme dans la première révolution ,

( <56 ) le renversement des trônes et des autels, mais encore celui de la propriété , et marchant enfin â la décomposition entière de tout ordre social (j). Ces monstruosités obtiennent un crédit complet dans les deux tiers des pays soumis à la domination autrichienne, où, comme on sait, il n'y a point de presse pour détromper les esprits. De là résulte une espèce d'enthousiasme patriotique parmi ces peuples pour la cause de leurs foyers, de leurs croyances et de leurs propriétés, qu'on leur dit menacés d'une épouvantable subversion , et le gouvernement opère ses levées d'hommes et d'impôts avec le plus grand succès. Nous livrons ces faits, dont nous affirmons

(i) Des brochures composées à Vieune représentent la doctrine saint-simoniste (sans la faire connaître ni même la nommer) comme, étant la doctrine fondamentale de la nouvelle révolution française, et celle que notre nation -voudrait faire prévaloir par la force des armes dans toute l'Europe.

On conçoit qu'il est facile aux gouvernemens absolus de nous représenter comme des désorganisatenrs effrénés , en confondant avec nos vrais principes de liberté et de gouvernement représentatif les prédications d'une secte isolée qui enseigne le partage des biens, ou du moins l'abolitiou de toute propriété héréditaire, et qui inscrit sur sa bannière que les institutions sociales doivent avoir pour principal but l'avantage de la classe la plus pauvre.

Nous ne prétendons pas discuter ici cette doctrine ni la pureté d'intention de ses apôtres. Nous constatons seulement cette remarque, qu'elle sert de préjexte aux gouvernemens absolus pour créer en leur faveur un nouveau genre de patriotisme fondé sur la con-. servation d'un ordre social européen dont la propriété est la base,

(Note du Messager.)

lu Certitude, aûk méditations de rida hôrtttrtea d*É<tat qui peuvent les comparer aux renseignement fournis par les agens diplomatiques*

« Ce que le Messager appelle avec raison de* a monstruosités, a été dit par les journaux du juste- « milieu , dès le mois d'août, c'est-à-dire à une épo- «que où les prétextes donnés maintenant à la «mauvaise foi, par l'irritation qu'ont produite « sept mois de déception , n'existaient pas encore; « à une époque où le peuple avait témoigné le « plus grand respect pour tous les signes religieux, «où les patriotes demandaient seulement qu'on «daignât consulter le vœu national légalement «émis, et où les plus ardens parmi eux n'avaient «jamais pensé qu'à remettre la suprême magis- « trature à un vieillard connu des deux mondes par «sa modération et par sa bonté, autant que par « son patriotisme.

«Il est vraiment glorieux pour les ministé- «riels du 7 août, d'avoir devancé, dans leurs vé- « ridiques colonnes, les mensonges que répandent «nos ennemis pour irriter les peuples contre la «France, mensonges que les scribes de la coalition n'ont osé répéter que lorsque Texaspé- « ration du peuple, chaque jour accrue par les «actes funestes du pouvoir, a porté quelques tê- « tes fausses à se séparer, ou plutôt à sembler, dans «des discours irréfléchis, se séparer des patriotes

« dévoués avant tout à la sécurité générale et an « véritable ordre public , pour embrasser des théo- « ries absurdes , ou réveiller des souvenirs san- « glans. »

12 Mars 1831.

INCERTITUP5S SUft U FORMATION DU CONftfU»

« Les exemplaires de la Tribune ont été encort «aujourd'hui arrêtés à la poste et saisis dans nos «bureaux. Il paraît que M. Persil nous garde pour « chaque semaine une saisie et deux procès.

« M. Persil vient d'être nommé membre de la Lé» «gion-d 'Honneur.

« Ce redoublement de haine contre un journal «autour duquel se rallient tous les patriotes qui «ont fait la révolution de juillet , et tous les hom- «mes qui, soit à Paris, soit dans les provinces, « sont décidés à opposer une généreuse résistance «à la troisième invasion, s'allie parfaitement avee «la reconnaissance du droit d'intervention de «l'Autriche dans les affaires de l'Italie, avec la « dispersion des réfugiés piémontais , avec les arrestations des citoyens assez mal avisés pour «remplacer, au 29 juillet, le drapeau blanc des «Tuileries par le drapeau tricolore, avec les baîon*

( 159 ) a nettes dirigées contre des jeunes gens réunis « pour aller féliciter un digne magistrat. Il y a de- «puis plusieurs jours quelque chose de convul- «sif dans toutes les démarches du pouvoir. Ces « convulsions annoncent-elles l'agonie d'une faco tion incompatible avec la défense nationale , ou «bien présagent-elles la mort prochaine de la « France de juillet ? Il paraît que ce n'est pas ena core décidé. Les bulletins qui se succédaient aujourd'hui très rapidement , comme dans toutes a les maladies graves , indiquaient tantôt quelques «lueurs d'espoir, tantôt des symptômes immi- « nens de dissolution et de gangrène; un moment « c'était un ministère Laffitte , Eusèbe Salverte , «Mauguin; une heure après c'était un ministère aPérier et Decazes. Les deux drapeaux luttent en- « core.

« Que Pieu sauve la France !

«Il y a eu de nouveaux troubles à Paris; mais a un simple récit des faits , sans la moindre ré- « flexion , est réputé séditieux, et il vaut mieux se « taire que mentir.

IIHI ■»»*■——»

13 Mars 1831.

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