LA REVOLUTION DE 1J
par des élections immédiates, par des lois, la propagande de l'esprit nouveau. Les autres au contraire, convaincus que Tardeur des innovations offrait autant de périls que le respect des traditions offrait d'avantages, n'aspiraient qu'à continuer, sous la loi d'une charte revisée, appropriée aux besoins du moment, sous l'égide d'un prince libéral et éclairé, la monarchie constitutionnelle, en l'améliorant peu à peu.
Ces deux tendances contradictoires éclataient partout : dans les conseils du roi, dans les chambres, dans le ministère, avec la courtoisie que les hommes bien élevés se doivent entre eux, mais avec un entêtement qui ne voulait rien céder des exigences de chacun ; dans la presse avec une passion acerbe et surexcitée sans cesse par les mille incidents de la vie publique; dans la rue, avec les violences déclamatoires, dont la misère des classes laborieuses était le prétexte.
A côté des ambitions déçues et des cupidités désappointées, qui se cachaient dans les revendications des uns, existaient des opinions sincères autant qu'ardentes; beaucoup d'orgueil, une confiance exagérée en soi. inspiraient la résistance •If'S autres, mais aussi la conviction «pio la sécu-
LA PEINE DE MORT. l"il
rite n'est pas moins précieuse à une nation que la liherté. En un mot, il y avait d'une part la politique du laisser aller, qui s'attachait à favoriser cette tendance à faire table rase des anciennes institutions, que représentaient Dupont de l'Eure dans le conseil, La Fayette à la tête de la garde nationale, Odilon Barrot à la Chambre; d'autre part, la politique libérale et autoritaire, qui comptait parmi ses partisans, séparés entre eux, d'ailleurs, par bien des nuances, des hommes tels que Guizot, le duc de Broglie, Mole, Casimir Perier, Dupin, d'autres encore à qui la révolution de 1830 s'était imposée comme une nécessité sans qu'ils l'eussent souhaitée, mais qui, l'ayant fait tourner au profit du régime constitutionnel et d'une dynastie nouvelle, entendaient la défendre contre les fauteurs de désordres et les propagateurs d'anarchie.
Entre ces deux partis, composés, l'un de révolutionnaires ou de dupes, l'autre d'hommes avisés et politiques, le choix du roi était fait. Louis-Philippe pensait comme le second et luttait, autant qu'il le pouvait, contre le premier. Chaque jour, et plus l'opposition démocratique s'affirmait, plus elle trouvait en lui un adversaire prudent, mais
172 LA RKVOLITION DE 1830.
it'-snlii. !,(• (lisst'iilimcnt (juc nous siijiialoiis et «jui iTiiconlrail dans los i-ucs, «l(tiil il IrcuiMail I»' rejios, (les rclios ln'iiyants et lirvreiix, s'accriil an moment où commença à sinsirnire le procès des ministres.
Sur ce point, le roi et son conseil «Haient d'accord. Ils voulaient, les uns et les autres, sauver la vie des accusés, certains, selon le mot de Guizot, « qu'il n'y avait ni dans l'àme de ceux-ci la perversité morale sans lacjuelle la peine de mort est une odieuse iniquité, ni dans leur condamnation l'utilité sociale qui doit s'ajouter à la perversité <le l'accusé pour (jue la peine de mort soit légitime ». Mais, le sentiment puldic leur était en majorit('' conliaire. Dans la jxqinlation (|ui avait pris part au renversement de Charles X, dans la garde nationale, dont cette |>opulati(>n remplissait les rangs, les cœurs frémissaient encore de la colère qu'avait soulevée les ordonnances de juillet, des p«''rils qu'avait scnn's pai'tonl la lutte, des sacrilices douloureux (juavail coùti'S la victoire, et l'on se demandait si le droit vioh' et le sang versé resteraient sans (expiation.
(^e sentiment éclata surtout quand, dans la Cliamlire des députés, la nécessité d'abolir la