CONCLUSION
C'est dans ce sens civilisateur et chrétien que le pouvaient prendre nos prédécesseurs qui, prêtres, gentilshommes, bourgeois et paysans, inspirèrent les rédacteurs des Cahiers de 1788.
Mais comme toute réforme part de la critique et va à la destruction, le mot reçut, à Fuser et au milieu des expérimentations fiévreuses de 1790 à 1794, une autre signification qu'il a définitivement acquise.
Révolution, c'est aujourd'hui une sorte de religion confuse, mêlée de fanatisme féroce et de scepticisme aveugle, dont le dogme suprême paraît être Tadoration de chaque homme par lui-même.
C'est un fétichisme philosophique qui se compose d'une affirmation : La Révolution est supérieure à toute religion, à toute morale, à tout raisonnement, à la conscience humaine, à la tradition civilisatrice. Evangile à l'usage de la populace, elle annonce que le nombre crée tout droit, annule tout devoir* Elle n'admet aucune base à la morale, n'accorde aucune solidité aux droits acquis ; et voyant un obstacle en tout ce qui est continu dans une nation, elle tend à desserrer les liens de la famille comme à éteindre les ardeurs du patriotisme. Eternellement fiévreuse, ou plutôt ne sortant de la fureur que pour se recueillir dans l'hypocrisie; s'alliant à ce qu'il y a d'obscur dans l'intelligence, à ce qu'il y a de bas ou de vicieux dans l'âme; tenant pour respectable tout appétit pourvu qu'il soit effrayant, pour praticable tout rêve pourvu qu'il soit monstrueux, pour divine toute revendication pourvu qu'elle soit destructice, elle ne permet à aucune société de se reposer un instant, à aucun homme de promettre à ses enfants ses biens, sa foi et la liberté.
Tel est le caractère que l'histoire de ces quatre-vingts dernières années a attribué à la Révolution. Elle Tavait déjà en l'an II.
Ou a pu remarquer que je me suis efforcé de ne
pas employer Iqs mots républicain^ démocrate on tous autres que Ton prend généralement pour des équivalents de révolutionnaire*
Je n'avais pas à écrire une œuvre de politique, mais un ouvrage d'histoire, et je l'ai composé aussi impartialement qu'il est possible de faire à un homme qui a déjà beaucoup écrit et réfléchi. Je n'ai pas vu, en étudiant la chronique de Tannée 1794, qu'il s'agît d'une lutte entre la monarchie et la république. Dès lors, je n'avais à m'occuper ni de Tune ni de l'autre.
Ce n'est point exactement parce que Robespierre était républicain que sa chute a été regardée comme un des plus grands bienfaits que la Providence pût accorder à la France, mais parce qu'il était Révolutionnaire, et encore non pas le plus intelligent, mais le plus entêté des Révolutionnaires.
Nous avons vu comment cet homme vraiment probe porté vers la vertu, par son instinct naturel, tomba à ce point que chaque accroissement de sa puissance était accompagné d'un redoublement de tyrannie féroce.
Ainsi se parant obstinément de cette dégradation politique, intellectuelle et morale comme d'une vertu émanée de la divipité nouvelle, il sut se faire le grand, le seul prêtre de la religion révolutionnaire.
C'est par là que nous avons été amené à étudier de concert la biographie de Robespierre et l'histoire de la Révolution de Thermidor. C'est ainsi enfin que la suppression de ce petit être jadis si ridicule se trouve être l'un des immenses événements de la République française.