LIVRE DEUXIÈME
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Cette cause, malheureusement très-peu aperçue, quoiqu’elle soit on ne peut plus apparente, qu’elle ait été mainte fois signalée, et que, pour mon compte, depuis plus de trente ans, je n’aie cessé de dénoncer et de poursuivre le travers détestable d’esprit et de mœurs au fond duquel elle réside , et de montrer ce que ce travers, pernicieux à tant de titres, a de particulièrement désastreux pour la paix publique et pour la sûreté du gouvernement; la cause qui fait qu’il ne peut plus exister parmi nous d’établissement politique un peu durable ; la cause qui , depuis moins d’un demi-siècle, à des intervalles de douze, quinze, dix-huit années, a successivement culbuté les uns sur les autres tous ceux que- nous avons essayé de fonder; cette cause, voudrons-nous enfin le comprendre? cette cause est dans l’idée erronée et vicieuse que notre nation se fait de l’objet même
du gouvernement, et dans la nature des avantages que prétend en tirer à peu près tout le monde.
Il est des pays, je puis citer l’Angleterre et mieux encore les États-Unis, où les citoyens de toutes les classes ne demandent guère au gouvernement que deux choses : de (a sécurité et de la liberté; c’est à-dire qu’il les protège le mieux et aux moindres frais possibles contre toute espèce d’agression, d’injure, de dommage, de prétention ou d’entreprise injuste, et que du reste il ne se mêle de leurs affaires que le moins qu’il pourra ; qu’il ne s’en mêle que pour réprimer ce qui pourrait s’y manifester d’actions répriraables ; qu’il les laisse d’ailleurs à leur libre arbitre, à toute leur spontanéité; qu’il leur abandonne aussi entière que possible la responsabilité de leur existence. Je ne prétends pourtant pas que les choses s’y passent littéralement ainsi , et que l’action du gouvernement s’y borne uniquement à administrer à tous une bonne et impartiale justice : j’aurais, si je voulais énumérer tout ce que le gouvernement , en Angleterre et même aux États-Unis, est d’ailleurs chargé défaire, à entrer dans des détails assez longs. Mais enfin il n’en reste pas moins vrai que dans ces pays, si pleins de vie, de sève, de mouvement, de féconde activité, dans ces pays les plus paisibles et les plus prospères du monde, ce que les citoyens demandent essentiellement et presque exclusivement aux pouvoirs publics , c’est, en les mettant autant que possible à l’abri de toute entreprise injuste, publique ou privée, intérieure ou étrangère, de les abandonner d’ailleurs à leur propre responsabilité, et, par cela même qu’ils sont responsables, de les laisser libres, de laisser largement et franchement ouvert devant eux l’accès, sans exception, de tous les