‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 15 sur 111 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

cours enfin de tous ceux qui , ne demandant pas de fonctions, veulent au moins que, par forme de compensation, la communauté se charge d’encourager leurs entreprises particulières, d’en préparer le succès, d’en réparer les échecs, d’en accroître les profits par toute sorte de privilèges iniques.

Depuis soixante ans que nous sommes en révolution, nous n’avons pas encore eu la bonne fortune, et il y a malheureusement de bonnes raisons pour cela, de mettre la main sur un gouvernement assez sensé pour comprendre ce qu’il y a d’immoral et de pernicieux dans ces tendances, ou assez honnête et assez ferme pour entreprendre sérieusement de les corriger. Bien loin de là, nos divers régimes, et ceux notamment dont l’organisation a revêtu les formes les plus régulières, l’empire, la restauration et la royauté de juillet, se sont appliqués, à qui mieux mieux, à favoriser ces dispositions perverses qui leur permettaient, tout en flattant la passion publique, de s’arroger toujours plus de pouvoir, de chercher à accroître de plus en plus leurs ressources financières, et ils n’ont pas paru douter un moment qu’en agissant de la sorte, ils ne fissent la chose la plus propre à les mettre en possession d’une forte et durable autorité.

De ces efforts successifs, persistants et toujours croissants vers un même but, est résulté l’établissement colossal, l’établissement sans pareil en aucun pays du monde , que nous nommons, en France, Y Administration, établissement qui a graduellement substitué sa malfaisante activité à toutes les autres, ou subordonné toutes les autres à la sienne ; qui a plus ou moins absorbé dans sa sphère d’action, non-seulenéroLOTion dd 24 réviUER. 4

ment celle des départements, des communes, et de la plupart des associations de toute espèce, mais, à beaucoup d 'égards même, celle des individus ; qui a transformé en services publics des branches de travaux considérables et nombreuses, appartenant sans conteste au domaine de l’activité générale et privée; qui a rétabli, en le modifiant, au profit de beaucoup d’autres, l’ancien régime des corporations, et livré à un nombre limité d’individus le monopole de ces dernières; qui n’en a pas pu souffrir, même dans le nombre de celles qui sont restées dans le domaine public, une seule de vraiment libre, une seule qu’il n’ait soumise, sous des rapports multiplies, tout en négligeant fréquemment de réprimer les écarts où elles peuvent toutes tomber, à des tutelles inutilement onéreuses et gênantes, dont l’objet le plus essentiel était de multiplier les offices susceptibles d’être offerts à l’esprit de sollicitation.

Je voudrais pouvoir montrer quelle est la place qu’il est parvenu à usurper, par ces divers moyens, dans le vaste ensemble de nos travaux de toute espèce, matériels et immatériels, et faire suffisamment comprendre de quel immense et inextricable réseau d’entraves se compose, à l’heure qu’il est, ce que nous appelons en France la liberté de l’industrie. Je ne puis entrer ici dans ce détail mais un résumé, en quelques lignes, du progrès qu’ont fait, en moins de cinquante ans, nos dépenses publiques, pourra

* Je l'ai fait ailleurs, dans un ouvrage étendu sur la Liberté do TRtviiL, où ont élé successivement abordés tous les grands ordres de travaux qu’embrasse dans son cadre l'économie naturelle de la société, et où j'ai eu occasion de faire connaître le régime auquel chacun de ces ordres de travaux a été soumis par notre législation administrative.

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