LIVRE DEUXIÈME
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sonnel de l’empire et de la révolution, la royauté de juillet a dû rappeler ce personnel qui avait puissamment contribué à la fonder, et le substituer à celui de l’ancien régime : c’était, en quelque sorte, l’objet essentiel de son établissement, la condition même de son existence ; et, toutefois, de la masse d’hommes qui sont aussitôt accourus pour recueillir l’héritage du parti qu’elle venait d’éconduire, elle n’a pu employer qu’une très-faible portion. De là l’origine presque immédiate de deux partis qui se sont dressés contre elle, et qui, malgré la violente opposition de leur nature et la dissidence non moins vive et non moins profonde de leurs affections et de leurs idées, ont bientôt uni leurs efforts pour la détruire. A la tribune , dans la presse, dans la rue, elle a eu à soutenir contre ces deux partis dix-huit ans de luttes acharnées; et si, dans ces luttes, où elle fut si longtemps heureuse, elle a fini par succomber, c’est qu’à force de céder aux exigences déréglées de tout ce qui était lié à sa cause, elle a fini par donner contre elle-même de justes griefs à ses ennemis, par exciter la désaffection et le dégoût de la partie saine de la nation et par ruiner l’honnêteté et l’énergie de ses serviteurs mêmes.
Le tort commun à ces gouvernements, tous trois réguliers pourtant et véritablement amis de l’ordre , a été de croire qu’ils travaillaient à s’affermir en se créant de faux appuis, en cedant à d’immorales exigences, en se faisant un moyen d’influence du maintien d’une multitude d’abus. La monarchie de juillet, je suis forcé de le reconnaître, n’a pas été plus irréprochable, sous ce rapport, que ne l’avaient été la restauration et l’empire. Peut-être l’a-t-elle été moins.
Constamment placée entre les obsessions de la cupidité et les agressions de l’esprit de désordre, elle n’a pas su déployer contre les passions cupides à beaucoup près autant d’énergie et d’babileté qu’elle en avait longtemps montré contre les passions perturbatrices. C’a été là sa faute et aussi son malheur. Ouvertement tombée dans la corruption, elle y a perdu jusqu’à l’énergie dont elle avait besoin pour se défendre.
Je sais fort bien quelle est la puissance du travers public qui l’entrainait de ce côté. Combattre ce travers avec avantage lui eût été plus difficile encore, peut-être, que de lutter avec succès contre les désordres de la rue. Et pourtant la chose était à la fois possible et itidispensable : indispensable, car si l’on cédait au débordement des prétentions cupides, il était aisé de prévoir qu’on ne saurait bientôt plus à qui entendre, qu’on se susciterait toute sorte d'embarras, qu’on s’environnerait d’obstacles, qu’on se mettrait dans l’impossibilité de réformer aucun abus, de limiter aucune dépense, et que, pour se procurer un certain nombre de dévouements douteux, on courrait le risque de sc voir bientôt entouré d’une multitude d’hostilités violentes ; possible, car, si l’on s’adressait franchement au bon sens du pays et à ses sentiments honnêtes, on était presque assuré de trouver de l’écho. Il fallait s’armer d’intentions droites ; ne pas dissimuler les difficultés de sa situation; faire remarquer à quelles attaques d'un côté, et de l’autre à quelles obsessions on était en butte; faire de fréquents appels à l’intérêt éclairé du public; prendre dans cet intérêt un solide appui contre les intérêts particuliers et leurs insatiables exigences; montrer, sans précipitation, mais avec suite, par la