‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 27 sur 111 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

nique et le plus irrégulier. Voulons-nous donc que nos gouvernements n’aient jamais qu’une existence précaire? qu’ils se sentent perpétuellement menacés? qu’ils soient sans cesse obligés d’appliquer à leur propre défense un temps et des ressources qu’il serait si désirable de les voir employer au soin des intérêts communs? Si l’on se dispense envers eux de toute loyauté, peut-on espérer qu’ils se piquent d’une loyauté bien exemplaire; et croit-on qu’ils deviennent bien propres à maintenir la sûreté publique tant qu’ils ne pourront jouir eux-mémes d’aucune sécurité?

J’ai dit et je répète qu’il n’y avait pas le moins du monde, dans les maux dont on se plaignait, matière à révolution ; que toutes les garanties constitutionnelles étaient intactes, et qu’en admettant qu’on eût des abus à réparer, le pays, pour en avoir raison et y mettre ordre, avait dix fois plus de moyens qu’il ne lui en fallait ; que la grande affaire était de lui rendre ces abus sensibles, de lui faire comprendre à quel point ils étaient dangereux, à quel point étaient dupes, en particulier, les majorités électorales qui se laissaient entraîner à les appuyer de leur suffrage, et d’intéresser ces majorités à trouver des députés qui voulussent sérieusement les faire cesser.

J’ajoute qu’en admettant que certaines tendances du gouvernement avaient besoin d’être rcctiliées, le moyen qu'on a choisi pour cela était hors de proportion avec la fin qu’il s’agissait d’atteindre; que, pour réparer un mal qui ne présentait rien d’extrême, il n’y avait pas lieu d’en venir aux dernières extrémités, et que bouleverser de fond en comble toutes les institutions pour remédier à ce qu’il pouvait y

avoir, dans le pays, de corruption électorale ou parlementaire, c’était tenir une conduite à peu près aussi inintelligente que celle de cet ours de la fable qui écrase la tête de son ami pour avoir raison de la mouche qui l’empéche de dormir.

J'observe encore qu’en admettant qu’on pût dire, ainsi qu’on le faisait, que la révolution de 1830 avait livré le pays à une aristocratie nouvelle qui l’exploitait plus rudement que ne l’avait fait l’ancienne, et dont le gouvernement était d’un tiers plus dispendieux, rien n’était moins sage, pour mettre ordre à cela, que de recourir à une révolution nouvelle, et que si c’est dans cette vue que la population de Paris s’est décidée à prêter main-forte aux révolutionnaires de février, elle n’a guère fait preuve, dans cette détermination, du sens judicieux et avisé qui la distingue. Qui ne sait, en effet, que les révolutions sont une prime énorme offerte à certains aventuriers de la pire espèce et à toutes les espèces d’aventuriers ; qu’il n’est chose au monde qui soit plus propre à enflammer les passions cupides, à multiplier le nombre des ambitieux, à imprimer une direction déréglée à l’activité générale, à faire enfler outre mesure les attributions et les dépenses du gouvernement ? Et qui devrait mieux savoir cela que la population parisienne, qui a été, depuis soixante ans, témoin de tant de révolutions, et qui, à chaque révolution nouvelle, a vu fondre sur elle et sur le pays tant de nouvelles cupidités et s’accroître dans de si lourdes proportions la masse des charges publiques? Il faut croire que, lorsqu’elle a cédé aux détestables instigateurs du dernier bouleversement, elle n’avait pas présente à l’esprit la fable de ce certain renard blessé à la

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