LIVRE QUATRIÈME
nations graves. Elle était sans doute de bonne foi dans tout cela. Elle avait pu croire qu'elle servait le roi lorsqu’elle l’a forcé à dissoudre son ministère. Elle avait pu croire qu’elle servait la royauté lorsqu’elle a provoqué l’abdication du roi, et si ce dernier fait de l’abdication imposée au chef de l'Etat, profondément douloureux pour les plus loyaux de ses membres, ne l’a pas été peut-être au même degré pour tel et tel d’entre eux, qui pouvaient nourrir contre le vieux roi certaines rancunes, et n’étre pas fâchés de voir le règne de la régence arriver , au moins est-il certain qu’ils désiraient â peu près tous le maintien de la dynastie, et qu’ils croyaient fermement ne l’avoir pas cx>mpromise. Malheureusement , ils croyaient ceci sans avoir compté avec les chefs de l’intrigue révolutionnaire, qui ne doutaient pas, eux, qu’ils ne parvinssent bientôt à renverser la royauté aussi facilement qu’ils venaient de renverser le roi , et qui n’étaient malbeureusement que trop fondés à avoir cette confiance. A l’heure qu’il était, en effet, il ne restait plus guère autour d’eux rien qui ne fût en pleine dissolution : le ministère était congédié; la majorité parlementaire n’avait plus de chefs; l’armée, dispensée d’agir et autorisée à se retirer de la lutte, abandonnait ses armes à la sédition ; le roi avait dû abdiquer et quitter Paris. Seuls ils restaient debout, à celte heure suprême, activement et fermement unis en vue d’un but à atteindre, en présence d’un but presque atteint; et seuls, en réalité, ils se trouvaient en mesure de saisir le pouvoir. Ils ne comptaient pas, sans doute, pour accomplir ce dernier acte de leur entreprise, sur le concours du parti constitutionnel; mais ils s’inquiétaient médiocrement de la résistance qu’il
pourrait faire ; ils ne pensaient pas même qu’il eût le projet de résister, ni qu’il crût seulement en avoir besoin, tant il conservaitaufond do securité et de confiance! Ils comptaient bienréussird’aillcurs, par qucbjue diversion habile, à le distraire assez pour empêcher qu’il se préoccupât de tels soins, et qu’il songeât à semer des obstacles sur leur route. Ils nous ont appris eux-mêmes qu’ils faisaient épier ses mouvements et veillaient à ce qu’il ne fût pris aucune précaution en faveur de la régence. Ils faisaient conduire triomphalement à son ministère le premier ministre de cette régence, et tandis qu’ils l’environnaient d’une démonstration factice (ce sont eux-mêmes qui se sont exprimés ainsi), ils résolvaient â la hâte, dans un conciliabule secret, l’établissement de lu république, et ils manœuvraient avec tant d’impétuosité, qu’au moment où le ministre de la régence arrivait à la chambre, il trouvait déjà la régence désavouée, combattue, et au moment d’être supplantée par un gouvernement provisoire '. 11 ne manquait, en quelque façon, à ce revirement politique, que le fameux toitr de main qui devait le consommer. On sait avec quel soin les conjurés avaient préparé cette dernière scène. A la différence de
' Voir, dans le compte rendu de la séance de l’assemblée nationale, <lu 2i moi dernier, les révélations singulières faites par M. Ledru-RoHin. Il n'csl rien dit, dans ces révélations, du conciliabule où se décidait la république, peudaut que le ministre de la régence était conduit en triomphe au ministère de l’intérieur. Mais l’existence de ce conciliabule, tenu à la chambre des députés dans l’intervalle qui sépara l’abdication du roi de l’ouverture de la séance où fut combattue et renversée la régence, est un fait historique qui n’est pas susceptible de contestation, non plus que le nom du personnage qui proposa le premier, et réussit ù faire adopter, dans cette réunion, la substitution à la royauté des formes républicaines.