‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 44 sur 111 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

h sa place aussi on s’est chargé de ne plus vouloir ce qui avait précédé; et les casuistes de la révolution, comme si nous n’avions pas aussi bien qu’eux le droit d’être parjures, ou si nous n’étions pas capables de nous parjurer tout seuls , même après l’éclatant exemple qu’ils venaient de nous donner, craignant sans doute qu’on ne se tînt pas pour suflisamment autorisé par cet exemple et espérant mieux d’une décision ad hoc, après avoir , autant qu’il était en eux, brisé les liens matériels qui nous attachaient au précédent gouvernement, se sont mis en devoir de délier aussi nos consciences, et ont pris la peine de décider par décret que nous étions dégagés de tout serment envers les institutions qu’ils venaient de démolir ^

II semble que tant de précautions et de prévoyance auraient dû suffire pour rassurer les triomphateurs et leur inspirer quelque foi dans la durée de leur ouvrage. Loin d’être tranquilles, ils s’inquiétaient même de l’assentiment apparent du pays. Cet assentiment les étonnait, les irritait presque; ils ne le pouvaient croire sincère; ils n’admettaient pas que la république se pût établir sans un peu de terreur, et ils sentaient bien que celle qu’ils avaient si singulièrement improvisée devait nécessairement soulever des résistances. Ils furent au-devant de ces résistances, qu’ils pré-

* Bulletin des lois de la République , n° 1, p. 8. — Cette entreprise sur le for intérieur, cet acte par lequel la dictature de février avait prétendu dégager la conscience des hommes publics des liens où elle pouvait se croire retenue, est certainement un des traits par où s’est le plus trahie l'inexprimable impudence de l’esprit révolutionnaire de ce temps, esprit moins violent encore qu’il n’est cynique, et plus remarquable par l'immoralité que par la cruauté.

voyaient ; ils les provoquèrent , et ils entreprirent de les vaincre avant même qu’elles se fussent manifestées.

Pour cela ils envoyèrent, dès les premiers moments, des commissaires politiques en grand nombre, avec la mission non dissimulée de forcer l’assentiment public, de le soumettre violemment à la république projetée, et de faire sortir des élections, par tous les moyens, une assemblée nationale qui l’appuyât, telle qu’ils le voulaient faire. Le choix des hommes fut merveilleusement approprié à la nature du mandat. Les instructions données ne le furent pas moins bien au choix des hommes Vous avez, leur écrivait-on , des pouvoirs illimités. Agents d’une autorité révolutionnaire , vous pouvez agir révolutionnairement. Vous êtes autorisés à destituer tout le monde, préfets, sous-préfets, maires, conseils municipaux, juges de paix. Bien plus , il vous est permis de suspendre les magistrats inamovibles, depuis les juges du plus petit tribunal jusqu’aux premiers présidents des cours souveraines; votre devoir est de ne rien négliger de ce qui peut assurer le résultat des élections. Elles sont votre grande œuvre. Nonseulement vous devez agir sur elles , mais vous devez agir résolument; vous le devez sous peine d’abdiquer et de trahir. Ne craignez donc pas de parler haut et ferme. Refusez votre appui à tout candidat douteux; n’admetlez sur les listes que des candidats de l’opinion républicaine : ni complaisance , ni transaction : que le jour des élections soit pour la révolution un jour de triomphe ! Si la vérité démocratique et socialiste ne sortait pas triomphante de cette opération , il ne resterait qu’une voie de salut au peuple qui a fait les barricades : manifester une seconde fois sa volonté,

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