‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 6 sur 111 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

troupes, qu’il s’en remettait, pour la police de la ville et pour sa propre sûreté, au zèle de la garde nationale; elles troupes, en effet, comme si on avait voulu livrer passage à l’émeute, avaient été retirées presque aussitôt qu’envoyées. Ce que voyant, et se sentant animée à ce spectacle d’un surcroît d’excitation d’autant plus grand que le péril devenait moindre, l’émeute a marché vaillamment sur les Tuileries, où elle est entrée au bout de peu d’heures, et où, à la rigueur, elle aurait pu arriver sans coup férir. Seulement, croyant avoir besoin, pour rendre son invasion plus facile, de laisser éclater sur son passage le bouillant courage qui l’emportait, elle a imaginé, chemin faisant, de se ruer avec toutes ses forces sur le poste qu’occupait au Châteaud’Eau, place du Palais-Royal, un détachement de gardes municipaux et de soldats du 14® de ligne, et, après avoir fraternisé avec la troupe qui occupait les cours du palais, et s’étre établie dans la cour d’honneur, en face du poste qu’elle voulait prendre, elle s’est mise en devoir de l’assiéger, bientôt après d'y mettre le feu , et elle a fini par s’en emparer, après y avoir tué, asphyxié ou pris un certain nombre d’hommes. Mais, sans ce combat, ignoble à force d’être inégal, et où il n’y a eu, de toute manière, d’honneur que pour les vaincus ; sans ce combat, dont les chefs de l’émeute se seraient sans doute épargné la honte, s’ils n’avaient cru en avoir besoin pour entretenir au château une certaine émotion et y faciliter le travail de l’abdication et du départ du roi, elle y serait, je le répète, entrée sans tirer un coup de fusil ; et j’ajoute que le roi étant parti quand elle y est arrivée, et les troupes qui défendaient l’approche de la demeure royale s’étant également retirées,

elle a pu y pénétrer, en effet, sans éprouver de résistance d’aucune espèce. J’ajoute encore que, bientôt après, elle n’a pas eu plus de peine à envahir la chambre qu’elle n’en avait eu à s’emparer du palais du roi ; qu’elle a pu passer sans la moindre difficulté au travers des troupes qui cou-> vraienl la place de la Concorde ; que sa seule prouesse de ce côté a été d’exterminer, sans plus de nécessité que de péril, un poste de quelques gardes municipaux, qui stationnait dans l’un des angles de la place, à l’entrée de la rue des Champs-Elysées, et qu’elle est arrivée au sein de la représentation nationale sans avoir rencontré l’apparence d’un obstacle sur son chemin. Pour donner, au surplus, une idée des efforts qu’elle a eus à faire, et que la victoire a couronnés, il suffit de dire qu’il n’a pas été tiré contre elle un coup de canon, et que la garde municipale, sur qui s’est épuisée sa fureur, et la seule troupe à peu près avec qui elle ait eu affaire, a eu seulement onze hommes tués, cinq blessés à mort qui ont succombé à leurs blessures, et trente blessés moins grièvement : en tout quarante-six hommes atteints ^

Il n’est donc pas de bonne volonté qui pût découvrir dans les succès militaires obtenus par la sédition le 24 février une explication tant soit peu raisonnable du dénoûment lamentable de cette journée. Il n’y a, quoi qu’on fasse, aucun moyen de donner {> ce dénoûment une interprétation le moins du monde héroïque. Les faits résistent obstinément. On ne saurait apercevoir de victoire où il n’y

* Je puise ces détails dans le relevé fuit au ministère de la guerre que j'ai cité plus haut (voir la note de la page 14).

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