‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 63 sur 111 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

a été réduit le travail est dans la masse des ouvriers qui ont dû sortir des ateliers, et qui se sont trouves sans ouvrage. La désertion, il est vrai, avait commencé par être calculée et volontaire ; mais elle a bientôt fini par être forcée, et il résulterait de certaines observations qui ont été faites à la tribune par un ancien ministre des finances du gouvernement provisoire, qu’il n’y avait pas hors des ateliers, au plus fort de la crise, moins de cinq cent mille ouvriers désoccupés. Les ateliers nationaux de Paris n’en comptaient pas à eux seuls, un moment a été, moins de cent vingt-cinq mille.

Les suspensions de payement et les banqueroutes indéfiniment multipliées qui ont suivi cette interruption du travail et de la vente n’ont pas été un fait général moins notoire et qu’aient justifié des faits particuliers moins nombreux. Si l’impression de ces faits a pu s’affaiblir dans quelques esprits; si elle n’y est pas suffisamment entretenue par le discrédit qui règne encore et par la difficulté qu’il y a toujours d’être payé, il ne faut, pour l’y ranimer, que rappeler ces terribles bulletins de la bourse de Paris, qui, du commencement de mars à la fin d’avril 1848, n’avaient cessé d’annoncer des catastrophes commerciales. Dès le 10 mars, les caisses Gouin, Baudon, Ganneron avaient succombé. La chute de ces comptoirs avait été précédée de celle des maisons de banque les plus importantes, et, chaque jour, cet ordre capital d’établissements avait eu à enregistrer quelque désastre nouveau. Après les faillites des banquiers, étaient venues celles des négociants et des chefs de fabrique. On avait vu , à Paris , les maisons livrées à certaines branches de commerce, jusqu’alors des plus fructueuses et des mieux établies, donner l’exemple d’une

liquidation presque générale ; et, dans beaucoup d’autres genres de négoce, les maisons les mieu.x famées, obligées de s’arrêter dans la voie de sacrifices auxquels elles ne voyaient pas de terme, entrer également en liquidation. La débâcle était devenue ii peu près universelle ; et, quoique le marché de Paris fût de tous le plus bouleversé, les nouvelles qu’on y recevait des autres grands centres* manufacturiers et commerciaux n’étaient guère plus satisfaisantes. Pour se faire une idée de l’étendue de cette subversion et de cette généralité de l’état de faillite où était tombé le commerce, il suiHt de remarquer qu’il commençait à peine, au bout de douze mois, à se relever du discrédit qui l’avait frappé alors ; que, très-récemment encore, il ne se faisait, pour ainsi dire, d’affaires qu’au comptant; qu'il n’y avait pas de maisons assez sûres pour voir accepter au loin leur papier, et que, pour faire toucher une somme à l’étranger ou sur quelque point éloigné du territoire, il fallait l’y envoyer en argent, comme aux époques les plus barbares et les plus reculées.

La profonde dépréciation des valeurs n’a pas été un résultat général, moins frappant, ni moins bien établi que les précédents, du discrédit soudain qui a suivi l’essai de république démagogico - socialiste. Cette dépréciation était inévitable, et il serait permis de croire que les auteurs et fauteurs de l’essai l’avaient fait entrer dans leurs calculs , puisqu’ils s’étaient réservé d’exproprier pour cause d’utilité publique, et au proBt des classes ouvrières, les ateliers dont la désertion des ouvriers aurait fait tomber la valeur. • Mais elle devait s’étendre à tout. Elle était la conséquence nécessaire de l’état d’inaction où l’on était tombé et qui

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