‹ La révolution du 24 février (volume 3)Chapitre 22 sur 112 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

mauvaises passions du pays; de généraliser, en l'avivant encore, son goût déjà si vif et si étendu pour la recherche des emplois et de tous les genres de faveur dont le gouvernement dispose ; de donner à ce travers le caractère d'une épidémie ; de le faire descendre des chambres dans les collèges électoraux, dans toutes les classes de citoyens, et de transformer les relations du pays avec son gouvernement en un système organisé de sollicitation universelle; d'en-

ou de permettre l'entrée de certains produits étrangers, etc , etc. ; et ce que le minisire appelait les droits et les libertés des citoyens, c'était le droit qu'il voulait qu'ils eussent de le solliciter, de le supplier d'user à leur profit de tous ces pouvoirs arbitraires. Le ministre ne voyait de corruption que dans l'usage illégal ou vénal qu'il pourrait arriver à des hommes publics de faire de ces pouvoirs abusifs, et, du reste, il ne trouvait rien que d'honnête et de régulier à ce que le gouvernement en fût saisi, et a ce que la population fût obligée de passer par ses mains pour jouir de certains avantages auxquels elle avait naturellement droit, etc. Il va sans dire que je vais plus loin dans ce que je dis de la corruption politique, et que j'applique ce mot au fait même de s'être emparé des pouvoirs dont je parle, ou de les avoir retenus dans ses mains, et d'avoir voulu faire dépendre, sans nécessité comme sans droit sous une multitude de rapports, le bieu-ètre des populations de la bonne volonté du gouvernement. C'est justement parce qu'il avait les mains pleines de ces dangereux pouvoirs, et que chacun voulait avoir sa part des innombrables faveurs dont ils lui permettaient de disposer, que le dernier gouvernement se voyait harcelé de tant de demandes, et soupçonné de ne pas faire de son autorité arbitraire un usage bien impartial et bien désintéressé. Dieu me préserve de croire qu'il en ail usé souvent comme des affaires célèbres ont prouvé qu'on l'avait pu faire quelquefois ; mais s'il avait la dignité de ne s'en pas servir dans un grossier intérêt de lucre, il a pu lui arriver de tenir compte, dans l'usage qu'il en faisait, de la ligne politique suivie par les impétrants, et c'était la de la corruption belle et bonne. Ce honteux moyen de gouvernement, au point surtout oû notre régime administratif en implique l'usage, sera pour tous les gouvernements qui l'emploieront une infaillible cause de raine.

traîner le gouvernement à se servir, pour se rendre les populations favorables, des innombrables moyens d'action dont il s'était fait investir ; et non-seulement de la distribution des emplois , mais même de ses attributions administratives de toute espèce, du droit de concéder des mines, de classer des chemins, d'autoriser des défrichements, de permettre des fondations d'entreprises théâtrales, et d'une multitude d'autres droits plus ou moins entachés d'usurpation et d'injustice ; de l'exciter à accroître sans cesse ces pouvoirs abusifs ; de l'accoutumer à ne se déterminer dans l'usage qu'il en faisait que par la considération de l'importance des personnes et des bons offices qu'il en pouvait espérer; et telles étaient à cet égard les habitudes prises, qu'on y cédait sans trouble et sans hésitation; on se croyait autorisé à cet égard à faire profession d'une certaine indulgence, d'une certane facilité de mœurs ; on tenait qu'il fallait passer quelque chose à la faiblesse humaine : il n'est pas douteux qu'on n'eût conservé le goût des hommes capables, mais il est moins certain qu'on eût retenu dans toute son intégrité celui des honnêtes gens ; peut-être, en leur qualité d'honnêtes gens, ne paraissaient-ils que médiocrement propres aux affaires, et je ne sais si, dans un certain monde, où une certaine habileté était fort en renom, on ne serait pas allé jusqu'à dire qu'un peuple n'avait pas besoin d'estimer son gouvernement.

On sent quel devait être, au milieu du relâchement général, l'effet de telles maximes, professées dans les régions supérieures de la société. Cet effet, hélas! dans les derniers temps de la monarchie constitutionnelle, s'est manifesté par une série d'actions coupables que je n'ai pas besoin de rap-

Page 1