‹ La révolution du 24 février (volume 3)Chapitre 41 sur 112 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

leurs compétiteurs de l'opposition, qui ne se gardaient pas plus que s'ils n'avaient eu rien à craindre, ils avaient concerté toutes leurs mesures comme s'ils n'avaient eu que les chances les plus incertaines de succès. Leurs acteurs étaient prêts et à leur poste. Quelques-uns devaient pénétrer dans l'enceinte de l'assemblée, à la suite de madame la duchesse d'Orléans, et, quand on proposerait la régence, protester violemment contre la proposition. D'autres, en plus grand nombre, arriveraient pendant le débat, forceraient l'entrée de la chambre, et soutiendraient par leur présence l'énergie des orateurs de la révolution. Enfin, une dernière bande, plus nombreuse encore, et commandée par des chefs résolus, viendrait, quand il en serait temps, mettre fin à la discussion, et, faisant irruption dans les tribunes, abaissant sur l'assemblée ses armes chargées, assurerait par cette vigoureuse démonstration une solution favorable. J'épargne au lecteur le détail de ces odieuses scènes, dont j'ai été, pendant plusieurs heures, le spectateur impuissant et indigné. Tout se passa comme il avait été convenu, et avec le succès qu'on s'était promis d'avance.

Voilà donc ce que venait d'amener l'opposition dynastique, avec son animosité contre quelques noms propres et son indifférence sur le choix des moyens à prendre pour parvenir à les faire écarter. Il s'agissait de culbuter les ministres, tout au plus, pour quelques hommes, de forcer l'abdication du roi, et Ton venait de fournir à une poignée de conspirateurs le moyen de jeter la monarchie par terre.

Il faut rendre à ces conspirateurs exercés la justice de reconnaître qu'ils avaient parfaitement compris le parti qu'il y avait à tirer, pour obtenir ce grand résultat, de la

situation où s'était placée l'opposition constitutionnelle, et qu'ils se sont très-habilement et très-puissamment aidés de son concours. Cela ne résulte déjà que trop clairement des choses qui viennent d'être dites. Ils ont pris eux-mêmes d'ailleurs le soin de l'en informer, et ils n'ont pas voulu qu'elle pût conserver à ce sujet le moindre doute. Ils lui ont hardiment révélé qu'il ne s'agissait pas à leurs yeux de faire preuve de probité, d'honnêteté, ce qu'elle avait soupçonné peut-être, mais d'être des hommes d'État, ce que probablement elle savait moins. Us ont voulu qu'elle apprît de leur bouche à quel point le ministère de M. Guizot avait eu raison de la semoncer, de la traiter d'aveugle, de lui dire qu'elle ne savait pas à quels ennemis elle avait l'imprudence de s'associer, et où la menaient les gens qu'elle consentait à suivre. Ils n'ont pas vu la moindre difficulté à lui confesser, en pleine assemblée nationale, qu'ils lui avaient fait faire pendant dix-huit ans le métier de dupe, et qu'ils s'étaient particulièrement joués d'elle dans les événements de février. H leur a paru piquant de lui apprendre comment, le 24 février, après l'abdication du roi , tandis qu'ils décernaient les honneurs du triomphe au ministre qu'elle venait de donner à la régence, ils décidaient secrètement et préparaient à la hâte, d'un autre côté, la substitution à la régence d'une république inattendue, lis auraient pu lui dire aussi comment et à quelle fin , le 23 février au soir, pendant la longue et lugubre scène qui avait suivi le coup de pistolet des boulevards, ils avaient fait faire une ovation à un autre futur ministre;pot<n/MOi' certains des leurs, ce même soir du 23 février, parlaient de l'avéncment possible de la régence avec tant d'enthousiasme et d'exaltation; quel art et quels

Page 1