LIVRE QUATRIÈME
donner la France; il faut indispensablement consulter le pays, le pays tout entier, la garde nationale tout entière ; » ces mêmes hommes, dis-je, tout à coup, sans consulter le pays, sans consulter même la ville de Paris, sans prendre seulement l'avis de cette garde nationale parisienne à l'appui ou à la tolérance de laquelle l'insurrection venait de devoir tous ses succès, aux seules acclamations de quelques centaines d'hommes exaltés, adoptèrent en principe la république et affichèrent dans Paris, dès le lendemain, sinon le soir même, une proclamation où l'on trouvait ces mots : Le gouvernement provisoire veut la république, et une déclaration ainsi conçue : « Le gouvernement provisoire déclare que le gouvernement actuel de la France est le gouvernement républicain *, *
A la vérité , ces pièces ajoutaient que « la nation serait appelée immédiatement à ratifier par son vote la résolution du gouvernement provisoire; » mais, outre que ratifier une décision prise n'était pas la même chose pour la France, dans la situation donnée surtout, qu'examiner et décider s'il y avait eu lieu de la prendre, ce droit de ratifier, qu'on voulait bien lui tenir en réserve, ne devait pas être respecté beaucoup plus longtemps que celui de résoudre, qu'on lui avait soufllé immédiatement après l'avoir reconnu, et, en effet, deux jours n'étaient pas encore écoulés que déjà on avait rendu toute ratification inutile, en proclamant officiellement la république et en déclarant toute royauté à jamais abolie * /
Aussi, dans tous les actes officiels où il s'agissait de cet
1 Bulletin des lois de la République, n° 1, p. 2. * ïbid., p. 12.
appel à la France, qui avait dû avoir pour objet d'abord de la faire délibérer sur le choix du gouvernement qu'elle voudrait se donner, et puis seulement de lui faire ratifier le gouvernement républicain qu'on avait choisi et proclamé sans elle, ne fut-il plus question de l'appeler désormais que pour organiser ce gouvernement; et c'est ainsi, par exemple, que, dans un manifeste du M mars, les membres du gouvernement provisoire, s'adressant aux électeurs du vote universel, et les entretenant de la haute mission qu'ils vont avoir à remplir, se gardent bien de leur dire : Vous allez choisir le gouvernement que vous entendez vous donner, ni même : Vous allez ratifier le gouvernement que nous avons choisi pour vous, car cette ratification pourrait entraîner une sorte d'examen, mais leur disent simplement: Vous allez organiser ce gouvernement, vous allez organiser la république; ajoutant modestement : Nous n'avons fait, nous, que la proclamer, et oubliant sans doute qu'ils ont pris aussi le soin de la vouloir en principe, de la décider en fait, et qu'ils n'ont pas souffert que la France se donnât pour tout cela la moindre peine
Ainsi, la nation, qui, au début de l'entreprise, devait seule choisir son gouvernement, réduite tout à coup à ratifier un gouvernement qu'elle n'avait pas choisi, a été bientôt dispensée de le ratifier, comme elle l'avait été de le choisir, et s'est vue réduite, en définitive, au simple droit de Vorganiser.
Là ne se sont pas bornés les soins qu'on s'est donnés pour elle. Non content de vouloir la république à sa place,
« Bulletin des lois de la République, n° 13, p. 123.