L1YRE CINQUIÈME
à Marseille, à Lille, dans tous les grands foyers de fabrication. Et notez que si l'on fuyait ainsi les ateliers particuliers, ce n'était pas toujours, il s'en fallait, par la difficulté d'y trouver du travail et d'y obtenir de bons salaires. Il a été parfaitement notoire à Paris, dès les premiers temps de la crise, qu'il y avait un bon nombre d'ateliers où le travail ne manquait pas, et qui n'en étaient pas moins déserts, dont les chefs avaient des commandes importantes , qu'ils auraient voulu pouvoir remplir, et qu'ils n'exécutaient pas faute d'ouvriers; que beaucoup d'ouvriers avaient abandonné des ateliers où on leur offrait des salaires de 4 , 5 , 6 fr. par jour, et qu'ils les avaient quittés pour aller se faire inscrire dans les ateliers nationaux, où ils ne gagnaient que de 1 à 2 fr. Il est donc bien certain qu'ils étaient déterminés par d'autres motifs que la difficulté de trouver de l'ouvrage, ou d'obtenir une suffisante rémunération, et ces motifs, où pouvaient-ils être, sinon dans les folles espérances dont on les avait bercés, et dans celle, entre autres, qu'on leur avait fait concevoir d'être bientôt mis en possession, comme propriétaires et comme associés , de ces établissements qu'ils avaient quittés avec tant de bâte comme ouvriers salariés et dépendants? Ces espérances déshonnêtes et irréalisables étaient chaque jour surexcitées par le socialisme, officiellement enseigné au Luxembourg devant les délégués des corps de métiers : enseignement artificieux et violent, que ces délégués allaient colporter ensuite dans les ateliers nationaux; que propageaient, avec des additions et des variantes sans fin , les clubs et les journaux démocratiques et socialistes ; qui étaient transmis aux populations ouvrières des départements par les courtiers électoraux et les nom-
breux émissaires politiques du ministère de l'intérieur ; et que le ministre de l'instruction publique, à son tour, s'efforçait d'accréditer par des livres élémentaires et familiers qu'il faisait distribuer gratuitement et par milliers aux instituteurs des campagnes, et dans lesquels on enseignait que l'État pouvait limiter comme il V entendait l'usage du droit de propriété; imposer toute sorte de conditions aux délenteurs delà terre; les grever d'assez lourdes charges pour les contraindre à l'aliéner et lui permettre d'en disposer en faveur de plus dignes ; restreindre le droit d'héritage beaucoup plus qu'il ne l'a fait; intervenir dans les conditions du travail et régler le taux des salaires ; borner la libre disposition des capitaux , en réduire l'intérêt au taux le plus bas, et faciliter ainsi aux pauvres gens le crédit dont ils avaient besoin pour s'enrichir, etc.
Tandis qu'on parlait ainsi , on mettait , du mieux qu'on pouvait, les actes d'accord avec les paroles. C'était à qui imaginerait, et toujours, bien entendu, aux frais des contribuables , des travaux publics susceptibles de remplacer les entreprises particulières , et d'être livrés à des agglomérations d'ouvriers, qui en recueilleraient le bénéfice comme associés. Il en était proposé de toutes les sortes : travaux d'irrigation , de dessèchement , de reboisement ; fabrications; créations d'ateliers ; établissements de comptoirs; avances de capitaux à toute réunion d'ouvriers asso-
1 Je n'ai pas sous les yeux, au moment où j'écris, le petit livre officiel publié sous les auspices du minisire de l'instruction publique tl'où sont extraites ces incroyables propositions ; mais je les prends dans les longs extraits qui en ont été lus à la tribune de l'assemblée nationale, le 5 juillet 1848. Voir le compte rendu de la séance de ce jour.