La Révolution en danger!
Lettre da Groupe étranger du Parti Communiste Ukrainien aux Communistes et Socialistes révolutionnaires de l’Europe et de l’Amérique et deux suppléments
Vienne-Kiew
Imprimerie Ignar Steinmann G. m b. H., Viérme IX.
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Lettre de Croupe étranger do Parti Communiste Ukrainien aux Communistes et Socialistes révolutionnaires de l’Europe et de l’Amérique et deux suppléments
Camarades,
La Révolution en Russie et en Ukraine est menacée d’un aüd danger. Et puisque cette Révolution forme une partie de ta Révolution universelle, toute la lutte pour la libération du prolétariat du monde est menacée. Par conséquent, chacun qui s. adopté l’idée de la Révolution socialiste universelle dans les :dées qu’il a du monde et de la vie, chacun qui a conformé ses ails et gestes à cette idée, chacun, dis-je, qui a à coeur •-iraJenreusemenf, sincèrement et activement, la victoire des classes opprimées sur les oppresseurs, porte la responsabilité du développement de la Révolution, la responsabilité de toutes
ses victimes, la responsabilité de tous ses succès et de toutes ses défaites. / , >
(Les! donc Je devoir de chaque révolutionnaire d envisager er < onnaissanee de cause, d’une manière attentive et réfléchie, tous les moyens et toutes les méthodes qui devront être employés pour la réalisation de la cause commune, pour la libération des asservis. On ne peut ni ne doit considérer la Révolution en Europe orientale comme une affaire qui ne regarde que la Russie et les Russes; c’est une affaire générale, et tous les révolutionnaires doivent un assumer la charge.
Pour cette raison, le Groupe étranger du Parti communiste ukrainien estime qu’il est de son droit et de son devoir d’attirer 1 attention des camarades européens et américains sur ce danger qtu menace en ce moment gravement la Révolution en Russie tl en Ukraine.
D où vient ee danger? En quoi consiste-t-il au fond?
Lès partisans et défenseurs du chef de la Révolution russe, <• osi-à-dire du Parti communiste russe, s’efforcent d’expliquer presque toutes les évolutions négatives en Russie en invoquant surtout le blocus de l’impérialisme occidental et la contrerévolution. S’il était possible, disent-ils, de faire lever le blocus, on serait en état de faire disparaître facilement les inconvénients de la vie économique, et de donner satisfaction aux masses populaires dont le mécontentement ne doit être attribué qu’à la situation économique en Russie; d’autre part, s’il n’y avait pas
de contre-révolution, maintes dispositions incisives d'ordre* politique, administratif et autres pourraient facilement être évitées
Dans un autre ordre d’idées, des contre-révolutionnaires de diverses nuances sociales et politiques, depuis les patriotes socialistes jusqu’aux ,,Cent noirs14 réactionnaires s’évertuent de représenter le Communisme et le système du pouvoir des Soviets comme la seule cause de la déplorable situation économique de Ja Russie et de l’Ukraine et du mécontentement des masses populaires. Avec cela, les idéologues de la contre-révolution énoncent une foule de faits et de phénomènes propres à discréditer la Révolution, le communisme et le gouvernement des Soviets non seulement aux yeux de la bourgeoisie du monde entier, mais aussi devant le prolétariat.
Les communistes, par contre, s’efforcent de nier ces faits par tous les moyens, de les cacher devant le monde et de les passer sous silence.
De cette manière, les deux groupes prétendent justifier leurs positions sociales sur la base du simple fait de l’existence ou de la non-existence de certains phénomènes. Et si la justesse de ces positions ne dépendait en réalité que de la notoriété de ces phénomènes, on serait bien obligé de reconnaître comme plus justes les positions de la contre-révolution, puisque las faits en qu estion existent réellement en majeure partie.
Le fond de la question n’est cependant pas dans tels ou tels phénomènes, mais dans leurs causes. Et alors il faut vigoureusement souligner, qu'une de ces' causes ne se trouve pas dans le fait que la révolution sociale évolue en Russie et que • la gouvernement des soviets existe, mais dans l'évidence que a Révolution s’y engourdit, y dépérit, qu’elle ne s’y développe pas,, qu’elle s’v atrophie, et que le gouvernement des Soviets n’y existe pas en réalité.
Cela pourrait paraître absurde. Comment dans cette Russie des Soviets socialistes, dans ce dernier pays qui a donné naissance à la Révolution et où elle est appliquée depuis trois années, dans ce pays qui est à la tète de la Révolution universelle, eTest précisément dans cette Russie que la Révolution serait à l’agoniv et c’est dans cette même Russie que le gouvernement des Soviets ne serait qu’un mirage?! On sefait bien tenté de qualifier ces paroles de calomnie et de provocation. Mais tout communiste convaincu et sincère au courant de ce qui se passe en -Russie.,
Jirniie notamment aux méthodes, à la politique et à la tactique du pilote de la Révolution, du Parti communiste russe, et qui a appris à connaître les conséquences fatales d’une telle politique, se verra bien obligé de reconnaître, bien qu’avec hésitation et douleur, la justesse de cette argumentation. Pt ce communiste arrivera finalement à se demander s’il peut continuer de passer sous silence ces phénomènes et leurs causes, de devenir de cette façon un agent de leur diffusion et de contribuer à ce qu'ils se propagent et prennent racine, ou bien s’il n’est pas de son devoir de les soumettre à la critique et au jugement des organisations communistes et révolutionnaires du monde entier afin de provoquer la modification des causes de ces phénomène^ qui menacent la Révolution en Russie et en Ukraine?
Le Groupe étranger du Parti communiste ukrainien est d'avis qu'un silence prolongé sur certains phénomènes de la Révolution russe, vu l'état de développement où cette Révolution se trouve actuellement, est non seulement désavantageux, maïs directement nuisible. Il importe par conséquent de les soumettre, avant qu'il ne soit trop tard, à une rigoureuse critique ; il importe que les communistes et socialistes révolutionnaires de toutes les nations du monde interviennent activement dans les affaires de la Révolution en Russie et en Ukraine.
Les cercles communistes russes se placent généralement sur le point de vue que chaque mot de critique qui frappe non seulement le progxamme du. Parti communiste russe, mais aussi ses méthodes et sa tactique, constitue déjà un acte contrerévolutionnaire. De cette manière, l’impulsion raisonnée et l’instinct de critique consciente sont terrorisés; mais sans critique et sans impulsion, il devient tout simplement impossible de se figurer un travail fertile et créateur. Il faut par conséquent, du point de vue de la Révolution, et dans l’intérêt de la Révolution, et du point de vue de la fraternité idéale, socialiste et politique avee. ce même Parti communiste russe, avoir le courage de soumettre à un examen objectif et décidé tous les phénomènes négatifs de la Rcivolution russe qui menacent actuellement la Révolution en Russie et en Ukraine et qui ne peuvent être expliqués ni par la guerre, ni par les suites de la guerre, ni par le blocus, ni enfin par la. grave situation économique qui sévit en Russie et en Ukraine.
La tactique du silence de ces phénomènes négatifs est, nous le répétons, très nuisible. La presse contre-révolutionnaire parlé
tous les jours de ces phénomènes, sans pouvoir provoque ' d*? la part des autorités un démenti ayant ta force de eoiirai&.-.T*-*
Les idéologues de la contre-révolution présentent, cela va sans dire, ees phénomènes sous un tout autre jour et affir^n-em <pie les positions de la contre-révolution et du capitalisme s 'ers trouvent fortifiées et que la confiance et la sympathie des ■*< ouvrières européennes en lidée de la Révolution communiste et du gouvernement des Soviets y font naufrage.
Nous sommes convaincus que la crise actuelle de la Révolution en Russie et en Ukraine et reflet de deux causes:
1° de la lactique actuelle du Parti communiste russe qui s’est emparé, sans souffrir la moindre immixtion toute la direct;, on. de la Révolution en Russie et en Ukraine, et
2° de la politique nationaliste de ce Parti.
Un lait saillant et caractéristique de la Révolution .msse, en sa période actuelle, est la contradiction intérieure qui jaillit entre le programme communiste proclamé et les formes et méthodes de sa réalisation, qui, souvent même, sont directement opposées à l’esprit du communisme et qui doivent être stigmatisées de mobiles entravants et régressifs de la Révolution.
11 ne s'agit pas ici de la somme et du genre des succès révolutionnaires qui ne répondent non plus au programme proclamé et qui ne peuvent être réalisés, dans toute leur étendue, que dans le cours d’un long processus.
Il ne s’agit pas non plus d’une réalisation immédiate du „ Paradis socialiste a dans des pays agricoles comme le sont la Russie et l’Ukraine, pays qui, par-dessus te marché, ont été ravagés et pillés dans le grand massacre des peuples.
Non! Cette contradiction a sa source dans Sa volonté organisée des hommes, dans la volonté même de ceux que des conditions historiques ont placé à un poste qui leur impose la plus vaste responsabilité devant l’histoire, devant le prolétariat de toutes les nations, et surtout devant le prolétariat de leur propre pays.
La révolution socialiste ne peut être féconde pour le socialisme que si son développement répond à la condition fondamentale suivante: Le changement des conditions matérielles de. la Société des hommes doit marcher de pair avec nn changement corrélatif de sa vie psychique.
Le terme n Société des hommes u n’est peut-être pas celui qui convient à cet endroit, Car, dans cette phase du développement de la Société des hommes, qui forme la période de transition du capitalisme au socialisme, et dans laquelle le prolétariat marche à la conquête de la puissance politique, ce n’est que du prolétariat seul qu’on puisse parler, c’est-à-dire du peuple des travailleurs des villes et des campagnes.
Mais du moment que le prolétariat veut lui-même diriger ses destinées, il coule de source qu’il doit aussi pouvoir exercer une influence décisive sur les conditions matérielles de son existence. Et du moment où le Parti du prolétariat, le Parti communiste, s’érige en avant-garde du prolétariat, conscient de sa tâche et de son but, il doit aussi, dans la Révolution socialiste, avoir toutes les possibilités imaginables pour exercer sou influence et ses visées socialistes sur un changement matériel et, partant, aussi sur les conditions de la vie psychique des masses laborieuses.
Les conditions matérielles sont changées quand on élimine le système de l’organisation économique anarchique et capitaliste avec ses droits de propriété privée et quand on le remplace par le système de l’économie socialiste. Quand le Parti communiste aura conduis la puissance politique, les expropria leurs seront expropriés, tes moyens de production socialisés, le règne de* classes capitalistes aboli ; en un mot, ce Parti apportera un changement profond dans les conditions sociales de production.
Et quand le Parti communiste aura atteint 1e sommet de sa tâche historique, quand les rangs de ses membres seront pénétrés de cette tâche, quand leur intelligence, leur coeur et leur conscience seront pleinement et entièrement dévoués au socialisme, c’est-à-dire à l’idée de la délivrance du prolétariat et, par le prolétariat, de toute l’humanité, des chaînes qu’ils ont portées jusqu'à présent et qu’ils portent encore toujours, alors on pourra être assuré que son travail créateur et son énergie amèneront, dans le sens d’un changement des conditions matérielles des classes ouvrières, en dépit des énormes difficultés d une telle entreprise, le processus de la corrélation harmonieuse d* l’être psychique avec le* conditions modifiées de la production sociale. Dans ce cas, se développera glorieusement Pimmense entreprise de l’introduction des masses ouvrières dans les nouvel tes formes et voies de la pensée et de la conception de monde., et
e est alors seulement que viendra éclore le processus révolutionnaire des forces vives prolétariennes qui constituent un agent d’un importance formidable dans la Révolution.
Sans un développement approprié de l’être psychique des massés ouvrières, le fond du processus de la socialisation matérielle de la société est menacé et la conséquence en est que la Révolution socialiste elle-même est mise en danger.
Lorsque, en octobre 1917, vieux style, le Parti communiste russe eut conquis le pouvoir, sa première tâche fut de briser tout 1 appareil de l’Etat bourgeois, de détruire économiquement ta bourgeoisie et de mettre en oeuvre la socialisation des moyens de production. Ce fut là sa grande tâche historique. Et cette tâche, il l'a remplie jusqu’à un certain degré. Nous disons: jusqu’à un certain degré, car la réalisation de cette tâche n’est pas une question de mois, ni de deux ou trois années; elle exige beaucoup de temps ; c’est un fort long procès.
Mais quelle immense différence existe entre le début de la Révolution en Russie (1917, 1918, et en partie aussi 1919) et l’état actuel qui est à compter à partir du moment où la puissance et l intluence des soviets sont déchues et où à leur place se sont érigés le centralisme absolu et le soi-disant système de 1’ autocratie de la personnalité “ !
Sous les mêmes conditions du développement de la Révolution, régnaient alors parmi les classes ouvrières des villes et des campagnes, de même que parmi les classes intellectuelles liée aux classes ouvrières par tous leurs intérêts, la sainte ardeur ci, l’enthousiasme qui n’embrasent les hommes que quand ils sont enflammés d’une grande idée, d’un idéal pour lequel il serait même doux de mourir. L’âme de l’ouvrier était dans un état de refonte. Elle se remplissait de l’essence des événements qui se déroulaient, sous ses yeux et des évolutions qui allaient e» former la suite. La Révolution fut „ faite” par la collectivité, pal la masse ouvrière. Elle vivait par elle et en elle. Il n’y avait alors aucune contradiction entre le but, les méthodes et les moyens employés pour les réaliser. El ceci n’avait pas seulement une signification locale et nationale, mais aussi une sigmfieaüon internationale. La Révolution russe fut le dépositaire de la Révolution universelle.
i>ueî changement dans le tableau de la Révolution socialiste en Russie et en Ukraine telle qu’elle se présente actuellement !
Elle s'engourdit et dépérit, Les masses populaires sont apathiques et mécontentes. Elles ne sont plus poussées par la sainte ardeur et par la flamme révolutionnaire, mais par la force et par la contrainte. Et ce mécontentement prend quelquefois des formes menaçantes. Comment expliquer tout cela?
11 va sans dire que l’être psychique des classes ouvrières, la conscience de leurs droits et de leur valeur, leur activité, leurs nouvelles méthodes de penser et de concevoir le monde dépendent des nouvelles conditions de production ; la modification de ces dernières modèlera aussi dans une certaine mesure la conscience de leurs partisans. Tout serait absolument exact, si la consciente volonté humaine n'entrait pas comme mobile principal dans tout ce processus de la Révolution, si le bouleversement de l’ordre social s’accomplissait d’une façon élémentaire, indépendante de la volonté des hommes et de leurs capacités de former et de diriger les organisations.
Or, les meneurs du Parti communiste russe font prévaloir, avec beaucoup de raison, le rôle et l’importance de la volonté consciente dans la Révolution et brandissent à l’appui de leur thèse, leur programme et leur tactique, moteurs effectifs de !’ organisation et de la direction de tous les rouages.
Mais quand on analyse avec; attention et objectivité ces moteurs de la Révolution qui forment et dirigent toutes les affaires révolutionnaires, quand on analyse la politique et la tactique du Parti communiste russe, on y constate la contradiction crasse qui règne entre le but et. les méthodes d une part et les moyens employés pour leur réalisation d'autre part, et qui devient tout particulièrement significative en l'état actuel de Révolution.
Le collectivisme forme la base de la doctrine communiste, de 1 économie communiste, de la psychologie communiste. Le communisme rejette la sainteté de l'autorité, le rôle dominant de la personnalité dans -l’histoire, l’individualisme et l’absolutisme dans, l’activité des hommes. Mais personne n’ignore en Russie que jamais encore la sainteté de l'autorité n’a été glorifiée avec une telle exubérance, protégée d’une manière aussi implacable qu’en ces temps-ci par le Parti communiste russe, et il paraît que jamais encore la critique et le doute de l’infaillibilité des personnes n’ail été aussi brutalement défendus et aussi sévèrement punis comme c'est maintenant le cas en Russie. L'individualisme et Tabsolutisme sont les méthodes reconnues et adoptées de
l' organisation des forces révolutionnaires; le principe de ^Pasù-v eratie de la personnalité4* au sein du Parti, des organismes -dm gouvernement, de l’administration et de l’économie ; rabaissement du collectivisme au rôle d’un figurant à côté des divers individus, tout cela passe comme quelque chose d’absolument normal im> la Russie actuelle et en Ukraine*
11 est clair que la tactique du Parti communiste russe, qui nourrit des principes de cette espèce et en fait la base de sofi travail d’organisation, n’est, pas en état de mener à bonne lie te processus du changement psychique du prolétariat et d'organiser sa foi et sa conscience conformément à i esprit communiste. A i contraire, par de telles méthodes elle affermit dans Pâme des masses populaires les anciennes formes individualistes de penser et de sentir, les anciennes habitudes psychiques et les anciennes préférences sociales et éthiques qui se sont formées depuis des siècles et qui son! devenues fortes par l’anarchie de ^individualisme des autocrates et des capitalistes.
’ C’est à ees méthodes qu’il faut attribuer la cause que les masses des travailleurs ne sont pas appelées à prendre part à la Révolution, qu elles ne forment qu’un matériel passif, gouvernées autoritairement par une poignée d’hommes. Et comme ces masses n’ont aucune part active et immédiate à la formation des nouvelles conditions, elles ne peuvent pas développer la conscience cotUv.tiviste de leur état* et voilà la raison pourquoi, à leurs yeux, La Révolution apparaît comme une évolution incompréhensible, difficile, chaotique et hostile.
En outre, les méthodes de l'autocratie de la personnalité, de l’individualisme, du centralisme personnel, qui amènent à leur » suite le bureaucratisme hargneux et le bonapartisme, portent une grande démoralisation dans les rangs des travailleurs. Ils voient journellement des exemples comme les fonctionnaires responsables du Parti exercent leurs fonctions sans le moindre contrôle de la part de la collectivité et sans être astreints à une responsabilité envers elle; il voient comme le principe reconnu de ^autocratie de la personnalité4* ne met que des -personnes >ur des places ’ privilégiées; et l’idée de la collectivité déchoit en leur estime, et les mauvais înstinels de l’égoïsme, de l’envie et de la rapacité se développent et envahissent leurs âmes. La servilité devant le plus fort, la décadence de l’idéal, la disparition de l’ancien enthousiasme révolutionnaire, V utilitarisme individuel primitif,
tous ces phénomènes sont maintenant à l’ordre du jour dm* les masses' organisées ou non-organisées du prolétariat russe -*> ukrainien. Il n’est non plus rare de faire l’observation que tea grandes masses observent une attitude sceptique à l’égard «te proclamations, déclarations, explications et manifestât ions de toute nature en disant: Eh oui, nous n’entendons cela que trop souvent mais s’il y a là-dedans quelque chose de vrai, personne m In sait! Et on peut s’imaginer facilement à quel point cette nonobservation de .,1a vérité44, c’est-à-dire l’ignorance de la concor dance de l’harmonie de la théorie avec celle de la pratiqua pénètre dans l’éthique des simples compréhensions, décompose leur morale, désagrège leur volonté et en fait de vulgaires parasites et de vils hypocrites du socialisme. Une intelligence simple, ne voit dans eette duplicité aucune différence entre les gouverne ments d’autrefois et le règne des communistes: ceux-là ont voie menti, se sont laissé corrompre, ont lancé des informations eoffm* et des déclarations ronflantes, et ceux-ci font aujourd’hui exacte ment la même chose. Les idées de justice, d'égalité sociale .ciéconomique sont souverainement ébranlées par une pareille poli tique. Les masses ne savent pas faire abstraction, elles ne ,*mI. pas capables d’analyser les lois de la Révolution et de vivre ditfto les perspectives de l’avenir; elles construisent leurs concepiiout du monde, leur foi et leurs sympathies d’après des phénomène:* concrètes de l’heure présente, car, ceux-là, sont nettement visibles à leurs yeux, ils leur permettent de se faire un jugement: ceuxlà, les masses y croient. Les masses ne peuvent pas réfléchir comme le théoricien et se dire que la victoire de la Révolution assurera dans un lointain avenir le règne de la véritable égalité et de la vérité pure. Les masses saisissent instinctivement les tendances de l’une ou de l’autre politique et eücvs réagissent d’une manière conforme. Or, les tendances actuelles ne iiewr promettent ni égalité ni justice. Les masses constatent que iea commissaires communistes se laissent graisser la patte, qirite volent, qu’ils mènent joyeuse vie, qu’ils font la noce, 'fu'ib, s’entourent de luxe, tout comme la bourgeoisie d’autrefois, landw que les ouvriers peinent et crèvent de faim et de misère. Et .dm* ja suite, ces tendances se développent de plus en plus, et ou aie peut pas chasser* l’appréhension qu’une nouvelle bourgeoisie mi en train de naître, la nSovbouriec, la bourgeoisie des Soviets, une nouvelle classe de sangsues et d’extorsionnistes qui se gave
ük la plus-value fournie par les ouvriers et qui, par leur existence ci par leur position sociale, en réalité, foule aux pieds l’idée de ^abolition de la suprématie parasite des classes dirigeantes. Car ■',au fond, que le différence existe entre les anciens fonctionnaires prévaricateurs du tsarisme et les commissaires communistes, les „Sovboursw, de nos jours? À quoi bon lutter et mourir de faim, alors qu’au temps des fonctionnaires du Tsar les Ouvriers avaient la vie plus facile et avaient moins à souffrir de la faim et du froid? ,Que signifie alors le Socialisme, le Communisme et la H évolution? ,
Est-ce que toute leur valeur n'existe qu’en déclarations et
manifestes?
Voilà la marche des idées et des sentiments de beaucoup de -gens inconscient* des droits et prérogatives de leur classe en Russie et en Ukraine. Et parmi les meilleurs éléments conscients de la classe ouvrière l’apathie, le doute, l’oppression et le mécontentement vont en grandissant sous la férule de leurs nouveaux maîtres,
Ef la cause principale de ces phénomènes n’est ni la situation économique ni la contre-révolution, mais les méthodes tactiques des chefs du Parti an pouvoir, le manque de eoncordiance entre le but et les moyens, les flagrantes contradictions entre les manifestes, les résolutions et les déclarations d’une pari, et les faits et gestes de la politique telle qu’elle est appliquée tous ïes jours d’autre part.
Tel est le véritable tableau de la situation de la Révolution ni* Russie et en Ukraine. Et c'est de là que vient que, par exemple, des questions de la dictature de la classe du prolétariat ou de la dictature do Parti, questions qui sont si passionnément •discutées en Europe, restent lettre morte en Russie, tout simplement parce qu’il n’y a là ni une dictature du prolétariat, ni une dictature du Parti, mais paree qu'il y règne uniquement la dictature des individus, des autorités, d'un petit cénacle absolutiste Le Parti, comme tel, n’est pas un parti à proprement parler. Sauf les directives données par des tètes, il n’y a là ni courants m mouvements, ni idées, ni impulsions. Toutes les tentatives de créer quelque chose de nouveau, de lutter pour de nouvelles méthodes, ne fut-ce môme qu'au sein du Parti, sont passibles des pires peines bureaucratiques. Au sein même du Parti, on ne connaît ni la liberté de la parole, ni la liberté des réunions.
Ces méthodes et cette tactique sont défendues par leurs idéologues qui invoquent en faveur de leur raison d’être le côté pratique et la nécessité; aear, disent-ils, si Ton procédait autrement, si l’on admettait la liberté de l’agitation et de la propa gande même dans les fractions du parti communiste qui pensent autrement que le Centre, on exposerait la Révolution à un grand danger: étant donnée que les masses populaires en Russie sont encore peu développées, très arriérées meme, ignorantes de /organisation et passablement dépourvues du sentiment de leur valeur, on risquerait, en lâchant les guides, la désorganisation, ta désagrégation et finalement la défaite de la, Révolution. Une force de fer et une discipline militaire seules pouvent sauver le Parti et le gouvernement des Soviets de la débâcle. Et ce sont là les raisons pour lesquelles le véritable règne des soviets est inadmissible et que, dans le Parti même, toute » hérésie < doit être impitoyablement anéantie/4
A notre avis, de pareilles déclamations sont à s’y méprendre un .aveu que la Révolution socialiste soit virtuellement chose impossible en Russie. Et si c’était réellement le cas, on devrais, l’avouer franchement, nettement, clairement, quitter les positions et cesser de faire inutilement des sacrifices et des victimes.
Or, nous, communistes ukrainiens, nous pensons que nom seulement une révolution socialiste est possible en Russie et en Ukraine, mais même qu’elle peut se maintenir etremporter la victoire. Mais, pour arriver à ce résultat, il faut se servir d’autres méthodes* et faire en -sorte que la Révolution s’enracine dans les masses populaires. Nous affirmons non seulement la possibilité de, procéder autrement, mais nous proclamons même la nécessite d’agir autrement. Car la faute n'est pas au peuple, la faute est à la politique , de chefs du Parti. Si cette politique était autre,,, si le Parti communiste russe était en vérité un organisme vivant, et productif, chair de la chair des classes ouvrières, les masses populaires lui feraient cortège avec enthousiasme, lui donneraient! leur confiance et feraient avec lui la Révolution. Mais lorsque Je. Parti s’est changé en un mécanisme bureaucratique, lorsqu’il s’est, écarté du peuple, et lorsqu’il a commencé à se transformée, en, une caste privilégiée, à se méfier des masses ouvrières, à les, considérer d’un oeil soupçonneux et même à avoir peur d’elles ; lorsque toute l’ardeur révolutionnaire du Parti n’a su se dépenser qu’,en circulaires, déclarations . el paperasseries désuètes ; alors
te ihass-e-s ouvrières ont commencé, de Jeur-eôté, à s'écarter du Parti, à se délier, et à s’éloigner par conséquent aussi des idées ■propagées par le Parti. La méfiance grondait sourdement dans te deux camps et elle est devenue de l’animosité de la part du peuple à partir du moment où certains „ petits Bonapartes44, .individus sans aveu, devenus hypocritement communistes pour satisfaire leurs instincts de lucre et de brigandage et qui étaient pii venus à se faire nommer fonctionnaires communistes dans diverses localités, avaient mis en fureur le peuple par leurs {^©vocations et leurs menées criminelles. Cette haine a même donné lieu par-ci par-là à des soulèvements à main armée. Ce sont là des faits caractéristiques et guère rares, surtout en I Ukraine. Les révoltés qui luttent contre le régime actuel disent wduvent : Mous sommes Bolcheviks, nous sommes partisans d’un gouvernement de Soviets, mais à la porte les communistes, à la porte les commissaires!
< Dans ees cris, saisissants dans leur simplicité, un observateur objectif reconnaîtra sans peine les anciennes sympathies des misses populaires pour les Bolcheviks de la première heure et pour le système des soviets. Mais B communisme44 et „ commune44, par contre, ne sont plus maintenant que des symboles d’absence dt droits civils d’illégalité, d’étroitesse bureaucratique, de brutale violence ei d’anti-démocratie.
Les déclarations et manifestes des chefs de la politique » ommuniste actuelle proclament souvent qm’une véritable doroocratie, une démocratie des ouvriers et des paysans est réalisée et existe en Russie. Mais ce ne sont là que des déclarations ronflantes, démenties par la réalité des faits.
Les cris populaires que nous venons de mentionner ( èn tiennent aussi une formidable protestation du peuple contre ta violation des principes de la démocratie prolétarienne et aussi contré les calomnies qui veulent faire croire qne la plupart des «relèvements aient été fomentés par les contre-révolutionnaires 0» faveur de la démocratie bourgeoise.
Jî est tout à fait évident que ces révoltes, dans la plupart te eas, sont causées par la situation économique. Les campagnes, qui sont les grands producteurs des biens matériels (et aussi les grands foyers des révoltes) ne reçoivent des villes aucune compensation pour leurs biens, ce qui, naturellement, provoque des MNuflits incessants. C’est par conséquent dans la situation éconq-
m tcfee grave qu'on trouve l explication du mécontentement des masses populaires, dans les campagnes aussi bien que dans les villes, mécontentement qui émerge de toutes parts et que l’on ne pourra faire disparaître que par une renovation du système économique
Une bonne politique révolutionnaire, sachant ce qu’elle *mt et où elle va, n’a certes pas pour mission de pousser le peuple au désespoir et aux actes de violence, au contraire, elle doit tout faire pour établir le calme, le paix, le contentement Hais les méthodes de la politique agricole et alimentaire des communistes russes sont à un tel point incompatibles avec les nécessités du peuple et de l’esprit de la Révolution, qu’elles peuvent être considérées, vu leurs conséquences, comme actes provocateurs et contre-révolutionnaires. Par ces méthodes, les populations campagnardes pauvres ne sont non seulement nï élevées et éduquées dans l’amour des préceptes communistes, mais, à vrai dire, intentionnellement repoussées.
.Comme illustration pour notre argumentation peut servir ta lettre du camarade W. Wynnytschenko aux ouvriers et paysans ukrainiens que nous croyons utile de publier ci-après:
Camarades !
Mon arrivée en Ukraine et mes pourparlers avec les comités centraux du Parti communiste de Russie et du Parti communiste de F Ukraine à propos de mon entrée dans le parti et dans le gouvernement, ainsi que mon départ de l’Ukraine, provoquent des rumeurs et des explications diverses qui, souvent, ne coïncident pas avec la réalité. *
C’est pourquoi j’envisage comme un devoir de vous parler brièvement et impartialement de cette affaire.
Je regrette de ne pas avoir la possibilité de publier cette lettre dans les journaux d’Ukraine, en raison de circonstances qui ne dépendent pas de moi; c’est pourquoi je prie tous les camarades de répandre cette lettre autant que possible.
La seule raison et le seul but de mon arrivée en Ukraine ôtait le désir de prendre une part adiré à la défense de la révolution et à l’édification de la République ukrainienne des ouvriers et des paysans.
Eu parlant en l'Ukraine, j'ai appelé de l’étranger, pour se joindre à moi, une partie des intellectuels ukrainiens les plus honnêtes afin de se ranger résolument aux côtés de l’Ukraine soviétiste et sans la pensée de vouloir parvenir à un poste honorable ou de jouer un rôle important, sincèrement, honnêtement pour se mettre avec dévouement au grand travail difficile et ingrat qu’est le travail de la libération sociale et nationale de notre peuple, opprimé depuis des siècles.
Ironie amère! Je ne pouvais pas obtenir pour moi-même le travail pour lequel j’appelais d’autres intellectuels ! Au lieu du travail désiré je reçus plutôt des postes honorables, des portefeuilles, des situations avantageuses, en un mot tout ce qui peut satisfaire la vanité personelle.
Quatre mois de séjour en Ukraine fuient inutilement employés dans la lutte pour prendre une part active et réelle au travail révolutionnaire.
On m’a proposé d'être membre du gouvernement soviétiste ukrainien, même d’être Vice-président du Conseil des communistes du peuple et commissaire du peuple avec un portefeuille quelconque.
On pourrait croire que ces propositions pussent donner la' possibilité d’un grand travail réel. Mais malheureusement c’était dans ces postes qu'il i/y avait aucun travail; car je ne pouvais avoir que des titres sans la possibilité d’exécuter dans le gouvernement une fonction concrète quelconque qui pût avoir de l’importance pour rétablissement de la République soviétiste ukrainienne.
Là cause de ce phénomène étrange ne se trouve pas a an s l’altitude qu’ont les communistes vis-à-vis de moi, mais dans la lactique et dans la politique du centre qui dirige ta Révolution le Parti communiste de la Russie — en Russie qu'en Ukraine. Le trait principal de cette politique est le Centralisme absolu dans le parti et dans toutes les branches de son activité économique, politique et nationale.
Mais ce centralisme est en contradiction avec le programme du parti et avec les tendances de la Révolution même. C’est pour cela que toute l’activité du parti dirigeant à deux côtés: un côté formel, extérieur, illusoire, et un autre, intériemy réel, non déclaré.
Ayant été détaché de la Russie et de l’Ukraine, le groupe des communistes ukrainiens à l’étranger, auquel j’appartiens, n'a. eu l’occasion de se renseigner que sur le ,, côté extérieur, déclaré*'
de l’activité du parti dirigeant. En jugeant la situation en Ukraine selon les documents et les déclarations officielles parus a l’étranger, et aussi selon des informations presque officielles et des lettres que nous avons reçues des ex-borotbistes, maintenant 'membres du parti communiste „bolchevik“ de l’Ukraine, notre organisation avait cru que la République ukrainienne des ouvriers et des paysans se fondait, et que, étant dans la fédération avec la Russie soviétiste, prenant le secours et donnant elle-même la force à la Russie pour la cause commune, elle développait indépendemment, et en même temps, ses forces intérieures.
De même, le groupe à l’étranger supposait que le Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine, bien qu’étant étroitement lié avec le Parti communiste de la Russie, possédait cependant une certaine indépendance d’action; nous avions cru qu’il provenait des grandes masses prolétariennes des villes et villages de l’Ukraine, qu’il était étroitement lié avec ces masses, dont il puisait la force.
Ainsi, jugez le groupe communiste ukrainien à l’étranger selon le côté déclaré du parti dirigeant!
Partageant entièrement ce programme, et cette politique, le groupe m’a délégué en Ukraine comme son représentant, pour participer à la tâche commune. Mais cette participation était rendue impossible par l’autre côté de l’activité du parti dirigeant, à savoir, par la politique du Centralisme complet et absolu. Les meneurs du Parti communiste de Russie justifient la politique du Centralisme par la nécessité et les exigences révolutionnaires. Ils expliquent même par cela, la possibilité de l’existence du pouvoir soviétiste durant trois années, et aussi tous les succès actuels dans la lutte contre la réaction et la désorganisation économique. Pourtant, quoique honorant l’autorité de certains meneurs de Parti communiste russe, je me permets de croire que cette politique de centralisation est une grande menace pour la Révolution même. Le système du Centralisme absolu est, selon moi, un des facteurs qui affaiblit et enraie les forces de ta Révolution en Russie et en Ukraine.
Chaque idée juste, dit le camarade Lénine, peut, si l’on exagère, aboutir à l’absurdité et au non-sens. Il est tout à fait juste que la force de la Révolution devrait être concentrée et centralisée. Mais par quelle méthode? Les meneurs du Parti
communiste russe de Russie ont chpisi la méthode du centralisme absolu qui exclut la méthode démocratique.
Par cela il est advenu que le parti qui dirige la Révolution, organisme vivace et actif qu'il était, est devenu une grande machine aveugle, conduite par un groupe fort restreint.
Le principe de la nomination des personnages responsables, appelés à la direction des organisations du Parti, et la négligeance du principe démocratique dans les élections, ont abouti à ce que Je sentiment de responsabilité envers la collectivité a disparu du Parti et qu'à sa place a commencé à dominer la subordination bureaucratique des fonctionnaires par rang et situation.
Ce système a introduit dans le Parti tous les traits négatifs du bureaucratisme, la chasse aux carrières, les révérences et la servilité envers les grands, le mépris des faibles, la conduite sans contrôle, le manque d’initiative, d’énergie, et ainsi de suite.
Personne ne l’ignore. Vouloir cacher que les organisations du Parti ont perdu l’ancien enthousiasme, la chaleur créatrice, l’éclair de l’initiative et l'activité dans les décisions importantes des questions locales, serait un péché. A l’heure qu’il est, une masse sans idées* personnelles qui se dirige et se meut autant par la force des agents intérieurs que par les forces motrices extérieures de „ leurs chefs“! Tous les défenseurs de cette politique glorifient la discipline de fer créée dans le Parti ^par la méthode centralisatrice. Mais il faut honnêtement reconnaître que cette discipline est plutôt une discipline de fonctionnaires et de soldats qu’une discipline de communistes, de membres du parti, de camarades cl de combattants.
Mais ce n’est pas par dévouement pour la cause, par conviction, par sacrifice personnel que s’est fait cette discipline, mais par la peur du châtiment ou par le désir de se T distinguer". . , , „
C’est plutôt une discipline de caserne, et il n’,yt . a rien de glorieux don t, les communistes puissent se pré valoir, parce que cette discipline existait déjà au temps du Tsarisme parmi ses subordonnés. Pareille est celle qui règne dans la machiae gouvernementale bourgeoise. Maintenant, le Parti a; reconnu . ses défaites, mais il a reconnu uniquement les symptômes de la maladie, le bureaucratisme bonapartiste, l’apathie de l’organisation, mais il n’a pas pppétré. les raisons fondamentales de ces phénpmpnes, la maladie même- .le système du centralisme absolu.- ., ,;f;!
Nous pourrions prédire que, aussi longtemps que le système de la construction du Parti et son activité ne seraient pas changés dans leurs bases et que le centralisme absolu ne serait pas remplacé par un centralisme démocratique, l’esprit de la Révolution, l’esprit d’action et les forces du Parti seront affaiblis, toute l’énergie créatrice dégradée et tous les phénomènes morbides qui rongent et empoisonnent actuellement les avant-gardes de la Révolution, se propageront de plus en plus. En employant la méthode du centralisme absolu dans les organisations du Parti, les dirigeants l’emploieront pour d’autres points de la Révolution. Le principe de l’absolutisme se trouve dans les bases de la, politique internationale, économique et internationale. C’est de là que provient le principe de la responsabilité individuelle, le bureaucratisme, le militarisme, de toutes les institutions soviétistes, de toutes les entreprises et administrations. Ce n’est un secret pour personne qu’en ce moment, le pouvoir des soviétistes n'existe presque plus, ni en Russie, ni en Ukraine.
Les principes du centralisme absolu excluent cette forme dupouvofr; les conseils sont réduits au rôle d’institutions décoratives. Les défenseurs de ce système expliquent cela par l’état de guerre, parce que, connue on le dit, tout devrait être militarisé.
Mais dans cette explication, les buts sont mêlés avec les moyens. Pendant une guerre, tout doit donner un maximum d’efforts, et de concentration des forces; c’est le but. Mais la militarisation et le principe absolu ne sont pas partout et toujours les meilleurs moyens pour atteindre ce but.
Ce qui peut être utile pour une armée, pour une organisation spéciale d’hommes, peut devenir nuisible pour le Parti qui a une nature sociale organisatrice tout à fait différente.
On pourrait répéter le même fait pour les conseils. Une compagnie ou un régiment des soldats doit exécuter les ordres des chefs, sans critique et immédiatement.
"Plus partiellement, plus mécaniquement et d’autant mieux que leurs ordres seront exécutés, plus cela correspond aux plans généraux des opérations militaires. Mais il est impossible d’employer cette méthode dans ^organisation du Parti ou dans le' Conseil des députés ouvriers, car, la vie créatrice révolutionnaire n’est pas une sérié d’opérations militaires, et le rôle d’une organisation du Parti n’ést pas analogue àü rôle d’juri régiment. Tout* effort
pour militariser le Parti et pour enchaîner dans les fers d’îrn centralisme absolu le pouvoir des conseils et toute la vie, doit nécessairement aboutir à l’absurdité.
C’est en prenant pour exemple l’Ukraine qu’on peut le mieux juger le résultat de cette politique. Là tout est militarisé et centralisé. C’est supposer que la Révolution en Ukraine est dirigée avec indépendance par le Parti du prolétariat et des pauvres paysans ukrainiens qui s’appelle P. C. (b.) U. Mais c’est seulement un côté extérieur, de forme. En réalité, le Parti du prolétariat ukrainien des villes et des villages n’existe pas encore. Le P. C. (b.) U. n’est qu’une organisation régionale du P. C. A. Dans cette organisation, la majorité des dirigeants responsables du Parti sont nommés au siège central, par le bureau politique du Comité central du P. C. A. Le Comité central entier du P. C. (b.) U. n’est pas un organe élu, mais nommé par le centre. Aussi la majorité des dirigeants des organisations locales sont envoyés ou nommés par le bureau politique du Comité central du P. C. R. ^
La composition du P. C. (b.) U. en raison de cette politique absolutiste, est très accidentelle et très peu liée avec les grandes masses campagnardes de l’Ukraine.
Le bureaucratisme et le militarisme du Parti, la nomination des dirigeants de l’organisation qui ne sont responsables qu’envers leurs chefs, l’absence de surveillance et de contrôle auprès d’eux, et leur indépendance vis-à-vis des ennemis de l’organisation, tout cela permet aux différents éléments douteux non prolétaires,, non révolutionnaires, d’entrer dans les rangs du Parti.
C’est pour cela qu’en Ukraine, où le principe du centralisme absolu est employé au plus haut degré, on observe le cas singulier et anormal que la majorité des membres du Parti est nuisible parce qu’elle est composée d’éléments petitsbourgeois, étrangers aux populations locales, et qu’ils ignorent les conditions du pays.
Aussi suppose-t-on que la République Socialiste Soviétiste de l’Ukraine est un Etat d’ouvriers et de paysans indépendants, mais ce fait n’est noté que dans les déclarations. En réalité, ta politique centralisatrice des dirigeants de la Révolution a réduit non seulement l’indépendance de l’Etat ukrainien, mais même la fiction de son activité autonome. Tout fut centralisé avec la Russie, surtout en ce qui concerne la sphère économique;
industrie, transport, l’agriculture, le ravitaillement, les finances, tout a été enchaîné au centre moscovite, d’où viennent les ordres et les instructions, qu’il est souvent absolument impossible de conformer aux conditions locales, mais qui par la discipline de fer, doivent être rigoureusement observés.
En vertu des déclarations et actes officiels, il existe un gouvernement proclamé, public, socialiste, soviétiste ukrainien, mais, il n’est pas élu, pas même formé, nommé uniquement par le bureau politique du Comité central du P. C. R. C’est un appareil bureaucratique du centre moscovite, obligé de se conformer aux instructions données et de réaliser selon le principe général d’un centralisme éminemment rigoureux.
Par cela même il est facile de constater à nouveau tel cas anormal, que la majorité des institutions politiques sont remplies d’éléments non-ukrainiens, ne parlant pas la langue ukrainienne et ne connaissant aucune des particularités de la vie du pays. De plus, la majorité des fonctionnaires de l’Ukraine, dans les mains desquels se trouve principalement la vie économique du pays, ne sont ni communistes ni révolutionnaires. Ils sont entrés dans le Parti communiste simplement pour le motif carriériste et étant imprégnés de l'ancienne idéologie moscovite et centraliste, ils accomplissent dans la vie, avec une grande ardeur, toutes les mesures du centralisme absolu.
Comme il est impossible, d’une part, de reprocher au centre dirigeant qu’il soutient le principe du centralisme absolu en se basant sur les motifs de l’impérialisme russe, au contraire, on pourrait caractériser certains de leurs agents, tous ces nationalistes, ces spécialistes russifîcateurs qui ont réussi à se faufiler dans le Parti comme centralistes et partisans d’une Russie grande et indivisible. Le pouvoir principal de la vie économique de l’Ukraine se trouve entre leurs mains; ils font du principe du centralisme absolu une absurdité complète, non seulement pour le grand dommage de la vie industrielle, mais aussi pour celle de la Russie et pour toute la cause de la révolution. Il n’est pas nécessaire de donner ici des exemples de cette politique connue de toute l’Ukraine. Il suffit de dire que toute la politique économique, selon la méthode centraliste absolue, a abouti à ce que toutes les ressources industrielles de l’Ukraine furent pompées par eux. On ne prend pas de mesures sérieuses, systématiques pour organiser, élever et déve-
lopper lès forces économiques de F Ukraine conformément aux conditions spéciales et particulières du pays. Au contraire, l'idée de création graduelle de son propre centre économique autonome qui devrait diriger toute la vie économique ukrainienne, est regardée comme une idée contre-révolutionnaire.
Même les communistes qui étaient envoyés de la Russie voient la grande nécessité d’un tel centre en Ukraine, cherchent à travailler honnêtement dans ce but, mais ils sont très vite révoqués et souvent accusés de chauvinisme ukrainien (étant fréquemment russes de nationalité).
Il est inutile de dire que cette politique n’apporte que des résultats nuisibles pour la révolution, même au point de vue des avantages matériels, parce qu’il n’existe aucune doute, qu’avec une autre politique on pourrait pomper plus de matériel de l’Ukraine.
Les spécialistes, les „russotiaps“, les russificateurs centralistes, les arrivistes parmi les communistes, aiment à expliquer le mécontentement visible des masses laborieuses de l’Ukraine, parce que, comme on le dit, l’Ukraine est un pays de petits-bourgeois contrerévolutionnaires et nationalistes. Il faut décidément protester contre cela; les paysans pauvres ukrainiens ont plus d'une foisr durant la révolution, prouvé leur animosité contre la grande et la petite-bourgeoisie.
La révolte des paysans ukrainiens contre la politique petitebourgeoisie de la Rada Centrale, la révolte contre le pouvoir grand-bourgeois de l’hetman, enfin la lutte contre le Directoire, tout cela montre que le prolétariat et le demi-prolétariat des campagnes possèdent en eux-mêmes un instinct de classe précis; et, courageusement, ils se lèvent pour défendre leurs intérêts.
La sympathie qu’éprouvaient les couches pauvres des villages ukrainiens pour le pouvoir des conseils chaque fois qu'il y était installé, était une condition indispensable pour l’existënce de ce pouvoir; sinon aucune force militaire ne pourrait agir. Et, enfin, le succès que les comités des pauvres ont obtenu dans les villages, montrent que les contradictions des classes dans les campagnes ukrainiennes ne sont point affaiblies par l’idéologie spécifique petite-bourgeoise ukrainienne.
Mais alors il faut observer que ce même comité des pauvres qui se bat contre les paysans riches, se montre exactement comme un élément protestant le plus contre la politique nuisible d'appro-
vLionnement des bureaucrates et spécialistes. Ce n’est pas le pouvoir du système des conseils, mais cette politique bureaucratique du centralisme absolu dans le| sphères nationales d’approvisionnement, d’économie, d’agriculture, qui est la raison du mécontentement des masses. C’est cette politique qui a soutenu et fortifié au plus haut degré tous les courants contre-révolutionnaires pendant toute la révolution. Cela, il faut honnêtement le reconnaître.
Quant aux questions nationales qui occupent une place si importante en Ukraine on peut observer les mêmes phénomènes que dans les autres cas de la vie politique et économique. Le centre dirigeant de la révolution, le P. C. R., n’a certainement pas, ni dans son programme, ni dans ses vues proches, aucun plan hostile contre la renaissance nationale des peuples opprimés; mais la politique principale et générale de l’absolutisme aboutit justement à cela avec une inexérable nécessité.
On proclame sincèrement et volontiers, dans les déclarations, l’égalité de toutes les langues, l’indépendance nationale et culturelle complètes. Le centre dirigeant a fait dernièrement circuler le mot d’ordre: „ukrainiser le parti et le pouvoir44, parce que c’était une exigence de la vie économique, pour rapprocher le village ukrainien de la révolution.
Mais toutes ces déclarations, mots d'ordre et proclamations doivent rester non-réalisées. Voilà pourquoi : quand les branches les plus importantes de l’activité n’ont pas leur centre en Ukraine, quand tous les appareils du gouvernement et du pouvoir sont entre les mains du personnel envoyé du centre moscovite, quand ils ne dépendent que de ces centres et ne communiquent qu’avec eux, comment serait-il possible de les ukrainiser? Et pour quel motif? Il est/ évident que si la vie économique est centralisée comme elle l’est, toutes les autres branches qjxi dépendent de lavie économique devraient être également centralisées. Et dans de telles conditions il est impossible de parler d’indépendance culturelle et nationale. Ce ne sera jamais qu’une déclaration; car en réalité, la culture et la langue de la nationalité qui dirige la vie économique domineront toujours.
Voilà les choses telles qu’elles sont, malgré le désir sincère de donner la véritable égalité aux cultures nationales. Cette égalité n’existe pas ; comme autrefois, fa langue ukrainienne est restée plutôt opprimée et, comme auparavant, dans les institutions
du gouvernement soviétiste ukrainien, partout on emploie la langue russe, qui est la langue du centre ; et aujourd’hui on refuse comme précédemment, les rapports et écrits rédigés en langue ukrainienne.
Avec une semblable politique, de tels faits se produiront toujours.
Cette attitude soupçonneuse doit même exister envers tout ce qui est ukrainien: tout ce qui est ukrainien est soupçonné comme une chose qui dérange le système du centralisme absolu, comme une chose qui possède toutes ces particularités, qui exigent une organisation séparée et différente. C’est pourquoi il n’y a rien de surprenant à ce que parmi les communistes les plus sincères, non-ukrainiens, circule l’opinion que les communistes ukrainiens sont des „ communistes impurs* et même des. contrerévolutionnaires potentiels.
Et il n’y a rien d’étonnant à ce que certains communistes ukrainiens, membres du P. C. (b.) U., qui, pour obtenir le droit d’être regardés comme „ véritables* communistes, ont à peu près renoncé à leur nationalité, sont devenus renégats et parfois ont attaqué les réclamations nationales ukrainiennes avec plus d’animosité que les communistes non-ukrainiens.
Ainsi, je répète, qu’aussi longtemps que le principe du centralisme absolu du Parti dirigeant sera reconnu le seul juste, cet état de choses ne cessera pas de durer. Tout ce qui dérangera ce principe, doit être jugé nuisible pour la Révolution comme contre-révolutionnaire.
Ainsi, si l’on récapitule tout ce que je viens d’écrire, on comprendra clairement pourquoi je ne pouvais pas participer au gouvernement soviétiste ukrainien actuel.
On comprendra de même pourquoi il me fut proposé d’être membre du gouvernement, mais sans la possibilité d’exécuter le moindre travail. Ma participation aurait dû tranquilliser certains éléments nationaux ukrainiens qui regardaient cette politique avec méfiance, et les obliger à se consoler avec les méthodes du centralisme moscovite absolu.
D’un autre côté on a pensé, qu’avec le temps, je deviendrais un „vrai“ communiste; c’est-à-dire que l’on pourrait me confier quelque réelle fonction, à la condition que je renonçasse à réclamer la libération nationale du peuple ukrainien, et que je cessasse moi-même d’être ukrainien!
Ne cessant pas d’être communiste et de travailler pour la libération de la classe ouvrière opprimée de toutes façons, exploitée, réduite à la servitude, je ne puis pas prendre une part à cette politique nuisible à la libération. J’ai fait tout ce qu’il m’était possible de faire pour que la direction et les tendances de cette politique soient changées. On m’a assuré que ces tendances changeraient. Il me semblait, par moments, que je m’étais trompé et que les principes du centralisme démocratique et fédéral vaincraient les principes du centralisme absolu.
Mais à mon regret je m’étais trompé; j’ai pris comme changement du principe de la politique, les concessions insignifiantes, faites par le centre dirigeant aux exigences de la vie îéelle. C’est regrettable que tout le système du centralisme absolu soit regardé comme aussi juste qu’auparavant.
C’est pourquoi, ne pouvant consentir, et n’ayant pas la possibilité de le changer, j’étais obligé de refuser de participer an gouvernement et au parti qui réalise cette politique, car, popr les grands cercles ukrainiens, ma participation aurait signifié que j’étais d’accord avec cette politique,# et je me serais senti responsable, non seulement envers moi-même, mais aussi aux yeux de tous les ukrainiens qui auraient eu confiance en mon nom.
Mais profondément se tromperaient ceux qui supposeraient que j’envisage un autre parti plus capable de libérer les travailleurs. Il n’y a que le parti communiste qui puisse réaliser cette libération. Chaque travailleur, chaque exploité, celui qui ne vit pas du travail de son prochain et qui désire travailler pour F anéantissement de l’injustice sociale, tous doivent être les seuls membres du parti communiste! La libération du prolétariat de chaque pays, y compris l’Ukraine, doit être faite par les travailleurs de ce pays.
Et si les communistes russes font une erreur, extrêmement nuisible, en s’efforçant de libérer les masses ukrainiennes de l’extérieur, sans la participation directe de ces masses, on pourrait appeler tout à fait criminel les espoirs que ces éléments petitsbourgeois ukrainiens ont dans le secours de la bourgeoisie européenne.
Le nsecours“ de l’Entente et de la Pologne bourgeoise consisterait en ce que le pouvoir tombe entre les mains de la classe bourgeoise des fabricants, des banquiers et des grands propriétaires fonciers.
Et alors, si la grande bourgeoisie réussissait à s'emparer du pouvoir, non seulement la réaction sociale féroce et F esclavage économique des masses ukrainiennes seraient rétablis, mais toutes les libertés nationales et culturelles seraient supprimées, car les classes grand-bourgeoises de l’Ukraine ne sont pas de race ukrainienne* et c’est surtout dans ces classes — là que se trouvent les ennemis les plus conscients, les plus impitoyables de la renaissance nationale ukrainienne. .
Chaque démarche faite pour obtenir un appui de l'Entente ou de la Pologne, ou de n’importe quelle force bourgeoise, est une tfâhison envers le peuple ukrainien, ce peuple d’ouvriers et de paysans; ce n’est que par ses propres forces qu’il sera possible d’obtenir la vraie libération sociale et nationale.
Mais pour cela, il faudrait qu’avant tout les Ukrainiens des villes 'et villages unissent leurs forces dans le but de construire solidement et d’organiser correctement un parti communiste qui serait l’avant-garde de tous les travailleurs de l'Ukraine.
Actuellement il existe deux partis communistes en Ukraine: 1° le parti dirigeait, gouvernemental — Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine' et 2° le Parti communiste ukrainien.
Dans Pintérêt de la Révolution, toutes ces organisations devraient unir leurs forces en un seul Parti communiste ukrainien qui, intérieurement, serait indépéndant et pourrait être lié avec d’autres partis ouvriers et communistes du monde, par la IIIe Internationale, qui est l’organe principal du communisme.
La duréè de la Révolution sera longue, et dans sa lutte grandiose avec la Russie et l’Ukraine, i l’avant-garde de la IIIe Internationale subira peut-être plus d’une défaite, et la contrerévolution de toutes des nations se réjbuirait plus d’une fois de ses victoires.
Mais deux qui luttent vraiment pour la cause des opprimés et des exploités devraient s’instruire de ces défaites, se tendre compte de leurs erreurs et apprendre à constituer une meilleure méthode s'ils veulent aboutir à la victoire. Une de ces erreurs qui est une menace sérieuse pour la Révolution en Russie et en Ukraine, est la politique présente du centralisme absoltf; Les ouvriers ukrainiens conscients devraient prendre des mesures énergiques et décisives pour changer au plus vite cette politique et anéantir tous ces phénomènes menaçants qui proviennent de cette politique.
Donc, une des meilleures méthodes pour obtenir la victoire, est la réunion de toutes les forces contre l’ennemi général.
Mais cette union ne devrait pas être mécanique, ni bureaucratique, elle devrait être consolidée par une discipline intérieure consciente, par la libre auto-activité des masses ouvrières et par leur enthousiasme.
Le fondement de l’union devrait être le principe djt fédération des partis et des états prolétariens, le principe de la véritable égalité de toutes les partis fédérées et leur étroite union dans une commune organisation internationale.
Ce ne sera qu'à ce moment-là que dans tous les partis et dans tous les pays il sera possible de faire renaître et d'utiliser à fond toutes les forces intérieures de chaque organisme social, Ce n’est qu'alors que la Révolution sera bien armée.
Les membres du P. C. R. et du P. C. (b.) U. devraient surtout bien se rendre compte que ce sont eux qui sont les plus responsables envers la Révolution. Et les Ukrainiens surtout, membres de ces partis, devraient se souvenir que les .peuples ouvriers et paysans, peuples opprimés, exploités, maltraités depuis des siècles inscriront dans l’histoire leurs fautes volontaires et involontaires.
Mes salutations fraternelles et communistes
W. Wynnytschenko
Cette lettre dévoile les traits caractéristiques fondamentaux de la tactique du Parti communiste russe ; elle jette aussi une lumière aveuglante sur la politique nationale de ce Parti en Ukraine, une politique qui, quand on considère les intérêts de la Révolution, doit être tout simplement qualifiée de criminelle,
Nous parlerons plus loin des intentions vastes et profondes et des visées de cette politique. Nous tenons' avant tout à faire remarquer ici que cette même politique du centralisme absolu moscovite, s’est imposée aussi à l'égard des autres nationalités faisant corps avec la "République russe feaérat/iveT socialiste et soviétiste. " Les Républiques soviétistes des Tartares, des Baskirs, des Kirghiz, d’Âserbeidschan, de Turkestan n'existent que dans les proclamations, car en réalité elles ne sont que des organismes bureaucratiques du centre moscovite et n’ont rien de commun avec le gouvernement des soviets de ces peuples.
Examinons un peu de près la politique nationale des chefs du Parti communiste russe en Ukraine.
Le peuple ukrainien fut, durant trois siècles, à peu près sous le joug barbare et despotique du tsarisme russe. Les persécutions impitoyables de tout ce qui est ukrainien, le mépris et les railleries dont en couvrit la langue ukrainienne, les barrières opposées au développement intellectuel des populations ukrainiennes, des ouvriers et paysans surtout, toutes ces méthodes de domination et d’oppression des élans nationalistes de l’absolutisme féodal et bourgeois-féodaliste russe ne poursuivirent qu’un seul bot: Détruire la nation ukrainienne au nom de la „ Russie une et indivisible11 et la faire disparaître de la surface du globe! Il n'y a pas de langue ukrainienne, et il ne faut pas qu’il y en ait une, ni un peuple ukrainien, ni une nation ukrainienne: il n’a qu’une seule langue, qu’un seul peuple, qu’un seul pays, la langue russe, le peuple russe, la Russie ! Voilà ce que fut l’impératif catégorique de la politique féodale et bourgeoisféodaliste à l’égard de l’Ukraine et de son peuple. Et . cette politique fut mise en œuvre par tous les moyens possibles, tout aussi bien avec les gendarmes, la police, les agents provocateurs, les prisons, la Sibérie, qu’au moyen des journaux, des livres, des écoles, des églises et des théâtres.
Il n’est pas étonnant que dans ces conditions le sang de la société russe soit infecté de chauvinisme russe. Nous ne nous détournons certainement pas de la vérité en disant qne 99 % de la bourgeoisie intelligente de la Russie eût adopté le dogme d’une entière négation de la nation ukrainienne et que 98% des socialistes intelligents russes occupèrent le même point de vue. Pîechanov, Trotzkyj nièrent cyniquement l’existence d’une natioq ukrainienne.
La Révolution a causé une grande surprise aux chauvinisies et ukrainophobes russes. Une élévation nationale de toutes les couches sociales du peuple ukrainien, comme nous l’avons vue en 1917, est unique dans l’histoire. Elle ne peut être expliquée que par l’affreuse et brutale oppression nationale des dopulations ukrainiennes, à moins que ce ne soit l’espoir d’une nation asservie et martyrisée de conquérir la liberté par la Révolution. Sous les conditions historiquement écloses en Ukraine, la Révolution g prit tout d’abord un caractère nationaldémocratique
progressif. Il va sans dire que Ja libération nationale a vu le meilleur moyen pour réaliser une existence nationale libre dans la création d’un État national autonome et indépendant. La politique poursuivant la création d’un État national ukrainien était accompagnée de succès aussi longtemps qu’elle fut démocratique progressiste et aussi longtemps que la Révolution en Russie eut un caractère démocratique-petitbourgeois (Gouvernement de Kerenski). Mais à partir du moment où la Révolution nationale-démoeratique en Ukraine commença à prendre, de plus ‘ en plus, un -caractère petitbourgeois et contre-révolutionnaire et à négliger par suite les intérêts des populations ouvrières en Ukraine, et à partir du moment où, en octobre 1917, à Pétersbourg et à Moscou, les Bolcheviks russes sont arrivés au pouvoir, à partir de ce moment commença la lutte du gouvernement national ûkrainien7 une lutte de la contre-révolution petitbourgeoise contre le socialisme. II devint évident alors pour tout le monde que le véritable pouvoir en l’Ukraine nationale et petitbourgeoise dût passer dans les mains du Petljura.
La conséquence naturelle en fut que les populations
ouvrières de l’Ukraine tournèrent le dos au gouvernement petitbourgeois ukrainien. Petljura se vit obligé d’agir contre son
propre peuple et de devenir le valet de l’Ëurope impérialiste de l’Ouest et son très obéissant serviteur, comme Pilsudski et tant d’autres. Le contre-coup ne se fît pas attendre: les populations ouvrières de l’Ukraine portèrent toutes leurs sympathies aux communistes russes et à la Russie soviétiste, et ce de fort bonne foi. Car aucune puissance dans le monde entier n’a jamais
donné — en paroles! — une quantité aussi étourdissante de libertés nationales que le gouvernement soviétiste russe ! Aucun parti socialiste du monde n’avait proclamé jusqu’à ce moment d’une manière aussi tenace et aussi solennelle le soi-disant „Droit des Nations de disposer elles-mêmes de leur sort jusqu’à l’arrachementtt comme l’avait fait le Parti communiste russe dont les agitateurs parcoururent en foule l’Ukraine et eurent
bientôt fait de la conquérir au moyen de ce cri de ralliement.
Or, comment les communistes russes ont-ils mis à profit ce facteur considérable, cet ardent désir d’une nation de respirer l’air de la liberté, pour la révolution socialiste? Il y a lieu de faire remarquer que l’exploitation des sympathies communistes des populations ouvrières de l’Ukraine, en prenant en considération
la situation économique du pays, ses richesses naturelles inépuisables son pain, son sucre, son charbon et son fer, représentent de fait l’invincibilité de la Révolution socialiste, du moins dans les pays de l'ancienne Russie tsariste. La Russie soviétiste eût été à l’abri des affres d’un blocus, si elle avait su entretenir des relations Tellement amicales avec les masses populaires de l’Ukraine, avec cet immense territoire qui, avant la guerre, fut non seulement le grenier de toute la Russie, mais de toute l’Europe! Mais les communistes russes , par leur politique nationaliste , , au lieu de s'attacher cette puissance , ont si bien manœuvré que cette puissance
s’e*t tournée contre eux. Lorsque les Bolcheviks russes eurent, en 1918, conquis le pouvoir en Ukraine, ils inaugurèrent l’ancien régime national des Tsars et la dictature de la culture russe. On peut bien voir jusqu'où est allé ce régime quand en constate que les Bolcheviks russes piétinèrent les images du poète ukrainien Sehewtschenko, qu'ils abattirent à coup de fusil les instituteurs, uniquement à cause de leur nationalité, qu’ils couvrirent d’opprobre, exactement» comme les policiers tsaristes et les „Cent Noirs a, tout ce qui était ukrainien et qu’ils ne prononcèrent le mot ^Ukraine*1 qu’en l’accompagnant de jurons immondes et éhontés.
Notre lettre prendrait des dimensions incommensurables si nous voulions entamer une description quelque peu détaillée des façons de procéder des communistes russes pour „ gagner u les populations ouvrières au communisme et au système des soviets du nouvel ordre social.
Le „ succès “ des procédés invraisemblablement „ appropriés “ des communistes russes en Ukraine se présente actuellement sous les formes suivantes : Le soi-disant gouvernement des ^soviets* ne réside en Ukraine que dans les villes d’une certaine importance, de .préférence dans les grands centres, où il s’appuie sur la force des baïonnettes. Le pouvoir des commissaires ne va pas au-delà des murs des villes. Les villages mènent one existence indépendante au point de vue politique, économique et organique. C'est la face de la médaille. Le revers est d’une importance bien plus grande encore: Les soulèvements en Ukraine sont en permanence. Ils, sont dirigés contre quiconque est considéré comme ennemi des ouvriers nationaux et des paysans de. , l’Ukraine. Fresque chaque paysan ukrainien e,st armé du „Kpçak“, genre de fusil à petite crosse et( çàpon écourté, escopette symbolique des révoltés, qu’il braque contre tous les intrus étrangers ainsi
que contre tous les ennemis indigènes, des classes rustiques. Ce qui est toutefois le point le plus important pour nous, c’est que par ce „Kucak“ toute la soi-disant „ République soviétiste socialiste de l’ Ukraine “, en d’autres termes la caste des commissaires moscovites en Ukraine soit continuellement menacée. Les communistes russes essaient généralement d'excuser leurs crimes en Ukraine en imputant toutes révoltes dirigées contre eux aux „Kurkulisw, c’est-à-dire aux riches paysans .ukrainiens. C'est un pur mensonge. Il est svrai que les soulèvements des grands propriétaires rustiques se produisent sans discontinuer, mais les révoltes des pauvres villageois ne sont pas moins fréquentes, peut-être même beaucoup plus nombreuses. La chose la plus essentielle est cependant que le mot d’ordre, national, qui a circulé et qui circule encore dans tous les soulèvements anüsoviétistes, a surtout triomphé dans les contrées dans lesquelles les pauvres des villages ont pris part aux insurrections (comme dans les Gouvernements de Kyjiev, Poltava, Tschernyhiew), tandis que ce mot d’ordre n’a joué et ne joue presque point de .rôle dans les soulèvements des riches paysans du Gouvernement de Çherson.
Les insurrections antisoviétistes et anticommunistes en Ukraine, voilà les succès de la politique nationale des communistes russes en Ukraine.
Le préjudice porté par cette politique à la cause devint évident pour tout le monde à un tel point que même les chefs du Parti communiste russe se virent obligés de réviser leurs méthodes. Les défauts furent nettement établis dans la résolution de décembre 1919, et «n eut l’impression de l’ acheminement vers une orientation nouvelle de la politique nationale en Ukraine. Ch. Rakowskyj, membre du Comité central et président ,du gouvernement ukrainien, avait par exemple proclamé ouvertement jusqu'à ce moment la nI)içtature de la cultipre russe “ en. Ukraine • mais après ladite résolution, toute affirmation publique de mesures russophiles fut suspendue.
Cette résolution a immédiatement vivifié les sympathies .des éléments nationaux ukrainiens pour le communisme et inaugura, la consolidation des, forces nationales révolutionnaires.
Cependant, hélasl cet acte n’était . non plus autre- chose qu’upe déclaration. fSnp réalité, la résolution ne fut pas exécutée. Au contraire,, nous soyons qqe le Comité central, du. Parti
communiste russe donna aux fonctionnaires envoyés en Ukraine des instructions secrètes et les chargea de continuer V ancienne politique du centralisme absolu moscovite sans mettre ces principes à la grande cloche, mais de se servir dans les occasions publiques et officielles de la résolution. Ce subterfuge ne fut pas de longue durée. L’usage de la résolution du Comité central du Parti communiste russe fut bientôt absolument et complètement défendu aux fonctionnaires du Parti. Des membres du Parti communiste russe qui s’étaient efforcés de la mettre en exécution, furent expulsés de l’Ukraine et envoyés par mesure disciplinaire dans des postes de disgrâce ; les gens honnêtes qui avaient énergiquement fait preuve d’esprit de suite, furent même mis en prison. La tactique, de déclarer une chose et d’en faire une autre, s’est montrée ici en plein jour. On peut aussi voir par l’exemple suivant à quel point une pareille politique peut devenir absurde: Dans leurs déclarations, notes, communications internationales, les communistes aiment à établir le principe que l’Ukraine soit une République soviétiste autonome avec un gouvernement autonome ; en vérité, les membres du Parti communiste russe même sont non seulement poursuivis en raison de leur propagande en faveur de l’autononiie, mais aussi tracassés > exilés et emprisonnés s'ils osent travailler pour une fédération de l’Ukraine avec la Russie.
Il ne faut pas considérer la politique nationale du Parti communiste russe en Ukraine comme une question de tactique ou un ensemble de mesures jugées nécessaires pour le moment. Cette politique a des visées profondes et traditionelles que les communistes russes ont probablement héritées de l’histoire politique, éclaboussée de sang et de boue, de Moscou et de la Russie. C'est là la politique traditionelle : Il importe que les Russes maintiennent à tout prix une „ Russie une et indivisible ." Nous répétons: à tout prix! Il va sans dire que l’Ukraine avait une beaucoup plus grande* valeur dans l’empire russe que les Indes ne représentent pour l’empire anglais. Le seul souvenir de l’existence d’une langue ukrainienne a troublé de tout temps le doux sommeil des Russes. La moindre marque de fierté nationale et d’évolution nationale a été taxées de crime contre l'omnipotence de l’État russe et stigmatisée de „ Séparatisme* depuis Pierre le Grand jusqu’au dernier des Romanows.
Quelque pénible que ce soit d’en parler, nous sommes bien obligés de constater que pour les socialistes et communistes russes l’intégrité et l’indivisibilité des territoires de l’ancienne Russie des Tsars est tout aussi bien chose sacrée qu’elle le fut pour les généraux tsaristes, les grands propriétaires, les fabricants, les fonctionnaires, les savants et les écrivains de l’ancien régime.
Quoique les communistes russes puissent nous dire à cet égard, quels que soient les attaques dont ils nous abreuvent, et quels que soient leurs moyens pour mettre d’accord nos affirmations avec leurs diverses proclamations, déclarations et autres déclamations grandiloquentes, le fait demeure indéniable que la politique nationale dti Parti communiste russe en Ukraine est une politique de la „ Russie une et indivisible" , à laquelle ils ont seulement donné un autre contenu pour la distinguer de celle de leurs prédécesseurs.
Si toute la triste réalité actuelle en Ukraine ne fournit pas encore une preuve suffisante pour l’existence de cette politique et son extraordinaire folie des grandeurs, on pourrait dès à présent déjà, sur la foi des livres, brochures et autres publications édités sous la raison sociale officielle du Parti communiste russe, et d’après les sources que fournissent les articles de journaux, les discours des principaux représentants du communisme russe, les déclarations, les instructions officielles et secrètes etc., écrire de gros volumes.
Et si un homme de bon sens, doublé d’un socialiste, qui sait juger l’histoire et ses manifestations et faits acquis du point de vue du développement dialectique, voulait poser la question, quel sens historique, dans la signification socialiste du mot, est caché dans la politique des communistes russes, il lui serait bien difficile de trouver une réponse.
Les communistes russes disent qu’entre les diverses parties de la Russie (Pologne, Lithuanie, Provinces baltiques, Blanche- Russie, Ukraine etc.) existe une profonde cohésion économique; qu’elle a même formé un organisme économique dans la société des contrats, comme l’est le capitalisme. (Radek.)
En est-il vraiment ainsi ? Est-il admissible qu’un communiste parle de cette façon? Peut-on parler d’un ^organisme économique44 à l’égard d’un assemblage de pays qui ont été cimenté artificiellement par la force, la ruse, l’oppression, le fer et la sang? Est-ce que la monarchie austro-hongroise forma aussi un „orga-
nisme économique 44 ? Est- ce que F Angleterre est également dans la même situation?
Nous autres socialistes ne sommes pas partisans d’une séparation économique des pays et nations. Nous travaillons pour une fédération économique non seulement de l’Europe, mais du monde tout entier, parce que nous sommes convaincus qu’il n’y pas de peuple ni d’État qui puisse se suffire du point de vue économique, et que l’existence matérielle des nations et de chaque individu ne peut être garantie et assurée d’une façon humainement digne que par une fédération universelle et socialiste. Et nous désirons que notre Ukraine fasse également partie de cette fédération économique et socialiste de l’Europe et du monde tout entier.
Mais s’il était nécessaire de prouver que l’Ukraine, comme État national, peut vivre en pleine indépendance par ses propres forces et ressources, nous nous faisons forts de démontrer qu’il n’y a pas un seul État en Europe qui, objectivement parlé, puisse à un tel haut degré remplir toutes les conditions indispensables pour une existence indépendante comme l’Ukraine.
Si cet argument, compréhensible du point de vue socialiste, devait réllement excuser toute la politique nationale, administrative, économique et culturelle du Parti communiste russe, que diraient par exemple les communistes tchèques ou allemands s’ils avaient le malheur — nous ne leur souhaitons pas — d’être dans notre peau? Que diraient les ouvriers tchèques ou allemands si le Moscou de nos jours voulait les gratifier de la même „ étroite Union socialiste44 dont il a fait cadeau aux populations ouvrières de l’Ukraine sous forme d’une occupation?
Quel fantôme obscurcit la vue des communistes russes, des partisans d’une „Russie une et indivisible44, fût-ce même une Russie soviétiste?
Est-ce qu’ils se consoleraient avec l’espoir qu’ils finirent par assimiler l’Ukraine?
Quelle folie!
Comment pourraient-ils l’espérer le moins du monde, maintenant, où la fierté nationale des Ukrainiens est élevée comme jamais auparavant, où les villes ukrainiennes prennent un caractère national, où Kiew, après l’écoulement des éléments bourgeois étrangers, est devenue une cité purement ukrainienne, où le Russe — les communistes russes ne le savent que trop bien,
Payant cruellement épreuve à leur dépens — n’osent se montrer dans les villages sans connaître la langue ukrainienne ?
La tactique et la politique du Parti communiste russe ont eu pour conséquence que les porteurs de la Révolution socialiste en Ukraine ne se recrutent que dans les milieux du prolétariat russe et russifié des villes et qu’eux seuls sont qualifiés pour ces fonctions. Tous les autres éléments sont „ contre-révolution44 et „ nationalisme petit-bourgeois44. Voilà le fondement social de la ^Russie soviétiste une et indivisible*4.
Le résultat de toute cette politique et tactique nationale dudit Parti est que l’Ukraine nationale des ouvriers et paysans s’est élevée contre ce prolétariat russe et russifié sur lequel s’appuie exclusivement la puissance sociale du Parti communiste russe, et qui est seul et unique soutien de sa politique.
Est-ce que les communistes russes se rendent compte de la portée de ce tout cela signifie? Ou ne veulent-ils pas y réfléchir? Eux qui propagent la Révolution socialiste dans le monde et relèvent les peuples asiatiques opprimés et asservis depuis des siècles? Que font-ils en Ukraine, pays d’une si haute^ importance actuellement pour la Révolution, et comment veulentils expliquer leur impuissance dans ce pays?
Examinons un peu les chiffres:
L’Ukraine est un pays agricole, non seulement à l’égard de sa situation actuelle, mais aussi par rapport au développement futur de ses forces productives. Elle compte plus de 40 millions d’habitants. Dans l’évolution sociale-économique, elle n’a pu dégager que 15% de prolétariat provenant des populations ouvrières, répartis entre le prolétariat agricole et le prolétariat industriel. Si l’on admet que de ces 15 °/0 environ 10% reviennent au prolétariat industriel, on peut admettre que seulement 7°/0, ou, dans le meilleur cas, 8 % se composent du prolétariat citadin non-ukrainien , dont la majeure partie est formée par le prolétariat russe et russifié des villes. La force révolutionnaire à prendre en considération après celle-là, pouvant jouer un rôle dans la Révolution socialiste de l’Ukraine, est la population campagnarde pauvre, demi-prolétarienne, dispersée sur l’immense territoire ; elle représente 30% de la population tout entière. On serait senté de s’étonner de ce grand nombre de demi-prolétariat de touche paysanne. Il n’y a cependant rien d’extraordinaire quand
on considère que l’industrie agricole est assez considérablement développée en Ukraine. Ce fait permet d’expliquer le gros pourcentage de villageois pauvres qui ne puisent pas la majeure partie de leurs moyens d’èxistence de leurs propres terres et biens, mais qui sont forcés de gagner leur vie par le travail dans les immenses fermes des grands-propriétaires terriens où règne un système assez développé de division du travail. La classe suivante est formée par la masse compacte des soi-disant paysans moyens; elle représente environ 45% de toute la population. La plus grande partie de ce pourcentage revient aux grandes fermes (Kurkuli), dont les propriétaires forment la principale base sociale et le puissance de la contre-révolution.
C’est ainsi qu’il fut. La structure sociale de l’Ukraine s’est sensiblement modifiée à présent, et à son avantage quand on part du principe de la Révolution sociale et quand on considère les intérêts nationaux de l’Ukraine. C’est d’ailleurs un phénomène tout à fait naturel. Au temps du capitalisme, comme l’expérience l’a démontré, le facteur nationalisant et réassimilant du capital s’est montré plus fort que l’assimilation, et c’est par ce fait qu’il y a lieu d’expliquer la renaissance de toutes les nations soi-disant non-historiques, en d’autres termes des nations asservies. Mais quelle force supérieure montre ce facteur partout où la force économique et politique du capital et d’elle-même la bourgeoisie, s’effondre ou gît déjà à terre, où le pays s’achemine vers le socialisme qui est le libérateur souverain et national de tous les peuples asservis!
La politique du Parti communiste russe, en se basant en Ukraine uniquement sur une force sociale qui ne forme au maximum que 8% de la population du pays, ne donne lieu à aucun espoir; on peut, du point de vue de l’évolution sociale, la qualifier de crime, d’autant plus que la Révolution, par la réassimilation des populations ukrainiennes russifiées, qui fait de rapides progrès, doit nécessairement dépérir en continuant cette route.
A quel point grand serait par contre l’avantage pour la Révolution socialiste en Ukraine, en Russie et pour la Révolution universelle socialiste, si la direction du processus de cette Révolution était entre les mains des forces communistes qui sont organiquement liées à toute la somme des conditions et possibilités sociales, économiques et nationales de l’Ukraine!?
Pour sauver l’idée du Communisme et de la Révolution dans l’esprit des populations ouvrières de l’ Ukraine, une organisation communiste dût nécessairement naître qui pût travailler à réparer les fautes criminelles des communistes russes et preüver que ce n’est pas le communisme, mais bien la tactique et la politique des communistes russes qui eussent commis ces fatites.
Un tel parti est le Parti Communiste Ukrainien. Il adopte la plate-forme de la IIIe Internationale, il prend part aux travaux des organisations soviétistes, il lutte contre la contre-révolution. Mais puisqu’il s’efforce de réaliser exactement et Consciencieusement les résolutions officielles et les ordonnances du Comité central du Parti communiste russe — comme par exemple la résolution sus-mentionnée de décembre 1919 — il est pour cela — et uniquement pour cela — poursuivi, toute possibilité de faire imprimer quelque chose lui est barrée, et ses membres, s’ils ne sont pas exilés de l’Ukraine, sont tout simplement arrêtés. Ce qui plus est: Lorsque le Parti communiste ukrainien a demandé son admission dans la IIIe Internationale, cette admission lui fut refusée, quoiqu’il eût accepté toutes les conditions relatives à l’admission. Pourquoi cela? La raison en était, à ce qu’il paraît, parce que, selon le règlement, un Pays ou un État ne peut être représenté à la IIIe Internationale que par un Parti et qu’en Ukraine existe un Parti officiel, le Parti communiste (bolchevik) de T Ukraine, qui représente précisément également l’Ukraine) à la IIIe Internationale. Mais même ce Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine ne fut pas admis comme parti autonome, il a dû s’affilier aux représentants de la Délégation russe et prendre le rang d’une organisation provinciale de cette dernière. Et par ce fait se manifeste avec une pleine clarté toute la tendance de la politique nationale des capitaines du communisme russe: l’Ukraine n’est tout simplement qu’une province de la Russie! Le Comité central du Parti communiste russe a déclaré inofficiellement au Parti communiste de l’Ukraine qu’il dût ou bien se fondre complètement dans le Parti communiste (bolchewik) de l’Ukraine^ en d’autres termes dans le Parti communiste russe, et accepter sans réserve toute la politique et toute la tactique néfastes de ce dernier Pwrti} ou bien renoncer à jamais à être admis à la IIIe Internationale. Or, étant donné qde l’influence du Comité central du
Parti communiste russe est absolument dominant dans la IIIe Internationale, il y a lieu de prendre cette menace tout à fait au sérieux.
Le même fait s’est produit pour la Groupe étranger du Parti communiste ukrainien. La situation de ce Groupe étranger ressort nettement de la lettre du camarade W. Wynnytschenko. Ce Groupe représente, exactement comme le Parti communiste ukrainien, le programme du Parti communiste russe , et quant à la question nationale, il accepte sans réserve la résolution de Comité central du Parti communiste russe en date de décembre 1919. Et s’est là la raison pure et simple pourquoi le Groupe étranger ne fut pas admis «à la IIIe Internationale.
Le Groupe étranger a envoyé le camarade W. Wynnytschenko en Ukraine avec le dessein de former PUnion de toutes les forces révolutionnaires. Mais dès son arrivée, il fut déclaré au camarade Wynnytschenko qu’il serait personnellement le bienvenu, mais qu’on ne désirât aucunement une fusion avec la Parti communiste ukrainien.
Malgré toutes les tentatives de la part de communistes ukrainiens, le projet n’a pu être exécuté. Le camarade Wynnytschenko était officiellement le délégué du o Groupe étranger du Parti communiste ukrainien, mais il était également représentant inofficiel des forces communistes nationales de l’Ukraine. En sa personne, l’Ukraine révolutionnaire et communiste tendait une main fraternelle à la Russie révolutionnaire et communiste. Le voyage du camarade Wynnytschenko de l’étranger en Ukraine porta une certaine désorganisation dans les rangs de la contre-révolution ukrainienne, diminua ses forces, provoqua un élan des éléments révolutionnaires ukrainiens et fortifia leurs espérances en une solution définitive des anciens malentendus à l’égard des camarades russes et en la possibilité d’une continuation des combats révolutionnaires avec toutes forces réunies. L’espoir d’un changement de la politique nationale en Ukraine et de la possibilité de la réalisation du programme , des décisions et des résolutions du Parti communiste russe ramena ces éléments, qui avaient montré jusqu’à présent la plus grande méfiance à l’égard de la politique des communistes russes, du côté de la Révolution.
Mais ces espérances furent déçues. Le camarade Wynnytschenko fit preuve d’une extrêmç condescendance; il n’exigea ni une réalisation immédiate de l’indépendance affichée avec
tant d’éclat, ni une fédération instantannée, ni enfin une modification quelconque de la situation actuelle; il ne demanda que la possibilité d’amener successivement et systématiquement un changement de la situation actuelle en vue de la situation normale de l’avenir. A cet effet, il voulut qu’on acceptât uniquement un principe: La Révolution de chaque pays ne doit s'appuyer que sur ses propres forces intérieures f et c’est par ces forces qu’elle doit être conduite et développée. Partant de ce principe, il faut en tirer les conséquences réelles.
Or, la politique du centralisme moscovite absolu et personnel exclut'toute indépendance, tout travail indépendant, toute fédération et toute démocratie socialiste. Et c’est la raison pourquoi elle ne pouvait pas accepter non plus le principe du développement de la Révolution de chaque pays par ses propres forces intérieures. L’union n’a par suite pu se faire. La main tendue par les communistes ukrainiens ne fut pas touchée.
Par ce procédé, le Parti communiste russe a voulu pour ainsi dire démontrer qu'un Ukrainien qui veut avoir le droit et la possibilité d'être communiste et de prendre part à la Révolution doit cesser d'être Ukrainien ? doit renier sa nationalité et doit renoncer à toute tentative d'assurer aux travailleurs de sa nation les bons moyens propres à les conduire à leur développement intellectuel.
Ce qui est particulièrement caractéristique : Toute aspiration des éléments communistes ukrainiens de mettre à profit le facteur national pour les besoins de la Révolution, est taxé de nationalisme, de petite-bourgeoisie, de contre-révolution. Mais les chefs du Parti communiste russe ne se gênent aucunement de tirer tout ce qu’ils peuvent du nationalisme russe pour la réalisation de leurs propres visées et ce sous des formes très suspectes. Il ne se gênent aucunement, dans leurs proclamations officielles, de haranguer les populations russes „ orthodoxes “ et de les appeler à la lutte contre les Polonais qui, à ce qu’ils prétendent, veulent conquérir l’empire russe. Par l’ancien contre-révolutionnaire Général Brussilow ils s’adressent aux officiers de la Garde blanche russe et leur demandent de défendre la „ Grande Russie44 contre les attaques des Polonais. Dans leurs journaux officiels (communistes!) ils font paraître des poésies chauvinistes et impérialistes, dans lesquelles ils glorifient le „Kalyta-Moscou actuel44 qui veut s’emparer d’un pays après l’autre avec ses mains
lourdes et calleuses. Si les communistes ukrainiens essayaient de mettre en œuvre la centième partie du nationalisme que les communistes russes arborent , ils seraient fusillés comme contrerévolutionnaires sans autre forme de procès.
Nous communistes ukrainiens qui voyons de près les suites de la tactique et de la politique nationaliste du Parti communiste russe, nous estimons qu’il est de notre devoir de dire franchement à tous nos camarades d’Europe et d’Amérique que ces méthodes causent à la Révolution un préjudice très considérable. Au nom des intérêts de la Révolution universelle, au nom des succès de l’évolution communiste la nécessité s’impose de mettre la Révolution russe soîis un contrôle international.
Nous savons que notre voix sera très faible pour les camarades européens au milieu du fracas de tonnerre des autorités - — des autorités de mérite, en vérité — de la Révolution russe ; nous savons que nos paroles ne seront pas acceptées sans réserves, puisqu’il n’y a pas encore bien longtemps que nous autres communistes ukrainiens étions dans les rangs de ceux qui combattaient contre les Bolcheviks. Nous n’essayerons pas d’expliquer ici les causes et raisons historiques, nationales et autres qui nous ont imposé cette manière d’agir. Mais c?est par des expériences douloureuses, par la lutte, par le feu et par le sang que nous sommes arrivés à la conviction profonde et solide que seule une lutte immédiate, déterminée et sans compromis du prolétariat contre le capitalisme puisse amener la délivrance de l’humanité tout entière de ce fléau que renferme l’organisation sociale bourgeoise. Nous autres communistes voulons bien volontiers reconnaître le grand mérite des camarades russes qui ont trouvé en leur for intérieur le courage et la force d’être jusqu’à la fin des marxistes conséquents et révolutionnaires et qui les premiers ont déclaré la guerre au capitalisme. Nous concevons les causes historiques et psychologiques sur lesquelles les chefs de la Révolution russe édifient leur tendances à savoir de devenir un seul et unique centre de la Révolution universelle, d’une autorité incontestée et sans appel pour le monde entier et non seulement pour la Révolution en Ukraine. Nous serions même, en attendant, pour un certain Jemps,
trè« disposés à consentir à l’autoritarisme, voire à un centralisme et à un despotisme absolus, si une condition pouvait en être réalisée : V avancement de la Révolution et non son dépérissement. Car nous autres communistes ‘ukrainiens sommes peut-être plus que tous les autres partisans d’un avancement de la Révolution, de sa propagation rapide dans les autres pays et du renversement de l’ordre capitaliste. Chez nous il s’agit d’une délivrance double des populations ouvrières de notre nation : libération sociale et libération nationale. Nous sommes convaincus que seule la Révolution communiste universelle puisse apporter à nos populations la libération pleine et universelle; seule une réalisation strictement suivie du programme communiste et des méthodes communistes' est capable d’assurer à toutes les classes et nations asservies toutes les formes d’un développement matériel et intellectuel. C’est pourquoi nous demandons avec tant d’insistance à nos camarades russes qu’ils soient des communistes véritables et inébranlables et que leur activité soit frappée du soin de leurs propres résolutions et de leur propre programme.
Vu ce qui précède, nous autres communistes ukrainiens estimons qu’il est de notre devoir et de notre droit de soumettre aux camarades d’Europe et d’Amérique les propositions suivantes :
,1° De peser franchement et dans toute sa complexité la question : A qui est-ce de diriger la Révolution , Universelle et qui doit former son véritable état-major ? Est-ce la IIIe Internationale ou est-ce le Comité central du Parti communiste russe ?
Car la IIIe Internationale n’est actuellement (c’est universellement connu et les camarades russes eux-mêmes n’en font pas un secret) qu’une subdivision du Comité central du Parti communiste russe, une institution de parade uniquement sans portée proprement dite dans la politique révolutionnaire; du monde.
, 2° La IIIe Internationale , organe veritabley suprême et
légitime de la Révolution Universelle doit prendre la direction et le ■ contrôle de la Révolution en Russie et en Ukraine . Il importe d’instituer immédiatement une commission de la IIIe Internationale en vue de l’étude de toutes les méthodes de tactique et de politique, du Parti communiste russe.
Nous savons que des membres de la IIIe Internationale n’auront qu’un sourire pour nos propositions, mais nous nous
adressons aux véritables communistes pour lesquels il n’y a nî ambitions de certaines individualités ni aspirations d'organisations tout entières, quel que soit leur mérite, qui soient au-dessus des intérêts de la Révolution. Nous nous adressons à la véritable Internationale communiste. Et si ses rangs renferment actuellement des hommes qui ne connaissent pas la peur des autorités, nous sommes sûrs qu’ils accueilleront avec toute l’attention que mérite le sujet les propositions que nous venons de formuler et qu’ils jugeront nos questions avec objectivité.
Nous sommes convaincus que dans le cas ou une telle commission serait instituée, — en admettant bien entendu que sa composition soit faite d’une manière indépendante du Comité central du Parti communiste russe et qu’elle procède objectivement et impartialement, — toutes nos déductions relatives à la tactique des camarades russes seront confirmées par elle. Non seulement les communistes ukrainiens, mais même les membres du Parti communiste russe soumettront à cette commission toute une série de documents et de faits qui n’auront pas besoin de commentaires.
Nous trouvons une des preuves de la justesse des positions des communistes ukrainiens et de leur maintien critique à l’égard des méthodes tactiques des chefs du Parti communiste russe dans le fait acquis que même dans le sein du Parti communiste russe le mécontentement de ces méthodes a pris des proportions incontestablement graves. Une méconnaissance de cet état de choses n’était plus possible. La conséquence en fut une nouvelle révision du Parti, la liberté de la parole dans ses discussions , et, entre autres concessions, la reconnaissance que la politique de l’alimentation était fausse, que le bureaucratisme était prépondérant dans le Parti, que les organes du Parti dépérissaient, et ainsi de suite. Tout cela ne fait que contribuer à fortifier nos positions, mais ne nous procure pas la possibilité d’espérer que tous ces efforts auront pour conséquence un changement radical quelconque de l’activité du Parti. On a bien procédé à une révision du Parti, mais le résultat n’en était pas édifiant: à la place des bureaucrates, des parasites et des contre-révolutionnaires en sont venus d’autres du même acabit.
Aussi longtemps qu’existera le principe du centralisme absolu et personnel, aussi longtemps que les individus ne seront pas soumis au contrôle de la collectivité, aussi longtemps
que les fonctionnaires du Parti continueront d’être responsables devant les autorités personnelles du Parti au lieu de porter leur responsabilité devant l’organisation, aussi longtemps le Parti ne pourra ni se guérir ni se purifier, car il faut bien se tendre à l’évidence qu’en première ligne que c’est le système qui est i malsain et impur et qu’il transforme santé et noblesse — ce sont là des effets qu’il doit nécessairement produire — et maladie et ordure.
Nous proposons en fin de compte:
3° La Commission instituée par la IIIe Internationale sera chargée de contrôle r à fond et consciencieusement la politique nationale du Parti communiste russe .
Il y a tant de matérial pour connaître la politique nationale de ce Parti que nous avons caractérisée de politique pour la restauration de la „ Russie une et indivisible u, qu’il est réellement superflu d’en parler davantage.
En outre, le Groupe étranger du Parti communiste ukrainien adresse aux membres de la IIIe Internationale les questions suivantes:
1° Est-ce que les camarades sont d’avis que l’union d’un nombre de forces aussi considérable que possible dans V Internationale et l’admission de toute organisation et de tout parti qui accepte les principes et conditions d’admission soient désirables pour le succès de la Révolution ? Da'ns le cas où les camarades répondraient affirmativement à cette question, pourraient-ils dire aux travailleurs ukrainiens pour quelles raisons et pour quels motifs le Parti communiste ukrainien n’a pas été admis dans la IIIe Internationale quoiqu’il reconnaisse aussi bien le programme de la IIIe Internationale que ses conditions d’ admission, quoiqu’il prenne une part active à l’avènement du gouvernement des soviets en Ukraine et quoiqu’il lutte de toutes ses forces pour combattre la contrerévolution?
Il nous paraît nécessaire de rappeler au bon souvenir des camarades que chaque pays, chaque État possède le droit de se faire représenter à l’Internationale communiste par son Parti communiste. L’Ukraine est une République soviétiste autonome et indépendante; cela ressort nettement de toutes les notes, proclamations et déclarations du gouvernement soviétiste russe.
Le „Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine^ n’est qu’une organisation provinciale du Parti communiste russe, il n’est par conséquent pas fondé de représenter dans l’Internationale un État autonome et ne constitue par suite qu’un membre de la représentation russe.
Il est donc aussi absolument raisonné et logique qu’au bas du „ Manifeste du 2e Congrès de la IIIe Internationale communiste“ sont apposées les signatures de tous les pays possibles — Livonie, Esthonie, Turquie, la Perse, même la Corée — , seules les signatures des représentants de l’évolution communiste en Ukraine n’v figurent point.
Tout cela est compréhensible. Mais ni nous ni les ouvriers ukrainiens ne pouvons comprendre pourquoi le Parti communiste ukrainien, qui n’est pourtant pas une organisation provinciale du Parti communiste russe, et qui. a pris pour tâche d’organiser les forces communistes intérieures de l’Ukraine et le prolétariat des villes et des campagnes, n’a pas été admis à l’Internationale communiste?
Pourquoi, avec ce Parti, et aussi avec son Groupe étranger, toutes les forces communistes et révolutionnaires ukrainiennes ont-elles été exclues de toute participation aux travaux de l’organisme supérieur international (et non russe!)? ■ . ;
2° Les camarades d’Europe , qui sont membres de la IIIe Internationale distinguent peut-être mieux que nous les uns ou les autres mobiles qui dirigent les travaux du Parti communiste russe. Nous prions ces camarades de nous expliquer , à nous et aux ouvriers ukrainiens quels sont les motifs par lesquels le Comité central du Parti communiste russe se, laisse guider quand il proclame V indépendance de la République soviétiste ukrainienne tout en poursuivant impitoyablement celui qui prend cette déclaration au sérieux ? Et pourquoi poursuit-il non seulement ceux put visent V indépendance et la fédération, mais aussi ceux qui veulent réaliser la simple autonomie des forces locales ? Quels sont les intérêts rapprochés ou éloignés de la Révolution qui exigent une tactique aussi surprenante , faite pour provoquer l’indignation des foules? ,
3° Quel est le point de vue qu' occupent les camarades d’Europe, membres de la IIP Internationale, à l’égard . du système du gouvernement soviétiste ? Sont-ils d’avis que cette forme soit favorable à la dictature du prolétariat ou
défavorable? S’ils croient cette forme favorable , n estiment-ils pas alors que le simple fait d’une proclamation du gouvernement des soviéts , sans que ce gouvernement existât en réalité , porte préjudice à la dévolution ? Et les délégués qui représentent les pays d’Europe à la IIIe Internationale , peuvent-ils en bonne conscience dire à leurs ouvriers qu’ils ont réellement vu en Russie le gouvernement des soviets et peuvent-ils se porter garants que ce ne soit une fiction ou un décor , mais le véritable pouvoir des populations ouvrières?
4° Par quelles méthodes peut-on le mieux développer les sentiments incomplets des populations par rapport à la conscience de la valeur et de la puissance de leur état : par l’influence morale , intellectuelle et idéale du Parti, en attirant les populations au processus du travail et du gouvernement de l’Etat prolétarien , ou bien en écartant les populations de toute participation active et en se bornant à lancer des proclamations , des ordonnances , des commandements et des punitions?
Qu’est-ce qui vaut mieux, combattre dans les rangs des délégués des ouvriers avec lems idées, avec la force d’un propre programme social, par des actions propres et véritablement communistes pour V influence, ou rabaisser les soviets par la force brutale au rang de pures fictions et mettre toute la puissance entre les mains des commissaires ,,omnip otent su et leur conférer le droit de fusiller tous ceux qui ne sont pas d’accord avec une telle „influenceu ?
Nous pourrions poser encore beaucoup de questions à nos camarades d’Europe, mais nous croyons que si les camarades voulaient seulement répondre comme communistes aux questions que nous venons de formuler, ils se verraient bien obligés de faire en premier lieu ce que nous leur proposons : faire une enquête sur les faits et gestes du Parti communiste russe en , Russie et en Ukraine.
Nous adressons finalement aux camarades d’Europe, membres de la IIIe Internationale, une prière :
Le Groupe étranger du Parti communiste ukrainien s’est affilié au Parti communiste ukrainien. Cette lettre aura pour conséquence des représailles encore plus grandes contre notre Parti en Ukraine. Nous demandons pour nos camarades en Ukraine la permission de pouvoir s’adresser aux représentants des Partis européens représentés à la III® Internationale quand
il s’agira d'actions et entreprises qu’ils auront l’intention de mettre en œuvre. Nous ne demandons pas défense et protection' des communistes ukrainiens, mais uniquement que les punitions ne soient pas exécutées sans jugement, et que le tribunal compétent ne soit pas le Parti communiste russe ou un tribunal révolutionnaire, qui ne sont que des organes bureaucratiques de ce même Parti communiste russe, mais un Tribunal composé de camarades d’Europe, membres de la IIIe Internationale.
Aussi sommes-nous prêts à comparaître à tout moment devant un Tribunal composé de camarades d’Europe et de répondre de tout ce qui est dit dans cette lettre. Et nous portons la conviction inébranlable que quand les camarades d’Europe ou l’Histoire auront prononcé leur sentence, la responsabilité de l’immense préjudice causé actuellement à la Révolution en Russie, en Ukraine et dans le monde tout entier ne sera pas mise à notre charge!
Vive la tactique véritablement révolutionnaire et foncièrement communiste!
A bas le Nationalisme et le Chauvinisme!
Vive le véritable et suprême organe de la 'Révolution , la IIIe Internationale communiste !
Vive la Révolution Universelle communiste!
Vienne, le 9 Novembre 1920,
8® anniversaire de la Révolution socialiste en Russie.
Le Groupe étranger du Parti communiste ukrainien.
Adresse du Groupe:
Vienne, XVIII. Hans Sacbsgasse 18.
Lettre du Camarade Georges Laptschynskij à la Rédaction du „Tschervonyj Prapor“ (Drapeau
Rouge).
Nous publions ei-dessous une lettre de notre cama- * rade russe — lettre qui fut publiée dans le „ Drapeau Rouge“ (Tschervony Prapor) organe du comité central du parti communiste ukrainien (No. 24—25, 11 juillet 1920, Kharkou). Dans cette lettre notre camarade a largement expliqué pourquoi il s’est retiré du parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine et rentré dans le parti communiste ukrainien.
La publication de cette lettre a eu des résultats fâcheux pour l’auteur comme pour le journal. Il fut expulsé de rÜkraine avec la défense formelle d’y retourner et le „Drapeau Rouge“ fut prohibé. Maintenant le parti communiste ukrainien est privé de sa presse et de toute possibilités de s’adresser au prolétariat ukrainien.
Chers Camarades,
Beaucoup de camarades me demandent comment il a pu se produire que j’ai quitté les rangs du Parti communiste (bolchevik) de P Ukraine pour faire partie du Parti communiste ukrainien.
De grandes masses d’ouvriers et de paysans de l’Ukraine convaincus des droits et prérogatives de leur classe, tous les chefs politiques ukrainiens de la Révolution, un grand nombre de révolutionnaires grand-russiens connaissent mon labeur politique, savent que j’ai appartenu, depuis 1905, inébranlablement, d’abord aux rangs du parti ouvrier socialiste-démocrate russe (bolcheviste), puis au P. C. R. ou à son organisation provinciale ukrainienne P. C. (b.) U., et que je porte la responsabilité delà politique de ce parti en Ukraine comme membre du Comité central du S. D. des Bolcheviks de l’Ukraine (1917 à 1918), comme membre du premier gouvernement soviétiste ukrainien et comme membre du Comité central exécutif de trois premières
convocations. En raison de ces multiples titres, je crois de mon devoir de préciser publiquement les causes et raisons qui m’ont amené à rompre au point de vue de l’organisation, avec l’ancien centre du mouvement communiste en Ukraine et de m’affilier à un nouveau centre plus jeune.
Il importe que ce fait soit mis en plein lumière. Superficiellement considéré, il paraît être purement individuel; mais en réalité il est intimément lié à toute l’évolution qui se produit au sein du Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine et ne représente qu’un anneau dans la chaîne du profond processus du mouvement communiste en Ukraine.
Je prie par conséquent le Tscbervonyj Prapor (Le Drapeau Rouge) de vouloir bien accueillir mes explication dans ces colonnes, et j’espère que d’autres organes de partis soviétistes feront connaître aussi à leur membres ma manière de voir.
A partir du premier moment où le Parti des Bolcheviks a fait son apparition dans l’arène de la révolution ukrainienne, c’est-à-dire avec le 1er Congrès soviétiste ukrainien (qui a été convoqué le 1er décembre 1917 à Kiew et qui a été transféré ensuite à Charkofï), et à partir du moment où la classe ouvrière, l’armée et les paysans organisés par le bolchevisme, avaient commencé la lutte en faveur de la fondation d’un gouvernement soviétiste ukrainien national et territorial, en opposition avec le Conseil central (Zentralna Rada), deux directions, complètement divergentes, se sont fondées dans le sein du parti, notamment au début dans les cercles dirigeants. Il y a lieu de faire remarquer que, jusqu’à présent, le Parti des Bolcheviks, en sa qualité d’organisation des ouvriers russes et russifiés, a virtuellement refusé de prendre part à la révolution ukrainienne; il a adopté à son égard une manière de procéder nettement glaciale et hostile, comme il l’a fait par exemple à l’endroit du mouvement national du prolétariat juif. Les uns, représentant effectivement une majorité considérable s’appuyant sur les ouvriers qualU fiés du parti, et qui, par leur éducation, n’étaient en aucune façon préparés à une participation à la révolution nationale, ont considéré tous les efforts en vue de la fondation d’un État ukrainien territorial et national comme une comédie qu’il était nécessaire de jouer pour duper les chauvinistes ukrainiens et l’étranger ; dans le meilleur cas, ils paraissaient croire qu’il ne s’agissait que d’une manœuvre. Les autres, pénétrés sincèrement
de la nécessité de reconstruire à fond l’ancien impérialisme russe, et guidés par le sentiment de leurs fautes vis-à-vis du pays dont l’organisation leur a été confiée par le prolétariat révolutionnaire, ont acquis la conviction que -l’Ukraine est à considérer comme organisme particulier et forme un block au point de vue territorial, national et économique.
Les premiers, appuyés sur le centre du parti moscovite, ont fait diverses expériences désorganisatrices, comme, par exemple, la fondation de la République séparatiste de Donez et de Krywyj Rih, ont sapé, par tous les moyens, l’autorité du Secrétariat du peuple de Kiew.
Cette manière de procéder des camarades de Moscou fut très nettement exprimée dans la déclaration faite par le camarade Stahlin au mois d’avril 1918 ; dans cette déclaration il a directement fait entendre au camarade Zatonskij, que „nous avons déjà suffisamment joué République et Gouvernement^. A cette époque, j’ai aussi très énergiquement défendu le point de vue de ce dernier. A la conférence de Taganrog, qui avait été convoquée pour discuter la formation du parti communiste, j’ai voté avec „ les camarades Schachraj, Skrypnyk et d’autres pour la fondation d’un parti communiste ukrainien, devant former une section de l’Internationale, pourvue de la même autorité, en opposition avec la majorité qui s’est placée sur le point de vue de pleine et entière soumission du Parti communiste russe, et qui a introduit la proposition que le parti soit appelé „ Parti communiste de l’Ukraine “, ou même (c’est le point de vue de Jekaterinoslav) „Parti Communiste russe en Ukraine
Étant donné que l’Allemagne avait liquidé la puissance militaire du gouvernement soviétiste en Ukraine, la marche des événements fut interrompue.
En 1919, la formation du mouvement communiste et du gouvernement soviétiste en Ukraine s’effectua dans des circonstances politiques tout autres que dans la première période.
Il existait déjà une République soviétiste ukrainienne indépendante avec une armée et une pleine puissance sur tous les territoires, et à côté d’elle existaient des Républiques analogues à celles de l’Esthonie, de la Lettonie, de la Lituanie; ensuite, l’espoir du rattachement de la Galicie, l’affiliation des forces locales purement ukrainiennes dans les organisations des soviets et des partis, l’acceptation du programme soviétiste de
la part des socialistes révolutionnaires (Borotbistes) et de la part des socialistes-démocrates indépendants ; tout cela permettait de présumer que le développement de la République et de la Révolution prendrait un cours normal. Mais on a dû se rendre compte très rapidement de l’inanité de ces espérances.
L’inlassable politique centralisatrice de Moscou qui anéantissait toute autonomie des organisations locales qu’elle réduisait à de pures fictions et dont elle dissolvait enfin de compte les plus importantes; la parfaite impuissance et l’incapacité de s’insurger contre cette politique, même de la part de camarades influents et doués comme Pjatakow et Bubnow; des tendances de russification ; Finvasion de gens sans aveu, venant du centre grand-russien, dans tout l’appareil du soviet et du parti; tous ces facteurs désorganisaient le pays, lui ôtaient toutes ses forces de s’opposer à la contre-révolution de l’extérieur et de l’intérieur, et auraient môme presque fait échouer la Révolution grand-russienne.
Les nombreux Bolcheviks appartenant au Parti, et surtout les camarades dans le pays même, étaient tout près de reconnaître que la politique du P. C. (b.) U. était complètement fausse, les organisations centrales de ces derniers se détachèrent complètement de la périphérie, ne se considérèrent que comme une émanation “ du parti communiste russe central et fermaient les yeux en présence du méeontement toujours grandissant.
À cette époque, s’est fondé à Kiew, sur l’initiative du feu camarade Slynko, le groupe qui était copnu plus tard sous le nom de „ Groupe fédéraliste^.
Il avait pour tâche de régler la politique des partis, de transformer le Parti même en une organisation des ouvriers et des paysans pauvres en Ukraine, indépendante du Parti communiste russe, et de lui confier la direction de tout le mouvement communiste en Ukraine, sur la base des forces locales et des conditions qui régnaient en Ukraine.
On croyait que le Parti eemmuniste Ukrainien (les Borotbistes) eût les mêmes visées. Les Fédéralistes, pour cette raison, considéraient comme étant d’une très haute importance pour la révolution en Ukraine, l’affiliation de ce parti au Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine, car ils avaient le sentiment que la saine vaillance qui se faisait jour dans les cercles du Parti bolcheviste de l’Ukraine grandirait rapidement ët remporterait finalement la victoire.
Mais au courant des événements, et lorsque les bandes de Derikine avaient été expulsées de l’Ukraine, il s’est montré que le centre moscovite, sans prendre en considération que la conférence du Parti communiste russe, qui avait eu lieu au mois de novembre, avait verbalement déclaré la modification de la politique en Ukraine, avait en réalité décidé de maintenir les anciennes méthodes de l’année passée dans la politique du Parti et de l’État de ce pays. On a mis la direction entre les mains des mêmes personnes qui étaient la cause formelle et de principe de la défaite de l’année passée ; en outre, ces personnes ont été renforcées par des éléments, qui déjà en 1917 avaient entravé la réalisation du bon plan élaboré par le Secrétariat du peuple.
Les suites ne se firent pas attendre. La situation intérieure du pays, l’indolence des organes soviétistes, l’apathie du prolétariat urbain, la situation dans les campagnes, le mouvement de la vie du parti, tout cela montre que la crise, par rapport à la situation de l’année dernière, est devenue encore plus aiguë. Quelles que fussent les tentatives du Groupe fédéraliste, de vaincre tant soit peu l’indolence de l’appareil du Parti et de peser sur le Parti central ukrainien, désigné par le Comité central du Parti communiste russe, elles furent sans effet. Ce groupe avait remis, à Moscou, au Comité central du parti communiste russe, un Mémoire dans lequel, appuyé sur des faits, il démontrait la nécessité d’une révision réelle de la politique ukrainienne. Il avait convoqué à Homel une conférence des représentants des organisations ukrainiennes de la gauche, dans laquelle on s’était unanimement déclaré en faveur de la création d’un véritable centre de parti indépendant et d’un gouvernement plénipotentiaire en Ukraine. Il a finalement, au mois de mars, soumis à la Gonférence du Parti ukrainien des Thèses qui furent portées plus tard à la connaissance du Parti tout entier et saluées d’approbation* générale. Mais tout cela est resté sans effet.
Où est alors l’issue de cette impasse ? Voici ma réponse :
1° Il faut qu’un parti communiste ukrainien autonome soit fondé qui, de concert avec le Parti communiste russe et les partis des autres pays, devienne membre avec pleins droits et prérogatives de la IIIe Internationale.
2° 11 faut que des centres autonomes soient créés embrassant toutes les formes de l’évolution du prolétariat ukrainien (organisations spéciales, coopératives, pour la jeunesse, pour les femmes, etc.)
3° Il faut la création d’un Gouvernement soviétiste ukrainien pourvu de tous les pouvoirs dans toutes les branches de l’administration et qui, dans tous les cas où la nécessité s’en ferait sentir (mais avant tout en ce qui concerne les questions de défense nationale et de reconstructions économiques), opérât en plein accord et sur des bases exactement déterminées avec les Gouvernements . de toutes les autres Republiques et surtout avec celui de la R. S. F. S. R.
Ces avis sont partagés par la majorité écrasante des bolcheviks ukrainiens du pays et des anciens socialistes révolutionnaires borotbistes ; seuls quelques néophites de la théorie centraliste n’y ont pas adhéré. Les rangs des partisans de cette manière de voir grossisent de jour en jour, et même les camarades qui viennent de Russie, honnêtes ouvriers, politiciens et bons internationalistes.
Non seulement les communistes, mais aussi tous les gens consciencieux et bien orientés sont convaincus de la nécessité d’un tel système dans l’organisation de l’Ukraine soviétiste par suite de la pratique courante dans les affaires d’État.
Ne doit-on pas par conséquent engager la lutte dans le sein du Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine pour cette évolution toujours grandissante, et qui, dans tous les cas, plus tôt ou plus tard, mènera à la victoire ?
Je réponds: Ceux qui peuvent le faire, qu’ils le fassent. Je suis cependant d’avis que c’est le devoir de chaque révolutionnaire prolétarien de faire bien pénétrer dans les masses des travailleurs lems manières d’envisager les méthodes qu’ils jugent les meilleures pour le combat de libération.
Or, quand on est membre du Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine, on ne peut pas répandre parmi les ouvriers les idées que j’ai mentionnées. En outre, je sais très exactement qu’il n’y aura absolument pas moyen de les faire valoir dans le Parti. L’expérience que j’ai faite moi-même lors de la lutte à Kiew avant la Conférence et pendant la Conférence, et les derniers événements ont montré que ce qui a paru encore invraisemblable l’année passée à Zinkiw, a été mis cette année par maints camarades à l’ordre du jour à Charkoff, m’ont suffîssamment édifié à cet égard.
Je suis entré dans le Parti communiste ukrainien parce que de cette manière, je trouve, la possibilité de porter à un
montent donné la lumière dans les grandes masses ouvrières de l’Ukraine; ensuite, parce que ce parti veut réaliser dans l’organisation de l’Ukraine soviétiste tous ces principes que j’ai toujours défendus comme membre du Parti communiste bolchevik de l’Ukraine; et finalement, parce que le programme de ce parti peut former la base de l’union de toutes les forces communistes de l’Ukraine.
Je suis convaincu .que je rencontrerai dans le futur Parti communiste unifié, de l’Ukraine les anciens partisans du Parti communiste (bolchevik) de l’Ukraine.
Georges Laptschynskij m. p.
Vous a’ êtes point fidèles à vous-mêmes!
Extrait de la lettre adressée au Comité central du Parti communiste russe et qui n’a pas été expédiée.
Pour moi, la différence entre Socialisme et Communisme réside en ceci que le Socialisme est prôné et défendu par des gens à double face, inconséquents, malhonnêtes pour euxmêmes et pour les autres, et qui sont avec un pied au midi et avec l’autre au nord. Par contre, le Communisme, comme moi je le conçois, la conséquence la plus grande, l’idée faite action, l’harmonie entre paroles et gestes, ^ il est le Tout. l’Unité, la suprême Harmonie dans l’homme et dans la société. J’ai beaucoup souffert lorsque je faisais partie du gouvernement du Conseil Central (Centralna Rada) de cette duplicité, de ce - socialisme en paroles que nous n’avons pas réalisé et auquel nous n’avons pas donné corps. Et par quoi ce Bolchevisme nous a-t-il paralysés, nous qui étions plus sensibles, nous qui avons aspiré à une organisation psychologique intérieure, en d’autres termes à une évolution parfaite, si ce n’est pas son audace conquérante, sa conséquence de fer. sa fierté de réaliser les paroles, son incarnation de l’idée, par la destruction de tout ce qui était personnifié déjà depuis longtemps. Nous, ses adversaires, avons été affaiblis en notre âme, des résonnances équivalentes ont été, éveillées en nous, et la force de résistance de notre énergie a été paralysée.
Le désir s’est impérieusement imposé de devenir également socialiste, socialiste au vrai sens du mot, socialiste actif, la personnification, l’incarnation de ce qui n’a été jusqu’alors que bruit et fumée, en un mot, le désir s’est imposé de devenir Bolchevik.
Pour cette raison j’ai évacué en 1918 le champ de bataille; je n’ai pas , suivi les „nôtres“, je ne suis pas allé avec la Rada Centrale à Zytomir, je suis allé à pied chez
les J5ennemis“, chez les Bolcheviks, dans le territoire qu’ils ont occupé. J’y suis allé pour être socialiste , pour me rapprocher du grand but, pour être actif, pour mettre en harmonie ïes paroles et les actions. Et je n’y ai pas été seul, beaucoup d’entre nous ont fait le même chemin.
Et qu’est-ce qui est arrivé? Nous avons été rebutés, découragés, lassés du bolchevisme, moi aussi bien que mes nombreux camarades qui ont pensé et senti comme moi. Et par quoi? Par ce que nous avons méprisé chez nous, par ce dont nous avons voulu nous défaire: le visage à deux faces, l’inconséquence, le désaccord entre les paroles et les actions. Nous avons constaté que les Bolcheviks ne restent pas Bolcheviks jusqu’au bout, qu’ils ne procèdent pas avec suite jusqu’aux extrêmes conséquences dans la destruction et dans l’anéantissement des anciennes conditions et formes de l’existence, qu’ils sont trop prodigues en paroles, mais qu’ils ne possèdent ni le pouvoir, ni l’audace, ni la volonté de transformer leurs paroles hardiment en faits et actions.
Et ce désaccord, cette pusillanimité, ce manque de suite, nous avons pu le constater, nous autres socialistes ukrainiens, dans ce qui nous a été le plus douloureux, dans leur manière de procéder à l’égard de la renaissance intellectuelle et nationale de notre peuple. Lorsque, devant mes yeux, les images de Sehewtsehenko ont été piétinés; lorsque, en ma présence, la langue ukrainienne a été bafouée; lorsque j’ai entendu effrontément souiller le nom sacré de mon pays, non seulement par de vulgaires soldats, mais aussi par les fonctionnaires attitrés du parti des Bolcheviks, quoique avec un peu plus de formes; alors, j’ai vu avec douleur que les Bolcheviks ont aussi des coins qui n’ont pas encore été purifiés par la flamme de leur audace, et que dans ces coins ils sont demeurés aussi déloyaux, aussi inconséquents, aussi lâches et aussi vieux-jeu que le premier venu des Cent Noirs russes.
Tout cela n’a pas suffi pour me jeter, moi, dans les bras des Allemands ; mais d’autres, plus faibles que moi, s’y sont dirigés tambour battant et enseignes déployées.
„Socialisme et Bolchewisme ne sont que des mensonges! L’asservissement des esclaves par les despotes continue ! Sauve-toi, défend-toi par tous les moyens !“ Voilà le mot d’ordre de ceuxmêmes qui auraient pu être des partisans ardents, cruels et
inflexiblement forts de la Révolution. Votre inconséquence, camarades russes, votre docilité à l’égard de vos sentiments d’appartenir à une nation dominatrice, ont fait qu’ils se sont méfiés de vous et que cette méfiance, par votre faute, s’est portée sur ce que vous avez accompli de grand ailleurs.
Vous n’ignorez pas tout cela. Il n’est pas impossible que nous n’en éprouviez que de l’indifférence. Mais moi, j’ai pu juger les souffrances, la profonde douleur qui ont présidé à la destruction de cette foi printanière dont les bourgeons étaient sur le point d’éclore, la foi en le vrai socialisme chez les Ukrainiens.
Pour nous autres Ukrainiens, cet idéal était inaccessible, à moins de consentir à payer chèrement le droit d’être de vrais socialistes avec la trahison de notre propre nation, avec l’immonde bassesse de prostituer le nom sacré de notre patrie, en faisant tout enfin pour ne paf^ être taxés de contre -révolutionnaires
Cela fut ainsi pendant les années 1917 et 1918. La situation * a-t-elle changé depuis ? Non, hélas ! Au fond, aucune modification n’est survenue de votre côté. Il est vrai que les images de Schewtschenko ne sont plus traitées à coups de bottes, qu’on ne raille plus la ,.langue de chien “ ukrainienne, et que le nom1 de l’Ukraine n’est plus couvert de boue. IVÎais il ne s’agit pas ici d’une mesure plus ou moins grande de brutalité ; on peut quelquefois, avec un mot étranger, blesser bien plus profondément et cruellement qu’avec un mot „ original russe “. Les mots ne font pas le fond. L’essentiel est l’idée de suite, l’harmonie entre les paroles et les actions, ce qui forme la différence fondamentale entre le Socialisme et le Communisme, entre l’Internationale jaune et l’Internationale communiste. Cela manque encore maintenant en Ukraine, comme cela a manqué dans les années 1917 et 1918 et pendant tout le temps. Il n’y a que des paroles, des formules, mais leur réalisation fait défaut, et même la volonté de les matérialiser. Une force inconcevable, une muraille inébranlable sont érigées entre vos paroles et vos actions. De temps à autre des hommes de votre parti grattent furieusement cette muraille avec leurs ongles, d’autres s’y cassent même la tête de désespoir et expient leur audace entre les griffes de la „Tsehreswytschajka“, mais la muraille ne continue pas moins de se dresser comme auparavant.
Quelle en est la cause? Quel est ce mur de séparation?
C’e?f, camarades, votre fatuité du nationalisme russe, vieilli, usé, que vous avez sucé dès votre enfance, que ni votre conscience ni votre critique n’ont jamais abordé, que vous n’avez jamaiz essayé de supprimer, que vous avez, au contraire, toujours dorloté.
Cette fatuité n’est pas dans votre programme ; on ne peut pas vous faire le reproche qu’on puisse l’apercevoir dans votre itinéraire, dans vos résolutions, dans vos visées ; vous avez cette fatuité, dans le sajig, dans votre manière de penser et de sentir.
Je puis me rappeler qu’une fois, c’était du temps du règne de l’Hetman Skoropaskyj dans une conversation avec les camarades Rokowskyj et Manuilskyj, nous étions tous d’accord que ces camarades russes avaient également commis des fautes qu’il n’y a pas lieu de répéter. J’ai très sincèrement pris au sérieux cet aveu et je me suis efforcé de corriger toutes mes fautes.
Je parle tout le temps de moi-même, mais ce n’est pas ma personne seule qui est ici en cause, mais ma qualité de représentant de beaucoup de camarades, et je crois devoir admettre par suite que mes explications seront aussi intéressantes pour vous.
Nous ne constatons pas une telle sincérité de la part du • camarade Rakowskyj ; et parlant aussi, ce n’est sa personne que nous visons, mais le Parti qu’il représente.
La résolution bien connue du Comité central du Parti communiste russe (Septembre 1919) a été reçue avec une grande joie, avec un immense sentiment de soulagement dans les cercles socialistes ukrainiens. Et cette joie n’a pas été provoquée parce que la Révolution a enfin adopté en Ukraine des formes normales, mais parce qu’on a enfin reconnu les fautes, parce que l’idée de suite des Bolchévistes s’est enfin révélée et a remporté la victoire, parce qu’il n’y a plus de désaccord entre les paroles et les actions î Voilà qui nous a été, à nous, communistes ukrainiens, d’un grand concours dans notre lutte contre nos adversaires sociaux de l’ancien front unifié ; voilà ce qui a renforcé la vigueur des indécis et des hésitants, non pas parce que leur „nationalismeu se soit trouvé satisfait, mais parce que leur foi en Vidée , en l’enseignement, en la raison d’être du Bolchevisme y a puisé de nouvelles forces. On s’est présenté que le Bolchevisme et le Communisme, dans leurs principes,
iv admettent ni manque de suite ni terrorisme dans l’évolution, qu’ils doivent vaincre les égarements momentanés, qu’ils les ont déjà vaincus.
Gr, camarades, figurez-vous maintenant l’état de ces gens lorsqu’ils se sont rendus compte qu’il n’y avait pas de „ victoire a, que les fautes n’ont pas été reconnues, que tout n’était que vaines paroles employées pour un certain temps et dans un certain but, et que derrière ces paroles se cache l’ancien état qui a provoqué la méfiance.
Je sais bien qu’on pourrait me dire que tout cela ne paraît si terrible qu’à ceux qui sont pénétrés d’idées nationales exclusivement et qui ne considèrent la Révolution que comme un moyen propre pour la réalisation de ce but principal. Le véritable communiste devrait par contre renoncer à la question nationale, il ne devrait avoir en vue qu’un seul but, la victoire de la Révolution universelle sur le capitalisme. Le vrai communiste ne devrait donc utiliser telle ou telle tactique dans la question nationale que dans l’intérêt du but sus-mentionné. Si, pour la Révolution, l’autonomie de telle ou telle nation, de tel ou tel pays paraît être nécessaire, il y a lieu de leur octroyer cette autonomie ; mais si, pour la Révolution, la soumission doit être exigée, il n’y a pas lieu de prendre en considération ces pays ou nations, et toutes leurs menées nationalistes. Quant à l’Ukraine, • la politique centraliste est une nécessite inéluctable, parce que le sort de toute la Révolution en dépend. La sentimentalité serait là déplacée. Par contre, quand certaines phrases peuvent tranquilliser des éléments nationalistes non-révolutionnaires, il y a lieu d’en user.
Permettez, camarades, de vous demander: En est-il réellement ainsi? Est-ce que le centralisme est réellement mis en œuvre au nom de la Révolution? N’y a-t-il pas là une cause inconsciente, secrets, bien cachée, qui seconde une pareille déduction?
D’abord, si la réalisation de tout ce qui a été dit dans la résolution bien connue du Comité central du Parti communiste russe - — qui, nous l’espérons, ne s’applique pas uniquement aux éléments ukrainiens, mais aussi aux membres du propre parti — sera nuisible pour la Révolution? Puis, si la Révolution peut en souffrir en cas de réalisation d’une fédération de Républiques soviétistes ayant les mêmes droits, réalisation fondée sur une volonté active, sincère, dévouée à la matérialisation de cette
idée? Et tout cela pas immédiatement, pas d’un seul coup, mais lentement, progressivement, et néanmoins d’une façon irréductible, ferme, claire, précise! Pourquoi la réalisation d’un lien fraternel entre deux organismes socialistes-éeonomiques endommagerait-elle la Révolution? Pourquoi cette union n’existe-t-elle pour nous qu’en paroles, alors qu’en réalité un organisme absorbe l’autre? Pourquoi, chez vous, l’explication théorique en faveur de l’absorption d’un organisme par un autre, est-elle chose si aisée? Pourquoi aimez-vous tant à la reconnaître de droit, a l’expliquer et à l’excuser? Et pourquoi prouvez-vous sa nécessité? Sont-ce bien uniquement et exclusivement les intérêts de la Révolution qui sont en jeu?
Non, camarades, ni le communisme, ni la Révolution ne demandent une telle absorption, la centralisation des forces, la pureté de l’avant-garde révolutionnaire et l’union du parti peuvent bien plus facilement et bien mieux (oni, bien mieux!) être réalisées aussi dans la fédération, sans absorption, sans l’asservissement d’une nation par une autre (ce qui devient immanquablement nécessaire avec une pareille politique) et sans cette dévorante méGance qui se fait jour actuellement. Vous aimez à pratiquer et à prouver la politique d’absorption avec tant de désinvolture parce qu’elle répond à vos vieux sentiments nationalistes d’un grand État russe, sentiments que vous a légués „le vieux monde44 ; parce qu’elle réhabilite aussi aux yeux des „gens russes44, impliquant que vous n’êtes pas des „démembreurs de la Russie44, mais des „réunisseurs des pays russes44, des restaurateurs d’une grande et puissante Russie, et ainsi de suite. Et si vous vouiez aller objectivement jusqu’au bout, camarades, vous serez bien obligés de convenir ce que je viens de dire, parce que la preuve la plus évidente de la justesse de mes paroles sont vos propres résolutions, proclamations, articles de journaux, comme par exemple ceux de Lenine.
Vous sentez probablement vous-mêmes à quel point vos paroles sont en désaccord avec vos actions; il est même possible que vous désiriez de bonne foi que certains phénomènes, qui accompagnent votre politique et qui insultent à la raison du communisme, pour ne nommer que l’oppression d’une nation par une autre, ne se produisent pas. Pour cette raison vous parlez de V autonomie de la culture ukrainienne, de l’ukrainisation du gouvernement des soviets et même du Parti. Mais si vous avez
le loisir et l'envie d’y réfléchir à fond, il ne vous sera guère difficile de décider, étant Marxistes, si, en général, sans autonomie économique, il y a une possibilité pour l’existence de n’importe quelle autre autonomie, soit culturelle soit politique. Il est absolument clair qu’avec une politique comme vous la faites actuellement, tous les organes gouvernementaux et administratifs doivent forcement être russes et ne peuvent être ukrainiens. Mais à quoi nous servirait une „ culture nationale autonome^ si elle ne trouve pas d’application aux fonctions les plus essentielles et les plus nécessaires de l’activité humaine? A quoi servirait alors aux paysans ukrainiens son école „autonomeu, son livre, sa langue, sa culture, quand tout cela est inutilisable dans l’édification de la vie, dans ses organismes les plus importants, puisqu'en y exige la langue des „ maîtres “ en paroles et en écriture?
Croyez-vous peut-être, camarades, que le paysan et l’ouvrier ukrainiens ne voient pas tout cela et ne le comprennent ? Vous direz sans doute à nouveau que la langue qu’on parle et le lieu où on la parle soient absolument indifférents à l’ouvrier réellement communiste, que l’intérêt pour ces détails témoigne d’une psychologie étroite et bourgeoise, que les sentiments de nationalité divisent les ouvriers de diverses nationalités, et bien d’autres choses encore ; et que pour cette sensibilité, tout Ukrainien, fut-il ouvrier, paysan ou intellectuel, à partir du moment ou il s’occupe de la question nationale n’est plus communiste, mais nationaliste, petit-bourgeois ou, tout simplement, contre-révolutionnaire. Ce qui plus est, quiconque ayant X audace de se dire Ukrainien de nationalité court le danger d’être stigmatisé par vous de ^politiquement suspecté
Si vous voulez bien, camarades, je vous dirai que chaque Ukrainien, même un communiste, même le membre le plus ancien, le plus fidèle, le plus talentueux de votre Parti, quand il est arrivé à la conscience de sa nationalité, quand il a appris quel rôle a joué l’oppression nationale dans le développement de la conscience des ouvriers et paysans ukrainiens, et combien de souffrances inutiles et avilissantes notre peuple a dû subir par les nations étrangères qui l’ont asservi, qu’un tel Ukrainien — retenez bien ce que je vous dis — quant à sa fidélité à votre politique actuelle en Ukraine, ne mérite pas votre confiance. Je vous le dis en vérité que vous avec droit de vous méfier de
tout membre de votre Parti qui parle littérairement l’ukrainien quand il s’agit du moment national. Je ne crains pas de courir le danger de dénoncer nos propres gens, mais je dis que vous ne pouvez vous fier à aucun communiste ukrainien conscient de sa nationalité. Quand ils déclarent être de fidèles partisans de votre politique, méfiez-vous, car les uns le disent par peur, les autres par intérêt personnel, par faiblesse, par politique ; et tous attendent l’instant ou ils pourront, en toute franchise, sans entraves, donner libre cours à leurs sentiments ukrainiens, et être des membres équivalents, ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs. Parfois ils pestent, de bonne foi, contre l’„ Ukraine 44 et tout ce qui est ,,ukrainien“, mais ils le font, parce qu’il leur est interdit d’ëtre libres . Sous ce rapport, ils envient beaucoup le camarade Lenine, parce qu’il peut sans réserve aimer tout ce qui est russe, et parce qu’il peut même être fier des beautés nationales russes. Et, eux aussi, ils attendent le temps où ils pourront être fiers du beau qui leur est propre , où ils pourront l’aimer sans avoir à craindre que la défense de ce qui leur est eber puisse les exposer à devenir politiquement suspects. En attendant, ils se taisent, ils vous flattent, et feignent d’être de bons membres du Parti communiste russe, tout en éprouvant une profonde douleur quand les Ukrainiens les traitent de renégats, de traîtres et de Judas.
Le temps viendra, à n’en pas douter, où ces renégats n’auront plus à avoir honte de leur nation, où la Révolution en Ukraine sera ukrainienne , et où les Ukrainiens occuperont dans l’Internationale une place analogue à celle des Russes, des Allemands, des Français, et autres. Il va sans dire que l’union des forces révolutionnaires ukrainiennes aura lieu nécessairement, inévitablement, par la pure force des évolutions, car c’est une loi élémentaire, inéluctable, et une nécessité historique.
Mais, sans le vouloir presque, on est tenté de vous adresser les questions suivantes :
À quoi bon cette lutte ’ superflue et inutile ? Pourquoi dépense-t-on en pure perte tant de forces ? Pourquoi endommaget-on ce processus absolument indispensable ? Pourquoi, au nom de qui et de quoi, sur la base de quel droit, repoussez-vous nous autres communistes et révolutionnaires ukrainiens de la participation au travail et au combat pour la libération des masses ouvrières de notre peuple ? Est-ce au nom de la
„ Grande Russie unifiée “ de Brussilow, ou est-ce selon la loi de la force brutale?
Non, camarades, vos procédés sont indignes de cette grande doetrine du communisme dont vous avez, les premiers, levé l’étendard aü-dessus du monde avec tant de vigueur et de hardiesse. Vous êtes déjà devenus fatigués de porter cet étendard et vous le traînez déjà de temps à autre dans la boue. Vous ne voulez pas admettre que d’autres forces, plus jeunes, plus fraîches, vous viennent en aide pour le soulever et pour le porter en avant avec vous. La n Grande Russie une et indivisible^ ne vous le permet pas, parce que vous en avez sucé ridée evec le lait du tsarisme.
Hélas, camarades, vous n’êtes point en toutes choses fidèles à vous-mêmes l
Moscou, le 20 Septembre 1920.
W. Wynny tschenko.
Edition
du Parti Communiste ukrainien (Groupe étranger) en langue ukrainienne.
I, „Nova Dobatf (L’Epoque Nouvelle), journal politique, économique et
scientifique, paraissant chaque semaine à Vienne XVllIème, .Red. Hans Sachsgasse 18.
II. Bibliothèque Communiste qui jusqu’à ce jour contient les n°s suivants.
1. V. Vynnytchenko î La Révolution mondiale. Vienne 1920. 16°, 16 p.
2. Y. Yynnytchenko : L’Etat ukrainien. Vienne 1920. 16°, 32 p.
3. Y. Levinskyî La Révolution socialiste et l’Ukraine, Vienne 1920.
4. G. Palamar: Le Capital, les Peubles coloniaux et le Bolchévisme.
Vienne i920. 16°, 24 p. „
5. M. Chapoval: Les Intellectuels et le Prolétariat. Vienne 1920.
6. Y. Yynnytchenko î Les Lettres politiques. Vienne 1920. 16°, 24 p.
7. Y. Levinsky: La Religion, la Science et le Socialisme. Vienne 1920.
8. I*. Stach: Vers les Sommets. (Vers.) Vienne 1920. 16°, 32 p.
9. G. Himenco: Qui sont les communistes et que demandent-ils?
Vienne 1920. 16°, 16 p.
10. Y. Levinsky: Le Capitalisme et l’Imperialisme. Vienne 1920. 16°, 32 p.