Le P. Portefaix-Borie
Le 12 floréal an 1 1 — 1'='" mai 1794, mourut à Mende le P. Portefaix-Borie. Né à Auzenc, paroisse de Paulhac, André Portefaix entra chez les Lazaristes, où il prit le nom de Borie. La Révolution le trouva supérieur du g^rand séminaire d'x\lbi, qu'il quitta en 1791, après refus de serment, pour se réfugier près de sa sœur, dans son village perdu sur la Margeride. Mais il fut vendu à la gendarmerie de Langeac, qui l'arrêta le 2 floréal — 21 avril 1794, entre Auzenc et Roche-Rolande, dans le bois de Lombart.
« A la vue de ce prêtre avancé en âge, le chef du détachement lui fit remarquer que la république, toujours grande et généreuse, ne demandait pas le serment aux ecclésiastiques sexagénaires ou infirmes. « Je n'ai que
jour où, coniTîe le Précurseur son patron, il fut livré par Ilérodiade. Une jeune femme de la paroisse de Lafontasse, dont la mise ne péchait pas par excès de pruderie, se vit un jour refuser le» sacrements par le P. d'Imbert. Son mari, épousant follement la querelle, dénonça l'importun censeur au comité de Castres, qui recruta des mercenaires à vino-t-cinq francs par tête pour l'expédition du Sidobre ; la troupe, guidée par le délateur, arrêta le P. d'Imbert au village de La Roquette, le 21 germinal vers minuit.
Condamné à mort le 23, le prêtre demanda la permission de dire une dernière messe avant de monter à l'échafaud, et les juges, étonnés de cette requête imprévue, l'accordèrent. Au sortir de l'audience, un mauvais plaisant, faisant allusion à la charrette fatafe, dit ironiquement au religieux : « Mon Père, vous avez là un carrosse qui vous attend » ; mais le témoin duChrist de répondre aussitôt avec tranquillité ; « .Jésus marchait à pied, portant sa croix, du prétoire au Calvaire ; le disciple n'est pas au-dessus du maître : je demande d'aller à pied. »
Le lendemain 24, dimanche des Hameaux, le P. d'Imbert marchait au supplice, vêtu d une chemise rouge, quand sur le parcours une fenêtre s'ouvrit, où parut un vieux dominicain ; c'était je P. Barutel, qui, reclus pour son grand â^e et prévenu par le servant de la messe suprême, envoyait à son confrère et ami une suprême absolution. L'échafaud se dressait à l'angle sud de la place de l'Albinque. Jean-Baptiste dimbèit, à genoux, pria rapidement, baisa la terre et dit au bourreau : « Rends-moi un dernier service; voilà ma montre, tu la donneras à mon délateur ; cela lui prouvera que je lui pardonne au nom de Jésus-Christ, pour (jui je vaismourir. » — (Abbé Maffre, Nos Martyrs (diocèse d'Albiy. Marturé, Histoire du pays Castrais, II, p. 334 (1822).
cinquante-huit ans, quatre mais passés, et je suis valide, répondit le P. Borie.
— Vous paraissez avoir soixante ans ; dites que vous les avez et nous vous laissons.
— Je ne le dirai pas : un prêtre ne doit pas mentir. » « Avant d'arriver au Malzieu, sesconducteursétaient
tellement impressionnés de la simplicité de ce bon prêtre qu'ils l'abandonnèrent s€ul, pensant qu'il profiterait de cet instant, pour s'enfuir ; mais il fut les rejoindre,pour continuer la route » vers Langeac, d'où il fut renvoyé à Saint-Chély d'abord et ensuite à Mende devant le tribunal criminel.
De sa procédure, il ne reste aux archives qu'une expédition de son jugement sur placard imprimé. Voici le réquisitoire de Dalzan contre lui.
« Aux juges du tribunal criminel du département de la Lozère l'accusateur public remontre qu'il a été amené, dans la maison de justice de Mende, un prêtre nommé André Portefaix-Borie, qui a subi hier un interrogatoire, ■dont il résulte qu'il est compris dans le nombre de ceux déclarés sujets à la déportation par l'art. X de la loi des 29 et 3o vendémiaire dernier, puisqu'il a déclaré qu'il était supérieur du séminaire d'Albi et qu'il l'a été jusques à la fin de juillet 1790. Il était donc obligé, par l'art. XIV de cette loi, de se présenter dans la décade de sa publication à l'administration du département chargé de prendre les mesures pour le faire déporter,
« L'art. XV de la même loi porte que, ce délai expiré, ceux qui seront trouvés sur le territoire de la République seront conduits à la maison de justice du tribunal criminel, pour y être jugés conformément à l'art V ; l'accusateur public requiert en conséquence de déclarer le dit André Portefaix- Borie, prêtre, habitant le lieu d'Auzenc, commune de Paulhac, district de St-Chély, convaincu d'avoir été sujet
LA RÉVOLUTION EN LOZERE ^Sj
à la déportation et d'ordonner qu'il soit mis à mort et fusillé, à cet effet, à défaut d'exécuteur des jugements criminels, suivant l'arrêté pris à ce sujet par le représentant du peuple Châteauneuf-Randon, en déclarant ses biens acquis et confisqués au profit de la République, et ferez justice.
« Dalzan. »
Le tribunal, où siégeaient : Léon Vêla}-, président, Aldebert Cayla, Barthélémy Bon et J.-B. Pauliac, cidevant vicaire épiscopal, fit droit à cette requête, et l'abbé André Portefaix-Borie fut condamné à être fusillé dans les vingt-quatre heures, le 1 1 floréal an 1 1 — 3i mars 1794 K