‹ La révolution en LozèreChapitre 98 sur 191 · Arch. nat., F7 44Î7. Lettre d'Adhémar, 7 sept. 17'J · texte numérisé non relu

Arch. nat., F7 44Î7. Lettre d'Adhémar, 7 sept. 17'J

Arch. Seine-et-Oise, L IV. Tribunal révolutionnaire, dossier Nifolas Perrin. (Le mari fut condanné ù mort et exécuté ;la femme, convaincue, obtint un sursis et finalement échappa à la guillotine).

Abbé Pages, L'héroïsme du clergé pendant la L'écolntion, I p. 161.

Abbé Cordier, Martyrs et l)ourreaux en IIO'A, I p. 248.

G. Mousseoir, Le conventionnel Hyacinthe lUChaiid, chap. IV

quante-deux. ». Après la descente de Molines, pendant que la colonne fait halte à Ispagnac, le général Louis prend les devants et déclare aux autorités, en arrivant, « que cinquante-deux ont été amenés par l'armée de la Lozère, qui est maintenant en route pour se rendre a Florac. » Enfin le procès-verbal de la séance du conseil général, du 3o mai, est très formel aussi : « Un membre a dit que les cinquante-deux prisonniers, amenés hier par la division de l'armée aux ordres du général Louis etc. » Dans tous ces documents, on ne vise jamais le paysan arrêté sur la côte de Balsièg€s, le cinquante-troisième ; mais il arriva lui aussi,. puisqu'il fut interrogé le r"' juin, à Florac, et acquitté le i(), à Mende. Ainsi cinquante-deux furent pris et cinquante-deux furent remis aux autorités. Donc en route aucun ne fut massacré. ,

Il est encore faux qu'un autre ait été massacré à l'entrée de Florac et qu'un garde national se soit acharné sur son cadavre, puisque celui qui est visé ici fut interrogé le i6 juin, à Mende, et lui aussi acquitté. On verra cependant, au cours du récit, la parcelle de vérité que contient cette assertion, erronée dans l'ensemble.

Le 3i mai, le bruit ayant couru faussement que Charrier s'était débarrassé de ses vingt et un otages^ quelques patriotes menaçaient d'aller massacrer les prisonniers royalistes ; mais la fermentation fut contenue par l'attitude résolue de la garde nationale.

Ce même jour d'ailleurs, quelques prisonniers avaient essayé de fuir la mort, qui les guettait ; car, dans sa ronde au vieux château des barons du Roure, qui servait de prison, un officier municipal, ayant entendu un vague bruit de fer, découvrit sous un lit treize couteaux, dontun était travaillé en formede scie.

« Nous nous transportâmes de suite, disent les commissaires du Gard, auprès du président du tribunal criminel et de l'accusateur public, pour les inviter à prononcer sur le sort de ces malheureux, afin qu'ils pussent être punis légalement. »

Le tribunal déféra aussitôt à cette requête; voici, d'après leur interrogatoire, les noms, prénoms, pays, qualité et âge des cinquante et un prisonniers, qui parurent devant les juges, le r'" et le 2 juin, à Florac ; quant au cinquante-deuxième, on verra ci-après ce qu'il devint, ainsi que le pa3^san arrêté sur la côte de Balsièges '.

* Monestier Jean Joseph, du Rauzas, ciUtiv., maire de Laval, 46 ans;

* Police Jean Jacq. Pliilippe, de st-Alban, nul. à La Maléne, 38 ans;

* Fages Jean-Bapt,., huis, pour le canton de La Parade, » 58 ans; Capblat Jac(pies, travailleur de terre, » 45 ans; Caj)blat Pierre, travHilleur de terre, » lîO ans;

* Caussigiiac Jean-Baptiste, traliquant, » liG ans; Floiiou Jean-Baptiste, travailleur de terre, » 50ans;

* Bonnet Jean-Baptiste, travailleur de terre, » '21 ans; Faiies Pierre, tisserand, » '2G ans; Gai Pierre Jean, travailleur de terre, » ;]6 ans; Mohert Jean, cultivateur » 24 ans; Persegol François, travailleur de terre, » 45 ans; Persegol Louis, travailleur de terre, » 40 ans; Persegol Antoine, cadet travailleur de terre, » 45 ans; Persegol Marceliin, travailleur de terre, » 37 ans; Persegol Jean-Baptiste, travailleur de terre, » 17 ans; Persegol Antoine, trav. de terre, de Cauquenas, » 34 ans;

* Monginoux Pierre Jean, trav. de terre, » » 24 ans; Vergelys Pierre, laboureur, » » 23 ans; Maurin Jean François, berger, » » 19 ans; Gai Jean, travailleur de terre, de Langle, » 40 ans;

* Fages Pierre Jean, cultivateur, des Monts, Laval-du-Tarn, 33 ans; Teissèdre Antoine, journalier, du Rauzas, » 30 ans; Seguin Antoine, trav. de terre, de Lueysse, » 30 ans; Ladet Jean, trav.de terre, de Périères, » 18 ans; Fournier Louis, trav. de terre, » » 38 ans; BonneniaireAnt., valet chez Coinitis, x » 29 ans; Gai Jean, travailleur de terre, du Pin, » 30 ans; Gai Antoine, travailleur de terre, » » 24 ans;

* Pradeilles François, laboureur, de Montredon, » 26 ans; Boyer François, trav. de terre, » » 20 ans; Brajon Jacques, garçon tailleur, » » 16 ans; Ladet Antoine, travailleur de terre, » 21 ans; Jonquet Antoine, cultivateur, » 18 ans; Bonicel Pierre, travailleur de terre. » 42 ans; Monestier Jean Antoine, voiturier, » 33 ans;

1. Ceux dont le nom est marqué d'une astéris(iue sont les seuls -qui surent signer.

LA REVOLUTION EiN LOZÈRIi 403

Oaches Jean, cultivateur. » 36 ans;

Jlalafosse Jean-Baptiste, rabaretior, » 31 ans;

Delmas Anioint'. trav. de terre. d'IIaulei-ive. " 40 ans;

Arnal Jean Antoine, cultivateur, » » 40 ans:

Caussijiiiac Antoine, trav. de terre, ■• » 38 ans;

Flourou Jean-Bapt., trav. de terre, ■■ » .'i2ans;

Fa^es Antoine, trav. de terre. - " >■ 22 ans:

Mejan I^tienne, donieslique. de Sauveierre, Ste-Enimie, 22 ans; lUirlon Pierre, cultivat<'U-. de Chaniperhoux, " 40 ans;

Badaroux Ant., trav. de-terre, de La Croze. S'-Geor.i;-.-de-I.. 20 ans; * Pradeilles Jean, trav. de terre, de LaCayrelle, La Capelle, 21 an^; Malzac Guillaume, doine.sti<nie, de Launiéde, Clianac. 40 ans; Rabier Etienne, travailleur de tern;, » 40 ans;

Jnnquet Antoine, doniesticpi-". de (Jénaret, Barjac. ISans;

Olaret Etienne, berge;- 'chez Paradan'. de Branxinas. 20 ans.

Le dimanche, 2 juin, le tribunal les déclara « hors la loi, convaincus de révolte et émeute contre-révolutionnaire; de s'être revêtus d'un insigne de rébellion; d'avoir cherché à envahir le territoire de la République ; d'avoir provoqué le rétablissement de la royauté par des cris multipliés de « Vive le roi! » ; de s'être répandus dans diverses communes et dans divers cantons, pour exciter les cit03^ens à la révolte; d'avoir pris le prétexte de la religion et de Jésus- Christ, pour se porter à de pareils excès. »

Pour ces motifs, u jugeant en dernier ressort et sans recours à cassation », il condamna les cinquante et un prévenus ci-dessus à être punis de mort et livrés à l'exécuteur des jugements criminels dans les vingt-quatre heures, conformément aux lois des 19 mars et 10 mai 1793 et du 8 juillet 1792.

Ce jugement terrible n'est qu'un vaste assassinat. Sans doute, aux termes de la loi du 8 juillet 1792 (art. 17), « toute personne convaincue d'avoir pris à dessein un signe de rébellion (et c'en était un que toute cocarde autre que celle aux trois couleurs nationales; devait être puiiie de mort ». Sans doute encore, aux termes de la loi du 19 mars 1793 (art. i), ceux qui auraient pris la cocarde blanche étaient hors la loi et lart. 4 livrés à l'exécuteur dans les

vingt-quatre heures qui suivaient le jugement ; mais par la loi interprétative du lo mai 1793 article unique;, « la Convention nationale avait décrété que les chefs et instigateurs de révoltes seraient seuls sujets à la peine portée par la loi du 19 mars contre les rebellçs. »

Cette loi, la dernière sur le délit de contre-révolution et de cocarde séditieuse, interprétait évidemment aussi la loi du 8 juillet 1792, qui portait pour le même délit la même peine que celle du 19 mars 1793, et il ne sert de rien aux juges de Florac d'asseoir leur jugement d'abord sur les lois de 1793 et ensuite sur celle de 1792. Cet ordre étrange ne prouve que leur désir de rattraper par une loi virtuellement révoquée de la Législative des accusés dont la tête leur échappait par une loi récente de la Convention.

Ainsi sur cinquante et un accusés, ne devaient mourir que Jean Joseph Monestier, du Rauzas, maire de Laval et chef de l'attroupement : à la rigueur encore, ses seconds : le notaire Philippe Polge, l'huissier Jean-Baptiste Pages et Pierre Jean Pages, propriétaire, des Monts. Quant aux autres, travailleurs de terre, valets, bergers, tisserands, voiturier, trafiquant ou garçon tailleur, dont quarante-deux étaient totalement illettrés et parmis lesquels étaient de tout jeunes gens de dix-huit, dix-sept ou même seize ans, ils ne devaient en aucune façon être regardés comme chefs ou instigateurs, et ils furent ainsi^ malgré l'avocat Jourdan, d'Ispagnac, juridiquement assassinés.

Quatre jours plus tôt, le 3o mai, en cette même crise, d'autres magistrats lozériens s'étaient montrés autrement respectueux de la loi et de la justice^

4or

Arrêté au Pont-Pessil par une patrouille patriote,- Jean Daunis parut devant le « conseil permanent des autorités constituées à Marvejols » et avoua sa participation à la révolte royaliste. « L'assemblée,considérant qu'il était notoire que beaucoup des habitants des campagnes avaient été forcés à marcher par Gharrier et ses complices, que ses réquisitions portaient la peine de mort contre ceux qui s'y refuseraient; considérant que le dit Daunis ne paraissait point être un des chefs, arrêta qu'il serait élargi et que son argent lui serait rendu, ce qui fut de suite exécuté K »

Au reste, lorsque les commissaires de la Convention, Châteauneuf-Randon et Malhes, eurent formellement exigé le respect de la loi du lo mai 1793,. l'accusateur Dalzan et le président Guj^ot surent bien désormais distinguer dans leurs poursuites et leurs sentences, entre les chefs et instigateurs de révoltes et les pauvres gens, qui, bon gré, mal gré, les avaient suivis. Ainsi par jugement du 14 juin, cinq accusés sur vingt et un; par jugement du 22 juin, deux sur vingt et un; par jugement du 2(3 juin, un sur quinze, et par jugement du 29 juin, deux seulement sur trentecinq furent condannés à mort et exécutés.

L'explication de cette iniquité se trouve dans une lettre écrite, le 5 juin, à la Convention par les corps constitués de Saint-Flour. « La loi du 10 mai, disentils, qui borne aux seuls chefs de conspiration les peines portées dans la loi du i(> mars dernier, nous paraît entraîner de grands inconvénients dans la position où nous nous trouvons. L'assemblée l'a décrétée dans sa sagesse et cela nous suffit, mais nous prenons-

1. Arch. Lozère, L 500. Contre plusieurs complices de Charrier,

4o8 LES EXÉCUTIONS

la liberté de vous observer, citoyen président, que quelques exemples effrayants sont bien nécessaires dans la crise où nous sommes. »

L'explication n'est pas une excuse ; la loi du lo mai restait assez sévère, et l'histoire doit retenir les noms des juges sanglants : Pierre Guyot surtout, président du tribunal, et ses assesseurs : Louis Bancilhon, négociant de St-Laurent-de-Trèves, Jean Pierre Benoît et Dominique Teissonnière, notaire de Barre, qui, chargés de l'appliquer, osèrent la violer en l'aggravant, pour condanner à mort cinquante et un de leurs •compatriotes, entraînés par des conspirateurs et pris au piège avant d'avoircombattu. Il ne faut pas oublier non plus l'accusateur public Dalzan, qui demanda la mise hors la loi d'accusés qui n'étaient pas hors la' loi, et qui eut recours à tous les moyens, pour les -expédier au plus tôt. Il voulait faire vite et pas cher.

« L'accusateur public, écrivent les commissaires du <jard, désirant les faire exécuter de suite, afin que leur mort pût servir d'exemple et satisfaire la juste vengeance des patriotes, mais n'ayant ni guillotine ni exécuteur, crut devoir les faire fusiller. Lorsqu'il en fit la réquisition aux gardes nationaux qui se trouvaient à Florac, les braves volontaires répondirent qu'ils avaient été requis pour repousser les rebelles ; que leur devoir était de maintenir l'ordre, de prêter main forte pour l'exécution des jugements du tribunal criminel ; qu'ils étaientprêts aie faire ; qu'ils n'auraient pas épargné des rebelles dans l'action du combat, mais qu'ils ne voulaient pas faire office de bourreaux. »

Depuis le 24 avril, où Dalzan avait requis l'administration de lui procurer un bourreau, personne ne s'était présenté, malgré les différentes publications. Force fut de s'adresser à l'exécuteur de Rodez, qui

demanda cinquante livres par tête et vingt livres par jour. 11 fallut donc pa3"er cher et attendre ; de là, un sursis de huit jours pour les condamnés.

Sept furent réservés pour Mende,sur leur désir ou par décision de l'autorité.

La conférence de La Malène dit qu'au matin de l'exécution, Léon Vela}^, receveur d'enregistrement,, favorisa l'évasion de Jean Gâche, de Langle, et Jean Gai, de Laval, qui disparurent en se mêlant à la foule. L'assertion est fausse pour le nom des deux condamnés, qu'une liste officielle des archives donne comme exécutés ; mais elle peut être vraie pour Velay, qui était alors administrateur du district de Florac et dont le cœur, même patriote,' a pu être ému en faveur des Malénais, à cause d*u déni de justice dont ils étaient victimes. Quoiqu'il en soit de l'auteur, des évasions sont certaines, et ce ne sont pas deux, mais bien quatre condamnés, qui manquèrent à l'appel du bourreau^ et, chose curieuse, les quatre noms se suivent dans la minute du jugement.

La liste des « Personnes condamnées à mort par le tribunal criminel de la Lozère pour crime de contrerévolution », qui commence par le jugement du 2 juin et s'arrête au jugement du 28 prairial an II, qui est exacte pour les indications postérieures et qui précise le nom, les prénoms et le lieu d'origine des condamnés, avec la mention : exécuté, évadé ou coutumace^ ne donne le nom que de quarante-sept exécutés. En la comparant avec la liste officielle des cinquante et un condamnés, il est facile de trouver les quatre qui échappèrent à l'échafaud ; ce sont : Antoine Teissèdre, du Rauzas ; François Pradeilles, de Montredon ; Pierre Jean Monginoux et Antoine Persegol, de Cauquenas.

La Malène protestera pour ces deux derniers noms, gravés dans le marbre dédié à ses enfants ; mais d'abord sa liste nomme sept Persegol, alors que six seulement furent interrogés et condamnés ; et puis, entre une liste fautive, dressée une cinquantaine d'années après l'événement, et une liste de 1794, contemporaine, très précise et qui paraît être un relevé des registres du tribunal criminel, c'est celle-ci que l'histoire doit retenir, quelque respectables et vives que soient les traditions de famille ou de localité '.

Imméritée et frappant en pleine vie, la mort étaitdoublement dure pour les condamnés de Florac. Heureusement ils eurent, comme compagnons de geôle, les abbés Gigonzac, vicaire de Fontans, et Chardon, vicaire d'Arzenc-de-Randon, qui les consolèrent et exaltèrent leurs courages jusqu'à l'enthousiasme des martyrs. Aussi certains d'entre eux « ressentirent-ils de la peine, quand ils apprirent qu'il y avait un sursis pour leur exécution. »

Enfin le mardi 1 1 juin, fête de saint Barnabe et grande foire à Florac, l'aube se leva sur la guillotine, -dressée près d'une large fosse, entre l'église et le vieux cimetière 1

A dix heures, les portes du château s'ouvrirent pour quarante condamnés. Le cortège s'avança entre deux haies de gardes nationaux, au roulement lugubre et intermittent du tambour, sur lequel planait le

1. Une lettre, écrite « Des ombres de la mort )>,fut adressée, dit le rédacteur de la conférence de Laval-du-Tarn, « à M. Monginoux, de Cau(iuenas, condamné à mort par contumace et frère d'une des victimes de Florac. » Or « la victime de Florac » n'est pas nommée dans la « Liste des personnes condamnées à mort » et le tribunal criminel ordonna, le '22 juin, que k les deux fils de Monginoux, de Cauquenas, etc. seraient pris et saisis au corps, conduits sous bonne et sûre garde en la maison de justice du tribunal, pour leur procès leur être lait et parfait, et, ne pouvant être pris, leur procès serait instruit et jugé par contumace. »

chant des litanies de la Sainte Vierge, entonnées, dit-on, par un Persegol, auquel ses compagnons de supplice répondaient d'une voix ardente, qui fit monter bien des larmes aux yeux des spectateurs de cette procession tragique.

La supplication expira au pied de l'échafaud, d'où têtes et corps roulèrent péle-méle dans la fosse commune. D'après la tradition écrite, un triste incident snarqua dans cette triste exécution. Le couperet s'étant engagé dans les épaules d'un supplicié, un serrurier, Tequis de prêter main forte, enfonça à coups de marteau le couteau sanglant, parmi les cris déchirants de la victime et les murmures de la foule indignée.

L^exécution finie, les nombreux spectateurs, que la curiosité ou la foire avaient amenés du causse, des Cévennes et des gorges du Tarn, se retirèrent pleins de pitié et de terreur, sauf quelques jacobins, qui chantèrent le Ça ira. et dansèrent la Carmagnole autour des cadavres fumants. Puis enfin on jeta de la chaux dans la fosse pleine de chair humaine ; mais par la fermentation, sous le soleil de juin, le sang suinta plusieurs jours sur la terre amoncelée.

Le lendemain, 12 juin, les sept condamnés réservés partirent pour Mende avec les abbés Gigonzac et Chardon, le paysan Vidal, arrêté sur la côte de Balsièges, et le cinquante-deuxième prisonnier, blessé • dangereusement au moment de son interrogatoire.

Le i3, Dalzan transmit un extrait du jugement dé Florac au commissaire national près le tribunal de Mende, « en le requérant de le faire mettre à exécution sur sept prévenus, conduits à Mende et dont les noms suivent : Jacques Brajon, garçon tailleur, du Pin, commune de Laval ; J.-B. Persegol, travailleur -de terre, de La Malène : J.-B. Caussignac, trafiquant,

du lieu de La Malène ; Etienne Claret, de Bramonas^ berger chez Paradan, de Champerboux ; Jean Antoine Badaroux, travailleur de terre, du lieu de La Croze ; Jean François Maurin, berger, de Cauquenas ; Jean Antoine Jonquet, travailleur de terre, du lieu de Cénaret, commune de Barjac. »

Comme précautions, le commissaire national et Dalzan requirent la municipalité de Mende « de placer une sentinelle à la place d'Angiran, afin que la guillotine fût préservée de tout accident, et de faire porter un gros détachement autour de la prison, où étaient détenus les condamnés à mort », dont l'exécution eut lieu le lendemain.

Le i6, on s'occupa enfin des deux autres prisonniers amenés de Florac et « l'accusateur public, ne voyant dans ces deux-là ni chef ni instigateur », selon ses propres paroles, requit le tribunal de prononcer sur leur sort.

Jean Vidal avait été interrogé le i'^'' juin, à Florac ; mais, pris par ruse en gardant ses bœufs, on n'avait pas osé le traiter comme un chef de conspiration et on avait réservé son jugement. L'autre, interrogé, répondit « s'appeler Jean François Jacques, de Montredon, paroisse de Laval ; être cultivateur et âgé de dix-huit ans. Etant à labourer dans un de ses champs, il fut arrêté par Monestier, maire de Laval, oui le força, en le menaçant de perdre la vie, de suivre la troupe qu'il conduisait ; il fut arrêté avec d'autres sur la côte de Molines, conduit à Florac et, au moment où on le fit appeler, pour être interrogé, il fut blessé grièvement à la porte de l'auditoire et ramené de suite par ordre du président, pour être pansé. »

Grâce h ce coup de ba3'onnette et surtout à la présence de Châteauneuf-Randon, Jacques ne monta pas

ANCIENNE POJni- D'AICUIiS - PASSES A MENDE

Abbé DHLON, Lu Kévolulioii en Lo-rrc. Musée de la Société des Lettres de la I.rzère.

LA REVOLUTION KN LOZERE

sur l'échafaud. C'est de lui, à. n'en pas douter, que parle, sans le nommer et peut-être sans le connaître, l'auteur anonyme d'une lettre écrite « des Ombres de la mort », vers la fin de ce mois de juin 1793.

« Les autres prisonniers partirent le lendemain pour Mende, où ils furent exécutés — le vendredi 14 juin — avec la même démonstration de courage et de joie, à la réserve d'un jeune homme, qui se trouva parent d'un administrateur de la ville. Sa mère, sachant qu'on voulait lé faire sortir, fut elle-même, le soir, dans sa prison, pour l'amener avec elle. Q.uelle fut sa surprise ? Son fils ne voulut jamais l'écouter et lui dit qu'il ne quitterait pasabsolument les trois prêtres, ses pères spirituels ', et que c'était avec eux qu'il voulait aller rejoindre ses camaradesde Florac dans le ciel. La mère, ne pouvant rien obtenir^ fut obligée de se retirer, désespérée ou plutôt édifiée des sentiments de son fils. Ce ne fut que le lendemain que M, de Châteauneuf, commissaire, le fit sortir. »

En somme, des cinquante-deux ro3'^alistes arrêtés sur le causse de Sauveterre, quarante furent exécutés à Florac, le 11 juin, sept à Mende, le 14, quatre s'évadèrent et un fut acquitté.

La Malène eut à déplorer plus que le supplice de ses enfants. Elle dut subir d'abord, vers le milieu dejuillet, la visite de troupes patriotes, lancées à la poursuite des royalistes.

« Deux cents échappés de ces brigands », écrit Châteauneuf-Randon, « dont le mélange est remarquable en déserteurs, émigrés, aristocrates décrétés au corps et prêtrcs^^ réfractaires, sont retirés dans les rochers de La Malene.

« Ces jours derniers, l'ordre fut donné d'entourer cesrochers ; le district de Florac d'une part et celui de Mey—

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