‹ La révolution et l'église, études critiques et documentairesChapitre 36 sur 88 · Comme dans son discours du 18 floréal ab II · texte numérisé non relu

Comme dans son discours du 18 floréal ab II

commise, par respect pour l'histoire ! Mais admirons une l'ois de plus la liberté d'esprit des dévots du dieu Voltaire !

Il n'y a pas dans la thèse de M. Aulard que des alfirmations intrépides. Il y a aussi des contradictions manifestes.

Pour rendre Robespierre plus antipathique, il fallait transformer ses adversaires en libres penseurs. M. Aulard n'y a pas manqué. 11 écrit à la page 243 de son livre : « Pour tuer la libre pensée, cet homme d'ancien régime ne vit rien de mieux q faire que de tuer les libres penseurs », et il avait écrit à la page 21 2 : c( Par un habile sophisme, Robespierre fit admettre qu on présenterait comme athées les déchristianisateurs qui étaient pourtant presque tous déistes ». — Est-ce que les Hébertistes, qui voulaient remplacer le catholicisme par une religion civique, étaient des libres penseurs? Et si les déchristianisateurs étaient « presque tous déistes », en quoi leur opinion religieuse différait-elle de celle de Robespierre lui-même? Est-ce qu'un déiste, pour M. Aulard, peut être un libre penseur? J'entends bien que parmi les déchristianisateurs on pourra distinguer entre les chefs et les soldats. Mais, pour M. Aulard, les chefs n'étaient pas plus athées que les soldats. Athées, Gloots, Hébert, Chaumette?Cloots? Certainement. Il l'était avec truculence! mais Cloots était un isolé, il n'appartenait en propre à aucun parti. Hébert se défendit énergiquement d'être athée et il faut avouer que s'il l'était intérieurement, il garda ses convictions pour lui et interdit au Père Duchesne de les répandre parmi le peuple. C'est du moins l'avis de M. Aulard : « Hébert,

pas plus que Chaumette, ne peut être considéré comme ayant voulu faire triompher par le culte de la Raison la philosophie encylopédisle aux dépens de celle de Rousseau ^ ». Quant à Chaumette, je crois qu'on peut le classer comme athée, au moins en 1793, mais mon opinion se fonde sur la seule confidence de son ami Doin dans une lettre particulière 2. Et M. Aulard, qui ne connaissait pas cette lettre et qui s'en tenait aux seuls écrits publics de Chaumette, a protesté que celui-ci ne fut pas un disciple d'Helvétius, qu'il ne fit jamais profession d'athéisme. « C'est un mystique, a-t-il écrit, un attendri, philanthrope jusqu'au délire, rêveur tour à tour doux et furieux, toujours en quête d'idéal. Que dis-je? Il l'a rencontré, son idéal. Il en est plein, il porte en lui la loi et les prophètes : c'est à la philosophie du Vicaire Savoyard que sa dialectique de prédicateur municipal a emprunté ses armes. Vous louez Chaumette de son athéisme, eh bien! c'est Chaumette qui, le 29 brumaire, fait voter par la Commune une statue à J.-J. Rousseau. Voilà un singulier athée ^. »

Alors, si Chaumette, si Hébert ne sont pas des athées mais des disciples de Rousseau, comme Robespierre, comment comprendre que Robespierre les ait fait guillotiner au nom d'une croyance religieuse qu'ils partageaient avec lui? Cruelle énigme. De deux choses Tune, ou Robespierre était un fanatique,

\. Culte de la Raison, p. 85.

2. J'ai publié cette lettre dans mon étude sur Chaumette francmaçon. On la trouvera dans mes Contributions à l'histoire religieuse de la Révolution, Paris, Alcan, 1907, p. 161-162.

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