AVERTISSEMENT XI
renoncer, à contre-cœur, à son rêve unitaire et laisser vivre en liberté les différents clergés. La séparation est passée des faits dans les lois. Quel fut alors le régime légal des cultes? Comment fonctionna-t-il? Cette séparation-là ressemble-t-elle à celle dont nous venons d'être les témoins? En diffère-t-elle et en quoi? J'ai tenté une réponse à toutes ces questions.
Ma cinquième étude, Les théophilanthropes et les autorités à Paris, a pour objet de ruiner, à l'aide de documents nouveaux, le préjugé tenace qui représente l'Eglise déiste née sous le Directoire, de l'initiative du libraire Chemin et de l'instituteur des aveugles Valentin Haiiy, comme une entreprise gouvernementale.
Comment les cultes mystiques se comportèrentils à l'égard de la nouvelle législation? Quelle fut la résistance qu'ils opposèrent à cette force dissolvante qui s'appelle la liberté ? Jusqu'à quel point leur hiérarchie fut-elle atteinte, comment durentils modifier leur propagande et leur organisation? C'est ce qu'examine mon étude sur Le culte privé et le culte public sous la première séparation.
Dans une dernière étude, enfin, j'ai recherché quelle fut la signification exacte du Concordat, de quel prix fut payée une trêve momentanée et dénuée de sincérité entre l'Eglise et l'État.
Si on en croyait un des derniers venus dans
XII AVKHTISSEMENT
rhistoire religieuse de la Révolution, les ecclésiastiques seraient plus qualifiés que les laïques pour en aborder l'étude. « Étant de la maison, ils risqueraient moins que d'autres de s'égarer et de prendre le Pirée pour un homme'. »
Je crains précisément qu'ils ne soient trop de la maison pour qu'ils puissent se dégager de l'esprit qui y règne. La difficulté n'est pas pour eux de connaître la mentalité de leurs confrères disparus, mais de pénétrer celle des adversaires de l'Eglise ou des simples laïques. Les prêtres, ne l'oublions pas, ne sont, même dans l'Eglise, qu'une minorité. La grande masse qu'ils commandent n'est pas toute, tant s'en faut, imprégnée de leur esprit. Réduire l'histoire religieuse à l'histoire des prêtres serait une singulière entreprise. Ce serait alors vraiment prendre le Pirée pour un homme.
Supposez le prêtre le plus intelligent, le plus moderne. S'il est un croyant convaincu, s'il est pénétré de son caractère sacré, comment n'aurait-il pas l'horreur instinctive de tout ce qui rompt avec la tradition religieuse, de tout ce qui nie le divin? il lui faudrait un effort surhumain pour se montrer juste envers les personnes et les choses de la libre pensée. Sans qu'il puisse même s'en rendre compte sa ferveur se trahira par des déformations incon-
1. J. Lacroix, Du rôle de la critique dans Chistoire de l^ÉglisCt Paris, Pion, 1909, p. 41.