Registre officiel, à la date du 24 septembre
logement '. Certaines sociétés prospères, comme celles (Je Saint-Eustache, de Nolre-Damo, de Saint-Laurent, s'atlachèrent à rendre aux cérémonies leur ancien éclat et prirent à gages des chantres, serpents, organistes. Quelques-unes môme payèrent à prix d'argent des prédicateurs pour le Carême ^ Sans doute leur budget eut des hauts et des bas et, s'il y eut des sociétés prospères, il y en eut aussi de très pauvres. Quand les théopliiianthropes s'installèrent dans les églises, les recettes des réfractaires et des constitutionnels diminuèrent'. Quand le pouvoir faisait la guerre à l'idée religieuse, les difficultés augmentaient. Mais le pouvoir ne fut pas constamment hostile et le pouvoir n'était pas toujours exactement obéi. Dans beaucoup de paroisses des campagnes, les presbytères n'avaient pas été vendus et les municipalités les laissaient gratuitement aux prêtres. En plein Paris, en l'an VI, époque de persécution, les prêtres réfractaires de Saint-Merri continuaient à occuper gratuitement les dépendances de l'église, et les lecteurs théophilanthropes, malgré l'appui du Directoire, ne pouvaient réussir à s'y loger.
Au début du Directoire, sous le Consulat, les autorités restituaient aux églises le mobiher qui existait encore dans les dépôts nationaux*. Ce n'est pas à
1. La société de Saint-Eustache loua l'ancien presbytère au domainiî.
2. Par exemple à Saint-Eustache, registre offlciel, séance du 19 pluviôse an IV.
3. C'est ce qui résulte de l'examen des registres de Notre-Dame pour les constitutionnels; de Saint-Thomas-d'Aquin pour les réfractaires, etc. (voir Grente).
4. Ainsi le curé de Saint-Etienne-du-Mont, Leblanc de Beaulieu, demanda au ministre de l'Intérieur, Bénézech, la restitution des
(Jire qu'il n y eut pas, dans certaines régions et dans certains clergés, des prêtres qui eurent du mal à vivre. Il y en eut certainement dans le clergé constitutionnel. Il suffit de lire la correspondance de Grégoire pour en ôtre convaincu. Les plaintes y abondent et, même .si on l'ait la part de ce qu'elles ont d'exagéré, il reste les faits, qui sont parfois navrants. Certains évêques ne purent se rendre au premier concile de 1797 qu'en vendant leurs livres, leur mobilier, jusqu'à leurs draps de lit^ A chaque instant Le Coz, archevêque de Rennes, déclare à Grégoire qu'il va mourir de faim :
« Nous sommes, mes pauvres prêtres et moi, réduits à vendre nos tristes nippes pour vivre. Nos modiques assignats n'ont plus ici de valeur... » (Lettre du 30 octobre 1795). « C'est donc décidément que nous sommes condamnés à mourir de faim. Le louis va ici jusqu'à 9 000 livres (en assignats), jugez de la valeur de 250 livres en assignats qu'on m'alloue pour trois mois... » (11 janvier 1796). « Je ne fais chaque jour qu'un très modique repas qui consiste parfois en un peu de pain sec et d'eau » (14 septembre 1796).
Le Coz pourtant ne mourut pas de faim. Il ne faudrait pas juger de la misère des autres évêques constitutionnels par la sienne propre. Le Coz habitait en Bretagne, où la population était dévouée aux réfractaires. Après le 18 fructidor, quand les réfractaires sont obligés de se cacher. Le Coz reprend courage et appétit. Le ton de ses lettres change. Avant le coup d'État, il n'avait qu'une église constitutionnelle à
livres de chants, missels, etc., ayant appartenu à son église; il fut fait droit à sa demande (Arch. nat. F*» 470). 1. A. Gazier, Études, p. 331-332.
Rennes, il en a trois maintenant. Il écrit avec satisfaction à son neveu Daniélou, le 3 fructidor an Vï : « Malgré leurs manœuvres (des chouans) et celles des impies, le culte constitutionnel se rétablit partout. A Vannes même, Téglise est plus belle et plus ornée qu'elle ne le fût jamais ^ ». La misère des prêtres constitutionnels, qui fut réelle à certains moments, ne fut pas générale et constante. Elle leur pesa surtout parce qu'ils enviaient l'aisance de leurs concurrents et qu'ils auraient voulu faire des réformes auxquelles ils durent renoncer. Grégoire et ses collègues, les évêques réunis à Paris, qui formaient comme le comité de direction de l'Eglise constitutionnelle, avaient conseillé, dans leur première encyclique du 15 mars 1795, « la suppression de tout honoraire et de toute rétribution pour prières ou bénédictions et particulièrement pour la célébration de la messe ». Par cet abandon du casuel, déjà condamné par la Constitution civile du clergé, ils espéraient sans doute se concilier la masse des fidèles qui ont toujours considéré le paiement des sacrements comme vexatoire et peu conforme à l'esprit du christianisme. Devant la dure loi de la nécessité, il fallut renoncer à cette grande réforme démocratique. Beaucoup de curés écrivaient qu'ils n'avaient pour vivre que leurs messes et qu'on allait les réduire à la mendicité. La réforme ne fut maintenue que dans des cas exceptionnels-. Les paysans, âmes simples, préféraient payer les messes
1. Correspondance de Le Coz publiée par le P. Roussel, Paris, Alph. Picard, 1900, comme les citations qui précèdent.
2. A Notre-Dame, on cessa de percevoir le casuel, quand la société cultuelle eût bouclé son budget. (Gazier, Études, p. 330.)
quand ils en commandaient, que de débourser une cotisation sans objet précis. Même dans les villes, les fidèles ne donnaient pas facilement. « Sur 15 personnes, il y en avait à peine 3 qui donnaient, » dit M. Gazier^ « Dans les troncs, on ne trouvait que 12 ou 15 sous et encore ils étaient mauvais pour la plupart'^. »
Moins heureux que les prêtres réfractaires, les prêtres constitutionnels durent assez souvent joindre à leur métier sacré un métier profane. Dans le Loiret-Cher, ils sollicitèrent et obtinrent des places d'instituteurs publics. Cela leur permettait de conserver le presbytère^. Dans le Finistère, ils devenaient commissaires du pouvoir exécutifs Ces commissaires étaient des agents du gouvernement chargés de faire exécuter la loi dans chaque canton. Un prêtre de Quimper étpit en même temps professeur de grammaire générale et de langues anciennes à l'école centrale *. Certains évêques constitutionnels, qui étaient aussi députés, vivaient de leur indemnité parlementaire. Quand Grégoire cessa de faire partie du Conseil des Cinq-Cents au renouvellement de Tan VII, il serait tombé dans la gêne si François (de Neufchâteau) ne Tavait nommé bibhothécaire de TAr-