‹ La révolution et l'église (volume 2)Chapitre 25 sur 131 · ESPRIT LIBÉRAL DE L*ÉGLISB · texte numérisé non relu

ESPRIT LIBÉRAL DE L*ÉGLISB

hommes. Dès que des hommes s'associent entre eux dans un but quelconqi^p, ils forment une société visible, ayant des manifestations extérieures et une organisation matérielle. Si ces sociétés se distinguent en temporelles et spirituelles, ce n'est pas évidemment en ce que les unes seraient visibles, extérieures, matériellement organisées et administrées, tandis que les autres ne présenteraient rien de tout cela, ce qui serait tout bonnement supposer l'absurde; elles se distinguent : premièrement par la nature des questions et des intérêts qui sont le but de leur formation et l'objet de leurs travaux; et secondement, ce qui est un point non moins capital, par le moyen de s'établir et de se conserver propre à chacune d'elles ; les premières, les sociétés temporelles, employant la contrainte et les sanctions matérielles, les secondes, nous ne saurions assez le répéter, ne faisant usage que de la persuasion.

Contester à l'Eglise le caractère de société purement spirituelle, parce qu'on la voit organisée comme une société humaine, gouvernée et administrée, ce serait donc aussi déraisonnable qu'injuste.

Là encore, il importe d'écarter toute confusion. Quelle que soit la constitution de l'Église pour ce qui est des rapports hiérarchiques entre les membres qui la composent, qu'on la suppose gouvernée constitutionnellement ou bien sous

la forme d'une monarchie absolue, que le pape soit considéré conyne personnellement infaillible, ou que l'infaillibilité ne soit attribuée qu'à l'Église elle-même, ces questions d'organisation et de vie intérieure sont étrangères au sujet qui nous occupe, si d'ailleurs les pouvoirs humains n'ont aucun rôle dans cette constitution et dans ce gouvernement.

Ces conditions d'organisation intérieure de l'Eglise sont des problèmes à débattre entre les fidèles ; si le bras séculier ne s'en mêle pas, si aucune contrainte matérielle n'y retient les membres et n'y détermine leurs actes, cette société religieuse, de quelque façon qu'elle soit constituée, demeure essentiellement une société spirituelle (1).

Nous nous serions fait bien mal comprendre si, des considérations qui précèdent, on induisait qu'à nos yeux cette question de l'organisation intérieure de l'Église est indifférente au point de vue de l'influence que peuvent avoir les croyances religieuses sur les destinées temporelles des hommes. Il n'en est pas, au contraire, qui intéressent à un plus haut degré la vie des sociétés humaines, les mœurs des nations et leur prospérité, soit matérielle, soit morale ; il n'en est pas par conséquent, de plus directement proposées aux méditations de l'homme d'État.

(1) Voy. t. II, 4® part., lir. i.

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